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Critique de Pois0n


Pois0n
  14 août 2020
C'est la critique d'iz43 ici même qui m'a fait découvrir, et surtout donné envie de lire, ce roman. Un roman l'ayant séduite bien que sortant de sa zone de confort. Et c'est ainsi qu'à mon tour, j'ai quitté mes sentiers favoris pour m'égarer, une fois de plus, du côté de la blanche. Et peut-être me réconcilier avec ?

… Autant le dire tout net, à l'issue de ma lecture, je n'en sais fichtrement rien.

L'attentat n'est pas un de ces livres dont il est facile de parler. Il ne s'agit pas d'un roman voué à divertir. C'est une fiction, certes, mais son sujet est trop grave et sa façon de l'aborder trop intimiste pour que l'on se permette de le décortiquer uniquement sous le prisme du « plaisir de lecture ».

L'auteur a choisi d'aborder le terrorisme à travers une victime collatérale. Une victime dont la chair n'a pas été blessée, mais dont l'univers s'effondre, dont les certitudes s'envolent. Une victime traitée par certains en complice, dans le meilleur des cas coupable de n'avoir rien vu. C'est d'ailleurs ainsi qu'Amine se voit lui-même, et une partie de ce qui le pousse à se mettre en quête de réponses. Comment et quand cette femme, la sienne, qui avait tout pour être heureuse, et semblait l'être, a-t-elle basculé du côté obscur ?

En plus de la douleur de la perte, Amine doit faire face à l'incompréhension. Ça commence par le déni. Ça ne peut pas être elle. Mais quand l'horrible vérité devient la seule option, le besoin de lever le voile sur les secrets de Sihem, quel que puisse être le prix à payer pour, devient vital. de toutes façons, on sait que ça finit mal, le prologue dévoilant déjà l'issue du livre.

Jusque-là, le roman se révèle plutôt accrocheur. Ce n'est pas joyeux, mais la plume de Yasmina Khadra est immersive, les émotions d'Amine étant particulièrement bien retranscrites.

Là où ça se gâte, c'est quand Amine, à la dérive, se laisse complètement aller. On le suit de motels en bar jusqu'à son banc dans le parc, réduit à l'état d'épave humaine. Et pourtant, au départ, il était entouré, mais... Puis tout bascule au moment où Amine saisit enfin la piste menant vers les réponses. A partir de là, deux points de vue.

Le premier, c'est l'essence du texte en lui-même, qui tente de faire comprendre aux lecteurs en même temps qu'Amine le point de vue des terroristes *du conflit israélo-palestinien*. Des gens qui pensent ne pas avoir d'avenir, ou ont déjà tout perdu, et n'ont donc plus rien à perdre. Des gens qui se battent à coups de bombes là où des chars rasent leurs maisons. En expliquant tout de même, à travers son personnage principal, que le terrorisme c'est mal, que ça n'est pas une solution et que cette histoire, c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Encore heureux.

Pour ma part, cette tentative de justification a eu du mal à passer. Certes, c'était précisément ce qu'Amine venait chercher : les raisons qui ont poussé sa femme à commettre l'irréparable. Mais à ce stade du récit, il n'est plus seulement question d'un homme et de sa femme, mais d'un mouvement entier.

L'autre raison qui fait que j'ai complètement décroché à ce stade, c'est que tout le monde, dans la famille d'Amine, au mieux ferme les yeux là-dessus, au pire a carrément les pieds dedans. Et là tu te dis : comment le mec, dont au moins QUATRE membres de la famille sont affiliés aux terroristes a pu ne jamais rien voir, non seulement du côté de sa femme (qui, elle, a soigneusement protégé ses arrières), mais aussi des autres ? A partir du moment où les gens disent qu'ils sont fiers de ceux qui commettent des attentats-suicide, il y a peut-être de quoi se poser des questions, non ? Mais là, c'est sûrement qu'il me manque des clés, en tant qu'européen, pour saisir pleinement ce que signifie grandir en plein milieu de la guerre entre Israël et Palestine, où les naturalisés ont le cul entre deux chaises, entre leurs racines et un pays d'adoption prompt à les rejeter au moindre couac.

Toujours est-il que la quête personnelle glisse lentement vers une réflexion sur le terrorisme en général, puis la guerre. A la fin, Amine ne cherche même plus rien. Puis vient la fin, sortie un peu de nulle part.

Comment noter un livre pareil ? J'avais signé pour un drame, le récit d'un homme en quête de réponses, je me retrouve avec beaucoup plus que ça... et c'est peut-être tout le souci. Comment évaluer ce qui n'est pas qu'une simple histoire à lire le soir, trop près du réel et surtout trop sérieux pour être réduit à son simple support, à savoir le roman ? Dois-je me concentrer sur l'histoire, si prenante au départ mais qui se dilue de plus en plus dans sa seconde moitié ? L'ennui, c'est que cette dilution n'est pas intrinsèquement mauvaise et n'altère pas les qualités du livre, seulement son histoire et sa narration.

Alors, j'ai décidé de noter « au ressenti ». de me fier à ce fichu « plaisir de lecture », de laisser parler un peu plus le côté subjectif par rapport à d'habitude. Parce que finalement, c'est ça, le truc : indépendamment de ses défauts et qualités, ai-je aimé ce livre ? le relirai-je ?
Et là, tout de suite, la réponse est beaucoup plus claire : autant j'ai adoré la première moitié, quand Amine, assommé, se débat avec son déni, son deuil, le regard des autres (et les flics), autant le reste...

Enfin, notons que mon édition poche de 2006 est blindée de coquilles...
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