AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2844859615
Éditeur : Allia (06/02/2015)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Dans les années 20, au Japon… L'industrialisation du pays fait rage, tandis qu'en Russie, la Révolution vient de s'achever. Au port de Hakodate, c'est l'effervescence : le bateau-usine s’apprête à partir en mer, pour pêcher des crabes qui seront revendus à prix d'or. Mais les ouvriers-pécheurs ne se doutent pas encore du destin qui les attend… Exploités, battus et spoliés par Asakawa, l'intendant du navire qui ne pense qu'aux bénéfices de l'entreprise qu'il représen... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Charybde7
16 juin 2015
Intense et éprouvant, un huis-clos en mer d’une portée universelle.
Le deuxième roman de Kobayashi Takiji qui mourut torturé par la police en 1933 à l’âge de vingt-neuf ans, fut censuré dès sa parution en 1929, avant d’être redécouvert et de devenir à la fin des années 2000 un best-seller au Japon, porté par une nouvelle génération japonaise subissant à son tour une crise économique d’une grande violence.
Ce récit radical et cru, servi par une langue imagée et superbe, décrit l’univers clos d’un bateau-usine, symbole du système capitaliste, sur lequel 300 pêcheurs sont embarqués pour aller pêcher le crabe près de la péninsule du Kamtchatka. Ils vont se battre à bord contre le froid polaire et la tempête, et surtout contre l’oppression de patrons représentés par un intendant barbare, infiniment plus cruel que les flots déchaînés.
«Dans la mer d’Okhotsk, la couleur des eaux se changea brusquement en gris. Le froid piquant transperçait les vêtements des ouvriers, dont les lèvres étaient violettes. Plus l’air devenait froid, plus soufflait en bourrasque une neige fine, sèche comme du sel. Les hommes au travail sur le pont devaient se recroqueviller à plat ventre pour éviter les attaques des flocons qui venaient se planter dans les mains et les visages comme autant de minuscules éclats de verre. Les vagues qui léchaient le pont se figeaient aussitôt en une couche glissante. Les hommes tendaient des cordages d’un pont à l’autre et devaient s’y suspendre comme des langes pour travailler. L’intendant vitupérait en brandissant un gourdin à saumon.»
S’il forme un récit de mer impressionnant, la tempête dans laquelle ce navire-épave menace de se rompre à chaque vague et le froid cruel ne sont rien en comparaison des mauvais traitements que subissent les pêcheurs et les marins corvéables à merci, déshumanisés par l’exploitation, parfois «battus à mort, avec plus de mépris que les poux qu’on écrase». Dans cet enfer sur mer, cette main d’œuvre est volontairement recrutée d’origines très diverses, afin d’éviter toute action collective : paysans trop pauvres ou pionniers expropriés, travailleurs itinérants employés pour construire des routes ou des voies de chemin de fer dans les régions reculées d’Hokkaidō, étudiants ou enfants embarqués car leurs familles ne peuvent plus les nourrir.
«L’intendant estimait savoir mieux que ses hommes jusqu’à quelles extrémités on peut forcer le corps humain. – Une fois le travail terminé ils s’écroulaient sur leurs couchettes raides comme des pieux, laissant machinalement échapper un râle.
L’un des étudiants se souvint d’une représentation des enfers qu’il avait vue étant enfant dans un pavillon mal éclairé d’un temple bouddhique où sa grand-mère l’avait emmené. Avec ses yeux d’enfant, il avait cru voir des sortes de pythons rampants dans les marécages. C’était un tableau tout à fait similaire qu’il avait maintenant sous les yeux. – La fatigue du surmenage les empêchait paradoxalement de dormir. Au beau milieu de la nuit la pénombre du « merdier » était pleine de bruits. Il y avait des grincements de dents lugubres, stridents comme des coups de lame sur du verre, des gars qui parlaient en dormant, des cris soudains provoqués par les cauchemars.»
Récit militant qui appelle à la révolte et dit la nécessité d’une action collective, «Le bateau-usine», lecture indispensable, continue d’avoir une portée universelle au-delà de sa beauté brute et du choc de sa lecture.
Emblématique d’une forme de soumission aux intérêts économiques au détriment des intérêts humains, avec le capitaine soumis au bon vouloir de l’intendant qui refuse, au nom de l’efficacité économique, que le bateau se déroute pour porter secours à un chalutier en perdition, «Le bateau-usine» dénonce aussi la colonisation avec les excès du « développement » et de l’exploitation des travailleurs et paysans d’Hokkaido par le pouvoir central, et dénonce enfin la collusion d’intérêts entre les pouvoirs économique et militaire, au travers de l’alliance entre l’intendant et un navire de guerre japonais, sur fond de conflit russo-japonais.
«Toute la nuit, ils étaient persécutés par des poux, des puces, des punaises qui sortaient d’on ne sait où. Ils avaient beau inlassablement repousser leurs assauts, c’était sans fin. Debout dans les couchettes sombres et humides, ils voyaient aussitôt rappliquer des dizaines de puces qui leur grimpaient sur les jambes. C’était à se demander si leur propre corps n’était pas en train de pourrir, au bout du compte. Ca faisait une drôle d’impression quand même, d’être en quelque sorte devenu un cadavre en décomposition, rongé par la vermine.»
Retrouvez cette note de lecture, et toutes celles de Charybde 2 et 7 sur leur blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/06/16/note-de-lecture-le-bateau-usine-kobayashi-takiji/
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220
OlivierH77
07 septembre 2015
Un livre puissant qui nous fait découvrir les conditions de travail et de vie terrifiantes d'un équipage de crabier japonais dans les années 1920.
La pêche au crabe dans les eaux riches mais glacées du Kamtchatka est alors une des principales ressources de l'Empire du soleil levant. Cette activité constitue un tel enjeu, dans un contexte de fortes tensions avec la Russie voisine, qu'elle fait l'objet d'une stratégie d'industrialisation à outrance. Des bateaux-usines pourris naviguent sans relâche, exposant à tous les dangers marins, machinistes et ouvriers, sur une mer souvent démontée...
Les ouvriers travaillent jusqu'à épuisement dans des conditions d'hygiène effroyables, sous la coupe d'un intendant tyrannique, dont on sent en permanence la présence pesante et inquiétante (Asakawa, qui est, curieusement en tant que "méchant", le personnage central de cette histoire)...
Un beau texte, dont le style semble étonnamment très actuel, qui frappe par la crudité des mots, la brutalité des situations, et qui a le mérite de nous faire découvrir un bout d'histoire japonaise, tout en dévoilant quelques traits de la mentalité nippone.
Ce récit sonne comme un prétexte à dénoncer les abus du capitalisme industriel exploiteur, du productivisme...et comme un véritable manifeste pour la libération de l'homme. Kobayashi luttera pour des idées révolutionnaires, communistes, soutenant des révoltes d'ouvriers et paysans, ce qui lui vaudra de mourir en 1933, à 30 ans, sous la torture des autorités gouvernementales japonaises, alors même que les idées réactionnaires et ultra-nationalistes s'imposent et mèneront le Japon à la catastrophe que l'on sait.
L'auteur deviendra culte sur son île d'origine d'Hokkaido, et cet ouvrage est redécouvert par la jeune génération japonaise désenchantée, en perte de repères face à la crise économique et politique qui frappe le pays.


+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
Pirouette0001
21 février 2015
Roman poignant sur la condition ouvrière au Japon dans les années vingt, alors que le bolchévisme vient à peine d'être victorieux chez les 'Russkofs'.
Véritable Malraux de la littérature nippone, cet auteur, vu son succès, a vite été rattrapé par la police secrète japonaise et est mort sous la torture.
Ce bateau-usine est son second livre et il nous fait aimer ces pêcheurs frustres, dont l'humanité est oubliée au profit des bénéfices à amasser pour les capitaines de l'industrie.
Un très beau livre, sans être un chef-d'oeuvre de la littérature.
Commenter  J’apprécie          204
kfk1
15 juin 2016
Terrible récit qui se mérite, tant les conditions de vie décrites sur ce bateau usine donnent la nausée.
"C est parti ! En route pour l enfer!" La première phrase du livre est pourtant claire. Mort sous la torture pour ses écrits, l auteur nous livre une effroyable tranche de vie au travers de cet équipage cosmopolite qui s amasse épuisé après les séries de pêche au crabes, dans cet antre, ce "merdier" comme il le nomme, mais c est avant tout un cri de rébellion, le tout dernier avant d y laisser sa peau, c est une réponse à l oppression et a la déhumanisation caractérisée d un système capitaliste qui n a que faire de ses ouvriers. (De la chair d humains broyées pour mettre en boite..de la chair de crabes..) l'écriture est de toute beauté, tant pour les descriptions des lieux, des paysages (gris noir partout, très belle couverture à ce titre des éditions Allia) l ambiance,ce climat si particulier mais aussi les dialogues. 29 ans, c est pas un âge pour mourir, surtout dans ces conditions, surtout avec ce talent de narration. Difficile donc mais très satisfait de cette riche lecture et de rendre ainsi hommage à cet écrivain.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
ericbo
29 mars 2017
Je me souviens d'avoir eu un choc en lisant ce livre. Les conditions de vie des marins sur ce bateau sont insoutenables. Cela ne peut que générer un mouvement de révolte.
Dans le contexte socio-historique du Japon des années 20 et 30, la peur du bolchevisme etait telle que les dirigeants utilisaient très souvent la torture.
Ce qui aboutira à la prise du pouvoir par les militaires et le general Tojo.
Un livre que l'auteur paiera au prix de sa vie.
Commenter  J’apprécie          110
Citations & extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
OlivierH77OlivierH7707 septembre 2015
L'entreprise de pêche prenait d'infinies précautions dans le recrutement des hommes. Ils demandaient aux maires des villages et aux chefs locaux de la police de leur recommander des "jeunes gens modèles". Afin que tout soit irréprochable, et que rien ne vienne gripper l'engrenage, ils sélectionnaient des travailleurs dociles qui ne s'intéressaient pas aux syndicats. Mais finalement le "travail" tel qu'il était organisé à bord des bateaux-usines aboutissait au résultat inverse de celui qu'ils recherchaient. Les conditions de travail intolérables poussaient irrémédiablement les travailleurs à se rassembler - à se syndiquer. Les capitalistes, tout "irréprochables" qu'ils fussent, n'avaient malheureusement pour eux pas assez de discernement pour comprendre ce paradoxe.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          171
MahaDeeMahaDee07 mars 2017
"C'est parti! En route pour l'enfer!"
Accoudés au bastingage, les deux pêcheurs contemplaient Hakodate. La ville embrassait la mer de son corps d'escargot s'étirant hors de sa coquille. L'un des deux cracha une cigarette fumée jusqu'à la base des doigts, qui fit plusieurs pirouettes en tombant le long de la haute coque du navire. L'homme puait l'alcool de la tête aux pieds.
Commenter  J’apprécie          140
Alice_Alice_27 septembre 2015
Un pêcheur d'âge mûr pose nonchalamment son regard faiblard et brumeux sur le poêle, derrière des paupières flasques, plissées à la manière des coquilles d'huîtres, et lança un crachat. En tombant sur le poêle, le crachat s'enroula sur lui-même, grésilla bruyamment, sauta en l'air comme un haricot grillé, fondit à vue d’œil pour disparaître en laissant un minuscule dépôt de suie. Les autres gars regardaient tout cela distraitement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Charybde2Charybde225 juin 2015
– Et oui, que je te dis ! Et maintenant, si on continue à turbiner comme ça, ils vont avoir notre peau pour de bon. Si on veut pas qu’il y ait des sacrifiés, il faut qu’on se mette tous à débrayer, tous ensemble. Comme la dernière fois. Il l’a bien dit, le bègue, le plus important c’est de se rassembler. Si on avait uni nos forces, on aurait triomphé de tout, vous le savez maintenant. – Et même s’ils appellent le destroyer, on y fera face tous ensemble – ce sera le moment ou jamais de se serrer les coudes, et s’ils veulent nous arrêter, il faudra qu’ils nous arrêtent tous, sans exception ! C’est précisément ce qui nous sauvera !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Alice_Alice_27 septembre 2015
L'un des étudiants se souvint d'une représentation des enfers qu'il avait vue, étant enfant, dans le pavillon mal éclairé d'un temple bouddhique où sa grand-mère l'avait emmené. Avec ses yeux d'enfants, il avait cru voir des sortes de pythons rampants dans des marécages. C'était un tableau tout à fait similaire qu'il avait maintenant sous les yeux. - La fatigue du surmenage les empêchait paradoxalement de dormir. Au beau milieu de la nuit, la pénombre du "merdier" était pleine de bruits. il y avait des grincements de dents lugubres, stridents comme des coups de lames sur du verre, des gars qui parlaient en dormant, des cris soudain provoqués par des cauchemars.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Videos de Takiji Kobayashi (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Takiji Kobayashi
Trailer de Kanikosen (2009)
autres livres classés : littérature japonaiseVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle




Quiz Voir plus

Les mangas adaptés en anime

"Attrapez-les tous", il s'agit du slogan de :

Bleach
Pokemon
One piece

10 questions
303 lecteurs ont répondu
Thèmes : manga , littérature japonaiseCréer un quiz sur ce livre