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Critique de Takalirsa


Takalirsa
  30 avril 2017
Au début j'ai eu du mal à accrocher à ce roman : je trouvais tour à tour qu'il manquait de style pour ensuite dérouler des envolées emphatiques. Et puis j'ai été happée par le contexte (la guerre israélo-palestinienne) doublé de l'intrigue (« Comment une femme appréciée par son entourage, belle et intelligente, moderne, bien intégrée, a pu, du jour au lendemain, se bourrer d'explosifs et se rendre dans un lieu public remettre en question tout ce que l'État d'Israël a confié aux Arabes qu'il a accueillis en son sein »). Tout le suspens tient en effet dans cette (en)quête du mari : « Je veux savoir ». Celui-ci passe par différents sentiments : choc (« ça me chamboule comme c'est pas possible »), dépression (« Le fond ne sied à personne. Dans ce genre d'enlisement, si on ne réagit pas très vite, on devient spectateur de sa propre dérive »), colère (« Ma femme islamiste ? Que lui avez-vous raconté pour faire d'elle un monstre, une terroriste, une intégriste suicidaire ? »), incompréhension (« à partir de quel moment elle avait commencé à m'échapper ») et même culpabilité (« ce signe que je n'ai pas su décoder avant »). Alors fuyant la gêne, la compassion ou au contraire le rejet de son entourage (« C'est comme ça qu'on dit merci chez vous, sale Arabe ? »), Jaafari part sur les traces de son épouse, essayant de reconstituer ses dernières journées.

Le chirurgien va ainsi plonger dans les entrailles de la guerre : « Tu es bien au chaud dans ta cage dorée, tu refuses de voir notre enfer ». Partout on l'ignore, on le rejette, il s'entête, on le teste, on le cogne : « J'ai en face une organisation bien huilée ». Mais de réponse, aucune. Il se désole de ne pas avoir su (voulu?) voir quelle femme Sihem était vraiment : « Je ne voyais que les joies qu'elle me prodiguait et ne soupçonnais aucune de ses peines, de ses faiblesses... ». Il doute : « Je n'ai plus confiance en l'homme qui n'a rien vu venir de ses malheurs ». Il retourne même en Palestine, cette terre qu'il a autrefois fui, retrouve sa famille, les lieux de son enfance - ses origines, mais la guerre a tout défiguré, rongé, détruit, les bâtiments comme les gens, tous ont précocement vieilli, usés par ce conflit incessant et omniprésent, cet « entêtement qu'affichaient les belligérants à refuser de s'entendre et à n'écouter que leur rancoeur assassine » alors que « tout Juif de Palestine est un peu arabe et aucun Arabe d'Israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif »... Et « partout, le sentiment de revivre des horreurs que l'on croyait abolies ».

Dès lors, impossible pour ce médecin d'accepter les éclaircissements donnés sur l'acte meurtrier de sa femme : « Je ne me reconnais pas dans ce qui tue ; ma vocation se situe du côté de ce qui sauve ». Impossible « d'accepter que la mort devienne une ambition, une légitimité », impossible « d'assumer le geste de mon épouse ». Impossible, d'ailleurs, de laisser n'importe quelle femme prendre les armes par désespoir ou résignation (« On ne choisit pas son destin, mais c'est bien de choisir sa fin. C'est une façon démocratique de dire merde à la fatalité ») - sauf que Jaafari s'attaque à plus fort et plus vaste que lui : ici, « nous n'avons pas compris grand chose aux prophéties ni aux règles élémentaires de la vie »...
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