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ISBN : 2072792320
Éditeur : Gallimard (06/12/2018)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 233 notes)
Résumé :
«Ce que j'ai tenté avec Belle de Jour, c'est de montrer le divorce terrible entre le cœur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour et l'exigence implacable des sens. Ce conflit, à quelques rares exceptions près, chaque homme, chaque femme qui aime longtemps, le porte en soi. Il est perçu ou non, il déchire ou il sommeille, mais il existe.»
Joseph Kessel.

Un grand film de Luis Buñuel avec Catherine Deneuve. Joseph Kessel, de l'Académi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
  10 mai 2012
Pierre et Séverine Sérizy forment un jeune couple à qui tout semble sourire. Pierre est un médecin réputé, il est aussi beau que Séverine est resplendissante. Par-dessus tout, les mariés s'aiment à la folie et vivent dans l'adoration l'un de l'autre. « Quoi qu'il advînt, jamais Pierre ne souffrirait par elle. Quelle merveilleuse chaleur elle se sentait pour cet homme à la respiration d'enfant. Puisqu'entre ces mains reposaient toute sa peine et toute sa joie, elle saurait faire pour lui de chaque journée une journée heureuse. Et cela jusqu'à la fin de leur vie jumelée. » (p. 35) Mais derrière les portes closes de la chambre conjugale, la froideur amoureuse de Séverine fait peser un nuage triste sur le couple, nuage qui se gonfle peu à peu de l'amertume et des remords de l'épouse frigide.
C'est alors que Séverine décide de chercher ailleurs le plaisir qu'elle ne trouve pas avec son mari. Elle entre dans une maison de rendez-vous et offre son corps à des hommes de passage. « le sentiment qu'elle eut de devenir une machine impure la fit frémir encore d'humiliation perverse. » (p. 91) Étrangement, elle trouve enfin le plaisir, loin de Pierre et de son foyer parfait, en devenant Belle de Jour, femme sensuelle et généreuse. « Elle n'était pas venue chercher rue de Virène de la tendresse, de la confiance, de la douceur (de cela Pierre la comblait), mais ce qu'il ne pouvait pas lui donner : cette joie bestiale, admirable. » (p. 99) Malheureusement, la félicité des sens ne dure pas et la double vie de Séverine va causer la ruine de son couple.
Ce roman décrit avec finesse la scission entre coeur et corps, entre sentiment et plaisir. Malgré l'immense amour, voire la ferveur d'amour, que Séverine éprouve pour son époux, elle ne sait pas passer au-dessus d'une barrière physique inexplicable. Son corps ne vibre qu'auprès du vulgaire et s'exalte dans le commun. La pureté de l'affection qui unit le couple est précisément trop grande pour laisser place à l'immédiateté du plaisir. « Séverine eût voulu se faire la servante de Pierre, pourtant elle ne put se résoudre à l'accueillir dans son lit quand, ému par tant de chaleur, il montra le désir qu'il avait d'elle. » (p. 89 & 90)
Pierre est entièrement tourné vers son épouse, obéissant à tous ses désirs, et elle le lui rend bien. Chacun veille sur l'autre, jusqu'à la dévotion. « Quand tu es malheureux, je vois bien que tu es toute ma vie. » (p. 31) Mais Séverine ne peut cesser de se chercher, convaincue qu'elle est de ne pas être accomplie, ni épanouie. Hélas, même la révélation de sa complétude ne suffit pas à l'apaiser puisque cela nourrit une nouvelle culpabilité. D'épouse incomplète, elle devient épouse infidèle et souillée. Et Séverine vit dans la terreur que sa vie secrète, sous toutes ses formes, soit découverte.
Joseph Kessel, dès le début du roman, écrit l'histoire d'un couple qui court à l'abîme parce que le coeur entrave le corps et parce que le corps a honte de n'être pas aussi sublime que le coeur. La dichotomie est presque monstrueuse, mais Séverine ne l'est pas. J'ai éprouvé une grande compassion et beaucoup de tendresse pour cette femme tellement éprise de son époux qu'elle ne veut lui offrir que son âme, et pas son corps qui est contingent et faillible.
On a dit de ce roman qu'il était sulfureux et il l'était probablement lors de sa sortie. Les esprits bien pensants aiment se gausser et médire des histoires bancales des autres. Mais Séverine et Pierre partagent un amour si sublime qu'il est transcendé par les erreurs de l'épouse, comme la plus belle des fleurs qui s'épanouit sur le fumier. Jamais Séverine n'aime autant son mari que lorsqu'elle commet ce qui peut l'en éloigner pour toujours. Alors, qu'ils médisent ceux qui vivent dans un confort médiocre. Séverine, le temps d'un instant qui reste immortel, a été plus sublime que les plus vertueux.
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Yggdrasila
  25 juin 2016
J'ai déniché ce roman par hasard en errant dans un magasin de livres. J'ai aimé le résumé et je connaissais cet auteur pour le lion (que je n'ai pas encore lu mais qui, d'après beaucoup de personnes est vraiment bien), alors je me suis dit pourquoi pas pour celui-ci.
Cette histoire m'a beaucoup rappelé Adultère de Paulo Coelho (mais sous une forme beaucoup plus réussie selon moi): une femme pour personnage principal ayant une vie presque parfaite mais qui s'adonne à des fantasmes pas très corrects. Ici le thème principal tourne autour de la prostitution en plus de l'adultère.
L'écriture de Kessel est assez envoûtante je dois dire. Même si cette histoire traite de fantasmes sexuels (puisque Séverine ne va pas chez Mme Anaïs pour de l'argent), l'auteur ne tombe jamais dans la vulgarité, il reste même assez poétique et j'ai trouvé un charme particulier à ce roman pour cela.
Concernant les personnages, je n'ai pas eu d'attache particulière envers Séverine, mais cet aspect n'a en aucun cas gêné ma lecture. Chez Pierre son époux, réside une gentillesse hors normes que j'ai plutôt apprécié. L'auteur jongle bien entre le côté sombre de Séverine,dite "Belle de Jour", et l'idéalisme qui transparaît de son époux quand elle rentre le soir.
On suit Séverine dans ses bouleversements, entre les rencontres qu'elle peut faire (bonnes ou mauvaises), ses peurs, ses plaisirs et ses souffrances. Elle a parfois des sentiments que j'ai du mal a saisir et qui me dépassent un peu, mais le charme du roman reste toujours présent.
L'intrigue m'a tenue jusqu'au bout et je n'ai pas été déçue.
Un roman que je recommande et un auteur que je compte découvrir un peu plus.
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ibon
  12 mars 2017
La duplicité de Séverine est le motif sulfureux de ce roman de Kessel.
Ici, ce qui est inavouable demeure derrière une façade bourgeoise bien pensante.
En société, Séverine est sage comme une image mais quelquechose la ronge (le plaisir de la chaire) et dès que l'occasion se présente - quand son mari est parti travailler - Séverine retrouve ses sens et cède à des pulsions que la morale réprouve.
Illustration du corps qui réclame la passion que l'esprit ne peut donner.
Séverine et “Belle de jour” sont la même personne. Conflit de deux personnalités dans une même personne mais cela tient car tout est cloisonné. Quand l'une attend sagement que son mari rentre du travail l'autre tait sa vie de débauche.
Intéressante situation pour le lecteur mais à moyen terme intenable pour l'héroïne. Belle de jour mais laide de nuit. Pourquoi?
Petite, a subi les attouchements d'un pervers. Tout est expliqué dès la première page.
Dans la préface, Kessel tente de justifier la singulière situation de cette jeune femme, qui ne couche jamais avec son jeune mari mais avec d'autres, par quelques expériences vécues. Kessel, amateur de femmes, en a rencontré. Admettons, mais il faut le lui concéder: il n'est pas mateur.
Donc, pas de voyeurisme dans ce roman, uniquement une tension croissante très réussie grâce à un scénario habile bien qu'improbable.
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Missbouquin
  21 mai 2012
Le livre
Séverine a tout pour être heureuse : elle est aisée financièrement, elle a un mari qui l'aime et qu'elle aime à la folie, des amis, des activités. Pourtant, elle ne se sent pas complètement comblée, en particulier en ce qui concerne les relations intimes. Un jour, elle apprend qu'il existe des maisons closes où des dames exercent le plus vieux métier du monde pour gagner leur vie. Et c'est le début d'une longue descente aux enfers, jusqu'au drame.
Mon avis
Sans a priori sur ce texte, conseillé par mon amie Lili, mais bien disposée envers Kessel, dont j'avais dévoré Les Cavaliers, puissante fresque des steppes afghanes, j'ai pris mon temps pour aborder ce court roman.
Tout d'abord, je me suis de nouveau laissée charmée par l'écriture de Joseph Kessel, un style efficace très proche de celui du XIXe siècle, donc avec un vocabulaire riche et des phrases qui sont un régal à la lecture.
En ce qui concerne le sujet du roman, en l'occurrence la décadence d'une femme, j'avais un peu peur de lire une autre version de l‘Ingénue libertine de Colette, qui m'avait moyennement plu. Et pourtant, je me suis complètement laissée absorbée par cette aventure, avec le coeur serré à chaque étape de Séverine dans le mensonge, sans parler de l'adultère et du vice.
En réalité, c'est la tension entre la raison et les désirs qui est dessinée ici avec une rare acuité et une grande finesse : “Comme ces réserves secrètes avaient soutenu jusqu'alors des penchants que sa raison tenait pour droits, ses désirs avaient toujours une vigueur à laquelle elle cédait d'un impatient, d'un invincible mouvement”. Séverine cède entièrement à ses désirs, alors même qu'elle sait qu'elle ne doit pas.
C'est le portrait, non pas d'une libertine ou d'une femme de vice en tant que telle, qui serait amorale (Séverine ne l'est pas, et elle aime son mari plus que tout au monde, veut le protéger et le rendre heureux) mais simplement d'une femme faible, victime d'une “mollesse“, rongée aussi en partie par le remords de ne pouvoir montrer tout cet amour à son mari. Or, à partir du moment où le premier pas a été fait, elle n'est plus capable de se défaire de ce qui devient vite une habitude, et même une drogue : c'est “la véritable intoxication de Séverine, où l'habitude tenait plus de place que le plaisir.”
A la différence de Minne dans L'Ingénue libertine, elle ne cherche pas vraiment le plaisir en tant que tel, elle essaye simplement de comprendre son propre corps, qui se refuse à un mari qu'elle aime. Et à sa grande surprise c'est dans l'indifférence et dans le dégoût qu'elle va trouver ce plaisir.
Tout aussi étrange et presque aussi monstrueuse que la séparation de Jeckyll et Hyde, le bien et le mal; ici coexistent en Séverine, sans jamais se rencontrer, l'amour et le plaisir ; les sentiments et le corps. Et contrairement à Minne, elle regrette ses actes, consciente de ne pouvoir associer les deux en sa seule personne, et elle en souffre.
Il me semble qu'au-delà de l'histoire de Séverine, c'est une histoire universelle qui est racontée ici : celle de la relation entre l'homme et la femme; du rapport entre le coeur et le corps, entre les désirs et la raison.
Mais laissons les derniers mots à Joseph Kessel :
Ce que j'ai tenté avec Belle de Jour, c'est de montrer le divorce terrible entre le coeur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour et l'exigence implacable des sens. Ce conflit, à quelques rares exceptions près, chaque homme, chaque femme qui aime longtemps, le porte en soi. Il est perçu ou non, il déchire ou il sommeille, mais il existe.
Et c'est ce qui fait de Belle de Jour, un grand livre.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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sarahdu91
  08 mai 2019
Rien de bien extraordinaire dans ce roman qui a fait tout de même son succès à l'écran.
Qui ne connaît pas Belle de jour?
Kessel a voulu nous montrer dans son roman qu'on peut dissocier l'amour infini voué à quelqu'un et l'amour charnel qu'on peut aussi avoir avec quelqu'un d'autre.
Pour cela, me direz vous, il faut avoir conscience dans ce contexte qu'on pratique l'adultère et ce n'était pas le cas de notre personnage principal étant donné qu'on en arrive à un drame passionnel bien évidemment.
Le résultat n'est pas forcément celui tant attendu et le thème abordé n'a pas été exploité vraiment en profondeur.
Le roman a pris de l'âge et reste assez vieillot dans sa globalité.
Je n'ai donc rien découvert de transcendant en faisant cette lecture.
Mais je découvre un auteur donc c'est le plus important. ..
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
YggdrasilaYggdrasila   23 juin 2016
Elle pleurait sur lui, sur elle, et sur la condition humaine qui divise la chair et l'âme en deux inconciliables tronçons, misère que chacun porte en soi et ne pardonne pas à l'autre.
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AedeAede   05 octobre 2015

La figure froide et comme coincée dans un moule invisible, presque incapable de respirer, les membres lourds, lourds à laisser croire qu'ils ne pourraient plus jamais remuer, Séverine se sentait mourir. Elle ne savait point ce qui se passait en elle, mais elle ne devait jamais oublier cet état cadavérique ni cette angoisse indicible qui lui arrêtait le coeur. Devant elle passaient tour à tour des flammes et des nuées à travers lesquelles elle devinait des nudités tordues. Elle aurait voulu fermer ses yeux de ses mains, car ses paupières étaient aussi rigides que le reste de sa chair, mais ses mains reposaient sans force à côté d'elle.
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YggdrasilaYggdrasila   22 juin 2016
La frayeur portée à son extrême possède ceci de commun avec la jalousie que le moindre possible devient certitude pour celui qui en souffre.
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kazupandakazupanda   09 janvier 2013
La figure de Mme Anaïs, les beaux seins de Charlotte, l'humilité équivoque du lieu, son odeur qu'elle avait cru porter un soir dans ses cheveux, tout cela s'acharna sur la mémoire charnelle de Séverine. Elle en frémit d'abord de répulsion, puis l'accepta, puis s'y complut. La présence de Pierre et l'amour déchirant qu'elle avait pour lui la défendirent quelques jours. Mais la fatalité intérieure inscrite en Séverine, vrai sceau de son destin, devait s'accomplir.
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MissbouquinMissbouquin   16 mai 2012
"Séverine émergea de ce chaos sans autre sentiment que celui d'une honte intolérable. Il lui semblait qu'elle souillée à jamais et qu'en même temps elle ne pouvait ni ne voulait se laver de cette souillure."
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Vidéo de Joseph Kessel
Le choix des libraires vous invite à la rencontre de François Chazelle, propriétaire de la librairie « Raconte-moi la terre » (14 rue du Plat, 69002 Lyon) depuis 20 ans. Il nous livre son coup de c?ur pour l'écrivain Joseph Kessel ou encore pour l'Atlas « Cartes » d'Aleksandra Mizielinska.
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