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EAN : 9782703110309
380 pages
Éditeur : Orante (15/02/1979)
Résumé :
Oeuvres complètes,volume 6...;
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Atarah
  22 décembre 2016
« On dirait que le silence veut le faire éclater et, s'il pousse son cri, c'est afin de se taire. »
Le lis des champs et l'oiseau du ciel : Trois pieux discours (1849)
A l'angoisse, Kierkegaard oppose la certitude de l'intériorité, « détermination de l'éternel dans l'homme ». Remarquant que c'était le langage lui-même qui parlait à Adam, il remarquait en note que celui-ci n'avait pas été inventé par l'homme. Pour que le langage participe du salut qui consiste en ce retour vers la relation, il lui faut participer de la certitude de l'intériorité : « Son orientation a-spirituelle a fait de l'homme une machine à parler, et il peut tout aussi bien apprendre par coeur une kyrielle philosophique qu'une confession de foi ou qu'un tirade politique. » Dans l'excès du possible (ce néant induit par l'abstraction de l'esprit qui creuse la division jusqu'au dualisme), se tient l'absolu désenchantement – celui qui fait de la « voix première » un « gouffre » effrayant, comme l'a perçu Mallarmé dans le « Démon de l'analogie », et comme le montre Benjamin Fondane dans Baudelaire ou l'expérience du gouffre. le langage séparé de la voix, ou puissance d'être, égare ses racines vitales. le serpent, symbole du devenir et de la sagesse, deviendrait, dans l'excès d'objectivation du possible, le tentateur visant à séparer l'individu de sa source propre. le devenir, abdiquant sa liberté, se prive de l'infini pour y substituer la nécessité. le serpent perd alors sa réalité sensible pour se faire brisure. le bien et le mal se polarisent et l'existence perd sa substance de ténèbres « palpables », dirait D.H. Lawrence, où puiser la lumière.
Il est cité en note au Concept de l'angoisse ce passage des journaux de Kierkegaard : « J'ai toujours d'ailleurs un rapport poétique avec mes ouvrages, c'est pourquoi je suis pseudonyme. En même temps que le livre développe une idée, l'individualité correspondante se dessine. Vigilius Haufn. en dessine, cette fois, quelques-unes ; mais en même temps, j'ai fait de lui une esquisse dans le livre. » Ceci me paraît signifier que Kierkegaard ne laisse pas se déployer le possible sans qu'il prenne chair dans l'instant vécu. En ce sens, en effet, la démarche qui « substantialise » (mot de Fondane) s'avère authentiquement poétique. On pense aussi aux discours intitulés « le lys des champs et l'oiseau du ciel » (1849), dans lequel le philosophe danois met en garde contre la dualité qu'introduit au sein de l'instant présent le souci – ce dernier brisant l'unité de l'être en l'inféodant par la pensée au possible. Telle paraît être la tentation – l'abstraction de la pensée aux dépens de l'existence. Kierkegaard, dans ces discours, comme dans le concept de l'angoisse, lie cette question à celle du langage et à son usage. Parlant de l'oiseau, il dit : « On dirait que le silence veut le faire éclater et, s'il pousse son cri, c'est afin de se taire. » Et il se demande ce qui fait que la souffrance de l'homme « semble si terrible » : « N'est-ce pas parce que l'homme possède la faculté de la parole ? Non, car elle est un avantage. La cause en est que l'homme est incapable de se taire. »
Se taire, si je comprends bien cette réflexion extrêmement fine, signifie de faire sien le silence de l'instant : « Car l'instant, bien que chargé de sa riche signification ne se fait point précéder d'un messager pour annoncer sa venue ; il vient trop rapidement pour cela ; son arrivée est instantanée ; et si lourd de satisfaction soit-il, il n'arrive pas non plus à grand bruit ou dans l'alarme ; non, il vient doucement, d'un pas plus léger que la marche la plus souple d'aucune créature, car il vient du pas léger du soudain et comme en se glissant ; c'est pourquoi il faut observer un complet silence pour percevoir que ‘maintenant il est là' ; et l'instant suivant il est trop tard ; c'est pourquoi il faut avoir gardé un complet silence si l'on veut l'utiliser avec succès. Cependant, tout dépend de l'instant ; et, certes, pour l'immense majorité des hommes, le malheur de leur vie vient de ce qu'ils n'ont jamais perçu l'instant, de ce que dans leur vie l'éternel et le temporel sont toujours dissociés, et pourquoi ? Parce qu'ils sont incapables de se taire. »
Extrait de la revue Temporel n°11, « le sermon sur Gog » dans Gog et Magog (1949) de Martin Buber
Lien : http://temporel.fr/Martin-Bu..
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