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ISBN : 2844859615
Éditeur : Allia (06/02/2015)

Note moyenne : 4.31/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Dans les années 20, au Japon… L'industrialisation du pays fait rage, tandis qu'en Russie, la Révolution vient de s'achever. Au port de Hakodate, c'est l'effervescence : le bateau-usine s’apprête à partir en mer, pour pêcher des crabes qui seront revendus à prix d'or. Mais les ouvriers-pécheurs ne se doutent pas encore du destin qui les attend… Exploités, battus et spoliés par Asakawa, l'intendant du navire qui ne pense qu'aux bénéfices de l'entreprise qu'il représen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  12 novembre 2017
BIENVENUE DANS LE «MERDIER» !
Vous est-il déjà arrivé de découvrir un texte dans lequel chaque mot semble avoir si délibérément, si précautionneusement, si savamment choisi que l'ensemble vous semble à deux doigts de devoir, page après page, vous sauter à la figure ? Vous est-il souvent arrivé de lire ce genre de texte et d'en frémir d'autant plus que tout ce qui s'y trouve écrit est vrai dans son abjection, totalement véridique dans le récit terrible qui nous est donné de cette réalité, vérifié et vérifiable dans la presse de son époque, purement terrifiant humainement parlant ?
C'est exactement ce qu'il ressort de ce récit poignant. Et quel récit ! Ce témoignage indirect, précisons-le tout de même, son auteur, le japonais Takiji Kobayashi, ayant fait oeuvre de réécriture dans ce somptueux et presque insoutenable «Le bateau-usine». Réécriture, sans doute, mais tous les faits évoqués ici sont exacts, corroborés, tirés tant de la presse de son époque - parfois de simples entrefilets faisant aussi peu parler d'eux que possible, telles ces grèves jugées honteuses et indignes du peuple japonais, tellement vaillant, tellement courageux, tellement patriote, tellement... -, issus d'une enquêtes minutieuse de l'écrivain auprès de témoins aussi directs que possibles, dans les villages, auprès des syndicats, etc.
Ainsi, est-on très rapidement plongé dans cette ambiance de bagne n'ayant d'autre condamnation que celle de la misère et de la faim. Car tout l'art de Takiji Kobayashi réside dans cette écriture d'une violence à peine mesurée - puisque les faits eux-mêmes le sont, mais retranscrit avec un talent rare -, dont la dimension poétique n'est pas absente, textuellement, et qui apporte son lot de puissance évocatrice et de féroce beauté à l'ensemble. Qu'il évoque la peur incommensurable des pêcheur envoyés presque comme à l'abattoir en pleine tempête dans les eaux glacées du Kamtchatka ; qu'il dresse le portrait de cet homme à peine humain qu'est l'intendant Asakawa - un véritable garde-chiourme d'une violence à peine croyable, intraitable, complètement insensible envers son semblable, retors, mais qui peut se faire le plus mielleux, le plus hypocrite, le plus cauteleux des hommes dès qu'il s'adresse à un représentant des propriétaires ou de l'armée ; qu'il raconte comment de jeunes étudiants désargentés se sont fait avoir éhontément par cette promesse d'embauche accompagnée de quelques yens - moins que ce qui leur permet de rejoindre la flottille de pêche et qui finissent ainsi par tous s'endetter auprès des compagnie pour seulement pouvoir travailler, puisque désormais endettés ; qu'il décrive l'état de morbidité innommable dans laquelle est retrouvé un pêcheur mort d'un accès de béribéri (précisons que ce trouble est lié à une sous-alimentation et une carence en vitamine B1. Si la cause véritable n'en était pas encore connue à l'époque, on savait depuis la fin du siècle précédent qu'une alimentation plus complète que le seul riz blanc, un apport en orge, d'un peu de viande, entre autres, pouvait l'éviter...) et abandonné à son triste sort par ce fameux intendant ; qu'il nous décrive ce fameux «merdier» qu'est, tout simplement, le dortoir des ouvriers et des pêcheurs :
«La "tanière" des pêcheurs était éclairée de lampes en forme d'églantines. À cause du tabac et de la promiscuité, l'air était trouble et empestait ; le dortoir tout entier était un immense "merdier". Dans les couchettes, des êtres humains fourmillaient comme des asticots.»
pour, un peu plus tard, lorsque quelques semaines de campagne ont passé, nous décrire le grouillement de la vermine sur ces mêmes couches et sur les hommes...
Takiji Kobayashi ne nous épargne rien de cette espèce de cour des miracles embarquée, toute dévouée à un seul dieu : celui du Capitalisme, des propriétaires et des dividendes à reverser, tout en se servant, pour retourner les plus hésitants, les plus faibles, et sans vergogne, d'un imbécile et mortifère patriotisme que même les plus malheureux de ces hommes semblent devoir respecter, au moins jusqu'à un certain point. Car pour faire appliquer une discipline d'acier, des cadences infernales, des journées interminables de douze, treize, parfois quinze heures, en pleine tempête ou, au moins, par gros temps, le tout dans un état d'insalubrité et de malnutrition invraisemblable, les riches financiers s'en remettent à cet homme à poigne qu'est l'intendant. Sauf qu'à force de tirer sur la corde, les marins finissent peu à peu par prendre conscience du peu de cas qui est fait d'eux, mais aussi de leur relative puissance - ne sont-ils pas quelques trois ou quatre cent contre une poignée de "maîtres" ? - du moins, à partir du moment où ils comprennent qu'ils doivent montrer un front uni et aucune prise individuelle dans leur lutte pour un peu de justice, de reconnaissance, d'humanité dans le labeur et de nourriture, des changements semblent pouvoir apparaître.
Ce livre est dur, terriblement dur car si l'auteur fait de plusieurs faits et cas avérés de monstruosité dans ce monde méconnu de la pêche industrielle de l'époque une seule et même aventure, le dixième de ce qui y est conté ferait déjà frémir les âmes les plus sensibles et se révolter tout individu ayant quelque sens humain. Et pourtant, à y bien réfléchir, en est-il si différemment dans certains pays de notre monde d'aujourd'hui où des êtres humains, sous prétexte que leurs pays sont devenus les "usines du monde" (on pense au Bangladesh, à l'Inde, à la Chine malgré quelques progrès. Bientôt à un nombre grandissant de pays de l'Afrique sub-saharienne, etc) sont exploités, avilis, font plus d'heures, d'un labeur totalement déshumanisé, que beaucoup d'entre nous en quinze jours sous nos latitudes ? N'y a-t-il pas, sans en arriver à ces extrémités, la résurgence de ce que Engels appelait le lumpenprolétariat jusque dans nos pays occidentaux supposés riches, avec la multiplication des "petits boulots", des stages à tout faire et autres formations qui n'en ont parfois que le nom ?
Découverte étonnante, forte, de cette oeuvre d'un des grand représentants - avouons notre surprise de l'entrevoir - de ce qui fut baptisé "Littérature prolétarienne" par l'écrivain français Henri Poulaille (qu'il n'eût de cesse de diffuser) mais qui préexistait bien entendu dans des oeuvres venant du monde entier comme le passionnant "Le peuple d'en bas ( le peuple de l'abîme )" de Jack London, d'un "Même les orties fleurissent" (plus récent) du suédois Harry Martinson et bien entendu des textes immédiatement contemporains d'Henri Barbusse dont cet écrivain engagé du Japon d'entre deux guerre était un fervent lecteur. Cette littérature prolétarienne a donc, un court mais intense moment, existé dans ce Japon que l'on voit, pas forcément à tort, comme si respectueux des traditions, attaché même dans l'horreur à son empereur, facilement militariste et fiers de son armée (la scène où ces malheureux prolétaires comprennent que la troupe appelée par l'intendant ne vient pas pour les défendre contre les mauvais traitements subis mais au contraire pour les remettre, manu militari, au travail est éloquente à ce propos) et pour tout dire, relativement réactionnaire. Cette littérature aurait peut-être pu faire des petits, y compris politiquement, mais le pouvoir en place en décida, très vite et sans doute aussi en examinant le cas soviétique géographiquement très proche (les bâtiments de pêche s'approchent dangereusement, voire dépassent, la frontière maritime d'avec l'URSS, au risque d'être abordés ou coulés. Voir aussi à ce sujet l'expérience de Jack London dans ces eaux très poissonneuse mais gaillardement protégées) d'en couper, pour ainsi dire au sens strict, les têtes pensantes. Ce fut ainsi le cas du jeune Takiji Kobayashi qui fut questionné, torturé, assassiné par la police politique de l'Empereur. Il n'avait pas trente ans.
Etant l'une des têtes de proue de ce mouvement, celui-ci perdit très vite de sa force dans ce Japon de plus en plus militarisé, engagé dans une politique monstrueuse de colonisation à outrance dans toute sa sphère d'influence Pacifique, jusqu'à son engagement fatal dans la seconde guerre mondiale.
Cela ne fait que quelques décennies que l'oeuvre et le parcours singulier de cet écrivain de très grand talent est redécouverte dans son pays. La crise économique longue, dure, larvée que le pays connait après avoir eu quelques trente années de croissance phénoménale n'y est sans doute pas pour rien. L'écho que provoque la redécouverte de ces textes là-bas y est puissant. Signe des temps, c'est aussi maintenant que cet auteur connait un cycle jamais vu de premières traductions - comme en France - ou de retraduction - en Allemagne...-. Serait-ce à dire que ces ouvriers meurtris, esclavagisés de la fin des années vingt ont encore des choses à nous dire sur notre présent...? C'est, à tout le moins, fort possible !
Quoi qu'il en soit, "Le bateau-usine" est de ces ouvrages qui ne peuvent laisser indifférent.
Beau et terrible à la fois, ce "merdier" !
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Charybde7
  16 juin 2015
Intense et éprouvant, un huis-clos en mer d’une portée universelle.
Le deuxième roman de Kobayashi Takiji qui mourut torturé par la police en 1933 à l’âge de vingt-neuf ans, fut censuré dès sa parution en 1929, avant d’être redécouvert et de devenir à la fin des années 2000 un best-seller au Japon, porté par une nouvelle génération japonaise subissant à son tour une crise économique d’une grande violence.
Ce récit radical et cru, servi par une langue imagée et superbe, décrit l’univers clos d’un bateau-usine, symbole du système capitaliste, sur lequel 300 pêcheurs sont embarqués pour aller pêcher le crabe près de la péninsule du Kamtchatka. Ils vont se battre à bord contre le froid polaire et la tempête, et surtout contre l’oppression de patrons représentés par un intendant barbare, infiniment plus cruel que les flots déchaînés.
«Dans la mer d’Okhotsk, la couleur des eaux se changea brusquement en gris. Le froid piquant transperçait les vêtements des ouvriers, dont les lèvres étaient violettes. Plus l’air devenait froid, plus soufflait en bourrasque une neige fine, sèche comme du sel. Les hommes au travail sur le pont devaient se recroqueviller à plat ventre pour éviter les attaques des flocons qui venaient se planter dans les mains et les visages comme autant de minuscules éclats de verre. Les vagues qui léchaient le pont se figeaient aussitôt en une couche glissante. Les hommes tendaient des cordages d’un pont à l’autre et devaient s’y suspendre comme des langes pour travailler. L’intendant vitupérait en brandissant un gourdin à saumon.»
S’il forme un récit de mer impressionnant, la tempête dans laquelle ce navire-épave menace de se rompre à chaque vague et le froid cruel ne sont rien en comparaison des mauvais traitements que subissent les pêcheurs et les marins corvéables à merci, déshumanisés par l’exploitation, parfois «battus à mort, avec plus de mépris que les poux qu’on écrase». Dans cet enfer sur mer, cette main d’œuvre est volontairement recrutée d’origines très diverses, afin d’éviter toute action collective : paysans trop pauvres ou pionniers expropriés, travailleurs itinérants employés pour construire des routes ou des voies de chemin de fer dans les régions reculées d’Hokkaidō, étudiants ou enfants embarqués car leurs familles ne peuvent plus les nourrir.
«L’intendant estimait savoir mieux que ses hommes jusqu’à quelles extrémités on peut forcer le corps humain. – Une fois le travail terminé ils s’écroulaient sur leurs couchettes raides comme des pieux, laissant machinalement échapper un râle.
L’un des étudiants se souvint d’une représentation des enfers qu’il avait vue étant enfant dans un pavillon mal éclairé d’un temple bouddhique où sa grand-mère l’avait emmené. Avec ses yeux d’enfant, il avait cru voir des sortes de pythons rampants dans les marécages. C’était un tableau tout à fait similaire qu’il avait maintenant sous les yeux. – La fatigue du surmenage les empêchait paradoxalement de dormir. Au beau milieu de la nuit la pénombre du « merdier » était pleine de bruits. Il y avait des grincements de dents lugubres, stridents comme des coups de lame sur du verre, des gars qui parlaient en dormant, des cris soudains provoqués par les cauchemars.»
Récit militant qui appelle à la révolte et dit la nécessité d’une action collective, «Le bateau-usine», lecture indispensable, continue d’avoir une portée universelle au-delà de sa beauté brute et du choc de sa lecture.
Emblématique d’une forme de soumission aux intérêts économiques au détriment des intérêts humains, avec le capitaine soumis au bon vouloir de l’intendant qui refuse, au nom de l’efficacité économique, que le bateau se déroute pour porter secours à un chalutier en perdition, «Le bateau-usine» dénonce aussi la colonisation avec les excès du « développement » et de l’exploitation des travailleurs et paysans d’Hokkaido par le pouvoir central, et dénonce enfin la collusion d’intérêts entre les pouvoirs économique et militaire, au travers de l’alliance entre l’intendant et un navire de guerre japonais, sur fond de conflit russo-japonais.
«Toute la nuit, ils étaient persécutés par des poux, des puces, des punaises qui sortaient d’on ne sait où. Ils avaient beau inlassablement repousser leurs assauts, c’était sans fin. Debout dans les couchettes sombres et humides, ils voyaient aussitôt rappliquer des dizaines de puces qui leur grimpaient sur les jambes. C’était à se demander si leur propre corps n’était pas en train de pourrir, au bout du compte. Ca faisait une drôle d’impression quand même, d’être en quelque sorte devenu un cadavre en décomposition, rongé par la vermine.»
Retrouvez cette note de lecture, et toutes celles de Charybde 2 et 7 sur leur blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/06/16/note-de-lecture-le-bateau-usine-kobayashi-takiji/
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OlivierH77
  07 septembre 2015
Un livre puissant qui nous fait découvrir les conditions de travail et de vie terrifiantes d'un équipage de crabier japonais dans les années 1920.
La pêche au crabe dans les eaux riches mais glacées du Kamtchatka est alors une des principales ressources de l'Empire du soleil levant. Cette activité constitue un tel enjeu, dans un contexte de fortes tensions avec la Russie voisine, qu'elle fait l'objet d'une stratégie d'industrialisation à outrance. Des bateaux-usines pourris naviguent sans relâche, exposant à tous les dangers marins, machinistes et ouvriers, sur une mer souvent démontée...
Les ouvriers travaillent jusqu'à épuisement dans des conditions d'hygiène effroyables, sous la coupe d'un intendant tyrannique, dont on sent en permanence la présence pesante et inquiétante (Asakawa, qui est, curieusement en tant que "méchant", le personnage central de cette histoire)...
Un beau texte, dont le style semble étonnamment très actuel, qui frappe par la crudité des mots, la brutalité des situations, et qui a le mérite de nous faire découvrir un bout d'histoire japonaise, tout en dévoilant quelques traits de la mentalité nippone.
Ce récit sonne comme un prétexte à dénoncer les abus du capitalisme industriel exploiteur, du productivisme...et comme un véritable manifeste pour la libération de l'homme. Kobayashi luttera pour des idées révolutionnaires, communistes, soutenant des révoltes d'ouvriers et paysans, ce qui lui vaudra de mourir en 1933, à 30 ans, sous la torture des autorités gouvernementales japonaises, alors même que les idées réactionnaires et ultra-nationalistes s'imposent et mèneront le Japon à la catastrophe que l'on sait.
L'auteur deviendra culte sur son île d'origine d'Hokkaido, et cet ouvrage est redécouvert par la jeune génération japonaise désenchantée, en perte de repères face à la crise économique et politique qui frappe le pays.


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dbacquet
  02 janvier 2018
"Le bateau-usine" a été publié au japon en 1929. kobayashi Takiji y décrit les conditions de vie et de travail à bord du "Hakkô-maru" , un rafiot équipé pour la pêche aux crabes dans les eaux de la mer d'Okhotsk à proximité des côtes russes. C'est à Hakodate, port important de l'île de Hokkaidô, qu'y embarquent surtout des paysans pauvres, de jeunes adolescents envoyés par leurs familles, des étudiants attirés par des recruteurs. Il leur faut affronter les dangers de la mer, la puanteur, les maladies ainsi que l'inhumanité d'un intendant. Ce récit est plus un réquisitoire militant qu'une simple fiction littéraire à une époque où s'imposa au japon un pouvoir fasciste. Kobayashi Takiji mourut après avoir été arrêté par la police politique.
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Pirouette0001
  21 février 2015
Roman poignant sur la condition ouvrière au Japon dans les années vingt, alors que le bolchévisme vient à peine d'être victorieux chez les 'Russkofs'.
Véritable Malraux de la littérature nippone, cet auteur, vu son succès, a vite été rattrapé par la police secrète japonaise et est mort sous la torture.
Ce bateau-usine est son second livre et il nous fait aimer ces pêcheurs frustres, dont l'humanité est oubliée au profit des bénéfices à amasser pour les capitaines de l'industrie.
Un très beau livre, sans être un chef-d'oeuvre de la littérature.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   15 novembre 2017
Les palans de ce rafiot étaient aussi solides que des genoux nécrosés. De temps en temps, l'une des poulies se bloquait, tandis que l'autre continuait à laisser filer le câble. La chaloupe victime de ce palan éclopé se retrouvait alors pendue en oblique, comme un hareng fumé. Dans ce genre de cas, les pêcheurs postés en dessous couraient un assez grand risque s'ils ne réagissaient pas assez vite. - C'est précisément ce qui arriva ce matin-là. «Ah ! Attention !» cria quelqu'un. La chaloupe lui tomba en plein sur le crâne, enfonçant sa tête dans le tronc comme un pieu en terre.
Ses compagnons le portèrent à l'infirmerie. Parmi eux, il y avait certains jeunes pêcheurs qui voulaient en découdre avec "le salaud 'intendant". Ils étaient bien décidés à demander au médecin un certificat médical car ils étaient certains que l'intendant, qui n'était qu'une vipère déguisée en humain, chercherait à prouver qu'ils étaient dans leur tort. Un certificat médical serait alors précieux pour contrer ses arguments. Et puis, le médecin s'était toujours montré compréhensif.
Une fois, il avait même avoué son étonnement. "Sur ce bateau, il y a beaucoup moins de blessures et de maladies dues au travail proprement dit que de complications liées à des coups ou à des mauvais traitements". Il avait même ajouté qu'il faudrait qu'il note scrupuleusement tout cela sur son registre pour en conserver la preuve. Il était donc plutôt bienveillant envers les pêcheurs et les ouvriers qui le consultaient.
Cependant, au mot de certificat, il eut l'air de tomber des nues. Il répondit en bredouillant :
" Ah... Un certificat médical... C'est à dire que... Euh...
- Ecrivez tout simplement ce que vous constatez".
La tension se faisait palpable.
" C'est que sur ce bateau, on n'a pas le droit de délivrer des certificats médicaux. Je sais, ça peut sembler arbitraire... C'est pour parer aux conséquences."
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Erik35Erik35   12 novembre 2017
L'intendant pris la parole : "Je ne serai pas long." Il avait une stature imposante de chef de chantier. Un pied posé sur le rebord d'une couchette, il triturait l'intérieur de sa bouche avec un cure-dents, et de temps en temps il en extirpait ce qui s'y trouvait coincé.
"Comme on a déjà dû vous l'expliquer, vous êtes embarqué sur ce bateau-usine pour des raisons qui dépassent de loin les profits d'une entreprise donnée, n'est-ce pas, c'est une affaire de la plus haute importance pour les relations internationales... Il s'agit de montrer qui est le plus fort : le peuple du Grand Empire nippon, ou les Russkofs. C'est un duel entre eux et nous ! Et s'il arrivait que, - je dis bien "si" parce que évidemment c'est impossible -, si le Japon perdait, alors vous, fils de l'Empire, vous vous retrouveriez les couilles ballantes et n'auriez plus qu'à vous tailler le ventre avant d'aller finir au fond de la mer du Kamtchatka. On est moins grands qu'eux, mais c'est pas une excuse pour plier devant ces lourdauds de Russkofs."
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OlivierH77OlivierH77   07 septembre 2015
L'entreprise de pêche prenait d'infinies précautions dans le recrutement des hommes. Ils demandaient aux maires des villages et aux chefs locaux de la police de leur recommander des "jeunes gens modèles". Afin que tout soit irréprochable, et que rien ne vienne gripper l'engrenage, ils sélectionnaient des travailleurs dociles qui ne s'intéressaient pas aux syndicats. Mais finalement le "travail" tel qu'il était organisé à bord des bateaux-usines aboutissait au résultat inverse de celui qu'ils recherchaient. Les conditions de travail intolérables poussaient irrémédiablement les travailleurs à se rassembler - à se syndiquer. Les capitalistes, tout "irréprochables" qu'ils fussent, n'avaient malheureusement pour eux pas assez de discernement pour comprendre ce paradoxe.
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Erik35Erik35   12 novembre 2017
Exténués par les cadences infernales, les hommes avaient de plus en plus de mal à se lever le matin. Ce jour-là, l'intendant parcourait le dortoir en tapant de toutes ses forces sur un bidon d'essence vide, tout près des oreilles des dormeurs, jusqu'à ce qu'ils ouvrent les yeux et se lèvent. Un homme qui soufrait du béribéri leva un peu la tête et dit quelque chose. Mais l'intendant fit semblant de ne pas le voir et continua à taper sur son bidon. L'homme, dont la voix était couverte par le tintamarre, ouvrait et fermait la bouche comme un poisson rouge qui gobe de l'air à la surface de l'eau dans son aquarium. Après avoir tapé pendant un bon moment, l'intendant se mit à tonitruer : «Qu'est-ce qui vous arrive ? Je vais vous faire lever de gré ou de force, moi ! N'oubliez pas que le travail, c'est la patrie ! C'est comme la guerre ! Soyez prêts à donner votre vie ! Au travail, bandes d'imbéciles !»
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Erik35Erik35   13 novembre 2017
Accrochée au mur à côté de la table, il y avait une affichette couverte de caractères tracés d'une main maladroite :

> Ceux qui se plaignent de la nourriture ne sont pas bien respectables.
> Ne gâchons pas la nourriture. Chaque grain de riz est le fruit du sang et de la sueur.
> Sachons endurer les contraintes et les souffrances.

Dans le blanc sous le texte, il y avait des graffitis obscènes, comme ceux des toilettes communes.
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