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ISBN : 2330010729
Éditeur : Actes Sud (01/09/2012)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 11 notes)
Résumé :

Après six ans de séjour en France, où il a obtenu un diplôme d'études cinématographiques, le narrateur décide de rentrer au pays. Dès son arrivée à l'aéroport de Damas, il est arrêté par la police politique et conduit dans un bâtiment sinistre du centre-ville, appartenant aux Services de renseignements. Là, il est violemment frappé avant d'être accusé contre toute vr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Seddouqiya
  23 décembre 2017
(23/12/2015)
Moustafa Khalifé est un militant syrien des droits de l'homme. D'origine chrétienne, athée, il fut cueilli à l'aéroport à son retour de France, où il était partir faire ses études, et fut incarcéré dans la tristement célèbre prison de Palmyre, pour un "motif" absurde qu'il ne connut que 12 ans plus tard, à sa libération.
C'est le témoignage de ces 12 années infernales qu'il nous livre dans "la coquille". Entassement de plusieurs dizaines de personne dans une même cellule. Coups de fouet en allant chercher la soupe. Coups de fouets en allant à la douche, coups de fouets en en sortant. Une centaine de coups de fouets au hasard, lorsqu'un gardien décide de "pointer" un prisonnier de la cellule. Une centaine de coups de fouets lorsque le directeur de la prison décide d'appliquer une punition collective aux prisonniers. Famine organisée. Coups de fouets et sévices lors de la "promenade", prisonnier obligé d'en abuser d'un autre. Hommes paralysés, ou aveuglés par les coups de fouets. Humiliations diverses, crachats dans la nourriture, insultes. Exécutions.
Les prisonniers. Pour l'essentiel, des militants islamistes, très éduqués (beaucoup de médecins spécialisés, des ingénieurs, des avocats) et issus de milieux aisés pour la plupart. Une frange de jeunes radicaux. Parce qu'il a dit être athée, Moustafa Khalifé fut longtemps considéré comme un espion du régime, et méprisé pour cela. Il s'enferma alors dans une "coquille", où il observait le monde en ne parlant à personne. Heureusement, il put compter sur l'humanité des leaders de ces groupes, qui décidèrent de le soutenir et de le protéger contre ceux qui voulaient s'en prendre à lui, et allèrent, eux ainsi que leurs militants, jusqu'à s'opposer par la force à un leader radical récemment arrêté et qui avait décidé de s'en prendre à lui.
Ainsi, en décrivant ses codétenus, Moustafa Khalifé esquisse un début de description intéressant et nuancé des mouvements d'opposition en Syrie : des "communistes", militants de gauche, laïcs, d'une part, et d'autres part, des islamistes, parmi lesquels des cadres et des militants très éduqués et aussi humains, mais aussi des radicaux ultra-violents. Comme il l'explique, il y'a les radicaux, qui prônent l'usage d'une violence extrême et indiscriminée, mais aussi les politiques, les pacifiques, les membres de cercles soufis (le soufisme est la tradition spirituelle de l'Islam appartenant à l'Islam sunnite classique, "orthodoxe").
Les radicaux semblent surtout être des jeunes issus, contrairement aux autres islamistes, de milieux moins favorisés, et qui, en l'absence de leader manipulant leurs sentiments d'injustice et en profitant pour prôner la violence, sont capables d'avoir un comportement "normal", humain : "la plupart des radicaux sont jeunes et au fond plutôt bons et candides, tant que ne surgit pas un Abou al Qa'qa ou un Abou Qatada !" (p.204).
Des observations à prendre en compte si l'on s'intéresse à la dramatique question de l'émergence et de la gestion de groupes radicaux dans ces pays soumis à un régime tyrannique et oppresseur, coupables de traitements aussi cruels que ceux décrits dans ce témoignage. S'il y'a bien une situation où il ne fait pas de doute que l'extrémisme est lié à un vécu réel de violence et d'injustice, c'est bien celle de ces pays soumis à des régimes despotiques. Tout en sachant que la plupart de ceux qui rentrent dans l'opposition ne tombent pas dans le radicalisme.
Une description intéressante est également donnée de ces terribles gardiens, coupables de si cruels sévices : ils sont recrutés parmi les prisonniers de droit commun. Sans aucune perspective autre que celle de la torture qu'on les force, au début, à perpétrer, ils s'enlisent peu à peu dans une impasse de cruauté dont ils ne voient plus comment sortir, et c'est ainsi qu'ils se transforment en ces bourreaux commettant avec "joie" les mêmes sévices qui les faisaient vomir au début. C'est le même processus pour ceux des bourreaux qui ont été recrutés parmi les jeunes faisant leur service militaire.
La solidarité et le courage. Un groupe de jeunes se porte systématiquement volontaire pour recevoir les coups de fouets à la place des autres. La nourriture est partagée équitablement. Lorsqu'un prisonnier reçoit des vivres de sa famille, tout est réparti équitablement entre l'ensemble des prisonniers (y compris le narrateur). de l'argent est réunir pour corrompre les gardiens, le directeur, et acheter des médicaments, soigner les maladies. Les noms des prisonniers exécutes sont retenus et mémorisés par coeur.
Pourquoi ces gens sont-ils en prison . Beaucoup, bien sûr, parce qu'ils s'opposent au régime, y compris lorsque leur engagement était pacifique. D'autres, parce qu'il fallait bien arrêter des gens, et qu'ils ont un jour été ramassés arbitrairement alors qu'ils vaquaient à leur occupation. D'autres parce qu'ils priaient et faisaient le Ramadan. D'autres parce qu'ils avaient un lien de parenté avec un syrien décrit comme radical. D'autres parce qu'ils se sont moqués du président.
Voici ce qu'est la dictature. Peut-on continuer à soutenir ce genre de régimes, et à faire nôtres les prétextes invoqués par les despotes pour justifier les répressions, juste parce qu'ils s'accordent tristement avec nos préjugés ? Combien faudra-t-il de récits, de témoignages, de chiffres, pour ouvrir les yeux ? Ces régimes sont à l'origine du chaos actuel. On prédisait leur "adoucissement", on en vantait les "bienfaits", on justifiait la répression qu'ils menaient : ils n'ont produit que violences, haines, radicalisme, et loin de s'infléchir, se sont mis à user d'une violence encore plus grande qu'auparavant pour se maintenir. le cas syrien est un cas d'école. Espérons qu'il serve aux générations futures.
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ulostcontrol
  02 août 2017
Difficile de se prêter à l'exercice de la critique lorsqu'il s'agit d'un titre comme La Coquille.
Comment critiquer quoi que ce soit dans ce texte, et surtout quoi critiquer ? Parce que quand on critique, on est censé juger les éléments qui composent le livre : le style de l'auteur, sa façon de présenter son histoire, l'angle sous lequel il a choisi d'aborder le sujet, la psychologie des personnages, l'inventivité du récit, les registres utilisés… j'ai beau essayer de chercher et de lister tous les éléments sur lesquels je pourrais émettre un avis, rien ne me semble approprié.
Après avoir passé quelques années en France à étudier le cinéma, l'auteur retourne en Syrie, son pays natal. Il ne passera jamais les portes de l'aéroport de Damas car, il y a quelques années, lors d'un dîner entre amis, il a osé faire un blague sur le régime syrien. Interrogé et torturé, Moustafa Khalifé raconte dans ce livre l'horreur qu'il a vécu pendant ses 12 ans d'emprisonnement. de la description des violences physiques qu'il subit au récit de ses relations avec les autres détenus en passant par les maladies, les conditions misérables d'hygiène et inexistantes de confort, l'auteur témoigne de son quotidien pendant ces douze ans.
À partir de là, difficile d'écrire une critique parce qu'il n'y a rien à juger. Si vous avez envie de lire un livre bien trop actuel sur la réalité politique en Syrie et que votre coeur est bien accroché, si vous êtes intéressé par cette partie du monde et n'avez pas envie de lire un livre édulcoré : lisez-le. Si vous êtes sensibles et n'aimez pas assister à des scènes insoutenables, ne le lisez pas.
On pourrait user de nombreux adjectifs pour décrire ce texte : poignant, terrible, touchant -mais aucun ne serait à la hauteur et tous seraient vains car, même si ce témoignage regorge de détails sur les méthodes de torture, je crois que le pire reste encore que j'ai terminé ce livre en ayant la sensation que tout n'a pas été dit, comme si l'auteur avait épargné son lecteur ou n'avait pas su trouver tous les mots pour s'exprimer.
Ce que l'on trouve finalement entre les pages de ce livre, c'est un processus de déshumanisation et une solitude comme celles que l'on trouvait dans Si c'est un homme. C'est sans aucun doute une lecture dont on a du mal à se défaire et qu'il est impossible d'oublier.
Lien : http://ulostcontrol.com/coqu..
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
ulostcontrolulostcontrol   03 mars 2017
En prison, il y a deux sortes de temps, qui suscitent des sentiments contraires : le temps présent, lent et pesant ; le temps passé, les jours, les mois, les années en prison... un temps rapide, impalpable. Soudain tu te rends compte, tu te dis : Quoi ? Ça fait cinq ans que je suis là, sept ans, dix ans ! Je n'ai pas senti passer tout ce temps. Dieu, comment toutes ces années ont-elles pu filer comme un éclair ?
Tu réfléchis, tu comprends que c'est parce que, pris dans cette foule de détails quotidiens, tu as rarement le temps de compter les jours et les ans. Et puis c'est comme les coups de fouet : si tu commences à compter, tu es sûr de flancher. Si tu te mets à graver des séries de bâtons dans le mur pour noter les jours, tu flanches ou tu perds la raison. (p.165)
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