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Critique de latina


latina
  04 août 2015
Dellarobia n'a pas une vie de rêve, ça non !
Coincée avec ses 2 enfants de 5 ans et 18 mois dans une ferme des Appalaches, dans une région pauvre, quasi sinistrée, avec un mari qu'elle n'aime plus, apathique - « Que fallait-il donc pour bouger un homme qui, lorsqu'il était à bout de souffle, et il n'en avait guère au départ, ressemblait à une montagne ? » - , qu'elle n'aurait jamais dû épouser, et à côté de beaux-parents indifférents...quel tableau, allez-vous me dire !
Et je continue : il pleut depuis des mois ; tout ce qu'elle possède, ce sont des objets « soit incassables soit cassés » ; le commerce de la laine de leurs moutons ne rapporte plus rien ; elle ne sort jamais de chez elle et ne voit quasi jamais d'adultes, à part ceux que je viens de citer, et heureusement, sa meilleure (et seule) amie Dovey, la délurée.
Je continue ? Non, car Dellarobia, malgré tout, est une femme de caractère, qui assume : « Les gens font des erreurs. Les erreurs fichent ta vie en l'air. Mais c'est à cause d'elles qu'on a ce qu'on a. Ca forme un tout. Un jour où on s'occupait des moutons, Hester a dit que ça sert à rien de se plaindre de son troupeau, parce qu'il représente la somme de tous les choix passés ».

Elle assume, donc. Enfin, presque...Car au début du roman, elle est prête à partir, elle s'en va, elle monte la colline...Et puis là, il lui arrive quelque chose d'extraordinaire :
« Une beauté surnaturelle lui était apparue, une vision de gloire qui l'avait clouée sur place. Pour elle seule ces branches orange se soulevaient, ces longues ombres se changeaient en une levée de lumière. On aurait dit l'intérieur de la joie » : des centaines de milliers de papillons ont élu domicile dans les arbres derrière chez elle.
Cette découverte déclenche chez elle un sursaut d'espoir : « J'étais tellement focalisée sur ma petite vie. Ma petite personne. Et j'étais face à quelque chose de tellement plus grand. J'étais forcée de revenir et de mener une vie différente. »

Et là, on peut dire qu'elle change, sa vie : des médias (ceux qui veulent faire à tout prix de l'audience, qui filment et coupent au montage, qui font semblant d'écouter mais qui ne veulent que du sensationnel) aux scientifiques (les vrais, ceux qui testent, qui apportent tout le matériel, qui sont payés par l'Université, qui squattent le bout de sa prairie pour faire leurs analyses au millimètre près), elle doit s'adapter. Elle doit changer. Et elle entraine sa famille dans son sillage, son amie, son village.

Barbara Kingsolver aborde sans ambages le thème de la science et du changement climatique, crucial, auquel les gens accordent encore si peu d'importance. Elle traite de la pauvreté, également, sans honte ni langage de bois. Mais elle reste malgré tout profondément humaine et proche de la sensibilité féminine de l'héroïne, ce qui nous la rend attachante.
Pas de morale, ici, rien que du concret. Face aux papillons, des actions, des explications. Et la remise en cause d'une femme, une toute petite femme.
Roman peut-être un brin bavard, mais quel engagement, quelle vérité !
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