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EAN : 9791032900185
L'Observatoire (01/09/2021)
4.33/5   41 notes
Résumé :
« Je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche », expliquait Montaigne à propos de la longue chevauchée qu'il fit à travers l'Europe en 1580.
Gaspard Koenig aussi sait ce qu'il fuit : les injonctions permanentes des gouvernements et des algorithmes. Il s'est donc lancé sur les traces de Montaigne, en suivant le même itinéraire, avec le même moyen de transport : un cheval, ou plutôt une jument, Destinada. Pour rejoindre Rome, le cavalier et sa ... >Voir plus
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En juin 1580, Montaigne décida de partir à cheval pour Rome. Il tint un journal qui permet notamment d'en connaître l'itinéraire.
En 2020, Gaspard Koenig, écrivain-philosophe de son état et cavalier à ses heures, entreprend de marcher sur ses traces, en compagnie non pas d'une petite escorte mais de sa seule jument, Destinada.
« Notre vagabonde liberté » est la chronique de ce périple de cinq mois, alternant observations équines, socio-géographiques et philosophiques, ces dernières croisées avec celles du sieur Montaigne.

Avant de chevaucher aux côtés de Gaspard et Destinada, on se rend à La Pommeraye, où l'auteur nous esquisse à grands traits comment il s'est préparé à ce voyage, car il n'a rien d'un va-t-en guerre inconscient. Ensuite, direction la tour de Montaigne, à partir de laquelle l'aventure va pouvoir démarrer.
Le temps passé à cheval (ou à pied, car pour ménager sa monture que ce poids humain continuel fatiguerait trop, au fil d'étapes quotidiennes d'une vingtaine de kilomètres pendant plus de cinq mois, le cavalier doit marcher la moitié du temps à ses côtés) est l'occasion pour notre voyageur de longs soliloques. La flegmatique Destinada n'y prête guère attention mais ils lui fournissent matière aux notes prises régulièrement sur sa tablette tout terrain (élément clé de son paquetage minimaliste puisque c'est elle qui contient ses outils cartographiques). Cette matière elle-même est variée. Ainsi, la réparation d'une rêne cassée par Destinada, qui avait marché dessus, amène l'auteur à toute une réflexion sur le travail manuel au sens large :

« Notre société survalorise la connaissance théorique. le système éducatif est entièrement centré sur les compétences académiques. Dans ses réflexions sur l'éducation qu'il adresse à Diane de Foix, Montaigne déplorait déjà le caractère trop doctrinal des études. Pour former une jeune personne, « ce n'est pas assez de lui roidir l'âme, il faut aussi roidir les muscles ». Ne pourrait-on pas ajouter au tronc commun des enseignements obligatoires de véritables cours d'artisanat ? ».

Parcourir diverses régions de France, du Périgord à l'Alsace, avant de rejoindre l'Italie via l'Allemagne, lui permet de constater à quel point il existe en leur sein des territoires définis par leur cohérence géographique : celle-ci lui saute littéralement aux yeux et s'affranchit souvent des contours officiels, d'ailleurs « les identités locales, fruit de siècles d'ordre spontané, ont survécu aux divisions administratives artificiellement opérées par les jacobins et leurs successeurs ».

Il découvre à quel point l'hospitalité peut se manifester à l'occasion de son passage, s'insurge contre la laideur des zones périurbaines et les constructions de le Corbusier marquées par « l'oubli de l'homme », fait l'éloge de l'ombre et d'une écologie « inventive et sinueuse », consciente de la place de l'homme dans son milieu. Voyager à cheval, avec des bagages réduits au strict minimum, lui apprend la frugalité ; il perd progressivement ses repères habituels en matière de consommation courante, et se rend compte que « La sobriété rend heureux. » Avec Desti, ils sont des « vagabonds des temps modernes » :

« J'éprouve le charme puissant de cette existence évanescente. Je rencontre tous les jours de menus soucis matériels, mais je n'ai plus aucun problème en tête, de ceux qui demandent de longues réflexions, des stratégies élaborées, des solutions jamais entièrement satisfaisantes.»

Et il déclare plus loin, comparant son évolution à celle de Destinada, qui s'est assagie en cours de route (« La voilà devenue plus méditative ») : « Je me sens capable désormais de rester quelque temps sans désirs ni pensées, simplement satisfait d'être au monde. »

Notre vagabond n'en demeure pas moins connecté, émaillant son périple de rencontres avec les journalistes et de chroniques auprès du Point.
La Beauce, on s'en serait douté, ne suscite pas son enthousiasme :
« Aucun pli de terrain, aucun recoin de conscience où pourrait se nicher une tradition, une gastronomie, une langue. Tout se voit à des dizaines de kilomètres à la ronde. Comment vivre dans cet espace ouvert, dans cette transparence totale ? En se claquemurant. […] Ici, on ne répond pas à mes saluts : au mieux, un grognement. Ici, je dois parlementer avant d'avoir droit à un seau d'eau pour Desti. […] Il faut être fou pour visiter la Beauce, et ici les fous ne suscitent aucune sympathie. »
On le constate, Gaspard Koenig ne pratique pas la langue de bois (plus loin, il ajoute : « La principale qualité de la Beauce, c'est qu'elle passe vite. ») et c'est l'un des charmes, nombreux, de son propos. Quand une région lui semble sans attraits, il le dit et comme il a l'art des formules bien senties (pour ne pas dire des punchlines, le mot à la mode), ça claque (autre exemple : « le Val de Loire était la région zéro. La Brie est une non-région, un espace sans âme où convergent des individus sans destin ».).

Voyager à travers la France lui permet d'étayer ses convictions relatives au libéralisme cher à son coeur c'est-à-dire conforme à l'origine de cette pensée et il note que « Chacun est freiné dans son activité ou dans son existence par une réglementation devenue folle, incompréhensible, inapplicable ». Les exemples sont nombreux, qui touchent en particulier au domaine de l'agriculture mais pas que, et il s'empresse de nous les citer à l'appui. Les situations générées par une législation devenue trop lourde et tatillonne, conséquence de l'inflation normative, peuvent devenir insupportables car insensées au sens propre du terme. « Dans les campagnes, commente-t-il, on accepte que la vie soit dure, comme elle l'a été depuis tant de générations, mais pas qu'elle soit absurde. » Pour lui, retrouver une part de liberté reviendrait à accepter une part de risque inhérent à celle-ci et l'exemple des mesures prises au moment du COVID, protectrices mais restreignant nos vies, n'allait certainement pas en ce sens.
Le cavalier de passage, en revanche, est un facteur de trouble bienvenu :

« En bousculant nos habitudes, en forçant l'improvisation, le cheval opère une disjonction qui remet en mouvement l'environnement qu'il traverse. Avec Desti, j'ai le sentiment de semer à la ronde la pincée de chaos indispensable à la bonne marche de la société. […] Dans un univers trop bien organisé, où nos journées sont réglées à l'avance et nos comportements surveillés par des algorithmes, on guette la faille où peut se glisser l'imprévu. le cheval est un excellent vecteur de communication car il inspire la sympathie et la confiance. Mais c'est aussi un perturbateur et un catalyseur, qui fait ressortir le meilleur de chacun et invite à la fête. »

Les pérégrinations de Gaspard Koenig sont l'occasion de rencontres, surtout de personnes en prise directe avec la nature … et pas toujours d'accord sur la manière de l'appréhender, en témoignent les réactions diverses à la souffrance animale, illustrées entre autres par le cas de la chasse à courre, sujet de vives controverses.
D'autres rencontres l'incitent à des réflexions sur le grand âge, la mort, le matérialisme ambiant et bien des questions propres à agiter l'esprit de notre philosophe en mouvement, allant des « modes de production plus respectueux des écosystèmes » à l'humanisme européen, en passant par l'entrave représentée par les papiers d'identité (« Pouvoir se déplacer sans papiers, c'est jouir d'une liberté rare : celle d'être pleinement soi. »), sans oublier l'éloge de l'ombre (et par ces temps de canicules récurrentes, on ne peut que lui donner raison) souvent battue en brèche par la manie d'éclaircir nos paysages, pour ne citer que ces exemples tant le livre fourmille de remarques et commentaires en tous genres, toujours dignes d'intérêt.
Ainsi l'auteur souligne-t-il, et pour quelqu'un qui comme moi a vécu plusieurs années à Orléans et donc connu la difficulté des randonnées en Sologne, l'attitude de l'Allemagne, dont il apprécie l'extrême hospitalité, en la matière :
« Les propriétaires privés se trouvent […] dans l'obligation légale de respecter le droit de passage dans les forêts comme à travers champs : pas de Sologne ici, avec ses milliers d'hectares enclos et jalousement gardés. le pays est ainsi considéré comme un espace de promenade pour ses habitants. »
La Toscane, en revanche, en prendra pour son grade, peu accueillante (« Jamais une seule fois en un mois je n'ai été invité à dîner par une famille italienne. Nulle part ailleurs sur ma route, ni en France ni en Allemagne, on ne m'avait ainsi refusé l'hospitalité. ») et farouchement gardienne de sa « mosaïque de parcelles infranchissables ».

Je ne vous ai donné ici qu'un aperçu, loin d'un résumé se voulant exhaustif, du contenu de ce livre, produit d'un esprit aux aguets interpellé par tout ce qui l'entoure, mêlant avec bonheur dans un style vivant et percutant considérations équines, géographiques et philosophiques et invitant chacun à la réflexion personnelle : un essai que j'ai beaucoup aimé !

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440 ans séparent Gaspard Koenig de Montaigne. le premier décide de mettre ses pas dans ceux de l'illustre philosophe et de traverser la France puis l'Allemagne pour rejoindre Rome. Pourtant, à l'ère de la globalisation, du numérique, des algorithmes, Gaspard Koenig opte pour un choix radical : c'est à cheval qu'il fera le parcours, suivant l'itinéraire que Montaigne a évoqué dans son Journal de voyage et ses Essais.

Ce récit de voyage est savoureux, plein d'auto-dérision, et dépeint une France des régions, celle que l'on ne voit pas de l'autoroute ni d'un avion de ligne. Celle qu'on a pu entendre grogner avec les Gilets jaunes, celle qui chasse, celle qui exècre les chasseurs, celle qui pratique l'écologie dans le monde réel… un pays aux multiples visages et dont le point commun est assez en ligne avec le leitmotiv de l'ultra libéral Koenig : que l'Administration nous laisse en paix ! Derrière le voyageur pointe le philosophe politique.

« Il ne s'agit pas de prôner l'anarchie, mais de rendre la loi digne de respect, sans quoi il n'y a pas d'Etat de droit possible. »
Les mots de Gaspard Koenig ne sont pas assez durs pour refléter tout le mal qu'il pense du système actuel : « paperasse », « normes inapplicables », « logorrhée administrative ». Car le pire défaut de cette bureaucratie politique est qu'il pousse le citoyen à l'incivilité s'il veut éviter la thrombose. Hélas, les prisons de papier sont les pires car on s'y enferme de bon coeur, sans trop y faire attention. Alors ouvrons les yeux…

Le message est clair, il revient même de façon très récurrente ; il donne aussi son titre à ce récit de voyage. En faisant ce pas de côté, traversant le pays de façon incongrue (et rien de mieux que le cheval pour faire parler les gens), Gaspard Koenig trouve le moyen idéal pour collecter un sentiment général qui transcende les régions, les classes sociales, les religions, les opinions politiques et valider son message contre ce monstre bureaucratique créé par une « inflation normative » déconnectée du réel.

Plaidoyer évident pour la liberté, c'est aussi une redécouverte de la vertu de patience, du temps qui s'écoule ; au fonds, de notre altérité. On serait tenté de penser que ce livre est juste l'histoire d'un urbain – pire, un citoyen du monde habitué des aéroports, de la Silicon Valley et des micros des médias – qui tente l'aventure dans la campagne française. Voilà le joli délire d'un bobo au sortir d'un confinement ! Vraiment ? Eh bien non. D'abord ce projet a été mûrement réfléchi. L'auteur joue également le jeu d'un dénuement total qui n'est pas sans rappeler la chronique « J'irai dormir chez vous ce soir » d'Antoine de Maximy. Certes, on est loin de Sylvain Tesson, mais on découvre qu'un gué peut être mortel, qu'il existe des passages étroits qui ne font pas bon ménage avec le vertige ou des ponts qui peuvent s'effondrer sous les sabots d'un cheval, qu'un mauvais harnachement peut ruiner la santé de sa monture. Tout ça à moins de six cent kilomètres de Paris. Alors inutile de filer en Sibérie ou au Tibet pour éprouver le frisson du danger ou le désespoir face à une nature trop forte ! Suivre Montaigne à cheval, c'est plus économique et plus écologique d'ailleurs…

« Un cheval n'appartient à personne. »
Mais alors quelle est la motivation de l'auteur : une recherche de sens ? un défi personnel ? une fuite ? Qu'importe ! Ce qui compte le plus et qui devient comme une évidence au fil des pages, c'est finalement Destinada, sa jument espagnole, qui en permanence va le ramener au réel ; le concret d'un animal qui passe mine de rien un contrat avec son cavalier et qui semble-t-il finit par devenir son maître à penser : Destinada experte es liberté…

Guidé par cette faculté à tendre l'oreille et écouter le vent plutôt que d'être en contrôle, Gaspard Koenig découvre une France en 4D, un bouquet de saveurs, de couleurs, qu'il fasse beau sur les vastes plaines de Beauce (lui valant au passage une punchline cinglante dont il a le chic : « la principale qualité de la Beauce, c'est qu'elle passe vite ») ou quand les taons du Périgord assaillent cheval et cavalier.

Même si Koenig n'y va pas par le dos de la cuillère quand il veut exprimer son mécontentement (« Ce qui pousse le mieux en Seine-et-Marne, ce sont les pavillons » et un peu plus tôt : « le Val de Loire était la région zéro » et et je passe les coups de griffe sur l'Allemagne et la Toscane), il parvient à rendre son récit de voyage enchanteur, un hymne à la liberté et à la responsabilité.

Montaigne convoqué par touches successives nous livre au passage sa sagesse de bon aloi. Dans ce va-et-vient à travers les siècles, Gaspard Koenig glisse de bon coeur vers une sagesse de la frugalité sans pour autant renoncer aux charmes de la technologie, refusant ainsi d'opposer la sobriété au progrès.

« Comme la vie hors des cases est belle ! »
Conduit par l'écriture très fluide de Gaspard Koenig, le lecteur passe naturellement du traitement osthéopatique de Destinada aux vertus de la méthode Montaigne (l'opposant au passage à la logique biaisée des sondages) puis à un apéritif où un ancien patron du CAC 40 explique que notre administration a désormais reproduit les travers de l'Ancien Régime.

Notre vagabonde liberté, à cheval sur les traces de Montaigne est un cadeau, une fenêtre ouverte dans un monde confiné, un message de liberté rafraîchissant et nourri d'une sagesse de terrain. Il n'a reçu aucun prix littéraire lors de la saison 2021. C'est bien dommage, mais comme l'aurait peut-être écrit Montaigne, il n'en a que plus de mérite à figurer en bonne place dans une bibliothèque.

Thomas Sandorf
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« Quatre cent quarante ans jour pour jour » après Montaigne, Gaspard Koenig a enfourché son destrier pour un périple sur les traces de l'auteur des « Essais », ce « long monologue intérieur ». Pour s'échapper, la « science de fuir » étant, pour le Bordelais, « commune à tous les cavaliers », pour goûter la liberté en pleine crise sanitaire ?
La réponse se trouve dans les quelque cinq cent soixante pages composant ce récit de voyage qui emmène l'essayiste de la tour de Montaigne à Rome.
Considérant, comme son illustre prédécesseur, que « rien de noble ne se fait sans hasard », Gaspard Koenig part sur le dos de Destinada, jument espagnole de six ans, pour quitter « une société trop normée » qui enchaîne les hommes.
Seul le voyage à cheval lui semble capable de briser « cette mécanique de contrôle bien huilée ». Et il ne sera pas déçu ! Entre les soucis de santé de Desti, les problèmes de matériel, l'affrontement avec une bureaucrate trop zélée et agressive qui donne lieu à une description tragi-comique de ce que la bêtise humaine peut produire ; les obstacles, au sens littéral, qu'il rencontrera sur sa route, l'aventure sera bien agitée.
Sur son parcours, il fera aussi des rencontres qu'il n'aurait pu espérer faire à Paris : quatre jeunes venus de la ville pour ouvrir « La Lanterne », une lueur de convivialité au coeur de la Creuse ; des responsables religieux à Mulhouse qui l'amènent à s'interroger sur le sens de la laïcité...
Il découvrira aussi des territoires, plus ou moins désertiques, marqués par de fortes identités liées à leur histoire, à leurs paysages et aux hommes qui les peuplent où le voyageur n'est pas toujours le bienvenu.
Comme la Sologne, championne des interdictions destinées à préserver la tranquillité de richissimes chefs d'entreprise venus, quelques jours par an, tirer sur des faisans tout juste lâchés. Un peu plus au nord, la Beauce dévoile ses tristes étendues céréalières et ses locaux peu aimables. « Ici, on ne répond pas à mes saluts ; au mieux un grognement » expérimente l'auteur.
Si les contrastes demeurent, la centralisation chère à notre pays s'impose pourtant avec son lot de règles absconses et parfois contradictoires, obligeant parfois le bon citoyen à désobéir ou à baisser les bras. À l'instar d'Aurélien, agriculteur du Limousin, sur le point d'abandonner le bio. « Il y a toujours un bobo pour nous expliquer la vie et un bureaucrate pour nous imposer une nouvelle norme » assène-t-il.
Qu'a retenu l'auteur de son expédition ? Il a appris et surtout désappris en se débarrassant de ses habitudes, en délaissant toute idée d'objectif pour mieux profiter du moment présent ou encore en revendiquant la frugalité pour s'accomplir « dans le manque »
Il apprendra aussi le cheval, non seulement le monter en oubliant les techniques dispensées dans les centres équestres, mais aussi comprendre et apprivoiser, à la manière du Petit Prince, celui qui deviendra un compagnon de route parfois facétieux et fugueur
Autres vertus de son errance : découvrir des réalités qu'il ignorait, changer son regard sur le monde ou, a contrario, être conforté dans ses croyances. Ainsi en est-il du mantra sur les territoires soi-disant oubliés.
En lieu et place de cette France des périphéries et d'une ruralité délaissée, se dévoile, sous les yeux du philosophe, un pays travailleur, inventif et fier qui ne demande qu'une chose : qu'on lui fiche la paix avec les règles et les normes. de quoi apporter de l'eau au moulin de celui qui rêvait de se présenter à la dernière élection présidentielle avec un programme limpide : faire du citoyen un être autonome et responsable.
Entre lyrisme devant les beautés de la nature et trivialité du quotidien (où manger, où dormir, où trouver un maréchal-ferrant, un vétérinaire ?), Gaspard Koenig offre au lecteur un captivant récit de voyage fait de digressions philosophiques, sociologiques, politiques et économiques comme des échos aux réflexions de Montaigne, dont l'idéal de vie répond au sien.
Éloge de la liberté individuelle contre l'homogénéisation collective ; plaidoyer pour la nature dans une relation de partage avec l'homme contre une écologie punitive et exclusive ; tolérance vis-à-vis des pratiques religieuses contre une laïcité de combat ; inclination pour l'esthétique contre la laideur des zones commerciales qui entourent les villes et « des immeubles de le Corbusier » qui a oublié le principal : les hommes qui vivraient dans ses barres disgracieuses. Sans oublier les lotissements qui poussent comme des champignons alors que trois millions de logements vacants pourraient être réhabilités.
« Notre vagabonde liberté » est un témoignage précieux, même s'il est partiel, et parfois partial, sur notre pays et ses voisins qu'il s'agisse de l'Allemagne si hospitalière avec une Bavière dont le modèle économique l'enchante ou encore de l'Italie, contre-modèle du précédent.

EXTRAITS
- Il n'existe pas de transition d'une région à l'autre : on bascule brutalement.
- En construisant à grande échelle du laid, de l'invivable, notre modernité a inventé la nostalgie de l'ancien.
- Dans les campagnes, on accepte que la vie soit dure, […], mais pas qu'elle soit absurde.
- Ne possédant rien de trop, rien ne me manque.


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Comment résumer ce livre sans mettre en avant un aspect plutôt qu'un autre (et est-ce un problème ?)? Voici donc un livre que l'on vit intensément, au coeur d'une aventure passionnante où l'auteur questionne ses a priori au cours d'un voyage dont ce journal savamment mené révèle la pertinence et l'originalité. Sus aux aspects techniques et animaliers, le thème de la liberté cher à l'auteur est examiné sous l'angle d'un exercice pratique grandeur nature dont les facettes multiples ont pour trait commun un passage à la loupe de la nature et des singularités des rencontres qui le constituent. C'est aussi un beau récit non dénué d'humour et qui ravira les amateurs de voyages et tous ceux qui apprécient d'apporter au quotidien un oeil critique à leur environnement social tout en gardant foi en la capacité de renouvellement de l'être humain.
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« Notre Vagabonde Liberté » de Gaspard Koenig, quel chef d'oeuvre. 



Après mon voyage de deux semaines à cheval, un libraire m'a recommandé ce livre, et il a visé juste.
C'est un mélange d'aventure à cheval et de philosophie sur notre monde. Tout au long de la lecture, j'ai eu cette sensation que l'auteur plaçait le mot juste sur chaque situation. 



Un voyage où Gaspard Koenig suit les traces de Montaigne, rencontre les êtres humains, se questionne, en exposant différents points de vue dans une neutralité nécessaire. 



« N'est ce pas la vertu des voyages, nouer une forme de fraternité, avec des gens à qui tout m'opposerait politiquement et culturellement ? » dit-il. 


Gaspard Koenig ne juge pas, il nuance. Il dresse un récit passionnant, aventureux, chevaleresque, en ajoutant ses riches connaissances et sa libre pensée, ouverte, pragmatique, inspirante et un chouïa anarchique (ça fait du bien !).



Je découvre Gaspard Koenig, et par la même occasion Montaigne, John Stuart Mill, Claudio Magris et tant d'autres. de nombreuses nouvelles pistes de lecture, alors un grand merci Monsieur Koenig. 



Pendant ma lecture, je n'ai pas pu m'empêcher de faire des parallèles avec mon livre « du Rêve au Guidon ». le philosophe m'éclaire dans mes pensées, dans ma volonté de vivre de sédentinérance, de jongler entre des périodes sédentaires et nomades, de comprendre pourquoi les deux me sont tant bénéfiques. 



J'aime qualifier le voyageur de caméléon. L'idée d'aller à la rencontre de nouvelles réalités pour élargir sa propre réalité. Gaspard Koenig évoque lui la « communication d'autrui » pour l'art de l'humain de s'intégrer aux divers environnements, ce que Montaigne qualifie « d'homme mêlé ».



Bref, avec Gaspard Koenig, on a l'impression de placer des notions de philo sur nos pensées vagabondes...



Comme l'auteur le rappelle, le voyage est un cheminement, un dépouillement et la lenteur de l'itinérance offre son panel de joies, de rencontres et d'apprentissages sur soi et sur le monde. 



« Introduire le cheval dans notre environnement stressé, c'est au contraire se projeter dans l'avenir, en ouvrant la perspective d'un ralentissement choisi »


Merci Gaspard Koenig pour cet oeuvre.
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critiques presse (1)
Bibliobs
19 juillet 2022
Un formidable éloge de la fuite. On y voit notre intellectuel deleuzien, plus apte à travailler du ciboulot que des cuisses, et que rien ne destinait à une telle chevauchée, s’initier à la ferrure, adopter les gestes du vétérinaire, apprendre à écouter sa jument et lui parler...
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
À quoi bon disposer d'une chambre insonorisée et d'un accès rapide au centre commercial, si l'on est privé du sens du foyer et du goût de l'échange? L'aspect même des barres a été jugé responsable de la criminalité des quartiers, et leur destruction devenue une priorité de sécurité publique. J'aurai l'occasion de voir, dans la banlieue de Meaux, combien la transformation de l'habitat collectif en ilots à échelle humaine a permis d'apaiser les communautés. Ainsi la lajdeur des immeubles de Le Corbusier cachait-elle un défaut majeur : l'oubli de 1'homme.
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Car le fonctionnalisme de Le Corbusier est profondément dysfonctionnel. En réduisant l'être humain à la somme de ses activités mesurables, en satisfaisant ses besoins primaires sans aucune considération pour ses aspirations affectives, les « unités d'habitation » de Le Corbusier ont créé une vaste misère psychologique et sociale.
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C'est alors que je trouve ma réponse à la question de Roseline. Comme la source, l'élite n'est qu'une convention, un ru bien placé dans le vaste fleuve de la société. On y appartient quand on se tient à proximité de ceux qui pensent y appartenir: illusion autoréalisatrice. Ce qui compte véritablement, ce sont les affluents. ceux que je croise tout au long de mon voyage, qui déposent leur limon sur la terre du pays. Il n'y a pas de « France périphérique », mais seulement un petit groupe de malins qui ont écrit sur un panneau le mot «Centre », et qui se maintiennent d'autant mieux en amont qu'ils feignent de compatir au sort de l'aval. Que se passerait-il si l'on fermait la source, si l'on éteignait les lumières de l'Élysée ? Rien. Les affluents continueraient à couler.
Remettre la source à sa juste place revient à rompre avec des siècles, peut-être des millénaires de culture verticale. Noble mission pour les promeneurs du XXIè siècle.
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Comme Montaigne à son départ, je savais ce que je fuyais, non ce que je cherchais. Ma quête s’est peu à peu éclairée. Libéral du point de vue de la philosophie politique, attaché à défendre les libertés individuelles contre les collectivismes de toute nature, je cherchais à devenir en pratique un de ces barbares courtois, menant une vie à la fois pleinement responsable et hors des normes, hors la loi. Montaigne est un bon modèle à ce titre. Il s’efforce, selon ses mots, à ne pas réveiller les lois qui dorment. Il vante « une vie glissante, sombre et muette ». Glissante comme une jument sur les pavés de Rome. Sombre comme un sous-bois en automne. Muette comme la générosité quotidienne des passants que je croisais et des hôtes qui m’hébergeaient.
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Nous glissons sans difficulté sur le lac, à peine ridé d’une légère houle. Je me suis arrêté près du bastingage et le vent joue avec la crinière de Desti, parfaitement impassible pour cette première expérience maritime. Les deux contrôleurs s’approchent de nous. On papote. Ils cherchent en vain sur leur grille tarifaire une catégorie à laquelle nous pourrions correspondre. Ni piéton, ni cycliste, ni voiture, ni poids lourd. Conclusion : « c’est gratuit ». Parfaite parabole de ce voyage. Comme la vie hors des cases est belle !
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Videos de Gaspard Koenig (56) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gaspard Koenig
Deux étudiants en agronomie, angoissés comme toute leur génération par la crise écologique, refusent le défaitisme et se mettent en tête de changer le monde. A la fois cynique et grinçant, drôle et angoissant, miroir fidèle de notre époque et de ses contradictions, le roman de Gaspard Koenig est aussi une histoire d'amitié, de fidélité et de solidarité. Prix Interallié 2023 Coup de Coeur Web TV Culture !
L'émission intégrale sur https://www.web-tv-culture.com
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