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ISBN : 2715232349
Éditeur : Mercure de France (27/10/2011)

Note moyenne : 4/5 (sur 7 notes)
Résumé :
" L'intention de raconter les forêts de mon pays incendiées par quinze années de guerre a tourné court. Des personnages ont surgi au fil de l'écriture, ont pris d'assaut les poèmes. Enfants vêtus d'écorce. Mères faites du même bois que la table. Ils ont poussé les murs, disloqué les maisons, fraternisé avec les arbres, partagé leurs peurs et leurs jeux."
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
Dixie39
  26 janvier 2015
De quel bois sont faites les mères ?
Moins que rien dans les yeux des hommes, plus que tout dans ceux des enfants.
Ces enfants qui grandissent...
« Mère de rien du tout
qui traverse les années avec son tablier décoloré
une serpillière dans une main
sa dignité dans l'autre »
C'est cette figure maternelle, que Vénus Khoury-Ghata nous illustre dans les poèmes de ce recueil, tout en ombre et lumière. La femme et mère cimente les coeurs et tisse à travers ses larmes et ses colères, ses courages et ses peurs, les destins des petits qu'elle abrite et nourrit. Parfois insignifiante et transparente, à d'autres, forte comme un roc, elle n'en reste pas moins un des piliers, si ce n'est LE pilier de la maison.
Mais Père et Enfants en ont-ils vraiment conscience ? La Mère semble souvent porter son (le) monde à bout de bras dans l'indifférence et le mépris.
« A genoux devant l'âtre
la mère injuriait les flammes quand un sarment trop vert faisait des étincelles
elle avait un compte à régler avec le froid
avec ses reins
quatre enfants suspendus à ses hanches
un sol vomisseur de boue et de poussière
le balai fidèle compagnon
quitté à ras de tombe »
Après la lecture des « obscurcis », j'ai retrouvé avec plaisir et questionnement cet univers foisonnant mais tellement beau, féroce – déstabilisant – à travers les mots sublimes de Vénus Khoudry-Ghata.
La maison, thème tout aussi central et mystique (mythique ?) que la mère sous la plume de l'auteure, a quelque chose de fascinant. Elle est « animée », sans qu'on sache définir avec certitude « la couleur » de cette âme : Maison aux pieds des arbres de la forêt qui l'enserrent, ses murs gardent ou rejettent, retiennent ou libèrent, vont et viennent, suivant un mécanisme dont les rouages obscurs nous échappent.
C'est une lecture qui reste ouverte, déroute et attise le plaisir des mots, sonorité et sens imbriqués pour un constat beau mais souvent amer.
« Penchée au dessus de mon épaule
la morte analphabète surveille ce que j'écris
chaque ligne ajoute une ride sur mon visage
(…)
Assis sur le même seuil
les mots de ma langue maternelle me saluent de la main
je les déplace avec lenteur comme elle le faisait de ses ustensiles de cuisine
marmite écuelle louche bassine ont voyagé de mains en mains
quels mots évoquent les migrations d'hommes et de femmes fuyant génocides sécheresse faim
enfants et volailles serrés dans le même balluchon parlaient-ils
l'araméen caillouteux
l'arabe houleux des tribus belliqueuses
ou la langue tintant telles billes de verre dans nos poches d'enfants »
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paroles
  07 juillet 2014
Prenez le temps. Lisez lentement. Attardez-vous sur les mots de Vénus Khoury-Ghata et petit à petit, s'ouvrira devant vous une large palette d'émotions.
Ce livret-ci est essentiellement un hommage à la mère, aux mères, aux enfants qui s'échappent du nid familial. L'image du père est difficile, violente, est-ce dû à ce qu'a vécu son auteur ? Sans doute.

C'était hier
il y a très longtemps
la colère du père renversait la maison
nous nous cachions derrière les dunes pour émietter ses cris
la Méditerranée tournait autour de nous comme chien autour d'un mendiant
la mère nous appelait jusqu'au couchant
ça devait être beau et ce n'était que triste
les jardins trépassaient plus lentement que les hommes
nous mangions notre chagrin jusqu'à la dernière miette
puis le rotions échardes face au soleil

Une bien belle découverte...
Vénus Khoury-Ghata, d'origine libanaise, est une femme de lettres française. La poésie occupe une grande place dans la culture libanaise et l'auteure l'apprécie dès son plus jeune âge.
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Cath36
  09 août 2012
De la poésie de haut vol ! J'ai vu le moment où j'allais finir par recopier tout le texte en guise de citations.... le choix est dur, tellement l'écriture est de qualité, les métaphores percutantes, dans un feu d'artifices d'images toutes plus belles les unes que les autres. Inattendues, surprenantes, déconcertantes, elles fascinent, subjuguent, tordent le cou de l'évidence pour nous entraîner dans un monde cohérent et beau où les souvenirs d'enfance entre joies et douleurs sont magnifiés dans un style presque épique, un peu à la manière d'un Saint John Perse. Chaque vers appelle le suivant, dans un mouvement de vagues qui nous fait avancer en eau profonde. Quelle belle manière de raconter le passé, et avec quelle maîtrise du langage et du vocabulaire :
" Poreux de silences retenus
Nous changions d'apparence avec les saisons
grandissions en écorce
Octobre nous affûtait
Décembre nous transformait en taches de rouille sur les hanches de
la maison" !
Un univers à la fois irréel et vrai où la forme, à la fois pure et complexe donne au sens à la fois profondeur et mystère, un peu comme chez Christian Bobin.
De la POESIE vous dis-je !
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Anassete
  21 mars 2012
Des textes qui sont très proches des sensations et qui évoquent beaucoup d'images pour définir les générations. La place de la mère est fondamentale et l'éclectisme des différents points de vue sur ce personnage ne la rend que plus humaine d'un côté et divine de l'autre avec l'évocation de la nature.
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Citations & extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
parolesparoles   09 juillet 2014
Nous étions certains de ne jamais mourir
Seuls meurent les vieillards et les coqs plumés pour le repas du dimanche
Meurent ceux qui se réfugient dans les photos épaissies par regrets et sueurs

Les photographes font-ils exprès de les couper à la taille
pourquoi ce sourire béat alors qu'ils sont enfermés entre deux pierres

Plus fiers ils nous tourneraient le dos et cesseraient de scruter nos assiettes lorsque nous mangeons leur silence à grand bruit tels des affamés
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Cath36Cath36   08 août 2012
Mains tendues par les ouvertures
Nous ramassions les passants attardés et les enfermions entre les
pages
telles fleurs séchées
le chiffon de la mère effaçait les pas
apaisait le désarroi de l'air
Des appels d'enfant criblaient les battants à la tombée du jour
Traversaient les livres
nous perforaient
comment retrouver la texture des pages et restituer l'ordre des
fenêtres
et des mains emmêlées
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parolesparoles   12 juillet 2014
Bras tendus vers le haut nous ramassions tous les rebuts du ciel
Nuages troués
Étoiles pétrifiées de la taille d'un caillou
Et parfois un ange élevé au grain que la mère plumait pour la fête

Les larmes de la mère n'étaient pas dues à la honte ni à la désapprobation des voisins
la mère pleurait le plein d'une bassine pour laver nos pieds prêts à s'échapper
nous étions plus grands que la maison
les cils des filles atteignaient la cime des arbres
les garçons partageaient la volubilité du lierre et sa capacité à enjamber la haie

Maudits les murs qui ne savent pas retenir les enfants
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CioranCioran   05 mars 2016
Nos livres étaient plus vieux que nous
Nous les feuilletions du regard de peur de casser leurs os
dans les deux sens pour que les mots s'ébrouent
dans l'obscurité quand la lune rapetissait
le livre de botanique était notre potager
un miroir le dictionnaire avec ses mots réfléchis
cachés aux regards malveillants les livres écrits par mégarde...
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Dixie39Dixie39   26 janvier 2015
Dormait sa propre épaule
Dans l'odeur épaisse de la sauge qui fait venir le sang récalcitrant
Croyait s'éloigner parce que la lune se déplaçait
boule d'obscurité la mère qui dormait
qu'elle nous appelait pour nous attabler autour de ses hanches
de saccager le nid du bourdon
barrer le chemin du père décider de nous répéter
de l'homme qui sortait du bitume pour lui faire des enfants de
chèvrefeuille qui grimpent sur les haies
des enfants de sureau pour cimetière désaffecté
visibles des chemins insomniaques
qui miaulent dans les soupentes de l'hiver
leurs yeux flaques d'attente
leurs baisers gravier lancé à la figure de leur géniteur
que sommes-nous pour raconter un père une mère alors que nous mourions
à chaque extinction de la lampe
et que nous n'avons pas cessé de mourir
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Videos de Vénus Khoury-Ghata (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vénus Khoury-Ghata
Vénus Khoury-Ghata – Assise sur son seuil. lu par Brigitte Agulhon.
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