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EAN : 9782070374892
224 pages
Gallimard (13/09/1983)
3.88/5   234 notes
Résumé :
Montmartre au petit jour. Chaque matin, l'auteur, attablé au Sans-Souci, voit passer une femme dans la rue. Elsa Wiener, il l'apprendra bientôt, a fui l'Allemagne. Son mari Michel y est resté, enfermé dans un camp. Elle chante dans les boîtes de nuit. Elle vit seule avec un enfant juif, Max, que les nazis ont rendu infirme.
On suit avec fascination la lente chute d'Elsa, sa déchéance, au nom d'un amour qui n'existe peut-être pas.


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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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enjie77
  17 mars 2022
Sublime et lyrique écriture de Kessel qui nous décrit avec finesse, avec humanité, une atmosphère, la complexité des relations humaines, l'imbroglio qui peut se nouer dans les sentiments humains, l'impact d'un instant sur nos vies, pour mieux nous entraîner, attirer notre attention, nous rendre plus réceptifs à ce qui peut se cacher sous le masque d'un visage humain. Il perçoit les mouvements de l'âme humaine. Il nous entraine dans une histoire d'amour tragique, bouleversante.
Témoin de son époque, ce « Lion » magnifique et généreux a tellement roulé sa bosse en sa qualité de journaliste-reporter qu'il a développé un sens aigu de l'observation. Ses aventures qu'il cherche aux quatre coins du monde, lui servent d'inspiration pour ses romans. Dans cette fiction (voire autofiction), il scrute ce qu'il se passe sous le ciel de Paris en 1935. Il voit les modifications sociopolitiques de l'époque et avec elles, pressent l'avenir de l'Europe malgré le bonheur des premiers congés payés.
Montmartre au petit jour, le narrateur, journaliste-reporter, fini sa nuit, attablé derrière la vitre du bistrot « le Sans-Souci ». Il remarque une jeune femme qui toujours aux mêmes heures, invariablement, passe devant le café. Son allure retient son attention. Elle est mystérieuse, elle le fascine par sa façon de se comporter dans son manteau de zibeline jusqu'à devenir une obsession.
« Je crois que sa régularité même, l'inclinaison pareille de la tête, le trajet identique, la démarche qui reproduisait strictement celle de la veille, m'inspiraient l'effroi que j'éprouve toujours devant l'automatisme des fous"
Jusqu'au jour où n'y tenant plus, le narrateur, ivre et fiévreux ce jour là, se met en travers de la route de son apparition. Pris d'un malaise, il s'écroule près d'elle, la jeune femme lui porte secours et va l'aider à rejoindre son domicile.
Elsa Wiener est allemande, elle a fuit l'Allemagne et son cortège de bourreaux. Son mari, Michel, éditeur et opposant à la nouvelle politique d'Hitler, a été arrêté pour être transféré dans un camp. C'est l'époque où l'apparition des premiers camps est évoquée. Elsa a fuit en compagnie de Max, un enfant juif, que les coups des nazis ont rendu infirme. Pour subvenir à leur besoin, Elsa chante dans les cabarets, la nuit.
A partir de cet instant, on assiste impuissant à la lente descente aux enfers d'Elsa dans ce milieu interlope des nuits parisiennes. Elle doit survivre pour elle et pour Max, tenir envers et contre tout jusqu'au retour de Michel ! La lecture nous propulse à la suite d'Elsa, d'étape en étape, de bonheur en déchéance, d'espoir en crise de détresse, d'angoisse pour Michel mais détestation d'elle-même, l'avilissement dans les bas fonds, l'alcool aidant, Elsa va vivre un véritable calvaire devant le regard d'un enfant de douze ans impuissant à soulager la détresse de celle qui l'a sauvé d'une mort certaine.
Ce roman est peut-être le plus beau de Kessel bien que je n'ai pas lu « Belle de jour ». Assister à la déchéance de cette femme a été pour moi une torture et c'est là que l'écriture de Kessel est admirable, il défie notre empathie.
Bouleversant, fascinant, la présence de Romy Schneider ne m'a pas quittée un seul instant bien que le livre et le film fussent totalement différents. Son aura a illuminé le livre.
La passante du « Sans-Souci » se situe à la fin des années folles. Kessel ressemble au narrateur, journaliste-reporter. La narration emploie le « Je » ce qui donne plus d'épaisseur à son message. Paru en 1936 chez Gallimard, ce petit livre de 285 pages est un manifeste antifasciste d'un écrivain Juif qui pressent un sombre avenir.
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Merik
  02 avril 2022
Il flotte dans ce roman de 1936 comme un doux parfum suranné, et ce ne sont pas forcément les pages bien jaunies de mon exemplaire les responsables, même si elles y ont contribué sans doute à leur manière innocente. Ça serait peut-être le subjonctif ou le passé simple, ou plus sûrement les tournures descriptives et les réflexions psychologisantes sur les personnages, bien éloignées de la tendance au factuel moderne, ici empreintes de la subjectivité d'un narrateur aiguillonné par le mystère de la passante du Sans-Souci. Car le roman suit essentiellement la relation entre deux êtres, pour ceux qui n'auraient pas vu le film, ou l'auraient oublié. le narrateur, écrivain journaliste en proie à la détresse de son âme noie ses nuits dans l'alcool et la débandade de Montmartre. Tous les matins, il voit passer une dame spectrale, drapée d'une aura envoûtante. Leur première rencontre s'inscrit sous le sceau de l'entraide, mais c'est la mystérieuse dame qui endosse le rôle pour commencer, en ramenant à son domicile notre confident bien mal en point. Pour le reste, ça sera plutôt l'inverse. Surtout quand notre témoin connaîtra les conditions de vie de la belle, chanteuse exilée d'Allemagne, surtout quand il rencontrera son protégé Max, gamin estropié de la vie parce qu'il est juif, surtout quand il saura le lien viscéral d'Elsa avec Michel désormais en camp de concentration Outre-Rhin, et l'histoire de cet amour quelque peu embrasé par la distance et le désarroi.
Voilà pour le pitch. Une histoire qui nous plongera dans la vie pas si marrante d'un Montmartre des cabarets, finies les années folles. Mais un roman qui nous rappellera aussi la finesse que pouvaient prendre les romans d'époque, dans leur perception affûtée des sentiments (j'ai parfois pensé parfois à Zweig), dans leur lyrisme et dans la beauté des tournures stylistiques (même si un peu désuètes), dans leur capacité naturelle à retenir le lecteur sur des choses simples, comme ici la trajectoire tragique d'un sublime personnage, dans un monde déjà hanté par le nazisme.
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Allantvers
  19 septembre 2021
Je n'aime pas les histoires d'amour, sauf si elles sont absolument tragiques, impossibles, matures.
Nous y sommes en plein avec cette passante du sans souci qui donnera et perdra tout, sa joie de vivre, son honneur, sa beauté, pour un homme qu'elle n'aura même commencé à réellement aimer que dans la souffrance.
Le visage de Romy Schneider, qui a incarné Elsa Wiener dans le film pourtant assez éloigné du livre, a totalement habité ma lecture sur lequel il s'est serti à la perfection tant l'actrice colle au personnage de ce roman sépulcral, terrible et bouleversant, qui a su voir et dire avant la nuée des autres la barbarie du nazisme.
Immense coup de coeur.
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ibon
  04 mars 2017
1935. Quartier Montmartre où, quand Paris s'éveille, un client malade et dépressif, qui est le narrateur, se morfond dans le bar du Sans-Souci. Sa fièvre monte encore d'un cran quand apparaît une passante dont on ne va pas tarder à faire la connaissance.

L'ambiance chaude des nuits parisiennes connaît à l'époque un coup d'arrêt avec la crise qui s'installe.
Kessel, à travers ce personnage féminin traqué, aborde le nazisme , très toxique à l'époque puisqu'il est déjà question de terreur dans les quartiers juifs en Allemagne.
Kessel se sert du désarroi et de la descente aux enfers de cette femme pour tirer la sonnette d'alarme face au fascisme montant de l'époque.
L'intention est louable et surtout visionnaire mais je n'ai pas souscrit au procédé de l'écrivain qui consiste à entourer, surligner et re-souligner jusqu'à l'écoeurement l'explicite de la situation dramatique qui accompagne les deux secrets de cette femme.
Kessel est pour moi dans l'excès. Bien que sensible au sujet, j'ai trouvé que le pathos de nombreuses scènes desservait le message.
Cependant, on peut dire qu'il a vu juste. L'histoire lui a donné raison. le nazisme est bien une histoire de chasseurs et d'hommes traqués qui vont être battus à mort.
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Mimeko
  04 décembre 2019
Après l'avoir observée, assis à sa table au café le "Sans-souci", le narrateur, journaliste et écrivain, fait la connaissance d'Elsa Mayer, allemande, qui a fui son pays et pris sous son aile Max, un jeune garçon juif de 12 ans, resté handicapé après avoir été battu par des sympathisants nazis. Des deux, c'est Max le plus raisonnable et protecteur quand Elsa se perd dans des soirées cabaret pour gagner de quoi vivre, des gains qu'elle perd quelquefois trop rapidement en boissons ou au jeu. le narrateur, éconduit, s'attache à ce duo et à son tour, excuse et reste indulgent face aux frasques de la femme, à ses sautes d'humeur ou ses mauvais choix et voit le lent délitement de la vie dissolue d' Elsa, au désespoir de revoir Michel, son mari interné dans un camp en Allemagne.
Publié en 1936, ce roman de Joseph Kessel évoque le Montmartre festif et encore léger dans lequel essaye de subsister et s'étourdir Elsa Mayer, dans l'attente de retrouver son mari...Mais la jeune femme, mal préparée à l'indépendance, connaît mal les codes de la survie et va lentement amorcée une descente aux enfers, ne sachant pas vraiment lutter dans ce Paris plus enclin à s'encanailler qu'à s'entraider.
J'ai eu un peu de mal à m'attacher au personnage central d'Elsa, cette femme seule qui cherche à s'en sortir dans le Paris des années trente. Malgré sa générosité envers Max, ses frasques et ses choix obtus m'ont laissés dubitative, une psychologie passant de l'exaltation à la dépression la plongeant dans la boisson...
La passante du Sans-Souci est une première rencontre avec Joseph Kessel, que j'apprécie pour la peinture de l'époque, sans plus.
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Nastie92Nastie92   17 janvier 2013
-Bon. Il s'agit de Gilberte. Vous êtes contente, j'espère.
-Attendez, attendez, murmura Elsa avec difficulté. C'est la femme plus âgée que son mari et il la quitte pour une jeune fille... Oui ? Mais c'est une vieille.
-Vous avez dû mal comprendre, dit Anselmet. Elle n'a guère plus de quarante ans.
-L'âge m'est égal, dit Elsa violemment. Si on la quitte, elle fait figure de vieille. Je n'ai pas l’habitude de ces personnages.
Anselmet ne brillait pas par la patience. Il répondit :
"Il y a une glace juste en face de vous, Madame. Ayez l'obligeance de bien vous regarder dedans."
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NotaBeneNotaBene   16 mai 2012
Un petit jour gluant, porteur de brume et de suie, s'annonçait à des signes indéfinissables.
Peut-être dans les autres zones de la ville où la vie suivait une cadence mieux réglée sur la lumière et l'ombre du ciel, percevait-on ce blêmissement glacé des avenues et ce frileux silence par lesquels s'épuise la puissance nocturne. Mais au carrefour où je me tenais, les feux des cafés, les lettres ardentes des enseignes qui mourraient et renaissaient sur les façades des établissements de nuit, les trompes des voitures, les mouvements du peuple de plaisir, défendaient Montmartre contre les premiers pas du matin.
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MimekoMimeko   05 décembre 2019
J'avais trop traîné à travers la vie et le peuple nocturnes, aux heures où tout se dénoue, se défait, se dissout, pour ne pas savoir à quelles promiscuités monstrueuses pouvaient mener à la misère, l'étroitesse des logis, l'atonie de la sensibilité, l'alcool, le stupre. Elsa était si faible si friable.
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MimekoMimeko   04 décembre 2019
La peau était lisse, l'éclat du regard, la vivacité des traits et des mouvements semblaient ceux d'une très jeune femme. Mais il y avait dans la plénitude un peu molle de la chair un aspect de pulpe arrivée à son épanouissement, un caractère fragile, menacé, émouvant, que, seule, à l'ordinaire, donne une maturité toute proche.
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MimekoMimeko   06 décembre 2019
Chacun de nous essayait de deviner ce que l'autre savait de la déchéance d'Elsa. Peu à peu je sentis le regard de l'infirme perdre sa réserve se faire pénétrable, accessible. Il passa de l'expression close par laquelle il s'était jusque-là protégé contre moi à celle d'une adhésion sans détours et d'une sorte de douloureuse complicité :
- Oui tout va bien, répéta Max.
Mais il ajouta en appuyant de façon à donner un sens restrictif à ce qu'il disait :
- Tout va bien entre nous.
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Videos de Joseph Kessel (56) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joseph Kessel
L'auteur de bande-dessinée Joann Sfar revient avec "La Synagogue", aux Éditions Dargaud. Dans cet ouvrage, il relate son adolescence dans la ville de Nice dans le sud de la France dans les années 80. À ce moment, on assiste à la multiplication d'actes antisémites. Orphelin de mère, il se demande alors qu'est ce qu'il pourrait faire pour combattre à son échelle l'extrémisme. Il décide alors de rejoindre le groupe sécurité de sa synagogue. Il y sera donc vigile de 16 à 21 ans. "J'étais nul. Ils n'ont pas arrêté de me virer", raconte avec humour l'auteur du "Le chat du Rabbin", qui a été en quelque sorte accompagné par la voix de Joseph Kessel pendant la rédaction de sa dernière bande-dessinée. 
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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Avec son neveu, il est l'auteur des paroles d'un hymne à la révolte et à la résistance écrit à Londres dans les années 40 :

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