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EAN : 9782702153833
304 pages
Éditeur : Calmann-Lévy (11/09/2013)
4.17/5   32 notes
Résumé :
En écrivant ce livre, Arthur Koestler a témoigné pour « les persécutés, les traqués de l'Europe, les milliers et les millions d'hommes qui, en raison de leur nationalité ou de leurs croyances, ont été considérés en 1939, au début de la seconde guerre mondiale, comme la lie de la terre. Qui étaient-ils pour la plupart ? Aux différents niveaux de la réussite et de la valeur personnelle, des hommes qui croyaient à la liberté et, dès lors, des victimes promises au bourr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
JeanPierreV
  19 novembre 2018
De tout temps, la France a été une terre d'accueil d'étrangers. Aujourd'hui encore nombreux sont ceux qui frappent à nos portes
Mais ce ne fut pas toujours simple, voire jamais simple!
Des étrangers pour travailler dans les mines, provenant de l'Europe de l'Est, polonais, tchèques, des espagnols pour travailler dans les exploitations agricoles, et des réfugiés politiques fuyant des régimes qui en voulaient à leur peau, à leur race, et ils sont légion, de toutes origines, Europe de l'Est, Afrique noire et Afrique du Nord, Espagne, Chili. Et j'en oublie sans aucun doute.
A chaque époque ses réfugiés.
Arthur Koestler était l'un d'eux. Né dans une famille juive hongroise, de langue allemande, il partit vers la Palestine, fit la guerre d'Espagne, au cours de laquelle il fut condamné à mort, expérience qu'il contera dans "Dialogue avec la mort - Un Testament Espagnol".
Puis il se réfugia en France, à la veille de la deuxième Guerre Mondiale. Il était toujours citoyen hongrois, citoyen d'un pays neutre, non engagé dans la guerre menée par le régime nazi. Il était aussi journaliste. Et libre de circuler en France !
Comme des milliers d'autres étrangers et de Juifs, il croyait en une France, Pays d'accueil et patrie des droits de l'homme. Il n'en fut pas moins convoqué par la police, arrêté et retenu dans des camps pour étrangers, considérés alors par les médias, par le pouvoir comme "La lie de la terre".
Ces étrangers dont on se méfiait et qu'il fallait écarter. Des étrangers qui très souvent avaient combattu, sous d'autres cieux, pour la liberté, pour les Droits de l'Homme.
Il connut le Camp de Vernet dans l'Ariège - un camp infâme, qui avait été créé pour les réfugiés espagnols - les baraques en planches, les coups des gardiens, la saleté, le froid, la faim, les privations de toutes sortes que réservait aux étrangers, le pouvoir français qui n'était pas encore celui de Vichy. Un camp qui "accueillit" de nombreuses personnalités étrangères, dont certains d'origine allemande, des communistes, des anarchistes ou des juifs.
Koestler, étranger, juif, ayant des sympathies communistes, et parlant allemand cumulait les motifs d'incarcération !
C'est cette expérience qu'il nous conte, comme un journaliste infiltré l'aurait fait. Mais il n'était pas infiltré, il était juste l'un de ces étrangers écartés, dont on se méfiait! Sans raison en ce qui le concerne.
Malgré tout, et c'est un secret pour personne, il fut libéré, alors que l'armée allemande avançait. Non rancunier, mais au contraire désireux de combattre pour la liberté, il s'engagera dans la légion étrangère et se réfugia en Angleterre, d'ou il poursuivra le combat contre les nazis...Mais c'est une autre histoire qu'il évoque également.
Il faut aussi se rappeler que si Koestler eut la chance d'être libéré, d'autres internés n'eurent pas cette chance. Certains d'eux fuyaient le régime nazi après l'accession d'Hitler au pouvoir, ils croyaient en une France Patrie des Droits de l'Homme...et ils découvrirent la France du régime de Vichy, une France qui les livra à la Gestapo qui les transporta en Allemagne vers d'autres camps plus sinistres.
Koestler témoin, Koestler journaliste... dont le regard historique est dérangeant, révoltant.
Le regard de Koestler dans"La lie de la terre" ne peut que nous interpeller au moment où la France et d'autres pays d'Europe sont confrontés à une demande d'autres réfugiés fuyant d'autres guerres, d'autres régimes.
Les conditions d'accueil ont sans aucun doute changé, mais la demande d'accueil est toujours d'actualité!

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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lecassin
  23 novembre 2011
Toute l'oeuvre d'Arthur Koestler est empreinte des convulsions du vingtième siècle. Livre après livre il consolide son combat contre les démons idéologiques et les souffrances physiques et mentales qu'ils ont imposé à la quasi-totalité de la planète. "La lie de la terre " est le récit autobiographique d'un fait de la seconde guerre mondiale relativement méconnu : durant le conflit, certains étrangers de France jugés plus ou moins suspects, ont subi diverses vexations, voire persécutions qui ont fait d'eux « la lie de la terre ».
Arthur Koestler décrit une année de son existence (1940), symbolique de ce qu'ont vécu ces indésirables ; pour la plupart opposants aux fascismes européens. Arrêté dès la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, il va connaître toutes sortes de péripéties qui vont le mener au camp de concentration et de travail du Vernet, dans les Pyrénées Atlantiques.
Impossible de résumer ce foisonnement d'expériences et d'existences... C'est fort, très fort, poignant même… mais aussi intelligent et parfois simplement touchant.
Chaque fois, on est bluffé par l'intelligence du récit et sa précision, la profondeur de l'analyse psychologique et la justesse des réflexions ; le tout servi par l'efficacité d'un style sobre, subtil et digne malgré l'âpreté du propos.
Indispensable pour ceux qui veulent se faire une idée de quoi l'homme est capable en des temps troublés.
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Warrenbismuth
  29 septembre 2021
Après son emprisonnement en Espagne durant la guerre civile (où il fut condamné à mort par FRANCO puis échangé contre un autre prisonnier), Arthur KOESTLER est déporté au camp du Vernet dans l'Ariège au tout début de la deuxième guerre mondiale, précisément entre octobre 1939 et janvier 1940. KOESTLER, bien que citoyen d'un pays alors neutre, la Hongrie, fait partie de ces « suspects » aux yeux du gouvernement français. Détenu donc, après être passé brièvement par le camp provisoire de Roland-Garros, du côté de Paris. Au Vernet, KOESTLER est tout d'abord exempté de travail forcé, grâce à son « prestige » d'homme de lettres. Ce privilège ne va cependant pas duré.
Dans ce livre témoignage, autobiographique en même temps qu'historique, KOESTLER résume son parcours après la guerre d'Espagne, jusqu'au moment où il rédige ce texte durant cinq semaines en 1941. La date est importante, en effet « La lie de la terre » est le tout premier témoignage écrit sur les camps de concentration français, ce qui en fait, entre mille autres choses, son attrait, son intérêt et son poids. « La détention, les corvées, les conditions matérielles indicibles et l'interminable série d'humiliations nous minaient lentement l'esprit. le pire, peut-être, était le manque absolu de solitude. Vivre pendant des mois entiers dans un espace de soixante-quinze centimètres, dans un bourdonnement de ruche, sans une heure d'isolement, sans pouvoir sortir ne serait-ce que pour respirer, affectait même les nerfs des plus robustes ».
KOESTLER a quitté le Parti Communiste en 1938, dégoûté et sans illusions. Il y était adhérent depuis 1931. Homme de conviction, il continue cependant à donner son point de vue sur le monde et la politique. C'est ainsi qu'il est fait prisonnier en 1939 alors qu'il réside en France. Et c'est l'autre facette majeure du témoignage de KOESTLER : l'état d'esprit en France au déclenchement de la guerre, un état d'esprit tout cocardier, empli tout d'abord de désinvolture, puisque que le soldat allemand n'est pas encore visible sous nos fenêtres. Et le bon citoyen français est plutôt poli sur les velléités belliqueuses d'HITLER.
KOESTLER est lucide : « Faire une guerre pour en finir avec la guerre est une absurdité. Comme si une personne condamnée à s'asseoir sur un baril de poudre se décidait à le faire sauter, dégoûtée de ne pouvoir fumer sa pipe ». Il développe des points de vue pacifistes mais en prenant en compte la situation présente devant l'occupant nazi. du camp du Vernet, il raconte le quotidien, horriblement semblable à tout ce qui peut se lire de cette période dans la littérature concentrationnaire à propos des camps en Allemagne. KOESTLER, comme beaucoup de sympathisants communistes, et malgré sa démission, a très mal perçu le pacte germano-soviétique de 1939.
L'auteur dénonce son camp, la gauche, celle aux dents longues : « Un des défauts de la gauche française, est qu'elle représente dans la vie de ses membres une sorte de péché de jeunesse, comme de faire des dettes ou d'avoir des maîtresses. La carrière typique du politicien français, de Clémenceau à Laval, se lit comme les mots sur une page, de gauche à droite ». « le Populaire [journal nddlr] avait dénoncé les camps de concentration hitlériens comme une tache sur la civilisation européenne et la première chose que la France avait faite dans cette guerre contre Hitler était de suivre son exemple. Qui était interné dans un camp de concentration ? Les fascistes peut-être ? Non, les miliciens espagnols, les réfugiés italiens et allemands, ceux qui les premiers avaient risqué leur vie contre le fascisme ».
Car oui, rapidement la France est entrée dans la spirale infernale du fascisme tout en s'en défendant. KOESTLER emploie les mots qui frappent, entièrement baignés dans le contexte historique puisque son livre est écrit quasi en direct, il voit naître la collaboration avant même l'armistice, ce point est extrêmement important. Il s'engage deux fois dans la légion (il souhaite rallier Bordeaux afin de rejoindre l'Angleterre), deux fois il déserte. Sa situation (il l'écrit lui-même) devient proprement kafkaïenne au coeur d'une apocalypse (c'est le nom donné à la deuxième partie de son livre).
Pour la première fois il écrit en anglais, cette Angleterre représentant l'espoir de salut et de victoire, qu'il va finir par rejoindre, c'est ici que se termine le récit. Dans un post-scriptum de 1942, il précise qu'il fut aussi interné en Angleterre (durant six semaines), après l'avoir déjà été en Espagne et en France. Ce livre est le parcours cahoteux d'un homme de son temps, engagé, mais aussi l'instantané d'un continent au bord de la rupture, peut-être en train de vivre ses derniers instants. Grand récit pudique mais sans langue de bois, vivant et révolté contre un monde en train de basculer du côté de l'obscurantisme.
https://deslivresrances.blogspot.fr/
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itculture
  05 juillet 2021
Après le Zéro et l'infini, la lecture de celui-ci s'imposait d'elle-même. Récit autobiographique donc, qui concerne la période de 1939 à 1941 (année de sa parution), si infâme pour le gouvernement français à l'égard de ressortissants étrangers, juifs de surcroit, établis en France. Une lecture après l'autre, je plonge dans les abysses et les abîmes de l'âme humaine dégénérée. Difficile d'accepter les camps de Gurs et du Vernet où le gouvernement français et Vichy, ont entassés dans des conditions identiques aux camps de concentration allemands, les étrangers indésirables, les intellectuels antifascistes, les membres des Brigades internationales, les espagnols républicains, les juifs, les femmes, les enfants, dont la plupart ont été expédiés par la Gestapo dans les camps de concentration ou d'extermination. Les commandants et surveillants -français- de ces camps se comportaient comme les nazis des camps de concentration en Allemagne-Pologne. Tous les internés combattaient le fascisme, quelle que fut leur nationalité, leur religion, leur courant politique. Tous ont été accusés, dans un pays occupés par des nazis fascistes, comme « la lie de la terre », donc à supprimer. Beaucoup d'intellectuels allemands se sont suicidés. Avec le recul, je n'arrive pas à comprendre comment Pétain a pu être adulé à ce point et durer dans cette France occupée, coupée en deux où s'affrontaient communistes, gaullistes et une population sous le joug, dont quantité d'hommes jeunes étaient prisonniers ou au travail en Allemagne au STO. Comment accepter ça ! Résumer ce livre est une entreprise ardue tant il foisonne d'informations importantes, de réflexions politique, humaniste et philosophique. C'est un document universel que chaque individu devrait lire pour réfléchir à la « condition humaine » et à sa propre identité dans le groupe humain. Car ce qu'il écrit page 276 : « Ce qui est tragique, c'est que nous tournons dans un cercle vicieux ; sans éducation des masses, pas d'évolution politique ; mais sans évolution politique, pas d'éducation des masses. » CQFD. Malheureusement aujourd'hui en 2021, 80ans plus tard, le constat amer est que tout reste à faire !
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Hippolyte78
  06 juillet 2018
Un témoignage passionnant et révoltant qu'est la Lie de la terre de Arthur Koestler. Cela montre a quel point la France se comportait de manière dégueulasse déjà avant le début de la guerre en 39, avec les ressortissant étranger. Y compris les réfugié antifascistes Allemand et Italien, mais aussi les communistes, anarchistes, et autre révolutionnaire espagnol fuyant la dictature Franco ( qui bien entendu n'ont pas été aider par le gouvernement français durant cette guerre contre le fascisme ), qui seront alors jugé indésirable pour la France, et seront interné dans des camps de travail.
Une partie de l'histoire étonnamment oublié de la France, qui avec beaucoup d'autre, me fait dire que mon identité n'est pas national.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
lecassinlecassin   23 novembre 2011
Ce livre a été écrit de janvier à mars 1941, avant l'agression allemande en Russie. Cependant l'auteur ne voit aucune raison de modifier les observations et les effets psychologiques du pacte germano - soviétique d'août 1939 ou sur son opinion sur la politique du parti communiste en France. Car c'est une tentation à laquelle les écrivains devront résister que de décrire la mentalité d'un peuple en mêlant, aux éléments d'une certaine période, des connaissances postérieures.
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Louise1200Louise1200   13 mai 2021
Un des défauts de la gauche française est qu'elle représente dans la vie de ses membres une sorte de pêché de jeunesse, comme faire des dettes ou d'avoir des maîtresses. La carrière typique du politicien français, de Clémenceau à Laval, se lit comme les mots sur une page, de gauche à droite; mais quelqu'un a-t-il jamais entendu parler du cas inverse ?
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AitatxiAitatxi   04 mai 2018
Ce qui est tragique, c'est que nous tournons dans un cercle vicieux; sans éducation des masses, pas d'évolution politique; mais sans évolution politique, pas d'éducation des masses.
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Louise1200Louise1200   13 mai 2021
Le mot grec "barbare" veut simplement dire "étranger" et pour le Français, plus conservateur que le Grec, l'étranger n'a jamais cessé d'être un barbare, qu'il soit un manoeuvre italien, un mineur polonais ou un réfugié allemand.
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Louise1200Louise1200   13 mai 2021
Aucune mort n'est aussi triste et définitive que la mort d'une illusion.
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