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EAN : 9782260021940
360 pages
Julliard (03/04/2014)
3.76/5   474 notes
Résumé :
Une jeune étudiante est découverte assassinée dans la forêt de Baïnem, près d'Alger. Une femme, Nora Bilal, est chargée de mener l'enquête, loin de se douter que sa droiture est un danger mortel dans un pays livré aux requins en eaux troubles.
"Qu'attendent les singes" est un voyage à travers l'Algérie d'aujourd'hui ou le Mal et le Bien se sentent à l'étroit dans la diablerie naturelle des hommes.
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Critiques, Analyses et Avis (92) Voir plus Ajouter une critique
3,76

sur 474 notes

Écrire est une autre façon de combler le vide mais aussi de résister à tout. Une façon de porter sa voix aux échos même dilués dans l'intime ou la peur. Il suffit de dire une fois seulement “Non” à l'étau qui enserre chaque jour, un peu plus, le quotidien des marginalisés de leur cité par des politiques à vie, mais qui ne sont en réalité que des vendeurs de tapis à la sauvette. Avec ce nouveau titre, Yasmina Khadra vient de signer un livre magistral qui dépasse tous les précédents ouvrages par la crudité des mots, la vérité qui englobe chaque passage et par le constat amer qu'il fait de l'état des lieux du pays qui est le sien et auquel il tient. Sinon, pourquoi ce coup de gueule si la coupe n'est pas pleine ? Jusqu'à la vomissure. Pour cela, il concocte une affaire d'assassinat (Nedjma, jeune fille retrouvée morte, assassinée, dans la forêt de Baïnem Beaulieu d'Alger, confiée à la commissaire Nora une lesbienne dans un pays ou' on ne fait pas de cadeaux aux homosexuelles qui reste un tabou a' ce jour et elle le paiera très chère avec le risque et le chantage et à son équipe pour l'élucider. le fil d'Ariane les mène au sommet de l'état. C'est la trame de cette fiction, mais l'intérêt, c'est qu'au cours de l'enquête, on découvre le microcosme algérois à travers les réseaux, les complicités, la corruption qui sévit à tous les niveaux. Au sommet, il y a Hadj Saâd Hamerlaine, le “r'boba”, une sorte de dieu sur terre où rien ne se fait s'il n'en est pas l'instigateur, le tireur de ficelles. Un exemple de sa puissance ? “Je préférerais avoir une insurrection populaire sur les bras que Hamerlaine sur le dos” (p 258) avoue Ed Dayem, un magnat de la presse de caniveau, pourtant lui aussi a le “pouvoir de dévoiler le secret des dieux et de l'instruction, de rendre la sentence avant les juges et d'exécuter le suspect avant le bourreau” (p 94). Yasmina Khadra décrit un système digne de Kafka “qui pousse ses enfants à la folie en leur refusant le droit d'être heureux chez eux”, avec de tels détails des comportements de ces “seigneurs” que tout Algérien un tant soit peu averti peut mettre des noms sur ces personnages de fiction, dans le livre. Ils existent dans la réalité et c'est pour cela qu'il faut saluer et reconnaître le courage d'un auteur, par ailleurs comblé. Tel un médecin légiste, l'auteur se sert du verbe comme d'un scalpel pour pénétrer au plus profond de ce système gangrené mais si bien organisé, qu'à côté la mafia qu'on voit dans les films n'est qu'un bleu. Hamerlaine nomme et dénomme ministres, Préfets et ambassadeurs. Il a 83 ans, il règne encore et plus. Jusqu'à ce jour où il fête son anniversaire et qu'il reçoit comme cadeau une vierge en offrande qui s'avère être (il le saura après) sa petite-fille qu'il n'a jamais connue. Comme quoi, il n'y a pas de limites dans l'immoralité de ces rapaces qui ne veulent rien lâcher. Sid Ahmed, journaliste, qui a vu sa femme tuée par les terroristes et qui a pris sa retraite sur une plage de Koléa ville limitrophe d'Alger , tel un troglodyte, ne cesse de ruminer et de questionner son ami, l'inspecteur Zine : “Qu'attendent les singes pour devenir des hommes ?” Sans réponse, il fulmine et finira par s'immoler. La théorie de Darwin est à prendre à rebours jusqu'à arriver à nos ancêtres les singes. C'est la descente aux enfers. Terrible constat certes, mais la question : est-ce vrai ce que décrit Yasmina Khadra dans ce roman Ce sera un témoignage relique que l'on ouvrira chaque fois que l'injustice frappera à votre porte sans y être invitée.

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La question qui me vient à l'esprit en refermant ce livre,c'est "mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour lire cet auteur?"
Ses qualités d'écriture me sont désormais familières et,encore une fois,la magie des mots,la fluidité des phrases,leur justesse,leur précision font que l'histoire semble portée sur une sorte de tapis magique,s'insinuant en nous avec brio....
L'histoire,parlons en.Un cadavre de jeune fille,une équipe de flics batie de "bric et de broc",une lesbienne,un ripou,un impuissant dirigés par un chef médiocre et sans envergure.Leurs adversaires?Un vieillard pervers et redouté d'une foule de parasites dévoués à sa cause par peur,lâcheté et intérêt.
L'intrigue sera résolue, au prix de manoeuvres toutes plus viles les unes que les autres,au prix de sacrifices,hélas , dramatiques et qui n'incitent pas à l'optimisme dans le pays cher au coeur de l'auteur.Et oui,dire la vérité, laisser s'exprimer la parole pour jouir de la liberté ,tout cela a un prix et la route est longue.
Car enfin,on le connait ce pays bien sûr, et on en apprend des choses sur le pouvoir,la presse,la police,les moeurs,les us et coutumes,la corruption,la gangrène et la misère sociale.Tout y est dit sans fard ni artifice.
Encore une fois,j'ai vibré dans les dernières pages ,très belles,violentes certes mais pleines d'espoir.Encore une lecture intelligente qui donne à méditer et....espérer.



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Retrouver Yasmina Khadra c'est retrouver une écriture soignée, appliquée et malgré la lourdeur du propos, le ton reste toujours chic et élégant. Car le propos est bien noir. le cadavre d'une jeune fille est retrouvé dans un bois près d'Alger, nu et affreusement mutilé. La commissaire Nora, une femme donc, enquête avec son équipe: le lieutenant Guerd qui déteste être sous les ordres d'une femme et l'inspecteur Zine, impuissant suite à un grave traumatisme. Ces trois personnages tracent grossièrement l'image que veut donner Khadra de l'Algérie moderne. Car ce dont celui-ci nous parle, au delà de l'enquête sur meurtre, c'est bien de cette adversité qui dépasse l'entendement. de cette corruption étatisée et cynique qui a mis le pays sous scellés et cloué les espoirs au pilori comme l'auteur le dit si bien. C'est une longue dénonciation de ce qui se passe dans ce pays où plus rien ne vaut la peine semble t-il, où le peuple est résigné et au bord de l'abime. " En Algérie, les génies ne brillent pas, ils brûlent. Lorsqu'ils échappent à l'autodafé, ils finissent sur le bûcher. Si, par mégarde, on les met sous les feux de la rampe, c'est pour mieux éclairer les snipers." (p. 148). Et malgré l'élégance de son écriture, Yasmina Khadra n'est pas toujours tendre. "Les déserteurs traitent de criminels les héros, les génies se font bouffer par les crétins, les vendus se paient la tête des intègres, les vauriens paradent sur les tribunes et la nuit mange les étoiles. " (P. 289). Et malgré tout ça, il nous propose une fin où l'espoir est possible, où la petite lumière peut se transformer en véritable embrasement.
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Sur la base d'une enquête policière, une jeune fille est retrouvée morte dans une robe blanche, parée et maquillée comme pour une fête ou un mariage, le livre met en lumière les coulisses du pouvoir algérien dans une société gangrénée par la corruption.
Le pouvoir est entre les mains d'une poignée d'hommes, « les rboba » qui autrefois ont eu leur heure de gloire en oeuvrant pour l'indépendance du pays. Depuis, ils sont riches, intouchables et honteusement privilégiés faisant la pluie et le beau temps dans le domaine politique, économique et médiatique.
Nora, la commissaire chargée de l'enquête est une femme énergique qui ne craint pas d'affirmer ses choix, tans professionnels que sexuels au risque d'être moquée et humiliée dans ce milieu profondément machiste.
J'ai beaucoup aimé ce livre, polar passionnant, j'y ai retrouvé tout le talent de Yasmina Khadra qui m'avait un peu déçue avec son précédent opus « Les anges meurent de nos blessures ».

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J'ai commencé ce livre et j'ai tenté de me raccrocher aux branches... Chapitres après chapitres, l'envie d'abandonner me poussait à refermer ce livre. C'est chose faite au chapitre 11 !
Je n'accroche pas du tout au milieu décrit. L'ambiance est pesante, malsaine, noire...
Ce genre de lecture n'est pas pour moi. Je n'y prends aucun plaisir.
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique
21 mai 2014
Si le roman pêche par un style trop hâtif qui se perd souvent dans une succession d’images et de métaphores hasardeuses, on se laisse néanmoins prendre par une intrigue cruelle, des portraits de méchants effrayants et par ce portrait à charge, horrible s’il est vrai, contre les dérives des élites algériennes.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (139) Voir plus Ajouter une citation
Il récite :

— Lorsqu’il n’y aura plus d’étoiles dans le ciel, lorsque le soleil s’éteindra, lorsque les dieux rendront l’âme, les rboba seront toujours là, trônant sur les cendres d’un monde disparu, et ils continueront de comploter contre les ténèbres, de mentir à leurs propres échos, de voler de leur main gauche leur main droite et de poignarder leur ombre dans le dos.

(Pocket, p.301)
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Dans la mythologie araberbère, Béni Kelboun désignait les tribus cannibales qui s’attaquaient aux pèlerins et aux missionnaires itinérants avant l’ère des transports en commun. Aujourd’hui, on appelle Béni Kelboun les opportunistes sans scrupules qui ont institué l’encanaillement en dogme.

(Pocket, p.134)
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- Je peux savoir ce que tu fais dans mon bureau, lieutenant ?
- Tu appelles ça, un bureau ? Avant, c'était un débarras. On y emmagasinait des balais, des frottoirs, des serpillières, des seaux en plastique et des détergents. Comme on n'avait pas où te caser, on a réaménagé le débarras pour toi. On a mis une table de cantine, trois chaises en formica, un téléphone vieux comme le monde, une armoire de récupération, et on t'a installé entre deux portes dans l'espoir de voir le courant d'air t'emporter.
- Tu n'as pas répondu à ma question, lieutenant.
- A vrai dire, ironise Guerd en montrant du menton un thermos posé sur une rame de dossiers, je suis venu partager ton café. Il paraît qu'il n'y a pas mieux pour broyer du noir.
- Tu arrives trop tard. J'ai tout bu. Qu'est-ce que tu me veux ?
- Te faire chier. N'est-ce pas le privilège des plus gradés ?
- J'avoue que comme purgatif, il n'y a pas plus efficace sur le marché.
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- J'ai la mer en face de moi, elle n'arrive pas à éteindre le feu dans mon crâne. J'ai besoin qu'on m'explique: qu'attendent les singes pour devenir des hommes?
- Ils le voudraient qu'il ne le pourraient pas, Sid. C'est dans la nature des choses, voyons. On n'exige pas d'un dépotoir de sentir bon
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Quel peuple admirable, reconnaît Zine. Ni les abus ni les désillusions n'ont réussi à le délester de son âme. Il est resté brave, le peuple d'Algérie, noble jusque dans la débâcle, jamais démissionnaire, toujours debout quand l'adversité dépasse l'entendement. On a confisqué ses valeurs, chosifié ses mythes, clochardisé ses artistes et on a étouffé dans l'oeuf ses idoles et ses champions, pourtant il continue de croire dans chaque étoile qui brille dans le ciel, dans chaque matin qui se lève sur des déjà-vu, rêveur parce qu'il garde la foi, longanime parce qu'immortel...
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Vidéo de Yasmina Khadra
Yasmina Khadra est l'écrivain algérien le plus lu au monde.
Il a passé 36 ans dans l'armée, et a notamment lutté contre les groupes islamistes pendant les années 1990. Parallèlement, son premier livre est paru dès le début des années 1980, sous son vrai nom. Mais pour échapper à la censure militaire, il a finalement décidé d'écrire dans la clandestinité, sous pseudonyme, dès 1997. C'est ainsi que Yasmina Khadra est né, en empruntant deux des prénoms de son épouse. Il est l'auteur de nombreux romans, qui ont conquis des millions de lecteurs dans le monde entier. Portés par son talent de conteur, plaçant le sujet humain au premier plan, ils racontent aussi notre monde, ses dérives et ses espoirs. Parmi ceux-ci, "Ce que le jour doit à la nuit", "L'Attentat" ou encore "Les Hirondelles de Kaboul". Plusieurs de ses livres ont aussi été adaptés au théâtre, au cinéma, en bande dessinée.
Au cours de cette rencontre, Yasmina Khadra nous parle de son nouveau roman qui vient de paraître en poche aux éditions Pocket, "Les Vertueux", un livre au souffle narratif puissant, qui nous fait aussi découvrir tout un pan de l'histoire algérienne oublié et pourtant fondateur.
Pour retrouver son livre, c'est ici : https://www.librairiedialogues.fr/livre/22541521-les-vertueux-yasmina-khadra-pocket
Et pour nous suivre, c'est là : INSTA : https://www.instagram.com/librairie.dialogues FACEBOOK : https://www.facebook.com/librairie.dialogues/?locale=fr_FR TWITTER : https://twitter.com/Dialogues
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