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Cycle Mon Combat tome 1 sur 6
EAN : 9782207110003
582 pages
Denoël (15/09/2012)
3.85/5   248 notes
Résumé :
Peut-on ressusciter une enfance ? Devenu père, Karl Ove Knausgaard se penche sur ce continent englouti. Il se retrouve face à cet autre lui-même, gamin trop sensible grandi à l'ombre d'un frère solaire, d'une mère souvent absente et d'un père aux colères imprévisibles. La lente maturation des sentiments, les flirts inquiets, la passion du rock et ce défaut de prononciation des r, qui lui gâche l'existence... Knausgaard dessine une carte ultrasensible de ses première... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
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La puissance désarmante de la confession !

La mort d'un père est le premier tome de l'autobiographie du norvégien Karl Ove Knausgaard, ou plutôt le premier tome de l'oeuvre monumentale de sa vie d'écrivain, une hexalogie, intitulée, non sans une certaine ironie, Mon Combat, référence explicite à Mein Kampf apparemment éclairée dans le sixième volume, il ne me reste plus qu'à patienter…
Dans un style direct, franc, sincère, et unique il faut bien le dire, l'auteur se livre sans fard et transforme son vécu personnel en une expérience universelle. Dans ce premier tome, il met en scène la mort à la fois intime et universelle, puisqu'il s'agit de celle de son propre père, mais aussi de manière philosophique, scientifique, fascinante, monstrueuse, chaotique voire artistique, cubique, tant ses réflexions sur la mort le mènent dans toutes les directions.

J'ai trouvé ce livre fascinant : tout en étant simple et exempt de tout rebondissement, de toute aventure, de toute intrigue, je n'ai cessé d'en tourner les pages et de me sentir bien dans cette lecture, d'y trouver des échos personnels. Knausgaard m'a désarmée, moi qui aime les aspérités de certaines plumes, leurs reliefs particulièrement acérés, l'écriture assez plate et sans relief de cet auteur m'a totalement séduite.

« Aujourd'hui, nous sommes le 27 février 2008 et il est 23h43. C'est moi, Karl Ove KNAUSGAARD, né en décembre 1968 et donc dans ma trente-neuvième année, qui écris. J'ai trois enfants, Vanja, Heidi et Hohn, et j'ai épousé Linda Boström KNAUSGAARD, en secondes noces. Ils dorment tous dans leurs chambres autour de moi, dans un appartement de Malmö où nous vivons depuis un an et demi. Exception faite de quelques parents du jardin d'enfants de Vanja et Heidi, nous ne connaissons personne ici. Cela ne nous manque pas, en tous cas pas à moi, car de toute façon, je ne retire aucun bénéfice du contact avec les autres. Je ne dis jamais ce que je pense vraiment, ni ne dévoile mes convictions, au contraire, je me range systématiquement à l'avis de la personne avec qui je parle et je fais semblant de m'intéresser à ce que les gens disent. Sauf quand je bois : dans ces moments-là, je vais trop loin dans l'autre sens et je me réveille avec cette peur d'avoir dépassé les limites qui n'a fait que grandir avec les années et qui peut maintenant me tenailler pendant des semaines. Quand je bois, j'ai des absences et je perds le contrôle de mes actes, qui se révèlent souvent désespérés et idiots mais parfois aussi désespérés et dangereux. C'est pour ça que je ne bois plus. Je voulais être inaccessible et invisible et c'est maintenant chose faite : personne ne m'atteint et personne ne me voit ».


D'où provient cette fascination ?

Tout d'abord, la fascination provient étonnement du style. L'écriture est mécanique et spontanée, permettant de toucher sans fioriture le coeur des choses les plus anodines, les plus élémentaires, mais aussi d'aborder les pensées les plus inavouables, les plus repoussantes sans fausse pudeur, sans masque ni paillettes, laissant à la fois un goût tantôt douceâtre tantôt amer en nous, goût serti d'une puissance d'évocation captivante, de sorte que nous le suivons, nous tournons les pages, installés confortablement, comme aux côtés de l'auteur, dans une proximité désarmante. Installés parfois comme devant son propre reflet, dans une mise en abime déstabilisante.
Le tout entrecoupé par des digressions, des détails, des considérations philosophiques. C'est la vie dans ses moindres détails les plus futiles, dans ses moindres pensées les plus enfouies, dans ses moindres souvenirs les plus lointains, c'est la vie qui s'écoule devant nous et qui est aussi la nôtre. Entre listes de course, considération sur la mort, groupes de musique, réflexions enchantées sur la peinture, description d'un petit déjeuner, souvenirs de poèmes, chagrins, achat d'une bouteille de Cif, grandes hontes et petites fiertés…banalité et complexité, trivialité et subtilité. La vie dans tous les sens du terme que l'écriture mécanique fait jaillir pour toucher parfois l'indicible que, confusément, nous percevons sans toujours pouvoir, savoir, le mettre en mots.

« Voilà.
Les métaréflexions augmentèrent tout d'un coup. J'étais dans l'avion, en route pour enterrer mon père pendant que je pensais que j'étais dans l'avion, en route pour enterrer mon père. Tout ce que je voyais, les visages, les corps qui traversaient lentement la cabine et qui déposaient leurs bagages et s'asseyaient, déposaient leurs bagages et s'asseyaient, étaient suivis d'une ombre réflexive qui ne pouvait s'empêcher de me dire que c'était ce que j'étais en train de voir pendant que je pensais que c'était ce que je voyais et ainsi de suite jusqu'à l'absurde. En même temps, la présence de cet échos, ou plutôt de ce miroir, comportait la critique que je ne ressentais pas plus que ça ».

Même si le récit n'est pas linéaire, multipliant les va-et-vient entre son passé et sa position actuelle d'écrivain et de père de trois jeunes enfants, entre sa Norvège natale et la Suède où il s'est expatrié, entre le récit méticuleux sur sa vie et les digressions multiples, je suis assez étonnée d'avoir aimé ce style d'écriture simple, quand habituellement je me fais une joie d'un style avant tout chose, chose qui me remplit d'admiration et de bonheur par exemple avec un autre norvégien, Jon Fosse, et que Knausgaard, lui, précisément, rejette le prétexte du style autant que les romans à la thématique trop prononcé.
Ici c'est juste la vie dans sa banalité la plus totale qui est relatée par le menu, depuis les détails les plus infimes jusqu'aux réflexions les plus fondamentales, en citant les gens nommément, tous les gens depuis son enfance jusqu'au prénom de sa femme devenue ex-femme, narration au moyen d'une plume lente et enveloppante, d'une sincérité désarmante et d'une profondeur psychologie rare.


La fascination provient par ailleurs de la thématique du livre, celle de la mort de son père, l'occasion pour l'auteur, dans une première partie, de présenter la relation qu'il a eu avec lui alors qu'il était adolescent dans les années 80, ce père si proche et pourtant si distant, autoritaire, dur, taiseux. La deuxième partie est davantage centrée sur la déchéance puis la mort de son père qui a peu à peu sombré dans l'alcoolisme. Divorcé de sa deuxième épouse, il est allé s'installer chez sa vieille mère grabataire et ne pense qu'à boire. Karl Ove et Yngve, son frère ainé, vont découvrir, à la mort de leur père, une maison transformée en un véritable dépotoir où des centaines de bouteilles vides se mêlent à des tas de vêtement en train de pourrir sous les couches d'immondices, de crasse et d'excréments. La description frise véritablement l'horreur et c'est dans cette ambiance à l'odeur pestilentielle que Karl Ove va peu à peu réaliser la mort de son père. le récit se transforme alors, au-delà de cette expérience déroutante où le fils va littéralement laver la crasse paternelle, faire disparaitre les excréments du père défunt, en une expérience universelle d'un fils à la mort du père. Ou comment est transcendée la plus vile expérience en une expérience confinant au sacré.

La fascination enfin provient de la sincérité totale de l'auteur qui ne nous cache absolument rien. Fascination qui pourrait s'apparenter à du narcissisme et du voyeurisme, le matériau de ses écrits étant lui et ses proches. Je sais que cela peut m'énerver et avec certains auteurs, ça ne passe pas du tout. Je pense notamment à David Vann qui s'inspire de ses proches de façon plus indirecte, avec moins de franchise je dirais. Dans Komodo par exemple, je n'avais pas aimé sa façon de décrire son personnage principal avec condescendance, vulgarité et mépris. Cette façon de la mettre plus bas que terre pour ensuite nous expliquer, main sur le coeur, que la cause de son aigreur, de son amertume est tout simplement la maternité et la famille. Sa belle-soeur si je me souviens bien a inspiré ce personnage, sous prétexte de montrer à quel point il est dur d'être une jeune maman, il rend le personnage horrible, au moyen notamment d'une plume incroyablement vulgaire renforçant la perception négative du personnage qu'il aura réussi au final à détruire sous couvert de la défendre.
Hausgaard ne procède pas ainsi, il dit les choses, les nomme, les objectivise de façon directe et sincère. de façon authentique. Cela n'a pas évité cependant de susciter une vive polémique entre lui et sa famille au moment de la parution du livre. Qu'importe, Knausgaard est tout entier dans son livre qui est un véritable marqueur d'une épopée familiale, d'une période, d'un pays, le pays de la retenue qui plus est…


Nous sentons qu'en écrivant sur soi, Karl Ove Knausgaard a tenté de s'effacer derrière l'universalité de la chose vécue, de se dépersonnaliser. Cela me fait penser au concept de « dé-peindre » que développe Jon Fosse avec la peinture dans Mélancholia mais aussi dans L'autre nom : peindre une image qui nous obsède, c'est la « dé-peindre », l'enlever de nos obsessions en l'extériorisant. La poser pour en faire quelque chose d'extérieur à soi et que les autres, en l'admirant, prendront en eux, socle pour de nouveaux sentiments.
L'autofiction est un exercice très délicat, elle peut tomber dans un nombrilisme sans intérêt. Il me semble que c'est un genre réussi lorsque le lecteur trouve précisément dans cet intime mis en pâture des échos de ses propres pensées, de ses propres sentiments. C'est bien que ce nous offre ici l'auteur norvégien. Son autofiction ambitieuse est un voyage littéraire peu commun. Ni une littérature de l'aventure, ni une aventure de la littérature. C'est le récit précis d'une vie écrite comme on respire, avec le coeur, avec les tripes, avec l'âme, avec le cerveau aussi…J'ai très hâte de lire le tome 2 car après la mort, ce sera l'amour, et avec Knausgaard, je m'attends à tout et à rien à la fois…
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Dans beaucoup de critiques, on compare Karl Ove Knausgaard à Marcel Proust. Son style n'est certainement pas égal à celui du génie français mais son autobiographie en six tomes (dont seulement trois sont disponibles en français à ce jour) raconte des moments-phare de l'existence de l'écrivain norvégien, qui était au début de la quarantaine au moment de l'écriture. Son oeuvre est certes impressionnante, ses romans sont de véritables pavés, mais elle soulève aussi la polémique et la controverse. Ouvre le fait de dévoiler au monde entier des pans de la vie de sa famille, son oeuvre s'intitule « Mon combat ». Et, si c'est très approprié, on peut se rappeler que c'est aussi le titre du livre rédigé par Hitler… N'empêche, le témoignage qu'il présente dépasse la simple biographie et pourrait même devenir le roman d'une génération.

Ce premier tome, intitulé « La mort d'un père », traite de la relation difficile de l'auteur avec son paternel. Tout jeune, le père est comme un Dieu, un personnage tout puissant, omniprésent, qui devine… non, qui sait tout ce qui se passe dans la tête de son fils. Puis vient l'adolescence. Karl Ove est maintenant un jeune homme, et sa relation avec son père devient très conflictuelle. Il n'est plus la figure à laquelle on obéit avec un respect craintif. Non. C'est un adulte comme n'importe quel autre, qui fait des erreurs, qu'on se permet de juger et de critiquer. Même, parfois, contre lequel s'emporter. Surtout, un adulte d'une autre génération, aux goûts à l'opposé des siens. le jeune homme aime la littérature, la musique rock, s'éclater avec ses amis dans des fêtes où l'alcool coule à flot, même faire des bêtises en sachant que les conséquences risquent d'être graves si découvertes… Pendant ce temps, son père sirote un verre de vin en écoutant de la musique classique alors que son couple bat de l'aile et que la famille éclate. D'ailleurs, éventuellement, l'auteur déménagera en Suède.

« La mort d'un père », c'est toutefois beaucoup plus que la description de la relation entre Karl Ove et son parternel, c'est l'histoire des relations entre tous les garçons et leurs pères. Aucun homme ne peut se sentir indifférent par ce récit autobiographique qui devrait le rejoindre. Même si les détails changent d'un individu à l'autre, le fond restera toujours là. C'est un thèmer universel. Aussi, par toutes les références aux événements norvégiens et mondiaux qui se sont produits à cette époque, les années ‘80 (et j'inclus dans le lot toutes les allusions à la cultures, à la musique, aux spectacles et sorties d'album), quiconque a vécu cette époque ne peut que ressentir un brin de nostalgie, s'émouvoir en se rappelant ceci et cela. En ce sens, la précision des détails relatés – que certains minimalisent en les comparant à un simple inventaire – eh bien, moi, je les trouve précieuses.

Mais l'histoire de Karl Ove ne s'arrête pas là. Les sauts dans le temps continuent sans cesse et on se retrouve plus tard, alors que son père décède dans des circonstances étranges. le jeune homme retourne en Norvège et, aidé par son frère aîné Yngve, il s'occupe des funérailles. C'est le moment pour lui de se recueillir, de faire la paix avec son père. Il faut dire que, entre temps, il est devenu père lui-même et ça l'a amené à reconsidérer toute sa relation avec lui. Ainsi, le thème de la famille émerge. D'ailleurs, vers la fin du roman, l'auteur s'ouvre un peu plus sa relation avec Yngve, les années qu'ils ont passé ensemble à l'université, ses débuts dans le journalisme et le monde de la littérature. En ce sens, « Mon combat » est aussi la relation de Knausgaard avec les mots, l'écriture et son métier d'écrivain, en perpétuel développement. Décidément, c'est une oeuvre riche que je continuerai à lire avec intérêt.
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Si vous aimez l'action, les rebondissements, il vaut mieux éviter de lire « La mort d'un père », car le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne se passe pas grand-chose dans ce livre.

Si par contre, vous avez envie de découvrir un texte minutieux, précis, qui décrit la vie dans les moindres détails, souvent jusqu'à l'inutile, alors foncez.

Ce qui m'a fascinée dans ce roman, qui est plutôt une autobiographie, c'est justement cette lenteur qui m'a enveloppée et isolée dans une bulle hors du temps.
KOK décrit la relation compliquée qu'il a eu avec son père depuis l'enfance où il est terrifié par ses accès de colère, jusqu'à l'adolescence et ses premiers émois, ses premières cuites, ses premières déceptions.
Aucun détail ne nous est épargné, depuis la marque des cigarettes, la couleur du chemisier ou des cheveux de la vendeuse jusqu'au bruit de la caisse enregistreuse.

« La mort d'un père » est une histoire pleine de regrets, de nostalgie dont j'ai beaucoup de mal à parler. C'est l'histoire de ce qui aurait dû être et qui n'a pas existé faute de communication.
En tout cas, pour moi c'est une véritable découverte.

Je suis déjà plongée avec la même passion dans le deuxième volume «Un homme amoureux ».



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Karl Ove Knausgaard est présenté comme le Proust norvégien. Auteur primé, prolifique et bancable, il semble être devenu un phénomène d'édition.
La Mort du père est le premier tome de sa grande oeuvre, six opus autocentrés pour se raconter, parler, parler et toujours parler de lui, de sa vie, de ses proches, avec un souci du détail obsessionnel.

J'ai entamé cette lecture sans apriori, attirée par ce que j'imaginais être l'éducation par un père impossible, ours mal léché, colérique, peu aimant et violent.

Ce fut une descente douce vers un ennui abyssal.
Noyée par les détails des faits et gestes quotidiens ad nauseum, frustrée de l'indigence d'approche psychologique de cette relation père-fils, j'ai suivi d'abord avec bienveillance l'apprentissage à la vie d'un adolescent entre copains, premiers flirts, premières fêtes, études et musique. Rien que de très normal, si ce n'est cette impression de vide d'un jeune livré à lui même, qui se raconte minutieusement, sans contexte familial.
Des pages et des pages sur un événement, des digressions sans intérêt, et aucune vue d'ensemble qui permettrait au lecteur une immersion, une compréhension, un décodage.
Certains crient au chef d'oeuvre, moi à la supercherie. Constat récurrent et divergeant de toute production artistique à la marge.

À mi chemin des 500 pages, j'ai eu un vrai coup de mou.
La déchéance du père m'a achevée. Devenu une vraie loque alcoolique, dont les fils vont devoir s'occuper post mortem, en nettoyant, décapant l'appartement poubelle, je n'ai au final jamais vraiment compris qui il était.

Coup de chapeau (ironique) pour l'autobiographie, et pour ma part, Prix Citron Vert littéraire.
La suite dans Un Homme Amoureux.
Entamer les opus suivants des Riches Heures de Karl Ove Knausgaard s'apparente pour moi à de la torture psychologique.

;-)
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Le petit Karl Ove grandit dans une famille normale avec son grand frère et ses parents. le peu de compassion que l'on peut éprouver à son égard quand il décrit ses rapports avec un père autoritaire, distant et souvent humiliant, disparaît peu à peu lorsqu'il devient un adolescent un peu crétin, passionné de musique et d'alcool. Au même moment, sa famille se disloque, son frère part étudié à Bergen, ses parents divorcent et Karl Ove partage son temps entre un petit appartement en ville et la maison familiale où vit son père. Celui-ci trouve une nouvelle compagne et sa personnalité change peu à peu. Moins sévère, il est plus ouvert et se met à boire.
Les années passent, Karl Ove s'installe à Bergen, rencontre sa première femme et se met à l'écriture. Pendant ce temps, son père sombre dans la déchéance. Séparé de sa seconde épouse, il s'est installé chez sa vieille mère et boit jusqu'à plus soif. Quand il meurt, Karl Ove et son frère retournent dans la ville de leur enfance pour s'occuper de l'enterrement. Ce qu'ils y trouvent est horrible. Leur père a transformé la maison de leur grand-mère en immense dépotoir. le linge sale côtoie des centaines de bouteilles vides, tout est recouvert par la crasse et les excréments. Karl Ove et Yngve s'attaquent au nettoyage tout en assimilant, chacun à leur façon, la disparition de leur père.


Avant de me lancer dans cette autobiographie, je me suis un peu renseignée au sujet de Karl Ove KNAUSGAARD, auteur norvégien que je ne connaissais pas du tout.
J'ai donc appris que ce livre avait été sujet à controverses dans son pays mais aussi qu'il a eu un énorme succès, notamment en Norvège et en Suède.
Après ma lecture, je me demande d'où vient un tel engouement…
Narrateur de sa propre vie, Karl Ove KNAUSGAARD se raconte avec beaucoup (trop?) de distance. Peu attachant, il n'a pas réussi à m'émouvoir ou simplement m'intéresser à son histoire. le style est plat, les digressions trop nombreuses et je me suis perdue dans un océan d'informations et de détails sans importance. Si la dernière partie, au moment où les deux frères arrivent chez la grand-mère, sauve un peu l'ensemble, il n'en reste pas moins que cette lecture fut laborieuse et ennuyeuse.
Ceci dit, c'est un premier tome. Peut-être que cela s'améliore par la suite…Mais je ne le saurai jamais, je ne compte pas continuer à explorer la vie de Karl Ove.
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critiques presse (2)
Actualitte
21 mars 2013
À force de gros plans sur de menus détails, il appuie avec une sincérité impudique, sur les errements d'un père alcoolique [...] la description pointilleuse de la crasse, témoignent de cet hyperréalisme qui apporte au récit une authenticité, mais créé également un sentiment de malaise auprès du lecteur.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeFigaro
18 octobre 2012
Le lecteur est […] fasciné par cette implacable confession d'un enfant du siècle dernier d'où émergent la sincérité des intentions et le talent d'un écrivain.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
En Norvège, c’est le peintre Munch qui marque la rupture, c’est dans ses œuvres que pour la première fois les êtres humains prirent toute la place. Alors que jusqu’au siècle des Lumières, on subordonnait l’homme au divin, qu’à la période romantique on le subordonnait au paysage dans lequel il était représenté — les montagnes y sont imposantes et tumultueuses, la mer y est imposante et tumultueuse et même les arbres et les forêts y sont imposants et tumultueux, mais tous les hommes sans exception y sont petits —, chez Munch c’est le contraire. C’est comme si l’humain engloutissait tout en lui, faisait sien absolument tout. Les montagnes, la mer, les arbres et les forêts, tout y est teinté d’humain, non pas des actes et de la vie extérieure des êtres humains mais de leurs émotions et de leur vie intérieure. À partir du moment où les hommes avaient pris le dessus, aucune marche arrière n’était plus possible, de même qu’il n’y eut plus de marche arrière possible pour le christianisme après qu’il se fut propagé comme un incendie de forêt dans toute l’Europe aux premiers siècles de notre ère. Munch, lui, donne forme aux émotions des êtres qu’il peint, il donne forme à leur vie intérieure et bouleverse le monde. Une fois cette porte-là ouverte, la représentation du monde extérieur fut abandonnée : chez les peintres après Munch, ce sont les couleurs elles-mêmes et les formes elles-mêmes qui sont porteuses d’émotions, pas ce qu’elles représentent.
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L’air s’était légèrement rafraîchi et je le sentis nettement sur ma peau encore chaude après tout le nettoyage, il m’enveloppait, exerçait une pression sur mon épiderme et s’engouffrait dans ma bouche quand je l’ouvrais. Il enveloppait aussi les arbres devant moi, les maisons, les voitures, les rochers. Il assaillait les lieux dès que la température baissait, cet éternel déferlement céleste qu’on ne voyait pas, il arrivait sur nous par vagues énormes, toujours en mouvement, descendant lentement, tourbillonnant rapidement, entrant et sortant de tous ces poumons, se cognant à tous ces murs, à tous ces rebords, toujours invisible, toujours là. Mais papa ne respirait plus. C’était ça qui lui était arrivé. Son lien avec l’air avait été rompu et il en était désormais entouré comme n’importe quel autre objet, un bâton, un bidon d’essence, un canapé. Il ne pénétrait plus l’air, or c’est ça qu’on fait quand on respire, on imprime sa marque encore et toujours dans le monde.
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Pour un cœur, la vie est une chose simple : il bat aussi longtemps qu’il peut, puis il s’arrête. Un jour ou l’autre, ce mouvement scandé cesse de lui-même et le sang commence à refluer vers le point le plus bas du corps où il s’accumule en une petite flaque visible de l’extérieur, comme une tache molle et sombre sur la peau de plus en plus blanche, en même temps que la température baisse, que les membres se raidissent et que les intestins se vident. Ces transformations des premières heures se font si lentement et avec une telle assurance qu’elles ont quelque chose de rituel en elles comme si la vie capitulait selon des règles précises, un genre d’accord tacite auquel même les agents de la mort se soumettent avant d’entamer leur invasion du territoire qui, elle, est irrévocable. Rien ne peut arrêter les hordes de bactéries qui commencent à se disséminer à l’intérieur du corps. Si elles avaient essayé, ne serait-ce que quelques heures plus tôt, elles auraient été combattues immédiatement mais là, tout est calme et c’est sans peine qu’elles s’enfoncent de plus en plus dans les zones sombres et humides.
(Incipit)
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Lorsque j’écris ces lignes, assis à ma table, plus de trente ans se sont écoulés. Dans la fenêtre devant moi, j’aperçois vaguement le reflet de mon visage. À part l’œil droit qui luit et sa partie inférieure qui reflète légèrement la lumière mate, toute la face gauche est dans l’ombre. Deux profonds sillons verticaux barrent mon front et un autre creuse chaque joue de traits noirs, et quand j’ai le regard fixe et grave et que les coins de ma bouche retombent, on ne peut faire autrement que de trouver ce visage austère. Qu’est-ce qui l’a marqué de cette façon ?
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Peu de choses sont plus difficiles à imaginer que la métamorphose en quelques mois d'un paysage froid, engourdi de neige, inanimé et si intrinsèquement silencieux, en un site vert, luxuriant et chaud, vibrant de toute sorte de vie, depuis les oiseaux qui volent et chantent dans les arbres jusqu'aux nuées d'insectes en suspens çà et là. Rien dans le paysage hivernal n'annonce le parfum de bruyère et de mousse chauffées au soleil, les arbres gorgés de sève et les lacs libérés qui le rempliront à la belle saison. Rien non plus n'annonce le sentiment de liberté qui peut s'emparer de nous quand les seules taches blanches qui restent à voir sont celles des nuages qui glissent dans le bleu du ciel et le bleu du fleuve à la brillance absolue, coulant lentement vers la mer, uniquement interrompue çà et là par les rochers, les rapides et les baigneurs. Mais ce n'est pas encore là, ça n'existe pas, pour le moment tout est blancheur et silence, et s' il est rompu, c'est par le souffle d'un vent glacial ou le cri d'un corbeau solitaire. Mais ça vient...ça approche...Un soir de mars, la neige se transforme en pluie et les congères s'affaissent. Un matin d'avril, les bourgeons apparaissent aux arbres et l'herbe jaunie prends un reflet vert. Les jonquilles, les anémones des bois et les hépatiques sortent de terre. Et puis tout à coup, dans les pentes, l'air chaud vibre entre les arbres. Sur les coteaux ensoleillés, les feuilles éclosent et les cerisiers fleurissent çà et là. Quand on a seize ans, tout cela impressionne, tout cela laisse des traces car c'est le premier printemps qu'on vit vraiment comme un printemps, dans toute sa sensualité, et c'est en même temps le dernier, en comparaison tous les autres printemps à venir seront plus pâles. Et si en plus on est amoureux, alors là...il ne reste qu'à supporter. Supporter toute la joie, toute la beauté, tout l'avenir qu'il y a en toute chose.
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