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Suzanne Bénistan (Traducteur)
ISBN : 2847343121
Éditeur : Tallandier (15/06/2006)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 11 notes)
Résumé :

Une vie allemande, trois versants d'une tragédie du vingtième siècle, à l'image du basculement d'une civilisation vers la folie et le meurtre. Une éducation juive : Abandonnée à sa naissance par son père (1901), Maria Magdalena Behrend est élevée par son beau-père, juif pratiquant. Il l'adopte et lui donne son nom : Friedländer. Enfance choyée dans le Berlin des années de guerre, adoles... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
horline
  01 juin 2011
Le nazisme avait aussi un visage féminin : celui de Magda Goebbels, épouse du ministre de la Propagande Joseph Goebbels. A travers cette biographie parfaitement documentée, Anja Klabunde veut nous faire découvrir comment un mouvement nationaliste typiquement masculin, assis sur le sentiment de déshonneur des militaires, a pu être incarné par cette mère de famille de la haute bourgeoisie désignée comme la Première Dame du Troisième Reich.
Mal connu en France, le parcours de cette femme est surprenant et interpelle le lecteur : par quel processus une femme intelligente et bien éduquée, élevée par un beau-père juif affectueux, passe des bras d'un sioniste convaincu à ceux d'un haut dignitaire du régime nazi ? C'est la question qui sert de matrice à l'auteur, réalisatrice de documentaires, à travers une enquête factuelle reposant sur une suite d'instants de vie mis en perspective.
Ainsi c'est peut-être le mysticisme qui auréole mystérieusement le national-socialisme qui fait basculer cette femme respectable dans le fascisme. Ce trait est saisissant car il est également évoqué par Hoess dans son autobiographie rédigée la veille de son exécution "Le commandant d'Auschwitz parle". Déçue par un premier mariage dénué de charme, Magda encore appelée Quandt découvre à travers le national-socialisme, un idéal de vie où humiliation et sentiment d'infériorité qu'elles exècrent sont bannis au profit d'un sentiment surnaturel de prestige et de grandeur. Adhérer au parti c'est comme entrer en religion, règne d'une ferveur irrationnelle. C'est une religion pour laquelle Hitler s'évertue à apparaître comme un guide messianique que chacun est tenu de suivre aveuglément en convainquant Magda comme les autres de l'existence d'une "mission supérieure". S'identifiant totalement au régime, elle accepte même le dogme de son sacrifice et de celui de ses enfants.
C'est peut être également la quête permanente de prestige social et de sécurité chez cette femme orgueilleuse à une époque où Berlin connaît la pauvreté et les restrictions de toute sorte pour honorer les réparations de guerre. La promesse de participer au pouvoir balaye tous les doutes qu'elle a pu exprimer à demi-mot sur le programme du parti. Lucide sur les mensonges d'Etat, la propagande outrancière, les mises en scène et la manipulation des masses, Magda n'en demeure pas moins captivée par le souci de briller en société.
Ce peut être enfin son attirance pour les hommes d'influence aussi cyniques soient-ils. L'exercice d'un charisme et d'une autorité naturels suffisait à captiver cette femme qui n'a jamais su s'affirmer et s'émanciper. Elle s'identifiait à ces hommes convaincue d'incarner ce qu'ils représentent.
L'auteur ne tranche pas la question. Si bien que le cheminement intellectuel de Magda Goebbels demeure bien mystérieux, à l'image de celui de ces millions d'allemands, qui ont obéi de manière irrationnelle à ce fanatisme national-socialiste. Pire, cette biographie pose plus d'énigmes sur la personnalité de cette femme à laquelle Hitler vouait une profonde admiration qu'elle n'en résout, en agrémentant le portrait de réflexions pas toujours judicieuses. Malgré certains effets linguistiques maladroits de l'auteur faisant entrer le lecteur dans l'intimité de Magda Goebbels, cette biographie n'en demeure pas moins captivante. Richement documenté, ce livre a le mérite d'exposer non seulement le fonctionnement et les inimitiés de l'élite nazie, mais également la volonté du national-socialisme d'utiliser opportunément les tendances romantiques des allemands, enclins à un certain idéalisme, pour les pervertir et faire accepter l'inacceptable.
Le point certainement le plus surprenant de cette biographie est qu'en s'attardant sur les déboires du couple Goebbels, l'auteur dresse le portrait d'un Hitler "conseiller conjugal" compatissant et bienveillant, afin de sanctuariser l'idéal national-socialiste.

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beneligne
  30 octobre 2017
J'ai trouvé ce livre au gré de mes navigation sur le web, je me le suis procuré, et je l'ai lu d'un trait.
J'ai été saisie par le destin de cette femme, dont je connaissais le parcours et son tragique destin depuis longtemps.
Cette biographie est très documentée malgré le fait qu'il n'y ait que très peu de témoignages de Magda elle-même, et la reconstitution du conteste historique est bien mis en valeur.
Magda fut une femme brillante qui ne savait pas comment briller. Ses rencontres lui permirent de s'élever en société, ses mariages malheureux, ses nombreuses grossesses ne lui permirent pas de se réaliser en tant que femme.
Elle ne put vivre que par procuration, servir de faire-valoir aux hommes et au nouveau régime national-socialiste.
Elle fit de mauvais choix, elle ui après son premier divorce aurait pu se contenter de profiter d'une vie confortable avec son fils, son ancien mari continuant à pourvoir à ses besoins.
Mais voilà, l'ennui, le manque d'ambition personnelle, son entourage réduit, lui a fait chercher un but dans sa vie.
Et, là, hasard de la destinée, le contexte politique, l'accession de Hitler au pouvoir, lui font rencontrer ce personnage méphitique, le Belzébuth de la propagande, ce Goebbels qui l'adule et en même temps la méprise et l'humilie.
Elle se rend compte, un peu tard, qu'elle est entré dans un engrenage fatal qui ne peut aboutir qu'à une tragédie.
Oui, elle a eu une vie de princesse, mais sous les beaux atours, il y a une femme border- line, souffrante, qui qubit et endure, qui s'emprisonne elle-même dans un processus sectaire et aveuglant qui devient inextricable.
Hélas, elle entraîne ses enfant dans la mort, et sa fille aînée Helga ne voulait pas mourir, elle s'est débattue, on a retrouvé après des traces de luttes et sa mâchoire cassée.
La petite a payé pour la mort de Anne Frank et des milliers d'autres enfants deux mois plus tôt, innocente elle aussi de la folie furieuse de la guerre avec ses soeurs et son frères.
Magda Goebbels avait en elle la même folie qu'Alexandra Romanov avec Raspoutine, elle a cru en des illusions, elle n'a pas su discerner ce qui était bon pour elle, comme un oiseau en plein vol, elle est tombée sous les assauts du nazisme.
Son histoire m'a touchée, car le sort des femmes allemandes fut et reste Kirche Kinder Kuche (église, enfants, cuisine), ce qui conduit inévitablement au Bovarysme.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
benelignebeneligne   30 octobre 2017
Le rôle de Magda en tant que mère et femme, ainsi que son comportement, doivent évidemment être analysés à la lumière de la situation sociale des femmes de cette époque. Sa dépendance sociale ou psychologique à l'égard de son époux ne constitue pas une exception. il est toutefois surprenant qu'une femme de son intelligence ait, à ce point, laissé d'autres personnes diriger sa propre vie.
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>Allemagne : histoire>Allemagne : 1866...>Troisième Reich: 1933-1945 (58)
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