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EAN : 9798542418568
472 pages
Auto édition (28/07/2021)
4.81/5   8 notes
Résumé :
La Russie est un pays à découvrir doucement, pas-à-pas afin de pouvoir en lever les multiples voiles de mystères. Voici un ouvrage rédigé par un français y résidant qui nous guide dans cette progression rêveuse et un peu enfiévrée. «Blanc, Bleu, Rouge. Planète Russie» nous emporte réellement sur une autre planète à la fois proche et lointaine. Au fur et à mesure qu’apparaissent devant nous les gens du peuple russe, leur vie de tous les jours, l’Histoire du pays, son... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Un livre complet, extrêmement bien documenté, écrit avec brio.

TABLE DES MATIÈRES

Propos préalables
Avertissement

ch1
Entre traditions et modernité, qui sont les russes ?
-Les russes, une âme, une civilisation, un peuple?
-La vie des russes d'aujourd'hui
-Les mythes et stéréotypes ont la vie dure
-Vodka shot
-Luxe, frime et démesure
-Système politique et souveraineté
-Génération post-soviétique
-Enfants de la mère Patrie et étrangers de Russie
-Miam, Vkusno
-Contrastes, paradoxes et fin du bal

ch2
L'Asie, le chemin naturel?
-L'Inde, un partenaire d'État
-Vietnam, l'ami d'Asie
-Japon, Corée(s) et ASEAN, le pied sur l'accélérateur
-Le grand partenariat stratégique Chine-Russie
-L'Asie centrale, l'arrière-cour russe
-Le projet de la grande 'Eurasie
-Comprendre les institutions multilatérales (UEE, OTSC, BRICS, APEC, RIC, OCS)
-Conclusion… confucéenne

ch3
Rêves d'Occident, une attirance à sens unique?
-La France, une romance perdue
-L'Allemagne, la fascination pour l'ordre
-Les quelques amis de l'Ouest
-Les adversaires
-L'Union Européenne soviétisée, un espoir déchu
-Les États-Unis, l'empire moderne, respecté, craint et combattu
-Les médias occidentaux
-Occident et Russie, une opposition sans fin?

ch4
Sous-sols, sols et cerveaux. Une économie retrouvée?
-Le petit nouveau du capitalisme
-L'économie, c'est avant tout l'humain
-L'économie russe, vue d'avion
-Le sous-sol, une affaire qui tourne
-Le sol en plein boom, une agriculture transformée.
-La guerre du digital
-Pays économiquement isolé ou prisme occidental?
-Des cerveaux bien faits, innovation et montée en gamme
-Des régions qui se complètent et se concurrencent
-Arctique, l'avenir de la Russie?
-Copinages et corruption, des fléaux insolubles?
-La triste histoire des emprunts russes.
-Moscou, puissance économique de demain? Thèse, antithèse, synthèse.

ch5
Un territoire hors du commun
-Des fleuves, des rivières et des lacs géants
-Le mythique Altaï
-Venise de la Baltique et Troisième Rome
-Minarets et sensations d'Orient
-La république bouddhiste de la Fédération de Russie
-Peuples premiers
-Au bout du monde, le terminus du -Transsibérien
-La Crimée
-Conclusion nostalgique

ch6
Des femmes, des femmes et des femmes
-Femmes, je vous aime
-Femmes, pouvoir et travail
-Le féminisme en Russie
-Anecdote LGBT

ch7
C'est toi le Roi, c'est toi la Reine
-Pierre 1er dit le Grand, le géant Russe
-Vladimir Vladimirovitch Poutine, le judoka de Leningrad
-Catherine-II, l'allemande qui aimait la Russie
-Gorbatchev et Eltsine à toute vitesse
-Les vieilles histoires de Lenine de Trotski et de Sosso le dictateur
-La mort de Raspoutine

ch8
Silence, ici, on prie!
-La Russie chrétienne
-Au-delà de la foi, les superstitions
-Les juifs de Russie
-L'Islam
-Le Jadidisme, un exemple pour l'Islam d'Europe?
-Le chamanisme
-Les persécutions soviétiques

ch9
Artistes, penseurs et autres légèretés
-Tolstoï, ennui poussiéreux ou lumière dans les ténèbres?
-L'anarchisme, une passion russe?
-D'autres classiques à toute vitesse
-Incontournables contes et fables de Russie
-L'art en vrac

ch10
Ma Russie!

Frise historique...synthétique
Recueil de citations
Le saviez-vous?
Bibliographie
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Je me respecte d'avoir pu terminer ce livre mais cependant, je dois préciser que j'aurais dû le faire hier. Même si cette oeuvre est particulièrement enrichissante par ses nombreuses parties : sociologie, géopolitique, histoire, économies, il est vrai que j'aurais aimé retrouver un peu plus souvent un autre de ses ingrédients. D'ailleurs, je me suis penché sur ce livre pour cette raison. Désormais, je regarde la Russie d'un oeil neuf et je tiens à remercier l'auteur. Peut-être voulait-il changer certaines mentalités grâce à son bouquin et me concernant, c'est chose faite. Néanmoins, il n'avait pas besoin de fournir un grand effort pour me montrer sceptique face à cette union européenne dans laquelle je réside, ni face à cette vieille organisation du nom de l'OTAN. Si je dois continuer ces quelques lignes, je risque de me montrer particulièrement bavard et cela risque de jouer sur la rédaction de mes fameuses listes. Peut-être est-il temps pour moi de passer à leur rédaction.

Points négatifs :

• Tout d'abord, l'effet « pavé » en terme d'information. Après, je reconnais que d'offrir de nouvelles richesses sur le plan intellectuel est un exercice qui n'est guère évident. Peut-être y a-t-il une nouveauté ou une révolution à faire dans ce domaine ?
• Les sujets que je n'ai pas trop aimé même si je reconnais leur intérêt : l'économie et les religions.
• D'ailleurs, concernant ces dernières, cela a provoqué de très nombreuses longueurs qui ont su m'accompagner jusqu'aux ultimes chapitres.
• Enfin, et je le déplore, beaucoup trop de répétitions pour moi.

Points positifs :

• La taille aléatoire des chapitres et des sous-chapitres.
• A la base, la vision que je portais à la Russie n'était pas faite de haine ni de phobie, comme c'est le cas dans une grande partie de notre belle Europe américanisée. Néanmoins, il est clair que je n'avais pas beaucoup d'informations concernant ses moeurs, son économie, sa géographie, et une partie de son histoire. Désormais, c'est chose faite grâce à ce livre et c'est pour cette raison que je me montre reconnaissant envers l'auteur. D'ailleurs, ce qui est drôle, et je vais y revenir plus tard, c'est que j'ai lu deux livres qui traitent de la Russie, par deux auteurs, et ces oeuvres, à leur manière, m'ont offert quelques claques. Pas d'éveil non mais d'entente de l'esprit.
• A ce sujet, je suis tout à fait d'accord au sujet de l'abrutisation de notre pays, surtout depuis que l'union européenne a vu le jour. Je partage tellement cette réalité et je suis d'accord sur le fait que cette dernière a pour mission de détruire les identités et l'individualité pour nous fondre dans le même moule. Suffit de se pencher sur la crise récente du covid pour percevoir une nouvelle fois cette menace. Comme a su si bien le dire l'auteur à travers son oeuvre, à de multiples reprises, pour moi, c'est NIET !
• J'ai aimé les nombreux témoignages concernant ces gens rencontrés en Russie, qu'ils soient natifs de ce pays ou de passage, pour me permettre d'en savoir plus au sujet de leurs moeurs et justement, j'y allais pour ce sujet et j'aurais aimé en avoir plus.
• Bien sûr, des tas de sujets ont su m'intéresser. Par exemple, je ne savais pas que l'Alaska était une terre russe. Remarque, vu la difficulté de vie qui règne dans ce pays et qu'il partage en commun avec la Russie, j'aurais pu y voir une histoire commune bien plus tôt mais non, je suis totalement passé à côté.
• Enfin, le sujet concernant la vie LGBT s'est montré passionnant. Peut-être pour la simple raison que je suis l'un de ses membres. Cependant, je partage totalement l'avis de la haute sphère de la Russie à ce sujet. Tout comme les religions, cette existence doit se mener chez soi et non dehors pour en faire son apologie. Cela se nomme simplement le respect. Je rédige ces lignes simplement parce que je ne suis pas un soldat du lobbying LGBT. Cette dernière ne cesse de pousser ses ouailles à être de jolies victimes éternelles et je sais de quoi je parle puisque j'ai évolué auprès de cette sphère, de très près, en me rapprochant de cette cause lors d'une époque qui n'est pas encore très éloignée. J'ose dire que je serais sûrement très heureux en Russie, en tant que gay.
• Pour conclure, aussi, je tiens à féliciter et exprimer mon respect face à la tonne de recherche que l'auteur a effectué pour rendre son livre le plus solide possible, sur tous les sujets évoqués. Je n'ose imaginer le temps pris et face à ce sérieux, oui, toute mon admiration.

Attention !

Une dernière lecture aurait été nécessaire car j'ai trouvé un joli paquet de coquilles et pour être franc, il y en a une à chaque chapitre/sous-chapitre : des absences de ponctuation, des mots rédigés en double, d'autres mal orthographié mais je ne pénalise plus à ce sujet. Je me permets juste de dire : attention !

Petit point amusant :

Je n'ai pu m'empêcher de sourire lorsque mes yeux ont lu le titre d'une oeuvre, à la fin de ce livre. Un bouquin dont j'ai effectué le service-presse il n'y a pas très longtemps : Partir, c'est mourir un peu d'Alexandre Page.
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Comme les événements rendent son livre concernant la Russie d'actualité, A.A. Klamm me propose sur SimplementPro de le lire et d'en faire la chronique. Curieuse d'apprendre à connaître “le grand méchant Ours”, je me lance dans la lecture. Je sens bien vite que je fais confiance à ce que l'auteur me raconte. Je sais que je ne lis pas là LA vérité, il n'a pas cette prétention. Je lis le récit d'un homme curieux, passionné et sincère qui s'est frotté à de nombreuses cultures, avant d'atterrir en Russie. Il me laisse, dans mon rôle de lectrice, toute la latitude de me faire ma propre idée. Imaginez que vous cherchiez un guide pour découvrir le dédale d'une planète vaste, exotique et méconnue. Qui ferait mieux l'affaire qu'un globe-trotteur averti ? A fortiori si cet homme a une plume convaincante, l'esprit critique et le coeur sur la main. Quelques pages me suffisent donc pour me laisser captiver. D'autant que je dois bien reconnaître que je ne connais pas du tout cette Planète Russie. le nom évoque quelques clichés et idées reçues, inconscients et conscients.
L'auteur m'indique dès le départ que je peux déambuler dans son récit selon un ordre et des préférences qui me conviennent, gambader de chapitre en chapitre en m'appuyant sur la table des matières comme point de repère ou alors le lire de bout en bout. Je le cite brièvement : « Ce livre est le vôtre plus que le mien ». J'opte pour une lecture rectiligne. Enfin, aussi rectiligne qu'elle peut l'être quand on lit de la première à la dernière page mais que le guide suit les méandres de l'histoire, les détours de l'art, les bisons futés des défis économiques et écologiques, les déviations des coeurs.
Je le sens de chapitre en chapitre et me reconnais dans cette histoire éclectique, résultat des innombrables facettes que l'auteur évoque sans prétendre en faire le tour. L'auteur me la confirme à la fin du livre : « Je veux voir de toutes les couleurs ». Cette phrase est un pléonasme de son livre.
Aux contacts des pages de « Blanc, bleu, rouge – Planète Russie », j'ai pu me nourrir d'informations très diverses. Exhaustives ? Eh bien non, comment voudriez-vous qu'en quelque 400 pages l'on résume le destin d'un peuple et d'une nation aussi étendus ? Ce livre a eu pour moi la vertu d'ouvrir toute une série de petites portes, qui me donnent envie de découvrir les continents auxquels elles donnent accès.
Cette envie, l'auteur la confère surtout par sa passion. L'histoire de ce pays m'intrigue, ses nombreux peuples aussi, ses habitudes, son héritage, ses rêves pour l'avenir. J'ai rencontré dans les pages du livre de A.A. Klamm une planète insolite, mais surtout que je ne connaissais pas du tout. L'auteur a réussi à désarmé de nombreux clichés autour desquels mon image de la Russie, de son président et de ses citoyens s'articulait. Il m'a invité à l'humilité requise pour avoir envie de réellement les rencontrer.
Parce que l'auteur le dit bien :  « Que c'est vivifiant de n'être pas pareil, de n'être pas fondu dans une globalité ineffable, sorte d'ouate visqueuse et insignifiante. » En refermant le livre, j'ai le sentiment qu'en ce qui concerne la Planète Russie, je peux désormais « vivre à la première personne, parler à la première personne, et donc déjà me révolter. » A.A. Klamm me pardonnera, j'espère, de le paraphraser.
Loin de moi l'idée de défendre l'une ou l'autre partie directement impliquées dans le conflit en Ukraine, ou de prendre position dans un débat international qui se joue très loin de ma vie quotidienne tout en l'influençant profondément. Les torts et les raisons sont vraisemblablement nombreux. J'ai pu rencontrer quelque peu la Russie dans ce livre, ce qui a attisé ma curiosité. Cela m'a aussi invité à examiner le rôle que « l'Occident » joue, directement et indirectement. Ma conclusion en refermant le livre : « Nous, Occidentaux », manquons à la fois d'humilité et de fierté. Cela vous étonne ? Lisez donc Blanc, bleu, rouge – Planète Russie. Vous pourriez en venir à la même conclusion.
Lien : https://almanahualli.com/202..
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Un excellent livre sur la Russie ecrit avec beaucoup de tact et d'emotion.. pour moi qui suis expat dans un autre univers au Quebec, j'ai beaucoup apprecie cette touche europeenne literraire, poetique, chantante du livre .. surtout le livre presente des tonnes d'anecdotes et de faits insolites sur la Russie et les russes... A decouvrir ...
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Je suis une femme russe et j'ai lue ce livre avec une grande surprise… c'est exactement la vraie Russie, l'histoire, les sentiments de russes. Hommes et femmes decritent avec perfection. J'ai même découverte des choses sur mon propre pays. Je voulais écrire qque part mon satisfaction et mon reconnaissance de cette écriture. Il y a des choses bien et des choses mal sur la Russie dans ce livre mais pour une fois simplement la vérité. Je voudrais dire l'auteur un grand merci pour cela .. j'ai découvert aussi le site babelio avec pleins de littérature qui semble très intéressant et très français .. je reviendrais avec plaisir pour lire un peu plus .. grand bonjour à la France depuis Moscou
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Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
Les français, eux, racontent la rudesse des gens, le libertinage de cour, l’ivrognerie, l’horreur des châtiments corporels des serfs. Mais, ils dressent aussi le portrait de personnages courtois, poètes, rêveurs, penseurs, croyants ayant une incroyable capacité à se battre pour ce qu’ils croient juste sans considération des difficultés ou des risques physiques ou pécuniaires. Ils notent l’habillement à l’européenne mai aussi une tendance à porter des bijoux trop voyants et clinquants ainsi que des couleurs vives surprenantes. Ils racontent les fêtes immenses et nombreuses où nobles, bourgeois, gens du petit peuple se retrouvent endimanchés, à se promener, danser, jouer, boire dans une gaieté étonnante. On s’étonne de l’indifférence généralisée face à l’oppression, aux inégalités et injustices. Dans le même temps, on remarque la bonté et le grand cœur de ces russes décidément incompréhensibles. Décrypter ou discourir sur l’âme russe, la raison russe, les mœurs russes deviennent des exercices quotidiens pour les français expatriés. Des français, donc, qui jugent à l’aune de leur arrogance habituelle. Tendance à laquelle comme vous le constatez, je n’échappe pas. Dans son journal, Joseph De Maistre au XVIIIe siècle note que la corruption règne partout en Russie, dans l’administration, à la cour, dans les corps militaires et même dans les musées où il est possible de chaparder des œuvres d’art avec un peu d’argent. Le pays semble pour beaucoup de français indescriptible, brutal et beau à la fois, civilisé et sauvage à la fois. Je ne suis pas certain que cela est beaucoup changé. Madame de Staël écrit: « on se sent en Russie à la porte d'une autre terre, près de cet Orient lointain ». Élisabeth Vigée Le Brun dit « le peuple russe est laid en général ». De Custine écrit:

« L'homme non libre est monnayé, il vaut l'un dans l'autre dix roubles par an à son propriétaire qu'on appelle libre parce qu'il a des serfs. Il y a des contrées où chaque paysan rapporte trois et quatre fois cette somme à son seigneur. En Russie, la monnaie humaine change de valeur comme chez nous la terre, qui double de prix selon les débouchés qu'on trouve à ses produits. Je passe ici mon temps à calculer malgré moi, combien il faut de familles pour payer un chapeau, un châle; si j'entre dans une maison, un rosier, un hortensia, ne sont pas à mes yeux ce qu'ils me paraîtraient ailleurs: tout me semble teint de sang; je ne vois de la médaille que le revers. La somme des âmes condamnées à souffrir jusqu'à la mort pour compléter les aunes d'étoffe employées dans l'ameublement, dans l'ajustement d'une jolie femme de la cour, m'occupe plus que sa parure et sa beauté ».

« Dis-lui donc que ça ne sert à rien de s’abîmer les yeux et qu’à lire le profit n’est pas grand. Avec ses livres français, elle perd le sommeil; mais, moi, avec les russes, je dors profondément. » écrit de son côté avec humour l’écrivain et diplomate russe Griboïedov.

Et Alexandre III lorsqu’il apprend la défaite française face aux armées prussiennes en 1870 s’exclame « quelle effroyable nouvelle! Mac Mahon détruit! L'armée en déroute! » Une sympathie des russes envers les français qui continue encore aujourd’hui. Ici on célèbre Napoléon, on se souvient avec nostalgie du général De Gaulle, on lit Stendhal, Flaubert, Victor Hugo et Alexandre Dumas, on écoute de la variété française, on boit du champagne et du bordeaux, on roule dans des Renault dorénavant fabriquées dans les usines russes de la firme, on célèbre le 14 juillet comme si c’était notre propre révolution et de plus en plus on achète des baguettes de pain et des croissants. Il semble que les russes pardonnent tout aux français car la France est restée pour eux depuis des siècles, le pays exemple, le pays des arts, des belles lettres et des fêtes immenses, du vin et de la bonne table.

En France, Andreï Makine et Hélène Carrère d’Encausse ont succédé aux Troyat, Kessel, Druon comme membres d’origine russe de l’Académie Française. On oublie aussi souvent que les Jean Ferrât, Serge Gainsbourg, Haroun Tazieff, Michel Polnareff, Thierry Roland (eh oui, Jean Mimi, la mère de Thierry vient de Saint-Pétersbourg), Alexandre Adler ou Joe Dassin sont des fils de la Grande Russie. Profitons de cette liste pour rappeler que le Royaume de France est allé chercher en 1048 dans la Rous’ Kievienne, une épouse pour Henri Ier, roi de France et petit-fils d'Hugues Capet. Ce fut Anne, la fille de Iaroslav le Sage qui eu cet honneur. Le couple aura quatre enfants. Les rois de France à partir de cette date ont donc un peu de sang russe. Et 1892, c’est la grande alliance franco-russe et la visite ultra-médiatisée de Nicolas II à Paris. Lors de la seconde guerre mondiale, l'escadron Normandie-Niémen des Forces aériennes françaises libres se distingue sur le front de l'Est au milieu des soldats soviétiques dans un esprit de camaraderie exemplaire. Chirac, plus tard, avait impressionné Poutine par son érudition et sa connaissance du russe et de l’histoire tsariste.

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- Nous étions heureux à l’époque. Tout allait bien. C’était une période fraternelle. La vie était bien plus simple que maintenant, dit la grand-mère.

- Nie pravda [ce n’est pas vrai], s’exclame son petit-fils, un sourire malin sur le visage.

Elle sourit elle aussi et ne répond pas, haussant juste les épaules d’une manière qui semble signifier « tu ne peux pas comprendre, tu n’y étais pas, tu n’as pas connu l’Union Soviétique ».

La scène se passe en 2021 dans une famille de la classe moyenne. C’est le Nouvel An russe, celui du 14 janvier que l’on célèbre avec faste et bonheur en famille. Les grands-parents habitent Orenbourg, une ville industrielle d’un demi million d’habitants qui baigne les rives du fleuve Oural. La ville fut brièvement la capitale du Kazakhstan voisin de 1920 à 1925. Les steppes immenses de l’Asie centrale sont toutes proches. L’appartement fait environ 60 mètres carrés et se trouve au 8ème étage d’un immeuble de type soviétique qui en compte 11. Il est bien agencé et bien décoré. Tout le confort moderne est présent, lave-vaisselle, frigidaire, télévisions, lave-linge, fours et plaques de cuisson. L’immeuble est cependant assez horrible en terme esthétique. Pour un occidental, il est d’ailleurs difficile de comprendre comment et pourquoi un pays de la taille de la Russie continue à construire en hauteur des tours indigestes alors qu’il possède la plus faible densité démographique au monde. Il s’agit d’un paradoxe et nous le verrons ensemble, la Russie est sur de nombreux sujets un pays paradoxal. Si l’on en revient sur le sujet immobilier, les russes si soigneux dans leurs intérieurs se sont habitués aux visions apocalyptiques et grisâtres, aux barres de bétons et aux ascenseurs rouillés en guise de parties communes. Il y a des raisons historiques à cela. Le passé soviétique et ses plans quinquennaux ont entraîné une standardisation idiote de bâtiments peu chers et mal construits dans toute la Russie. Aujourd’hui, la spéculation immobilière et la voracité des actionnaires et oligarques du bâtiment entraîne la continuation du déploiement de bâtiments verticaux, revendus par appartements avec des profits gigantesques. Afin de nuancer le constat quelque peu négatif, il faut avouer que le confort de vie dans ces bâtiments est plutôt bon. Il y a souvent dans leurs alentours des commerces ouverts 24/7, des terrains des sports, des écoles, des parcs. Et surtout, il n’y a pas d’insécurité, de petits trafics ou larcins comme on peut le connaître dans les banlieues européennes ou américaines. Pas de trafic de drogue visible, pas de bandes de jeunes sauvageons s’attaquant aux filles ou aux passants, pas d’agression des anciens, pas d’insultes pour les mini-jupes ou autres apparences, pas de vols de téléphone portable et pas de voitures brûlées. Mais revenons à notre famille modèle. Le grand-père Vladimir et la grand-mère Lena ont un peu plus de 70 ans. Ils ont un fils et deux filles. Le fils, Pietr vit et travaille en Sibérie orientale sur un site d’exploitation gazier. Il y gagne bien sa vie même si le travail est physiquement difficile. Sa femme, d’origine tatare d’un côté et arménienne de l’autre, est assistante commerciale dans une société d’imprimerie. L’aînée des filles s’est installée après son mariage à Moscou avec son époux, un entraîneur de foot dans un club privé pour des jeunes de 6 à 14 ans. Ils ont deux enfants, louent un appartement dans la banlieue moscovite et sont sur le point d’acquérir une jolie datcha à 50 kilomètres de chez eux avec la ferme intention d’y passer la plus grande partie de leurs week-ends. La cadette des filles, Elena, divorcée, vit à Saint-Pétersbourg et travaille en tant que comptable dans une société informatique. C’est son fils, Ilya, qui a répondu Nie Pravda à sa grand-mère. Il a 14 ans. Né en 2007, que peut-il savoir de ce qu’était la vie derrière le rideau de fer communiste et dans un environnement économique et social totalement différent? Comment pourrait-il comprendre les sentiments passionnés soviétiques et cette croyance que l’on a participé à la construction d’un monde meilleur, plus beau, plus pacifique, égalitaire et solidaire? Que peut-il comprendre de cette époque alors que l’enseignement a tant changé, alors que le capitalisme et l’argent sont aujourd’hui centraux dans son monde? Comment peut-il même envisager le stalinisme, la perestroïka et la glasnost de Gorbatchev, lui qui pianote sur Wikipédia, VK et Instagram et joue à World of Warcraft ou League of Legends sur son laptop et son smartphone? Comment peut-il comprendre dans sa chair et dans son esprit la mémoire heureuse et simple exprimée par sa grand-mère alors qu’il a vu dans les livres d’histoire et dans de vieux films des produkti, ses petits commerces de quartiers, aux rayons vides?

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L'économie, c'est avant tout l'humain

Avant de nous lancer dans des analyses macroéconomiques, industrielles ou sectorielles, découvrons ensemble quelques portraits rapides de ceux qui font l’économie russe.

Ludmila, 40 ans, région de Moscou. Elle est responsable marketing dans une chaîne de restauration rapide spécialisée dans les pizzas. Après des études d’économie à la fin des années 90 et plusieurs emplois dans le tourisme puis dans un centre des impôts, elle a fait une formation complémentaire de marketing en 2009. Elle gagne aujourd’hui environ 70 000 roubles par mois avec un 13ème mois. Son mari est chef de chantier dans la construction. Ils louent un petit appartement ou elle vit avec son fils. Elle ne se plaint pas trop mais souhaiterait pouvoir gagner plus. Ils ont acheté une petite datcha à 80 km de Moscou, ils y passent tous leurs week-ends, jardinent, font des barbecues, des marches et du vélo.

Dmitry, 35 ans, Moscou. Il travaille dans une grande entreprise étrangère. Il gagne 500 000 roubles par mois, soit environ 5500 euros. Il aime l’argent. Il ne travaille que pour cela. Spécialiste du droit de l’environnement, il a travaillé dans plusieurs grandes entreprises et a participé à de nombreux groupes de travail au sein des ministères pour établir de nouvelles législations. Il connaît les procédures, les montages de dossiers, les règles. C’est cette expertise qu’il vent et qui justifie son salaire élevé. Il faut dire que la législation environnementale russe est plutôt drastique et souvent mieux disante que celle de pays développés occidentaux.

Ivana, Moscou. Après des études d’économétrie, elle a travaillé une dizaine d’année à Londres dans le domaine de la finance. Elle en a profité pour acquérir un bel appartement londonien qu’elle loue aujourd’hui. De retour en Russie et alors que le loyer qu’elle reçoit depuis Londres lui suffit amplement pour vivre à Moscou, elle a lancée une petite entreprise dans le domaine du vin. Elle organise des dégustations avec des œnologues étrangers ou russes et en profite pour commercialiser le vin de vignobles partenaires français, italiens, russes et hongrois. Avec ses 5000 euros de revenus mensuels loyer londonien compris, elle fait partie de la classe aisée, un peu bobo. Il ne lui manque qu’un homme qu’elle continue activement à chercher.

Vladimir, 24 ans, Saint-Pétersbourg. Il est développeur informatique, spécialisé en langage Ruby. Il travaille en tant que free-lance pour des projets internationaux. Payé en dollar ou en euros, il s’extasie depuis quelques temps de la baisse du rouble. Son salaire augmente régulièrement sans même qu’il augmente ses tarifs. Il travaille dans un bel espace de bureaux partagés qui accueille une centaine de jeunes informaticiens qui ont le même profil que lui. Il gagne entre 1000 à 3500 euros par mois.

Sergueï, 43 ans, Ijvesk/Moscou. Il est originaire de la ville d’Ijevsk, en Oudmourtie, une région industrielle en déclin. Il travaille dans les services d’entretien et de maintenance de la ville de Moscou. Il travaille en back-to-back et fait les 1200 kilomètres régulièrement. Il passe 3 mois à Moscou, puis reste 1 mois chez lui avec sa famille. Il gagne 650 euros par mois ce qui est un salaire impossible à obtenir pour lui dans sa région. Il a été dans le passé d’engins de nettoyage et de chasse-neiges, de véhicules d’entretien et aussi ouvrier dans la construction mais il n’a jamais dépassé les 350 euros mensuels. Il double donc. Son frère fait les mêmes trajets mais travaille dans le domaine de la construction.

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L’art de la diplomatie subit lui aussi de grande réformes. Avant Pierre, la Russie ne correspondait régulièrement qu’avec les pays proches, amis ou ennemis. Il s’agissait de la Suède, du Danemark, de la Pologne, du khanat de Crimée et de l’Empire Ottoman. Mais avec Pierre, les ambitions sont bien plus grandes. C’est avec le monde qu’il faut discuter. Des représentants, ambassadeurs, messagers doivent se rendre ou vivre à Paris, Londres, La Haye, Amsterdam, Venise. Le Tsar attend d’eux des informations politiques, militaires, mais aussi culturelles, scientifiques et techniques. Il leur demande d’embaucher des artisans, ingénieurs, artistes, marins et mercenaires. Il leur faut aussi se montrer dans les salons, dans les cours et les manifestations de toutes sortes sous leur meilleur jour, s’assimiler et faire publier dans les journaux des articles favorables à la Grande Russie, patrie européenne. Pierre envoie aussi plusieurs centaines de fils de la noblesse et de la bourgeoisie se former en Europe à des métiers qui n’existent même pas encore en Russie. Ils seront les élites de demain.

La diplomatie, la négociation, la collaboration donc mais aussi la guerre. Pierre écrit dans le Règlement maritime de 1702: « Un souverain n'a deux mains que s'il possède une armée de terre et une flotte puissante ». Il crée alors l'Amirauté en 1704 dans sa nouvelle capitale. Celle-ci devient rapidement le principal chantier naval du pays et une entreprise modèle. L'usage de la scie, inconnue jusqu'alors des charpentiers russes qui maniaient la hache avec tout le gaspillage de bois et l'imprécision que cela supposait, est introduit en Russie. Des navires de guerre rapides et imposants sortiront de cette amirauté et feront de la Russie une nouvelle puissance navale.

Pierre réforme avec fougue. Il publie oukase après oukase. La culture n’est pas épargnée. Peinture sur chevalet, gravure et sculpture sont imposées en Russie alors que l’art de cet époque est principalement celui des icônes religieuses. La volonté pétrovienne marque un coup d’arrêt temporaire au développement de cet art russe ancien. Pierre ordonne aux peintres russes de copier les modèles hollandais ou français. Il simplifie aussi l'alphabet cyrillique et impose en Russie l’utilisation des chiffres arabes, petite révolution préparant l’avenir de l’excellence mathématique dans le pays.

Inquiet de la puissance de l’Église orthodoxe, il supprime le patriarcat et impose le Saint-Synode, un concile qui devient de fait une sorte de ministère du culte. Une assemblée lui fera moins d’ombre qu’un grand patriarche représentant Dieu pense t-il. Il favorise aussi l’accueil de catholiques afin d’affaiblir tant que possible le pouvoir des orthodoxes. Voltaire, l’anti-clérical et l’anti-chrétien, l’applaudira des années plus tard dans ses anecdotes sur le czar Pierre Le Grand:

« Pour avoir plus de sujets il voulut avoir moins de moines, et ordonna que dorénavant on ne pourrait entrer dans un cloître qu’à cinquante ans; ce qui fit que, dès son temps, son pays fut, de tous ceux qui ont des moines, celui où il y en eut le moins. Mais, après lui, cette graine qu’il déracinait a repoussé, par cette faiblesse naturelle qu’ont tous les religieux de vouloir augmenter leur nombre, et par cette autre faiblesse qu’ont les gouvernements de le souffrir. Il fit d’ailleurs des lois fort sages pour les desservants des églises, et pour la réforme de leurs mœurs, quoique les siennes fussent assez déréglées, sachant très bien que ce qui est permis à un souverain ne doit pas l’être à un curé ».
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Serait-il aujourd’hui appelé complotiste lui qui s’interroge sur les arcanes du pouvoir et des groupes d’influence en évoquant avec subtilité la franc-maçonnerie russe de l’époque:

« Ses frères se partageaient pour lui en quatre catégories: à la première appartenait ceux qui ne prenaient aucune part active ni aux affaires de la loge, ni aux affaires de l’humanité, exclusivement occupés à approfondir les mystères de leur ordre, à rechercher le sens de la Trinité, à étudier les trois bases générales, le soufre, le mercure et le sel, ou la signification du carré et des autres symboles du temple de Salomon. Ceux-là, Pierre les respectait, c’étaient les anciens et Bazdeiew lui-même; mais il ne comprenait pas quel intérêt ils pouvaient prendre à leurs recherches, et ne se sentait nullement porté vers le côté mystique de la franc-maçonnerie. La seconde catégorie, dans laquelle il se rangeait, se composait d’adeptes qui, vacillants comme lui, cherchaient la véritable voie, et qui, cependant, ne l’ayant pas encore découverte, ne perdaient néanmoins pas l’espoir de la trouver un jour. La troisième comprenait ceux qui, ne voyant dans cette association que les formes et et les cérémonies extérieures, s’en tenaient à la stricte observance, sans se préoccuper du sens caché. Tels étaient Villarsky et le Vénérable lui-même. La quatrième enfin était formée de gens, très nombreux à cette époque, qui, ne croyant en rien, ne désirant rien, ne tenaient à l’ordre que pour se rapprocher des riches et des puissants, et mettre à profit leurs relations avec eux ».

Tolstoï est proche du peuple. Il aime vivre à la campagne dans son domaine d’Iasnaïa Poliana, s’habiller en Moujik, parler aux paysans. Ce domaine familial qu’il avait quitté à regret enfant, il est revenu y vivre avec bonheur après en avoir hérité. Il y ouvre même une école afin d’instruire les enfants de paysans de la région. Il aide aux champs, est attentifs aux conditions de vie de ses serfs puis de ses employés puisque le servage est aboli en 1861. L’hiver, pourtant, sa femme Sonia l’entraîne à Moscou ou il réside donc partiellement de 1882 à 1901. Elle aime le grand monde, les bals et réceptions, les salons, et le fait s’habiller selon son rang. Il n’aime pas ça. Il y a un rapport entre mon opulence, mon superflu et la misère des démunis et des pauvres dit-il. Il prend pitié de sa propre famille. Il écrit:

« Ce qu’ils font, ce qu’ils pensent, c’est parce que les autres dans notre milieu font ainsi, pensent ainsi. Et c’est ça pour eux vivre? Il n’y a pas de vie. Les malheureux! »
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