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Elena Balzamo (Traducteur)
ISBN : 2878583523
Éditeur : Viviane Hamy (13/01/2011)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 86 notes)
Résumé :
Au royaume de Cédric X, les traditions sont immuables, notamment " l'heure du roi ", au cours de laquelle le souverain, à cheval, fait le tour de la ville, salue ses sujets, puis rejoint le château. Lorsqu'à partir de 1939 la folie hégémonique du Grand Reich se déploie, le royaume miniature subit aussi l'invasion. Le vieux monarque voit s'amenuiser le sens de ce qui a constitué sa vie et celle de sa lignée, qui remonte loin dans les brumes du temps. Il courbe pourta... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  02 mars 2015
Boris Khazanov nous met la main sur l'épaule et nous pose une question en nous regardant droit dans les yeux. « Vous êtes capables de défiler par millions en brandissant à qui mieux mieux des écriteaux : JE SUIS CHARLIE. Mais seriez-vous capables de défiler tous comme un seul homme avec une étoile jaune sur la poitrine où l'on pourrait lire inscrit en typographie fraktur : JE SUIS JUIF ? »
Car elle est là, la vraie question. Y aurait-il eu toutes ces rafles si chacun avait apposé l'étoile de David lorsqu'il s'est agi d'étiqueter les Juifs comme du bétail pour en assurer la traçabilité ? L'auteur nous dresse le portrait d'un souverain imaginaire, Cédric X, d'un pays imaginaire — mais qui m'évoque fortement le Liechtenstein — durant la seconde guerre mondiale.
Ce faisant, le royaume-confetti est envahi en bonne et due forme par l'armée surpuissante du Reich et soumet le roi Cédric X, de même que tout son peuple, à l'asservissement et au silence. Peu de heurts se font sentir car face à l'inégalité des forces en présence, le roi Cédric a l'intelligence de ravaler son orgueil et de faire en sorte que les envahisseurs soient apaisés afin d'épargner sa population.
Cependant, le bon roi Cédric X périra lamentablement, exterminé par les nazis d'Hitler pour la bonne et simple raison qu'au moment où ce dernier réclamera le port de l'étoile jaune pour tous les ressortissants juifs du royaume, le roi se montrera publiquement avec son épouse, l'un et l'autre sertis d'un soleil d'or à six branches sur la poitrine. Ce geste fort et symbolique sera ensuite relayé par la population dévouée à son brave souverain.
L'auteur reste flou sur le déroulement ultérieur de cette fiction, nous laissant entendre que ce geste sauvera les Juifs du royaume mais coûtera la vie au roi Cédric X. C'est très habilement fait de la part de Khazanov, l'écriture est mordante, ironique, satirique, parfois cynique sous des airs de relative bonhomie. Il y insert aussi un passage quelque peu étonnant où, le roi étant aussi un urologue réputé, Hitler en personne vient le consulter pour des problèmes d'érectilité difficile.
En fait, sous couvert de parler du IIIème Reich allemand, l'auteur nous évoque en définitive l'U.R.S.S. d'après-guerre, notamment des années 1960-1970, qui elle aussi brillait par un antisémitisme ambiant, un laisser-faire scandaleux alors même que beaucoup des pères de la Révolution d'Octobre étaient pourtant des Juifs. En somme, une forme d'ingratitude comparable à celle d'Hitler trucidant Cédric X alors même qu'il était venu le consulter pour ses problèmes intimes.
Khazanov a raison, et plus que jamais, de dénoncer cette forme d'antisémitisme sournois qui consiste à se dédouaner sous prétexte qu'on n'est pas celui qui commet les actes antisémites. C'est effectivement un manque d'empathie et une cécité sélective qui affecte beaucoup de nos dirigeants, et de façon élargie, beaucoup d'entre-nous. Les événements récents prouvent, s'il en était besoin, que l'antisémitisme n'est pas éradiqué en France (comme à de nombreux endroits du monde, d'ailleurs) et que le sujet doit continuellement être remis sur la table. Tant que la situation ne sera pas devenue acceptable, elle ne doit pas être acceptée et un ouvrage comme L'Heure du Roi nous invite et nous enjoint à rester vigilants.
La communauté juive a mille fois raison de braquer les projecteurs sur cette situation et de dénoncer tant le manque d'empathie que cette cécité sélective. Honte à nous si nous ne parvenons pas à endiguer, dans un premier temps, puis à éradiquer, dans un second temps cette tendance nouvelle resurgie du fond des âges qu'est l'antisémitisme.
Mais ceci étant dit, permettez-moi d'insister aussi sur le fait que quand on parle de braquer les projecteurs, de manque d'empathie et de cécité sélective, cela doit concerner tout et tout le monde et pas seulement la communauté juive. À ma connaissance, il n'y a jamais eu, dans l'histoire contemporaine d'après-guerre, période à laquelle écrivit Khazanov (L'Heure du Roi fut publiée sous le manteau en Israël en 1976 après avoir été écrite, vraisemblablement à la fin des années 1960) de soulèvement d'importance et de prise de position massive de la communauté juive pour réclamer la fin de la ségrégation des Afro-Américains aux États-Unis dans les années 1950-1960, par exemple. Je n'ai jamais entendu parler de soulèvement massif de la communauté juive pour dénoncer et concourir à mettre fin aux discriminations raciales aux plus belles heures de l'apartheid à SOWETO.
(Un article du Monde Diplomatique de décembre 2017, " Lente progression d'Israël en Afrique " affirme même qu'Israël a soutenu l'Afrique du Sud de l'apartheid contre l'ANC de Nelson Mandela, qu'elle importait des diamants alors que le pays était officiellement sous embargo international pour cause d'apartheid, preuve d'un degré d'empathie que je qualifierais d'assez faible de la part de la communauté juive d'Israël vis-à-vis des populations noires opprimées dans les années 1970.)
Toujours à titre d'exemple parmi beaucoup d'autres, j'aurais aimé qu'il incombe à un autre que Spike Lee de faire un film sur Malcolm X et la condition noire aux USA, un blanc peut-être, et pourquoi pas un Juif ? J'aurais aimé que d'autres, à la fin de ce film notamment, d'autres que des petits noirs sud-africains accompagnés de Nelson Mandela disent en choeur : « Je suis Malcolm X. » À sa façon, Spike Lee a fait pour la communauté noire ce que Boris Khazanov a fait pour la communauté juive et c'est ça qui me rend triste. Est-ce donc toujours un membre issu de la communauté en question qui doive soulever les problèmes et dénoncer nos manques d'empathie et notre cécité sélective ? (Je suis d'autant plus admirative de John Stuart Mill qui a eu le courage, l'audace et l'humanisme d'écrire L'Asservissement des Femmes alors que tous les échelons des divers pouvoirs étaient rigoureusement réservés aux seuls hommes.)
Comment se fait-il qu'en France, tous les mois ou à peu près, on nous diffuse sur les ondes un documentaire sur la Shoah ou la rafle du Vél d'Hiv et que dans le même temps les mêmes ondes restent curieusement muettes sur les massacres perpétrés par les Français en Algérie à Sétif, Guelma et Kherrata ? Comment se fait-il qu'on parle tant de l'un et si peu de l'autre ? si peu du génocide arménien ? si peu du génocide cambodgien perpétré par les Khmers rouges ? Est-ce imputable à la sur-représentativité de la communauté juive dans les métiers de la communication et les média français ?
Qui parle de la ségrégation raciale actuelle des populations noires de Colombie, parquées sur les côtes (surtout le Chocó) dans des conditions de vie déplorables, à pêcher misérablement comme pouvait le faire le héros du Vieil Homme Et La Mer d'Hemingway, alors que dans le même temps, Bogotá, peuplée essentiellement de blancs ou de populations métissées amérindiennes vit à l'heure des hautes technologies avec un revenu moyen incomparablement supérieur ? Qui le dénonce ? Qui s'en soucie ? La communauté juive pas plus qu'une autre et ce n'est qu'un malheureux exemple pris parmi des centaines et des centaines d'autres.
Donc, oui, l'on a raison de braquer les projecteurs et de souligner tant le manque d'empathie que la cécité sélective d'une partie de la population sur le drame qu'en vit une autre, mais si l'on braque les projecteurs, par soucis d'équité et de prise en comptes des problèmes de toutes les communautés, qu'on les braque simultanément dans toutes les directions et pas seulement sur son propre giron. Il n'y a pas de discrimination ou de xénophobie plus scandaleuses que d'autres. Au moins une fois il y aura une vraie équité entre communautés : ces discriminations et xénophobies sont toutes aussi écoeurantes les unes que les autres.
Les statistiques de la discrimination à l'embauche des moins de 25 ans publiées ce mois-ci en France l'attestent et le prouvent une fois encore. Donc lisons Khazanov et tirons-en des conclusions générales pour l'ensemble de l'humanité et pas seulement concernant la seule communauté juive. Mais bien évidemment, ceci n'est qu'un avis, non communautariste, c'est-à-dire bien peu de chose par les temps qui courent…
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Accalia
  28 août 2012
Ce tout petit livre qui ne paye pas de mine, dont l'auteur m'était complètement inconnu, ce petit livre est un chef d'oeuvre!
Il contraste étrangement avec les grands romans russes, ces pavés et toutes ses fresques romanesques…Ici l'auteur mélange les genres et il est à la fois un roman contestataire russe, une sorte de parodie, un roman philosophique… Quand on commence à le lire, on pense d'abord à une parodie…Quand on arrive à la fin, on se rend compte qu'on est en face d'un roman philosophique.

Ce livre est quand même une grande critique de l'Union Soviétique et de ses crimes…L'auteur utilise le Reich et Hitler, mais le parallèle est vite fait avec un autre envahisseur …on va dire que le thème de dictature n'est pas tout à fait étranger à la Russie, de même que “régime totalitaire”.

J'ai bien aimé retrouver tous ses parallèles…ici on ne cite pas le nom du pays, un petit pays ridicule de taille, dont tout le monde se moque…à l'époque du Reich, c'était les Pays-Bas ? le Danemark ? Dans le quotidien de l'auteur…c'est l'Estonie ? La Lettonie ?

Le Roi, au début du roman montre à son peuple la marche à suivre : Il ne fait rien. Surtout ne pas provoquer, ne pas déclencher de crise, laissez aller, se soumettre et attendre. Tout finira par se passer bien.

Donc il ne fait rien et tout le monde suit et comprend son comportement…mais comment alors expliquer la fin ? Que s'est-il passé ?

[Attention, je dévoile la fin]

L'auteur nous fait remarquer avec justesse qu'il y a une différence entre se savoir libre et utiliser cette liberté.

Le Roi était étroitement lié à son pays, ses sujets, il les représentait, il était l'exemple pour tous. Mais durant une de ses promenades, durant 15 minutes, il a utilisé sa liberté et il a montré ce qu'il pensait de cette stigmatisation des juifs. Sans bruit, sans éclats, sans même parler, main dans la main avec sa femme, il a fait sa promenade habituelle…Seulement, il avait cousu une étoile de David sur son manteau et sa femme avait fait de même.

Cet acte, insensé et provoquant lui a couté la vie…sa femme et son fils ont été envoyé en camps de concentration…ce fut un geste pour ne rien faire finalement…quel est l'intérêt de faire ça ? Une fois mort, est ce que cela a vraiment servi à quelque chose ?

On serait tenté de dire non, surtout que son geste a resserré la dictature et les effets négatifs de celle-ci…Est-ce qu'il ne vaut mieux pas survivre et ne pas commettre des gestes stupides et extravagants qui ne changeront finalement pas grand-chose ?
Ne vaut-il mieux pas baisser la tête et essayer d'oeuvrer dans l'ombre, que de faire un “beau et grand geste”, quitte à en mourir ? le temps de ce genre de héros n'est-il pas passé ? Qui trouverait encore, comme Achilles que mourir jeune mais connu (pour des milliers et milliers d'années) est un destin enviable ?

Qu'est ce qui est plus important finalement ? La responsabilité individuelle envers notre intégrité, ou notre responsabilité envers les autres ? C'est tellement simple de dire qu'on n'a pas le choix, qu'on est obligé, mais on a tout le temps le choix. Ce sont juste les conséquences qu'on n'arrive pas à assumer (et souvent à juste titre !).

“Le roi avait seulement cédé à une lubie” Il n'y a pas de réponses dans ce livre, c'est au lecteur de trouver celle qu'il préfère. Tout ce qu'on sait finalement, c'est que le Roi a cédé à une lubie. C'est tout. Et c'est ce qui rend ce livre encore plus formidable, je trouve, cette absence de réponse.

Il y avait un autre passage assez étrange dans ce roman…la rencontre du Roi avec Hitler, dans un cadre médical. le Roi est presque déçu une fois devant lui…Ce n'est pas un Dieu, ni un surhomme, c'est juste un homme ordinaire habité par le démon -comme il dit – et qui se sent aussi mal à l'aise et respectueux envers son médecin que n'importe quel autre personne…Le Roi avait l'impression d'être trompé, de se retrouver devant un usurpateur d'identité…

———————————–
J'ai eu du mal à faire cette critique. Ce livre m'a beaucoup touché et je me rends compte en me relisant que cela ne se voit pas tant que ça, mais que je serais incapable de la recommencer autrement. Je le conseille vivement à tous, il fait partie des livres qu'il faut avoir lu je trouve.
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Missbouquin
  02 mars 2015
1940. Un petit pays (imaginaire), coincé au de l'Europe, est envahi par l'armée allemande. Nation pacifique, pratiquement sans armée, menée par un roi vieillissant, elle n'oppose aucune résistance et continue tranquillement une vie sans violence ni passion. Jusqu'au jour où ce roi, dont on n'attend rien à part qu'il continue les mêmes traditions que son père et son grand-père, va bouleverser ce petit monde, par le geste a priori le plus absurde qui soit.
1977. En pleine guerre froide, alors qu'on sort tout juste du Printemps de Prague et des premières révoltes contre l'ordre soviétique, Boris Khazanov publie ce petit roman dans une revue israélienne. Interdit en Russie, il circulera sous le manteau, avant de parvenir jusqu'à nous, et d'être traduit en français, trente ans plus tard ... pour notre plus grand plaisir ! Un roman qui se lit d'une traite, dans un souffle, un peu à la manière d'un conte : en effet, il est à la fois dans le temps (on est en 1940, en pleine Seconde guerre mondiale), et hors du temps (un pays qui n'existe pas vraiment - même s'il prend des traits à la fois du Danemark et des Pays-Bas). Cette double situation, atypique, lui donne une profondeur et une portée supplémentaire, celle d'un acte de foi de la part de l'auteur, qui fait de ce pays un exemple illustrant l'absurde de Camus, et qui explique pourtant toutes les résistances à l'oppression, depuis le début des temps.
"L'absurde possède une capacité à s'intégrer à la réalité, à y acquérir une sorte de légitimité, de la même façon que, dans la cervelle d'un fou, le délire et les fantasmagories cohabitent avec un reste de bon sens suffisant pour lui permettre de vivre parmi les gens sains d'esprit."
En effet, si les thèmes de la dictature et de l'antisémitisme nous semblent aujourd'hui rebattus, il est essentiel de remettre ce roman en contexte, comme j'ai déjà commencé à le faire au début de cet article : alors que l'antisémitisme est de rigueur dans une URSS dictatoriale, publier un tel roman n'est bien sûr pas anodin ... Boris Khazanov y met toutes ses idées, qui lui ont valu 8 ans de travaux forcés en 1949, alors qu'il participait à un mouvement anti-soviétique.
En bref, un roman d'une grande intensité, à découvrir sans tarder, tant pour son thème que pour la plume de Khazanov, qui nous emporte avec un humour distancié, presque léger, dans l'histoire de ce roi atypique, auprès de ce petit pays qui ne demandait rien à personne, et qui semblait si impuissant ... Une fable saisissante, qui réinterroge sur la valeur de la résistance.
Merci à Accalia pour cette découverte !
Lien : http://missbouquinaix.com/20..
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ivredelivres
  01 février 2011
C'est grâce à la sortie en format poche que mon attention a été attirée par ce livre. Un grand merci à l'éditeur car c'est un livre formidable que celui-là.
Le Troisième Reich tout puissant envahit les pays d'Europe les uns après les autres. le royaume du roi Cédric est sur sa route, " un pays désarmé et impuissant " et "guère plus vaste qu'un bec de moineau "
La population est prise par surprise par cette invasion, le vieux roi baisse la tête, la population fait connaissance avec le rationnement, le travail obligatoire, le couvre-feu.
Le roi est effondré, adepte de l'ordre il craint les réactions de l'occupant et demande à son peuple la prudence et à la jeunesse de "s'abstenir de toute action susceptible de compliquer les rapports avec les autorités occupantes ".
Le roi est petit à petit déchu de ses fonctions, privé de son pouvoir, moqué par l'occupant , il se met à faire des cauchemards.
Les sujets du roi subissent l'occupant " Ils s'accommodaient du nouvel état de choses comme un malade qui revient à lui après une anesthésie et qui apprend qu'on l'a déjà opéré et qu'il ne lui reste plus qu'à vivre sans les jambes " mais ils ne collaborent pas vraiment, les délations sont insuffisantes au goût de l'occupant.
La cavalerie royale va même tenter de s'opposer aux blindés des nazis !
Comme dans toute l'Europe occupée des brimades, des humiliations sont imposées à la population. C'est une décision de l'occupant qui va provoquer un sursaut chez le roi, un réveil de l'honneur, une prise de conscience de sa responsabilité.
Je vous laisse découvrir la suite de ce récit très court, écrit comme un conte philosophique ou comme une fable moderne. Ce texte d'une grande finesse, allie simplicité et puissance, en quelques pages tout est dit sur le totalitarisme, sur le courage, sur la peur, sur la dignité de l'individu.
Les leçons de ce livre sont intemporelles. Que peut l'individu face à la suppression de la liberté, notre impuissance nous dédouane-t-elle de toute responsabilité.
Ce sont des thèmes universels que Khazanov présente ici, lui l'écrivain qui a passé plusieurs année au Goulag
L'histoire de ce livre est exemplaire, publié sous le manteau dans les années 70 en Russie, il est lu par Elena Balzamo et circule par le samizdat. Elena Balzamo n'entend plus jamais parler du livre, aujourd'hui elle assure non seulement la traduction mais aussi une postface, belle revanche.
Lors de sa parution en 2005 les critiques ont salué ce " pur bijou d'humanité " "Un livre en dehors du temps, qui mérite de rester au chevet de toutes les consciences"
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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lilianelafond
  08 avril 2017
L' Heure du roi
Boris Khazanov met en scène l'invasion et l'occupation d'un royaume imaginaire par les nazis. Une réflexion sur la capacité d'un individu à lutter contre la barbarie.
Il y a des auteurs qui fâchent les puissants. Boris Khazanov en fait certainement partie. Ses oeuvres ne sont toujours pas publiées en Russie où elles circulent sous le manteau. Elles sont en revanche abondamment diffusées en Allemagne par l'éditeur DAV. C'est d'ailleurs dans des écrits clandestins que L'Heure du roi a connu ses premiers lecteurs russes, dont Elena Balzamo, traductrice du livre pour les éditions Viviane Hamy. Dans sa postface, elle souligne d'ailleurs que les thèmes chers à l'écrivain ne pouvaient pas être abordés, ni même simplement nommés en Russie : censure oblige. Khazanov a en effet rompu avec la tradition séculaire des romans fleuves à la Dostoïevski. Il délaisse un courant réaliste qui construit les relations entre les personnages en se fondant sur leur position sociale pour se consacrer à l'étude des mentalités et de l'individu.
Malgré son pouvoir, d'ailleurs très limité, le roi dont il parle est ainsi un homme comme les autres. Dans son royaume, situé au nord de l'Europe, il assiste impuissant à l'entrée des troupes nazies. En quelques heures, le minuscule État est occupé. La population se réveille dans la dictature, sans avoir l'impression d'avoir vécu une révolution : " Ils s'accommodaient du nouvel état de choses comme un malade qui revient à lui après une anesthésie et qui apprend qu'on l'a déjà opéré et qu'il ne lui reste plus qu'à vivre sans les jambes ". La fin des libertés a pourtant bien du mal à s'installer dans un pays qui ne vit pas dans le culte du secret, ni même dans celui de l'Ennemi omniprésent et irréductible prôné par l'occupant. Les nazis éprouvent les plus grandes peines du monde à obtenir des habitants qu'ils s'adonnent à la délation. Qu'à cela ne tienne, tout est organisé pour faire pression sur le roi, l'humilier dans sa fonction et obtenir de lui une collaboration sinon active, du moins passive. Confronté à sa responsabilité dans les actes xénophobes, le souverain déchu vacille. Il semble tout d'abord accepter la défaite. Il exhorte même " son peuple, et avant tout la jeunesse à s'abstenir de toute action susceptible de compliquer les rapports avec les autorités occupantes ". La charge désespérée de la cavalerie royale contre des troupes motorisées, les mises en scène grotesques du nouveau pouvoir et enfin les brimades imposées aux juifs, contraints de porter l'étoile jaune, auront raison de sa léthargie. Arborant à son tour la terrible étoile jaune, il arpente, à pied et non plus à cheval, les rues de sa capitale, à la plus grande surprise de ses sujets. Un acte de résistance individuel pur qui ouvre toute une série de questions. A-t-il pensé aux représailles ? Sa sortie certes héroïque peut-elle changer l'attitude de ses concitoyens ? Ne plonge-t-il pas le pays dans l'horreur en provoquant les nazis ?
L'auteur laisse ses questions ouvertes, mais a bien évidemment choisi son camp. Khazanov, qui a passé plusieurs années dans les goulags soviétiques, élargit ainsi son interrogation. Dans les anciens pays de la dictature communiste, son récit parle aux opprimés, victimes d'un État totalitaire et lui aussi antisémite : une des raisons de son interdiction, sans doute. En proposant une réflexion sur le pouvoir de l'individu dans un système autoritaire, il rend possible la formation d'une conscience politique. Un acte inacceptable pour qui souhaite noyer le citoyen dans une masse obéissante. Diffusé à partir de 1976, L'Heure du roi reste un exemple d'engagement littéraire, une oeuvre entre le roman et l'essai, le conte moderne et le récit philosophique. Un livre en dehors du temps, qui mérite de rester au chevet de toutes les consciences.
L'Heure du roi
Boris KhazanovTraduit du russe
Lien : http://www.lmda.net/din/tit_..
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   05 mars 2015
Dans cet article […] les lecteurs reconnurent sans peine le style flamboyant du célèbre penseur du Reich, Ulrich Lohe — qu'on appelait la " conscience du siècle " —, à l'époque général SS et directeur adjoint du Département des Recherches Théoriques au Service Principal de Sécurité.
« Cet effondrement, continuait Ulrich Lohe, était rendu inéluctable par les dix siècles de son histoire. Les fameuses Écritures — à la fois histoire de cette nation et credo par lequel (par e biais du Tout-Puissant) elle se proclame le peuple élu —, la peignent telle qu'elle est : un peuple élu de criminels, car il s'agit là d'une suite interminable de meurtres, de fraudes et d'incestes.
N'importe quelle autre lecture alternative de la Bible l'accablerait tout autant, car même si ce peuple y avait inscrit les commandements du bien (comme l'affirment ses avocats), il a été le premier à les violer. La malédiction qui le frappe consiste, entre autres, en ce que tout parle contre lui : aussi bien les preuves d'accusation que leur réfutation. Qu'on prouve cela ou son contraire, ce peuple, ce peuple n'en reste pas moins coupable.
Coupable du crime contre l'humanité pour avoir tué son messie Jésus-Christ mais également pour avoir fondé et propagé la christianisme. Coupable aussi bien du point de vue des chrétiens que de celui des athées. Souillé par le sang de l'Homme Dieu, il porte la responsabilité de l'avoir engendré tout autant que celle de sa non-existence, si cette non-existence est un jour démontrée. En fin de compte, la malédiction qui pèse sur lui consiste précisément en ce qu'il est coupable du fait même qu'il peuple la terre.
Après sa déchéance, il s'est infiltré parmi les nations pour y semer des graines de déclin et de décomposition, entreprise qui aurait réussi si les peuples nordiques ne l'avaient déjouée à temps. Ils ont percé à jour ces étrangers, vifs, rusés, débrouillards, extraordinairement vivaces, prodigieusement prolifiques, bien que physiquement débiles, avec leur front fuyant et dégénéré, leurs yeux fureteurs, leur long nez crochu ; ces individus enclins à la schizophrénie, au diabète, aux maladies des pieds et à la syphilis. Les jeunes nations européennes ont pris des mesures : en moins de deux cents ans, entre le début du XIVe siècle et 1497, ce peuple a été chassé d'Allemagne, de France, d'Espagne et du Portugal.
Pour une seconde fois, il fut alors possible de s'en débarrasser pour toujours, mais les nations n'ont pas profité de l'occasion. Grâce à leur débrouillardise congénitale, les Juifs ont vite rattrapé le temps perdu. Avec une énergie formidable, ils se sont mis à nuire partout où ils le pouvaient, en militant pour le progrès bourgeois, pour la démocratie, tout en consolidant leur puissance financière. Ils ont mis la main sur le commerce et les crédits : avec une perfidie bien calculée, ils se sont infiltrés dans la médecine, ont instauré le monopole sur les métiers et gagné la confiance des grands par leurs conseils pernicieux. À qui, sinon aux ploutocrates juifs, faut-il demander les comptes des malheurs qui ont frappé l'Europe et les reste du monde durant ces derniers siècles ? Dans les ténèbres de leurs synagogues, ils célébraient leurs triomphes ; dans leur joie vengeresse, ils communiaient avec l'hostie préparée, comme cela a été démontré d'une façon irréfutable au XIIe siècle déjà, avec le sang des enfants innocents.
Parmi les conséquences les plus néfastes du progrès bourgeois libéral, il faut compter les droits civiques accordés aux Juifs d'abord en Amérique, ensuite en France lors de la Révolution bourgeoise que les Juifs eux-mêmes avaient inspirée. Ce qui eut pour conséquence l' "enjuivement" radical des nations en question. Progressivement, partout en Europe, les Juifs s'emparèrent des droits civiques, en sorte qu'au début de notre siècle, deux pays seulement conservaient le sain instinct de l'autodéfense : la Russie et la Roumanie, même si par ailleurs, cette dernière n'est pas irréprochable…
Le résultat de tout cela fut une "assimilation apparente " des Juifs. La capacité de se faire passer pour des gens ordinaires figure parmi les traits les plus dangereux du mimétisme judaïque. Cependant, la "substance" du peuple juif n'a pas changé. Ni dissoute ni modifiée, elle a conservé intacte sa force funeste, comme le montre l'exemple de la pseudo-révolution bolchevique dont les chefs principaux étaient, comme on le sait, tous des Juifs.
Aujourd'hui, les nations ont de nouveau une chance d'accomplir leur tâche historique et de secouer le joug juif. Les modalités de cette tâche ont pu être définies avec précision grâce aux découvertes de la génétique. La grande révolution national-socialiste de février a indiqué le chemin à suivre. La conscience révolutionnaire des nations, l'humanité progressiste tout entière ne peuvent plus supporter la domination du capital ploutocratique juif, ni le complot international sioniste. "Prolétaires de tous les pays, réunissez-vous pour la lutte contre la juiverie." Les peuples demandent d'en finir avec l'ennemi juré du genre humain, le sionisme mondial. Les peuples demandent d'en finir avec l'oppression. "Samuel, va-t-en !" disent-ils avec fermeté. "Rebecca, fais tes valises !" »

Chapitre 15.
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Nastasia-BNastasia-B   20 janvier 2015
Comme lors des campagnes précédentes, l'invasion se déroula sans surprise pour le commandement, en stricte conformité avec le plan. […] Vers cinq heures du matin, une colonne de motards apparut sur la voie menant au poste frontière. Ils roulaient en première, quatre par quatre, les mains collées au guidon, suivis d'énormes véhicules blindés tonitruants, qui avançaient en creusant des trous dans la chaussée ; derrière eux, une limousine transportait le guerrier en chef, alors que les officiers de l'état-major fermaient la marche, doucement brinquebalés dans leurs voitures. Cela surgissait du brouillard comme engendré par le néant. Le poste frontière : deux poteaux reliés par une barre transversale. À côté de la route se dressait une maisonnette en brique à un étage. Lorsque le premier quatuor, dont les casques gris-vert évoquaient des pots de chambre renversés, eut atteint le passage à niveau, le garde-frontière en costume d'opérette, debout à côté de la manivelle, n'eut aucune réaction : majestueux, une hallebarde à la main, svelte et immobile comme sur une carte postale, il fixait l'horizon d'un regard exalté et limpide. Un sous-officier dut descendre pour actionner lui-même la manivelle. La barrière colorée remonta avec un grincement mais, à mi-chemin, se coinça, et le sous-officier, éructant, jurant, secoua la poignée de la machine rouillée dans tous les sens. Un retard menaçait de compromettre le déroulement impeccable de l'opération minutée avec précision.

Chapitre 1.
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Nastasia-BNastasia-B   15 janvier 2015
Du point de vue d'un être humain, l'affaire relevait de l'absurde. La répugnance et la tristesse que fit naître l'identification avec un pays enfant renversé d'un coup de poing par un bandit plongèrent Cédric non dans le désespoir, mais dans un état connu des malades mentaux : le sentiment d'irréalité. Comme s'il n'avait été jusqu'à présent qu'un spectateur, confortablement installé dans son fauteuil, fixant la scène où l'on représentait la pièce d'un écrivain d'avant-garde devenu fou : subitement, les comédiens descendent des tréteaux, un pistolet dans chaque main, et dévalisent le public. Or, incontestablement, le spectacle absurde dont le souffle naissait précisément de son invraisemblance totale, n'était pas une mystification, ni du délire, ni une fiction littéraire, mais la vraie réalité.

Chapitre 4.
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Nastasia-BNastasia-B   04 mars 2015
Le chef d'entreprise se présenta devant lui en tricot de corps bleu ciel et chaussettes de soie ; sur un signe du médecin qui voulait procéder à un examen général, il souleva le tricot d'un geste pudique et soumis, pour découvrir une poitrine flasque embellie d'un dessin représentant un long poignard à manque recourbé et de l'inscription " Mort aux Juifs ", tatouée, bien entendu, dans la langue maternelle du propriétaire. Le tatouage confirmait l'hypothèse sur les origines démocratiques du chef d'entreprise. Sur l'avant-bras gauche on découvrait un cercueil et un cœur transpercé, surmontés d'une seconde devise : " Es gibt kein Glück im Leben. " (Il n'y a pas de bonheur dans la vie.)
Légèrement embarrassé, le malade murmura quelque chose sur les égarements de la jeunesse…

Chapitre 14.
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Nastasia-BNastasia-B   14 janvier 2015
L'ambassadeur du Reich présenta un mémorandum au gouvernement. Le document expliquait en substance que, soucieux de préserver la paix en Europe, l'Empire avait estimé nécessaire de protéger le pays en question de l'agression des alliés occidentaux ; si le gouvernement ne partageait pas cette analyse, tant pis pour lui : l'État concerné serait effacé de la carte en l'espace de dix minutes. Il allait de soi que la référence à l'agression des alliés occidentaux aurait pu être remplacée par n'importe quelle autre formule, et même par son contraire : le texte n'avait rien à voir avec le fond de l'affaire, le document lui-même n'étant que le tribut rendu aux usages dont les autorités du Reich se souvenaient de temps en temps et d'une façon parfaitement imprévisible.

Chapitre 2.
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