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Knud Ferlov (Traducteur)Jean-Jacques Gateau (Traducteur)
EAN : 9782070353699
183 pages
Éditeur : Gallimard (15/02/1977)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 27 notes)
Résumé :
Cet ouvrage a été écrit en 1844, la même année où Marx rédigeait ses fameux Manuscrits de Paris : cette année est le symbole de la réaction antihégélienne, c'est-à-dire de la réaction antiphilosophique au sein de laquelle nous sommes encore plongés. le Traité du désespoir date de 1849.
Ce texte prépare la critique nietzschéenne, car ils manient la même ironie, prêtent la même attention au style philosophique, attaquent de front la tradition et ses principes l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Fabinou7
  30 janvier 2020
Alors, ami(e) babéliote, lire Kierkegaard est-ce vraiment "l'angoisse" ?
Un conseil, méfiez-vous des beaux et belles gosses des arts et des lettres. Vous aimez et c'est normal, vous noyer dans les yeux de Liszt sur un air de Liebestraum, caresser le blé en herbe avec Colette ou devenir moins étranger avec Camus…
Mais avec Kierkegaard le viking, ce grand et svelte danois, aux belles mèches blondes et son air juvénile, il n'en sera rien ! La plume de l'auteur du « journal d'un séducteur » vous perdra vite et l'engouement se changera en agacement. Conscient des difficultés du lecteur à le suivre dans ses raisonnements, il prévient : « si l'on ne me comprend pas, je n'y suis pour rien » !
Notre ami Søren, le séducteur existentialiste, s'écoute parler, est tour à tour pompeux, abscons pour le profane, irritant et irrité, notamment par ses confrères : « ce philosophe moderne inventeur d'une nouvelle preuve de l'immortalité de l'âme, mais incapable en danger de mort de la prouver faute d'avoir ses notes sous la main » ce qui rappelle également le mot de Nietzsche : “je fais cas d'un philosophe dans la mesure où il est capable de fournir un exemple”.
Mais pour autant je n'ai pas abandonné. Pourquoi ? Justement pour son style vigoureux et subtilement impertinent, très ardu mais résolument vivant.
Je m'interroge toujours sur la nature de l'angoisse, je ne sais pas vous, mais j'ai parfois l'impression qu'elle ne prend aucun recul. On peut être angoissé de la même façon, avec les mêmes « symptômes » pour les choses les plus graves comme les plus insignifiantes, comme si l'angoisse cherchait toujours un objet auquel se fixer. Et lorsqu'on l'observe un peu en nous, quand on arrive à se distancier d'elle, nous la trouvons souvent un peu excessive (donc insignifiante, pour emprunter le mot de Talleyrand). D'ailleurs, peut-être pourrait on tenter l'expérience du Monsieur Teste de Paul Valéry, et « créer une sorte d'angoisse pour la résoudre. »
« Quand l'oeil vient à plonger dans un abîme, on a le vertige, ce qui vient autant de l'oeil que de l'abîme, car on aurait pu ne pas y regarder ». le vertige de la liberté. Pour le philosophe, la notion d'angoisse est intimement liée à la liberté, au choix des possibles, et elle est perçue par l'homme comme quelque chose d'agréable et de désagréable à la fois. Ainsi, si le saut dans le vide ou en eau profonde peut générer de la peur, du fait du danger caractérisé, l’angoisse au contraire se manifeste par la crainte du saut dans l’inconnu, sans que le danger soit, par définition, connu.
L'angoisse serait ce délicieux et inquiétant vertige face à « la possibilité de ». Ainsi nous n'angoissons pas de la situation présente, aussi inconfortable soit elle, mais nous anticipons déjà – au lieu de la régler – ses éventuelles répercussions futures. L'angoisse se conjugue au conditionnel. C'est prototypique du refus de « l'instant présent » non ?
L'angoisse est tournée vers l'avenir, et si c'est le passé qui apporte l'angoisse « ce n'est point comme passé mais en tant qu'il peut se reproduire, c'est à dire redevenir futur. »
Le concept de l'angoisse sous-tend chez le philosophe copenhaguois une véritable réflexion de théologien, cependant critique à l'égard des dogmes et de l'Eglise politicienne. Ce dernier se livre à une généalogie de l'angoisse depuis la manifestation de celle-ci chez Adam, dans la Genèse. D'où un lien entre l'angoisse, la peccabilité et la faute, « l'individu, dans son angoisse non pas d'être coupable mais de passer pour l'être, devient coupable ».
L'angoisse nait avec la pomme. Elle est le ver dans le fruit. Avec la connaissance du Bien et du Mal, l'Homme devient libre, par ce que Kierkegaard appelle un « saut qualitatif » et se trouve à équidistance, comme encerclé, entre le Bien et le Mal.
« Fuir l'angoisse il ne le peut car il l'aime ; l'aimer vraiment non plus car il l'a fuit ». Pour l'auteur la défense de goûter au fruit défendu éveille le désir mais sans qu'Adam ait la pleine conscience de son libre arbitre. Cette liberté est en relation dialectique avec la faute. L'angoisse se matérialise dans la possibilité pour l'Homme de commettre une faute qui le ferait tomber dans le péché. le seul moyen de recouvrer sa liberté étant, pour l'existentialiste chrétien, le repentir. Est-ce à dire que l'angoisse n'existe pas dans la nature ? Qu'elle est sociétale ? Que ressent la proie face au prédateur, si elle doit tourner à gauche ou à droite pour s'enfuir ? Est-ce l'instinct ou le libre arbitre ?
Finalement, pour vaincre l'angoisse, à tout le moins la maîtriser, il faut retourner au fond de soi, ce que notre époque, à l'instar de celle de Kierkegaard (qui publie en 1844) ne permet pas aisément : « Bien que la lâcheté de notre époque fasse tout ce qu'elle peut pour, à coup de distraction et du vacarme d'entreprise à grosse caisse, écarter nos pensées solitaires, comme avec des feux, des cris et des cymbales on tient à distance les fauves dans les forêts d'Amérique. de la vient qu'aujourd'hui on n'en sache si peu sur les plus gros conflits intérieurs de l'esprit, mais d'autant plus en revanche sur tous ces bruits frivoles entre hommes qu'une vie raffinée de salons et de soirées amène avec elle. »
Une lecture a plusieurs étages donc, et faute d'avoir fourni les efforts nécessaires à la compréhension d'ensemble je suis encore au rez-de-chaussée, j'ai surtout cherché à picorer quelques scoops sur l'angoisse en essayant de lire d'un oeil la bonne dose de théologie doublée d'une fine couche d'érudite abscondité.
Reste cette question, qu'adresse l'auteur scandinave à son lecteur « D'abord pourquoi perdre le temps des autres en racontant ce que j'ai perdu le mien à apprendre ? »
Qu'en pensez-vous ? (Si vous l'avez lu, ravi d'échanger pour éclairer davantage mon lampion)
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Thaddeus
  10 mars 2015
À la lecture, je ne me rendais pas compte de l'intérêt que pouvait bien avoir ce livre. On s'endort en le lisant si l'on n'est pas bien réveillé. On a l'impression que Kierkegaard se répète constamment. C'est après coup et dans la réflexion que j'y ai trouvé un certain bénéfice. Voici ce que j'en ai tiré.
Dans le jardin d'Éden, Adam est tout ce qu'il y a de plus satisfait. Il respire la joie de vivre jusqu'à ce que Dieu lui ordonne : «Ne mange pas le fruit de l'arbre de la connaissance!» Dès lors, Adam n'est plus libre, puisqu'il y a maintenant une chose qu'il ne peut pas faire. Pour prouver qu'il est libre, il doit impérativement violer cette interdiction, cette loi. Cela en dépit des conséquences. L'angoisse vient de la connaissance de ce que nous devons faire pour prouver notre liberté, quand bien même cela doit nous anéantir. D'où l'idée que «l'angoisse est le vertige de la liberté». La liberté n'est pas un droit, mais un privilège pour celui qui sait se montrer digne d'elle.
Finalement, c'est un livre que je ne regrette pas d'avoir lu!
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Fabinou7Fabinou7   21 avril 2019
« Dans la vie assez souvent on vous parle de sérieux, celui-là le devient sur la dette publique, l’autre sur les catégories, un troisième sur le rôle créé par un acteur etc. que le sérieux se loge à telles enseignes l’ironie le découvre et y trouve de quoi faire car toujours devenir sérieux hors de propos est comique (...) Quand au contraire on est devenu sérieux au bon endroit, on prouvera justement la santé de son esprit en sachant traiter n’importe quoi aussi bien par sentiments que par blague. »
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ArnoTArnoT   13 avril 2014
L'idée que tout problème scientifique a besoin dans le cadre général de la science d'une place déterminée, d'un but à soi et de limites propres, ayant ainsi sa résonance harmonique dans l'ensemble, sa consonance légitime dans l'expression totale, cette idée-là n'est pas seulement un pium desiderium ennoblissant le chercheur d'une exaltation enthousiaste ou mélancolique, elle n'est pas seulement un devoir sacré qui l'attache au service de l'ensemble et lui enjoint de renoncer à l'anarchie et au plaisir de perdre aventureusement la terre ferme de vue, mais elle profite en outre à toute recherche spécialisée - car dès que l'une de celles-ci oublie son terroir naturel, du même coup - ce que la duplicité du langage exprime avec une sûre justesse par le même mot - elle s'oublie elle-même, devient autre, prend une souplesse fâcheuse à se muer en n'importe quoi. Faute de rappel à l'ordre scientifique, faute de veiller à empêcher les problèmes particuliers de se bousculer les uns les autres comme dans une course de masques, on arrive bien quelquefois à briller, à faire accroire qu'on a saisi ce dont encore on est pourtant bien loin, à produire un vain accord verbal de réalités différentes. Mais tôt ou tard ce gain se venge toujours, comme tout trafic malhonnête dont ni les lois ni la vérité ne vous laissent impunément la possession.
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JacopoJacopo   18 février 2019
L’individu depuis Adam est, comme lui, une synthèse que portera l’esprit, mais une synthèse déjà dérivée, et où par là même, est posée l’histoire du genre humain ; de là cette variabilité de l’angoisse dans l’homme depuis Adam. Cependant son angoisse n’est pas celle du péché, la différence entre le bien et le mal n’existant pas et ne naissant qu’avec la réalité de la liberté. Si cette différence existe, ce n’est que comme une idée pressentie mais qui peut à son tour tirer de l’histoire du genre humain une importance variable.
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JacopoJacopo   26 avril 2018
L’éthique n’est encore qu’une science idéale et pas seulement au sens où l’on peut dire que l’est toute science. Elle prétend introduire de l’idéal dans le réel, mais elle est incapable du mouvement contraire, de hausser le réel à l’idéal.
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ThaddeusThaddeus   27 février 2015
L'angoisse est le vertige de la liberté
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Video de Sören Kierkegaard (1) Voir plusAjouter une vidéo

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