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EAN : 9782226485779
384 pages
Albin Michel (11/10/2023)
3.78/5   38 notes
Résumé :
India Morgan Phelps est schizophrène. Elle a de qui tenir, puisque sa mère et sa grand-mère souffraient toutes les deux de troubles mentaux et ont mis fin à leurs jours. Les médicaments l'aident à garder un semblant de contrôle et pour tenter de comprendre les événements qui ont bouleversés sa vie, elle entreprend de rédiger un récit autobiographique, qui va curieusement prendre la forme d'une histoire de fantômes. C'est le meilleur moyen qu'elle a trouvé pour faire... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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« Les sirènes attirent leurs victimes vers la noyade ou le naufrage. Elles chantent, et ceux qui les écoutent sont poussés à faire des choses qu'ils ne feraient jamais dans des circonstances normales. »
India Phelps écrit une histoire de fantômes, de sirène et de loup. Les fantômes nous hantent. Les sirènes nous obsèdent. Les loups nous dévorent. Pas tous les loups. Des loups qui ressemblent à des êtres humains…
La Fille qui se noie, est le récit d'une schizophrène et ce n'est pas toujours facile de suivre ce qu'elle tente de partager. Nous voyagerons dans sa tête « bordeline » noyée dans une sensibilité artistique envoutante. Des toiles immersives, des chants de homards Carollien répétitifs, des petits Chaperons Rouges et deux Perrault, des fantômes, des sourires de loup-garou, des métamorphoses, voir des transsubstantiations, des affabulations ou des paradoxes, des corvidés détecteurs de mensonge, une histoire d'Amour, un délire passionnelle, un désir de vivre complexe pas toujours évident, des histoires de suicide collectif, des poissons, des odeurs de mer, des requins, une sirène qui vous entraîne dans le naufrage… Tandis qu'une autre vous tire de l'eau… Ceci est peut-être une noyade, ou un chant pour sortir la tête de l'eau… Ceci est un panier de crabes ou un appel pour ne pas toucher les abysses…
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India Morgan Phelps n'est pas une jeune femme comme les autres. Elle n'est ni handicapée ni défigurée.
Non, India est « folle », comme elle se plaît elle-même à le dire.
Atteinte de schizophrénie comme l'était sa mère et sa grand-mère avant elle, elle ne doit son salut qu'à un cocktail de médicaments et les visites régulières chez sa psychiatre, le Dr Ogilvy.
Dans sa vie, difficile pour Imp de discerner le vrai du faux, la vérité du factuel. Quand en plus, elle se retrouve confrontée à une série d'événements énigmatiques liés à l'apparition d'une femme nue au bord de la route, Eva Canning, tout bascule.
D'un coup d'un seul rejaillissent les souvenirs d'un tableau aperçu dans un musée onze années plus tôt, où La Fille qui se noie ressemblait à s'y méprendre à Eva. Pour tenir et arriver à démêler les choses, India tente d'exorciser son mal par l'écriture et nous livre sa vie dans toute sa dureté et sa folie. Entre sirènes, loups-garous, fantômes et hallucinations, les cartes se brouillent et se mélangent.
Bientôt, inéluctablement, l'on glisse avec Eva dans le terrier du lapin blanc pour danser la quadrille des Homards.

S'il existe des romans difficiles à critiquer, La Fille qui se noie compte parmi eux. Non pas qu'il soit difficile de dire s'il est bon ou mauvais, loin de là. Mais parce que le livre de Caitlin R.Kiernan est un roman vraiment difficile.
Lauréat du prix Bram Stoker en 2002, et nominé pour une flopée d'autres prix, La Fille qui se noie mérite clairement ses louanges.
Réédité par Albin Michel Imaginaire après une première parution chez Panini, voici un vrai bon livre et l'occasion de découvrir une voix unique dans le domaine du fantastique avec Caitlin Kiernan.
Seulement, soyons honnêtes, sa lecture se mérite (comme on dit).
En partant du postulat que son personnage principal est schizophrène et que c'est elle qui va écrire du début à la fin, l'Irlandaise va nous engoncer dans l'esprit de Imp jusqu'au cou.
Voilà où réside le noeud du problème : l'écriture de Imp.
Et c'est aussi là que réside le génie de l'autrice.
Parce que retranscrire à l'écrit le comportement psychique d'une schizophrène, croyez-bien qu'il faut s'accrocher.
Et Kiernan s'en tire bien davantage qu'avec les honneurs.
Au gré de son récit, de son humeur et de ses prises de médicaments, l'écriture et la tournure des écrits de Imp va radicalement changer.
Ainsi, India apparaît comme diffluente (elle part dans tous les sens, fait des digressions à tout va et n'importe quand), fait des fading (ralentit le cours de sa pensée) voire des barrages pour passer à toute autre chose, a recours à du rationalisme morbide (il y a un corbeau donc les gens mentent)…
Bref tout un tas de marqueurs authentiquement schizophréniques qui rendent le récit extrêmement crédible.
Le revers de la médaille, c'est que, comme dans la vie réelle d'ailleurs, suivre le cours de pensée d'une personne schizophrénique relève de la gageure pure et simple, surtout en période de décompensation.
Si en plus vous y ajoutez un imbroglio fantastique, la teneur du discours a de quoi impressionner !

Tout va tourner de toute façon autour d'India.
Sa folie occupe pratiquement les deux tiers du roman et fascine rapidement le lecteur. Non seulement par le talent insolent que possède Caitlin pour la décrire, mais aussi pour l'opposer à la fragilité et à l'humanité de la jeune femme. Car India échappe à ces stéréotypes ridicules véhiculés par la société moderne sur la dangerosité des schizophrènes. le danger ici existe bel et bien, mais comme dans la réalité, il existe surtout pour elle-même. Sa maladie et son délire paranoïde la forcent à avancer parfois ou, pire, à faire des choses dangereuses pour elle-même. Ces automatismes mentaux — à ne pas confondre avec un dédoublement de la personnalité — sont décrits par l'auteure au moyen de phrases où Imp parle d'elle à la troisième personne pour s'invectiver.
Toute la mécanique pernicieuse de la maladie ne peut cependant jamais cacher la personne fragile et attachante derrière.
Au-delà de ses obsessions arithmétiques et de ses idées saugrenues, India est un sacré personnage, attachant en diable. le couple atypique qu'elle forme avec Abalyn ne fait d'ailleurs que renforcer notre sympathie à son égard, tant cette dernière semble devenir l'ultime bouée de sauvetage d'Imp. Consciente de sa maladie, la jeune femme ne manque jamais d'en rire, tourne parfois ses pleurs en francs fous rires quand elle nous personnifie ses médicaments ou qu'elle décrit son psychiatre.
Au lieu d'en faire juste une victime pathétique, Kiernan ébauche un personnage courageux et tendre, naïf et intelligent, presque trop pour son propre bien. C'est ce soin tout particulier dans la description minutieuse de l'héroïne qui pousse inlassablement le lecteur à continuer.
Mais pas que.

Outre le versant imposant de la pathologie psychiatrique, La Fille qui se noie est aussi un roman fantastique. Mais du fantastique plus discret qu'il n'y parait. D'une part parce qu'il est toujours difficile de savoir si les éléments surnaturels sont authentiques, et d'autre part parce qu'il n'y a pas clairement d'êtres fabuleux ici, juste des auras merveilleuses.
Eva, l'autre personnage féminin, l'espèce de double féérique et mythologique d'India, incarne toute cette ambivalence.
Pas d'apparence monstrueuse ou même d'actes monstrueux, simplement des sous-entendus : des morts obscures, des toiles d'artistes imaginaires obsédantes, des métamorphoses surprenantes, des sectes atypiques….
Tout cela se retrouve dans le récit et plus encore. Kiernan arrive à les fondre dans son histoire tout en douceur et recourt souvent à des procédés qui renvoient à un monument du genre, La Maison des Feuilles de Danielewski.
India semble absorbée par les oeuvres d'arts comme Johnny par le manuscrit de Zampano. Elle rature, donne des références obscures mais très détaillées. Une foultitude de ressemblances sans pour autant inonder son récit et livrer une redite à la sauce schizophrène.
Mais il y a plus derrière tout ce petit jeu, notamment avec les deux nouvelles insérées dans l'histoire elle-même.
Loin d'être anecdotiques, elles sont une des meilleures trouvailles de l'Irlandaise. Elles permettent non seulement de tracer des parallèles malicieux entre les diverses versions de l'histoire d'India, mais aussi de carrément livrer des histoires dans l'histoire, comme un emboîtement de poupées russes malades.
Dans leur contenu, on trouve aussi un message atypique mais très subtil : et si les grands écrivains étaient aussi de grands malades ? Après tout la paraphrénie existe non ?
En réutilisant dans ces deux courtes nouvelles et dans le reste du récit des figures mythologiques telles que le loup-garou ou la sirène, mais avec parcimonie et pour approfondir son intrigue, Kiernan nous emmène loin dans son délire.
Et c'est tant mieux.

C'est vrai, on pourrait être déçu devant, finalement, le peu de fantastique qui parsème les pages de la Fille qui se noie. Mais ce serait une grossière erreur au fond, car ici, la frontière avec la folie est floue pour India comme pour le lecteur et le récit se savoure lentement et posément pour déterminer où veut vraiment en venir Imp, ce qu'elle interprète ou les subtils éléments qui peuvent nous renvoyer ailleurs, dans la mer comme dans les bois. Et puis il y a l'art, utilisé comme catharsis autant que comme terreur nocturne : qui n'a jamais observé un tableau et frissonné devant une scène évocatrice ?
C'est à des peurs primales, presque ancestrales que fait appel Kiernan. Celle du loup, de la sirène ou simplement des choses terrées dans l'ombre, à l'orée du feu. La véritable déception viendra pour d'autres de la fin du roman et de comment se conclut cette affaire. Mais India l'annonce d'emblée, cette histoire ne pourra jamais être démêlée et c'est à vous, lecteur, qu'incombe la tâche de trancher.
Une fin ouverte audacieuse mais aussi sacrément cohérente en fait.
Toutes ces particularités du récit de l'auteure ne peut faire oublier ses fulgurances poétiques, comme dans cet avant-dernier chapitre où le fantastique prend totalement le pas et produit quelques lignes merveilleuses. Ou dans ce gouffre de la folie, où le personnage d'India couche sur le papier une décompensation schizophrénique et où, franchement, il faut s'accrocher à ses deux accoudoirs pour parvenir à suivre. Un chapitre aussi ardu que génial, une sorte de petit instant de grâce d'écrivain posé là devant vous, et qui vous met, carrément, dans les tréfonds de la douleur et du délire d'une schizophrène.


La Fille qui se noie a beaucoup d'arguments pour se placer parmi les grands ouvrages du fantastique.
Mais c'est aussi un roman vraiment ardu. D'un certain point de vue, l'histoire d'Imp se mérite et son parti-pris narratif va certainement en rebuter plus d'un. Pourtant son authenticité, sa subtilité et son refus total de l'esbroufe finissent par convaincre de sa grande qualité littéraire et humaine.
Et puis franchement, un livre qui cite Alice aux pays des Merveilles, Moby Dick et Dante Alighieri peut-il fondamentalement être un mauvais livre ?
Ne vous noyez pas surtout.
Lien : https://justaword.fr/la-fill..
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Très belle expérience de lecture avec La fille qui se noie, formellement remarquable et particulièrement touchant et plein d'humanité dans le fond.

India, ou Imp, est schizophrène. Je n'ai aucune idée de la manière dont une personne schizophrène peut ressentir les choses, ni les vivre. Ainsi, je ne saurais pas dire si le rendu ici est vraisemblable. Mais j'en ai eu en tout cas l'impression. Imp est un personnage particulièrement attachant, passionnant, complexe et touchant. le propos n'est jamais discriminant, ne juge pas, ne blâme pas. Il n'y a pas de voyeurisme prononcé, de scènes incroyablement à côté de la plaque, ou de grossissements exagérés d'a priori que nous aurions sur la maladie.
Peut-être parce que le fond du propos n'est pas là; enfin, pas vraiment. Il est vrai que ce roman, enfin, ce texte, plutôt, découle de cet état que connait Imp. Mais pas seulement. Car Imp revêt une multitude de visages. Elle est artiste, et en cela elle est dotée d'une très grande sensibilité. Elle est notamment capable de donner vie à des tableaux qu'elle s'imagine mouvants, et qu'elle transpose dans sa propre vie. Et puis elle est un peu déconnectée de la vie matérielle, aussi. Pas par incapacité, plutôt par désintérêt. En cela, Imp est une femme un peu hors du temps mais aussi intemporelle; je pense que chacun peut retrouver une petite partie de lui-même dans ce personnage.
Imp noue un dialogue avec elle-même, comme si elle menait sa propre analyse. Et c'est un peu ce qu'elle fait : elle enquête sur sa propre vie, pour dénouer les fils et distinguer réalité du fantasme. Mais elle nous parle également beaucoup; en tout cas à un narrataire autre qu'elle-même, première destinataire de son récit. de ce fait, il se crée une proximité assez chouette entre le lecteur et Imp, qui permet de rentrer dans son intimité et son quotidien. Un quotidien qui finalement est celui de n'importe qui, dans le fond. Une femme qui aime, qui bosse, se passionne pour plein de choses, qui râle, hésite, et qui traîne des casseroles derrière elle. J'ai trouvé que la peinture de ce personnage par l'autrice était réalisée avec beaucoup de finesse, de tact et d'empathie.

Beaucoup aimé également les personnages secondaires auxquels la narratrice donne vie. Les figures de sa mère et de sa grand-mère, dont la présente hante encore les pages. Et puis celle d'Abalyn. Très différente de Imp, mais tout aussi présente, dont l'importance est même cruciale. J'ai beaucoup aimé la relation que les deux personnages entretiennent, pleine d'amour, de féminité et de sensibilité. Abalyn est un peu l'ancre de Imp, et même partie elle continue d'être un repère. Egalement apprécié les échanges avec la psy, intéressant de noter la manière dont Imp met des mots sur sa maladie. Des mots que l'on éviterait d'employer, par peur de blesser… Et puis évidemment, Eva, la figure de l'altérité, du double, de la tromperie, des secrets.

Et puis il y a l'enquête qu'elle entreprend, qui nous mène dans quelque chose d'assez fantastique, dans tous les sens du terme.
Imp décide d'écrire, pour retracer le fil des événements et comprendre. Qui est-elle ? Qui est Eva ? A t-elle réellement vécu ce qu'elle a en tête, ou l'a t-elle imaginé ? Tout se mélange, et au fur et à mesure du récit, Imp revient en arrière, corrige, se rend compte qu'elle ment, enjolive la réalité… Bref, au fur et à mesure qu'Imp revient sur ce qui l'a amenée à cet état de perte, on comprend qu'elle est en train de boire la tasse, et qu'elle s'emmêle les pinceaux dans son texte qui lui aussi, se noie.
Tout alors dans La fille qui se noie prend un visage métaphorique. le danger représenté par le loup, le chant des sirènes qui captive et charme jusqu'à faire oublier la réalité, et toujours cette persistance du tableau, symbole du miroir déformant de la réalité. Il y a un peu de tout dans ce roman. Surtout un soupçon d'ingrédients gothiques et une bonne dose de fantastique.

Ce qui est particulièrement remarquable, c'est la manière dont le texte mime à la perfection cette perte de repères et cette noyade.
On a l'impression de lire une autofiction, mais non; est-ce un roman ? Oui, mais qui emboîte également deux nouvelles d'Imp. Côté formalisme, ce roman ne rentre déjà pas dans les cases ! Imp est la narratrice, en tout cas l'écrivaine de son propre récit. Mais elle en est aussi la destinataire (avant même le lecteur), et elle n'hésite pas à commenter son texte. Pour cela, elle utilise la 3e personne du singulier. Se dédoublant de la sorte, elle a une approche presque méta sur son propre texte.
D'autre part, le texte suit les pensées d'Imp. Qui, on l'a vu, sont dans le désordre et enchevêtrées. Ce faisant, la prose est à l'image de l'esprit de Imp. Désordonnée, passant du coq à l'âne, jonglant entre analepses et prolepses et usant de prétéritions (= je ne vais pas parler de ça mais je le fais quand même). Imp se trompe, corrige, accuse la défaillance de sa mémoire, indique quand elle n'a plus souvenir de ceci ou de cela… Elle fait un vrai travail d'enquêtrice dans sa mémoire. A bien des égards, elle va à la recherche du temps perdu, à sa manière…
Et au fur et à mesure que l'on arrive aux moments qui font perdre les pédales à la narratrice, le texte se perd. Il intègre une sorte de pièce de théâtre en actes et des poèmes épars. Les phrases se bousculent frénétiquement, et n'ont plus ni queue ni tête. Imp répète même des mots plusieurs fois. On perd également la notion du temps et le peu de linéarité que l'on avait jusque-là explose. Il y a même un passage avec pas mal de fautes d'accord, je me suis demandé si c'était fait exprès. Ainsi, La fille qui se noie est un vaste labyrinthe textuel remarquablement mené. L'autrice a dû bien s'amuser à l'écrire, et Benoit Domis à le traduire. Et franchement, grand bravo pour cette traduction. Je n'ai pas lu le texte en VO mais ce déluge verbal m'a semblé extrêmement fluide.

Roman assez remarquable, donc, La fille qui se noie. Je n'avais pas d'attentes particulières et j'ai été à la fois surprise et charmée. Il faut lâcher prise avec ce roman, et se glisser dans l'esprit de ce personnage assez incroyable qui nous accueille avec une grande douceur. C'est très paradoxal compte tenu de la violence de ce que Imp vit et de celle du texte, malmené de toutes parts. Mais c'est ce qui m'a peut-être le plus plu ici. Peut-être est-ce la manière dont ce personnage se livre pleinement, sans fard; ou bien du talent de l'autrice à se mettre aussi bien dans la peau de son personnage, avec beaucoup d'amour pour lui. En attendant, j'ai beaucoup aimé ce roman que je relirai plus tard, avec un plaisir équivalent.
Lien : https://zoeprendlaplume.fr/c..
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En Résumé : J'ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous propose de plonger dans l'esprit d'India Morgan Phelps qui est schizophrène et qui se met a voir des fantômes. Un journal finalement assez déroutant, mais d'une certaine façon fascinant, bien porté par un travail stylistique captivant, réussi et troublant, ainsi qu'une plume vraiment efficace. L'aspect fantastique s'amuse avec le lecteur, oscillant entre réalité, mensonge et rêve pour mieux surprendre au fil des pages et apporter une ambiance légèrement angoissante. Je me suis retrouvé rapidement happé par ce récit, même si je me doute bien qu'il ne plaira pas à tout le monde, justement par cet aspect où l'héroïne part dans tous les sens, offre des informations parcellaires ou encore sombre dans certaines fascinations et certains troubles. Ce n'est clairement pas un roman linéaire, il faut se laisser porter et emporter par la psyché de Imp même si, j'avoue, parfois je m'y suis quand même perdue. Un récit sur la maladie, la différence qui ne tombe pas dans la caricature, traitant de façon efficace cette différence et le tout avec des personnages poignants et attachants. La conclusion ouverte peut dérouter certains, mais je l'ai trouvé réussie. Je lirai avec plaisirs d'autres livres de l'auteur.


Retrouvez ma chronique complète sur mon blog.
Lien : http://www.blog-o-livre.com/..
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Après une première découverte mitigée de l'oeuvre de Caitlin R. Kiernan avec « Les agents de Dreamland », je me suis récemment lancée dans la lecture de « La fille qui se noie », récemment édité par Albin Michel. On quitte ici le domaine de la science-fiction pour basculer dans le pur fantastique, avec une intrigue qui oscille entre réalité et fantasme, explications rationnelles et éléments surnaturels. le roman met en scène une certaine India Morgan Phelps (Imp) une jeune femme atteinte d'une maladie mentale visiblement héréditaire (sa grand-mère maternelle et sa mère se sont toutes deux suicidées) qui entreprend la rédaction d'une histoire de fantômes. Une histoire qui se trouve être intimement liée à un épisode récent de sa propre vie, mais dont elle éprouve encore des difficultés à démêler ce qui relève du réel ou du rêve. La narratrice lève progressivement le voile sur cette période particulière que l'on ne découvre que par toutes petites bribes tant elle semble réticente à entrer dans le vif d'une affaire de toute évidence douloureuse. Des circonlocutions confuses d'Imp émerge malgré tout un fil rouge autour duquel s'articule l'ensemble du récit : sa rencontre avec une certaine Eva (un fantôme, visiblement) croisée sur le bord d'une route déserte et pour laquelle elle éprouve un mélange de fascination et de répulsion, de crainte et de désir. Là où les choses se gâtent, c'est que deux histoires cohabitent dans la tête de la jeune femme, Eva revêtant parfois les atours d'une sirène, d'autres fois ceux d'un loup, tandis que la rencontre a lieu tour à tour en été ou en hiver, et à différents stades de la relation amoureuse qu'Imp entretient avec sa compagne. La situation est donc pour le moins chaotique, et le mode de narration adopté vient renforcer la confusion du lecteur. La narratrice déroule en effet son récit sans guère de structure (même les chapitres sont découpés de manière presque aléatoire), sa plume suivant sa pensée et multipliant les apartés et les digressions qui, de l'aveu même du personnage, ne servent qu'à retarder les révélations à la fois attendues et craintes concernant son histoire de fantôme.

Bien que d'ordinaire friande de roman fantastique, je suis complètement passée à côté de celui-ci, et ce pour plusieurs raisons. La première tient aux choix narratifs adoptés ici et qui donnent l'impression de lire un brouillon sans queue ni tête d'anecdotes mêlées à des bribes de journal intime. Outre le fait que la narratrice retarde sans arrêt le moment d'entrer dans le vif du sujet, cette dernière a également tendance à noter tous les petits détails croisés au cours de ses recherches, ses lectures ou ses sorties et se rapportant de près ou de loin à ses nombreuses obsessions, qu'il s'agisse d'histoires de sirènes, de loups, de suicides, de poésie ou encore de peinture. Certains des éléments rapportés sont effectivement très intéressants (comme l'histoire de cette « forêt des suicides » japonaises), mais ils sont insérés sans aucune subtilité dans le récit qui, bien qu'il trouve toujours un moyen de les exploiter, ne s'en sert pas toujours avec efficacité. le doute perpétuellement entretenu concernant la santé mentale de la narratrice (et par conséquent sa fiabilité), clé de voûte du récit fantastique, est ici poussé à son paroxysme, le personnage s'adressant fréquemment à elle même pour s'accuser de mensonge, se contredisant parfois, ou révélant tardivement des éléments qui font douter de précédentes assertions. Ce petit jeu aurait tout à fait pu être attrayant mais le labyrinthe que se révèle être le cerveau d'Imp s'avère plus déstabilisant qu'enthousiasmant. Les mêmes personnages et les mêmes thèmes apparaissent ainsi sans arrêt, quoique de manière différente en fonction de l'humeur de la jeune femme ou de l'évolution du récit, ce qui donne l'impression persistante de tourner en rond. Même les éclaircissements qui finissent tout de même par arriver ne permettent pas toujours de mettre fin à la frustration du lecteur, notamment parce que ces résolutions prennent des formes incongrues, notamment celles de nouvelles ou de tableaux écrites/réalisés par la narratrice pour exorciser son histoire en lui permettant de prendre du recul. Là encore l'idée est excellente, mais le résultat peu concluant.

« La fille qui se noie » est un roman fantastique déroutant qui relate la rencontre entre une jeune femme instable mentalement et un fantôme dont elle ne parvient pas bien à cerner la nature mais pour lequel elle éprouve une obsession dérangeante. Si certains pans de l'intrigue se révèlent intéressants et bien que l'on s'identifie aisément au personnage principal, l'ouvrage reste difficile à lire en raison d'une narration chaotique mêlant journal intime, anecdotes, nouvelles et digressions dans un mélange confus dont je ne suis jamais parvenue à m'extraire suffisamment pour savourer l'intrigue elle-même. Dommage !
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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critiques presse (1)
Elbakin.net
17 juillet 2014
Sombre mais pas que, fantasy mais pas vraiment, La fille qui se noie mérite que vous lui tendiez la main. Et démontre qu’une ribambelle de nominations - il suffit de jeter un coup d’œil à l’impressionnante liste en quatrième de couverture - ne cache pas toujours un soufflé retombé trop vite.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Le film débute par la mort d'une jeune femme. Contrairement aux victimes suivantes, elle n'est pas tuée par un requin. Non, elle est dévorée par une chose qu'on ne voit jamais. Elle quitte ses amis et la chaleur d'un feu de camp, la sécurité du rivage, pour la mer froide. Le soleil se lève alors qu'elle retire ses vêtements et entre dans l'eau noire. Rien de ce qui se trouve en dessous n'est visible. Quelque chose la saisit sous la surface, et la projette violemment en tous sens. Elle hurle et se cramponne désespérément à une bouée en cloche, comme si ça pouvait la sauver. Nous l'entendons crier "ça fait mal". ça, un mot aussi terrible et vague que chose. L'attaque ne dure pas bien longtemps. Moins d'une minute. Puis la nageuse est entraînée dans l'abysse au large de Long Island, et nous ne pouvons qu'imaginer ce qui la tient. La mer est complice de son agresseur, elle le cache, même si cette force invisible ne doit se trouver qu'à quelques centimètres sous la surface.
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Le Dr Ogilvy désapprouve l'emploi du mot "folle" et n'aime pas non plus le terme "aliéné". Elle se réjouit probablement du changement de nom de l'hôpital Butler. Mais je lui ai déjà dit que ce sont des mots honnêtes. On s'en fout du politiquement correct ou des connotations négatives, ce sont des mots honnêtes, et j'en ai besoin.
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Plus tard, j'ai compris grâce à un livre et à un documentaire du National Geographic que ma représentation du loup n'avait fait que rendre l'histoire plus vraie, parce que les hommes sont beaucoup plus dangereux que les loups.
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Pour autant que je sache, personne n'a jamais proposé de soigner la schizophrénie par le sexe. Mais au moins, quand je baise, je ne risque pas d'être constipée ou de voir mes mains trembler – merci, monsieur Risperdal – ni de prendre du poids, d'être fatiguée ou d'avoir de l'acné – merci, M. Dépakine.
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I need to go back to that night in July, driving alongside the Blackstone River not far from the spot that inspired Saltonstall to paint The Drowning Girl. Back to the night I met the mermaid named Eva Canning. But, also, back to that other night, the snowy night in November, in Connecticut, when I was driving through the woods on a narrow chip-and-tar road, and I came across the girl who was actually a wolf, and who may have been the same ghost as Eva Canning, and who’d inspired another artist, another dead man, a dead man whose name was Albert Perrault, to try and capture her likeness in his work.
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