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EAN : 9782815906449
128 pages
L'Aube (16/08/2012)
4.17/5   325 notes
Résumé :
Voici le récit lumineux d'une initiation amoureuse, vibrant de naturel et de sensualité malgré la haine et la mort. Nìkos, un adolescent, et Gioconda, une jeune fille juive, s'aiment d'un amour absolu jusqu'à la déportation de celle-ci à Auschwitz, en 1943.« C'est le livre que je préfère au monde. C'est une histoire magnifique, à la fois poétique et super sensuelle... »
Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
4,17

sur 325 notes

Je tiens à remercier Anselme Guilledoux, bouquiniste croisé en accompagnant dans Paris Théophraste Sentiero, « L'homme qui marche », la créature de Jean-Paul Delfino, qui m'a recommandé Gioconda.

Cette Joconde n'est pas l'icone peinte par Léonard de Vinci, mais une jeune juive de Salonique déportée par les allemands en 1943 et gazée avec toute sa famille. Elle fut le premier amour de son voisin, Nikos Kokantzis, qui décide en 1975 de conserver sa mémoire en narrant leur histoire.

Quelle est la part du rêve et de la réalité trente ans après les faits ?

N'avons-nous pas tous tendance à idéaliser notre jeunesse et le passé ?

Nikos fut il aussi précoce dans la résistance qu'il le prétend ?

Nul ne le saura jamais … et qu'importe.

Car tragique et vraie, hélas, est la déportation des juifs de Salonique et leur extermination méthodique.

Les pages consacrées à l'arrestation de Gioconda, de sa fratrie, de leurs parents et de leur grand-mère sont d'autant plus bouleversantes qu'elles ne décrivent pas, contrairement à de nombreux films, des hurlements, des aboiements de bergers allemands, des coups et des plaintes, des nazis membres de la Gestapo ou de la SS.

Elles photographient des soldats allemands très « corrects », qui ont la galanterie de porter les valises des prisonniers et dont les officiers saluent respectueusement les voisins, calmes et attentifs.

Les occupants appliquent la procédure ; les occupés respectent le protocole et avancent calmement vers leur destin dans un silence et une discipline suicidaire.

Cette tragédie grecque dépasse le martyre de Gioconda et nous rappelle que les civilisations sont mortelles. Un ouvrage court, dense, poétique et dramatique qui répond parfaitement au devoir de mémoire et que je suggérerai nottament à des lycéens.

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Né en 1927 à Thessalonique, l'auteur n'était encore qu'adolescent lorsqu'il y vécut ce qui devait rester sa plus grande histoire d'amour. Lui et sa jolie voisine juive, Gioconda, s'aimèrent passionnément, jusqu'à ce que, en 1943, la jeune fille fût déportée avec sa famille à Auschwitz, pour ne jamais en revenir. Trente ans plus tard, l'homme mûr décide de raconter cette histoire, pour que jamais l'oubli ne l'efface.

Le monde devenu fou n'empêche pas l'amour de naître, et tout peut bien s'écrouler, ces deux-là n'ont d'yeux l'un que pour l'autre. Les persécutions antisémites s'intensifient, les bombes pilonnent la ville toute proche : rien ne vient entamer la magie de leur fusion amoureuse, alors que leur jeune innocence s'initie aux vertiges de leur toute neuve sensualité. C'est en ressuscitant l'ingénuité de la découverte, et sans doute aussi en idéalisant un souvenir poli par trois décennies de nostalgie, que l'écrivain revit dans ces pages ses tendres ébats avec celle que la tragédie devait figer à jamais dans une mythique perfection.

Cet amour paraît d'autant plus lumineux et déchirant, qu'il est impuissant à conjurer ce qui n'apparaît qu'en sombre filigrane du récit, dans un contraste cruellement impitoyable. Avant d'être définitivement arraché, le fragile voilage que l'amour du jeune couple interpose entre son intimité et la terrible réalité du monde laisse malgré tout discrètement entrevoir l'approche inéluctable de ce que tous refusent encore d'appréhender. Et si seules de brèves mentions en parsèment le texte, c'est bien le sort monstrueux de la ville de Thessalonique, alors majoritairement juive, qui vient gonfler l'inguérissable chagrin du narrateur et hanter son récit. Sur les dizaines de milliers de Juifs de la ville, seulement deux pour cent échappèrent à la mort...

Ce très court livre, qui n'évoque que la lumière pour mieux dénoncer l'indicible, est bouleversant. Quel plus beau et plus puissant contre-pied à l'abjection et à la haine qu'un indestructible amour ?


Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Il est jeune, c'est encore un adolescent.

Il habite dans un joli quartier de Thessalonique.

Il aime à la folie Gioconda.

Elle est un peu plus jeune que lui.

Elle est belle.

Elle habite à côté de chez lui, de l'autre côté du terrain vague où ils se réunissent avec leurs amis.

Cela a été la plus belle période de leur vie.

Ils se connaissent depuis l'enfance, et l'amour était déjà là, tapi dans l'ombre, prêt à exploser.

Le seul amour qui transporte, qui unit, qui transcende tout.

Une petite ombre au tableau : nous sommes sous l'Occupation allemande.

Et elle est juive...

Une petite précision : c'est une histoire vraie.

Nikos Kokantzis raconte sa propre histoire, dont il ne se remettra jamais totalement. Il s'en est délivré dans ce tout petit livre plein de sensibilité et de poésie. C'est une ode à l'amour, au vrai, où les corps et les coeurs s'allient dans la tendresse et la passion. Des regards plus appuyés au premier baiser, des caresses furtives à l'union totale, ce livre nous révèle le début d'un grand amour qui perdurera à travers les années, malgré les camps, malgré les douches, malgré les fours, malgré la mort.

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Nikos Kokantzis, devenu adulte, raconte sa toute première histoire d'amour, avec Gioconda, sa jeune voisine. « Ceci est une histoire vraie », le livre commence avec cette remarque importante. On y découvre ce que c'est de tomber amoureux. le narrateur est grec, vit à Thessalonique à côté d'une famille haute en couleurs dont une jeune fille qui est sa meilleure amie depuis l'enfance, c'est elle Gioconda. Un jour il a 13 ans, elle 12 et ils s'embrassent, c'est la première fois… L'écriture est imprégnée du regard candide et amoureux que l'adolescent porte sur sa jeune voisine et témoigne du passage de la vie d'enfant aux prémices des premières amours adolescentes, la violence des sentiments, la découverte progressive de la sexualité entre innocence et érotisme assumé, puis le basculement vers l'âge adulte, précipité par la guerre puis leur séparation inéluctable par la déportation à Auschwitz de la jeune fille juive, en 1943.

L'issue de leur histoire est connue dès le début du livre et le lecteur sait que le narrateur ne reverra jamais Gioconda après la guerre. La force de la narration vient à la fois de sa grande simplicité et de l'intensité de la relation décrite finement. L'écriture est imprégnée du regard candide et amoureux que l'adolescent porte sur sa jeune voisine.

Plus de trente après les faits décrits, Nikos Kokantzis a éprouvé le désir d'écrire leur courte histoire afin qu'il reste une trace de cette jeune fille disparue beaucoup trop tôt. Tout au long du récit on ressent la nostalgie de l'auteur, et le fait qu'il n'ait écrit que ce livre rend cette histoire encore plus touchante. Un très beau livre !

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Livre unique pour un amour unique inoubliable. Nikos Kokantzis né à Thessalonique en 1930 s'éveille à l'amour en compagnie d'une de ses compagnes de jeux, durant la guerre en 1943. La découverte de l'amour avec cette jeune voisine l'éblouit mais ce souvenir restera d'autant plus fort que Gioconda est juive et sera déportée à Auschwitz d'où elle ne reviendra pas. le savoir dès le début n'enlève rien à la lecture de ce beau et émouvant petit livre, hymne à Gioconda et hymne à la vie vécue avec d'autant plus d'intensité que les menaces environnantes en font goûter toute la fragilité et la beauté. Ce texte se lit comme un conte car on a l'impression que cet amour lumineux les enveloppe et les protège si bien qu'ils seront épargnés. C'est sans doute dû au désir de l'auteur qui réussit à lui donner un parfum d'éternité. Elle est devenue pour lui 30 ans après comme un rêve qu'il ramène à la réalité en écrivant.

«Et nous, qui ressentions l'horreur, l'exaltation de cette chose énorme qu'est la guerre, tous deux ensemble, nous vivions ces journées avec une intensité particulière, liée à notre amour, à notre découverte de la vie et de nous-mêmes. Nous sortions de chez nous le soir en cachette après l'heure du couvre-feu (certains pour l'avoir fait, s'étaient vus tirer dessus par les patrouilles allemandes), et nous nous retrouvions dans le terrain vague entre nos deux maisons, cachés par les hautes herbes et les buissons. (...) ce que nous faisions nous semblait passionnant, magique. Il n'y avait là rien d'excessif : l'heure la plus calme, pendant toute cette guerre, fut plus forte et bouleversante que le moment le plus intense en période de paix. »

«Quelque part en Allemagne de l'Est, des parcelles de ce qu'elle fut subsistent peut-être dans l'écorce d'un arbre, dans une motte de terre. (...) Les vents qui ont soufflé toutes ces années l'ont peut-être ramenée en Grèce et je l'ai respirée, qui sait, sans le savoir, en une union amoureuse. Les grands yeux gris, les lèvres douces, la peau si lisse, la voix rauque... le rire, le chagrin, l'amour, tout ce qu'Elle était.»

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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation

Ils vinrent les chercher par une chaude fin d'après-midi. Un grand camion militaire arriva, avec trois soldats allemands et un officier, peu bavards, méthodiques et presque polis. Les voisins regardaient aux fenêtres, des enfants s’étaient rassemblés autour du véhicule, observant ce qui se passait avec une curiosité muette. Mes parents et moi étions chez eux pour les aider et leur dire adieu. On parlait peu, on s’affairait en hâte, en accordant beaucoup d'importance à des détails superflus. Chacun n'avait le droit d'emporter que quelques habits et un peu de nourriture. Tout cela fut entassé dans deux vieilles valises et un paquet maladroitement ficelé.

(...)

Les soldats les aidèrent à monter, leur passèrent les valises et le paquet, montèrent à leur tour, relevèrent le battant et mirent la chaîne. L’officier se tourna vers mon père et, à notre surprise, le salua militairement en claquant des talons, avant de monter à côté du chauffeur. Le camion démarra, avança jusqu'au coin de notre petite rue, tourna dans l'avenue et disparut à nos yeux. Le bruit nous parvint encore assez longtemps et tant que nous l’entendîmes, nous restâmes. Puis il cessa et tout fut tranquille. Les voisins s'étaient retirés chez eux en fermant les volets. Les enfants avaient disparu. Dans la cour de leur maison vide, nous étions totalement seuls.

Nous rentrâmes chez nous.

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Gioconda était juive, comme de nombreux Saloniciens : la ville fut pendant des siècles, et jusqu'à son rattachement à la Grèce en 1913, peuplée en majorité par des juifs ; ceux-ci, en 1940, se comptaient encore par dizaines de milliers.

Ils furent tous déportés en 1943. Presque tous - dont Gioconda - sont morts à Auschwitz ; mille à peine sont revenus. Et si quelques livres (dont l'admirable Sarcophage de Yàrgos loànnou) ne rappelaient pas leur existence avec tendresse, leurs traces elles-mêmes pourraient bientôt s'effacer (...)

La ville elle-même a en grande partie disparu. Des vagues de béton ont recouvert ses villas et ses jardins. Cinquante ans après, il ne reste rien des personnages et des lieux évoqués dans ce récit ; ce qui lui donne, si véridique soit-il, des allures d'histoire de fantômes.

La Thessalonique d'avant-guerre est plus lointaine, désormais, que l’Inde ou que la Chine.

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Ceci est une histoire vraie.

Hier, une fois de plus, j'ai vu en rêve mon ancien quartier. Rêve la nuit, cauchemar le jour, quand on voit ce qu'ils en ont fait. Moi, au moins, je l’ai connu du temps de sa beauté. J’ai eu la grande chance de naître et grandir là-bas, j'y ai vécu la guerre, l’Occupation, puis quelques années encore.

À l'époque, avant guerre, dans des quartiers comme le nôtre, les gens vivaient dans des maisons et non dans des « résidences » ; il y avait des jardins et des fleurs, mais pas de voitures ; chaque saison avait encore son parfum, et le silence de la nuit n’était troublé que par l'aboiement d'un chien, le chant d'un coq avant le jour, les grenouilles dans la citerne du voisin l'été, le laitier du matin et les premiers bavardages des ménagères - par tout cela, et tant d'autres choses.

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... dans ce temps si bref se concentraient le plaisir et l'émotion d'heures et de jours entiers qui, nous ne le savions pas encore, allaient donner un sens à notre vie, et remplir le vide laissé par mon amie quand elle serait partie à jamais. Je m'en souviens avec la plus profonde reconnaissance et je prie pour que le cauchemar des derniers mois de sa vie ait été adouci, ait perdu un peu de son horreur, grâce au souvenir de ces instants, à la plénitude de notre vie pendant ces derniers mois terrifiants et magiques. Je ne le saurai jamais...

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Ce que très peu de gens trouvent dans toute leur existence, alors que tous le recherchent obstinément, m'avait été donné, par faveur spéciale, dès le début de ma vie. Depuis je n'ai pas cessé, je crois, de vouloir la retrouver dans chacune des femmes que j'ai approchées. Voilà ce qui explique sans doute cette recherche sans fin, ces innombrables visages nouveaux, cette solitude.

(P76)

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