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EAN : 9782743622749
330 pages
Éditeur : Payot et Rivages (19/10/2011)

Note moyenne : 3.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Au départ, une scène banale de la vie quotidienne : un homme prend un bain. Il est professeur d’histoire, change sans arrêt de numéro de téléphone et trompe sa femme. Il va être victime d’un attentat. Qui a voulu le tuer ? Première question, et qui nous laisse légitimement penser que l’on vient d’ouvrir un roman policier. Il y a un flic, une victime, il y a même une femme superbe ; fausse route pourtant.

La suite du récit est prise en charge par trois... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Woland
  20 février 2012
Te porta e shën pjetrit
Traduction : Edmond Tupja
C'est dans l'Albanie de 2003 que se déroule l'action de "Tirana Blues", et toujours en milieu urbain. Enver Hoxha est mort depuis vingt-trois ans et le régime communiste qui lui avait survécu, l'un des plus répressifs au monde, s'est effondré depuis douze. Une république parlementaire et démocratique s'est installée en lieu et place, à peu près comme dans tous les pays jadis soumis au communisme et retournés à une liberté au moins nominale avec l'effondrement de l'URSS et de son immense bloc de nations-satellites. Mais, comme souvent également, la mafia, une mafia à la slave, dont la violence n'a rien à envier à l'originale sicilienne, s'est installée avec elle. Fatos Kongoli nous démontre ici que n'importe qui peut avoir affaire à elle, même s'il n'a jamais, de toute son existence, trempé dans des opérations crapuleuses.
"Tirana Blues" est un récit à trois voix : celle de la victime, Platon Guri, universitaire victime d'un attentat qui met ses jours en grave danger, celle de l'enquêteur, l'inspecteur Zabit Kurti, qui se persuade bientôt que l'attentat est lié à un complexe immobilier détenu par la mafia albanaise, et celle d'Erald Periakou qui, sans savoir ce qu'il allait faire, a véhiculé le poseur de bombe, l'un de ses amis d'enfance. Peu à peu, l'histoire se développe, chaque voix ayant droit à un chapitre où elle raconte - et se raconte ...
Aux portes de la Mort, Guri est surtout préoccupé de sa situation affective et sexuelle. C'est vraiment l'"intello" du groupe, dont les idées sont telles que le lecteur se demande vraiment qui, à part peut-être un amant jaloux de son épouse, aurait pu commandité l'attentat. Cette voix-là symbolise aussi une certaine classe sociale de l'Albanie actuelle, dont les membres n'ont pas vraiment à s'occuper de ce que sera fait leur lendemain.
L'inspecteur Kurti, lui, a tout du limier. Un limier malheureusement tenu en laisse par ses supérieurs hiérarchiques, lesquels, bien qu'on ne soit plus sous la tyrannie totalitaire, sont toujours susceptibles de corrompre et d'être corrompus. D'ailleurs, l'un des collègues de Kurti, qui enquêtait sur le fameux complexe immobilier surnommé "Les Sept Garages", a été froidement abattu à la mitraillette, un soir qu'il rentrait chez lui. Fonctionnaire honnête mais aux mains liées, craignant parfois pour sa vie et pour sa famille, Kurti représente une classe moyenne qui aspire à une existence normale, rangée et véritablement démocratique mais qui doit encore courber l'échine pour survivre.
Erald Periakou, lui, est né à la campagne, dans une famille peu aisée mais forte des traditions de la vieille Albanie. Son frère, Mark, l'a pris chez lui, à la ville, afin qu'il puisse réaliser le rêve de leur père disparu : faire des études et devenir médecin. Mais Erald, bien que bon élève, est très vite attiré par des camarades que, dès leur adolescence, la Police a pris l'habitude de surnommer "les marchandises avariées." Il est surtout fasciné par Altin Kora et sa jeune soeur, Klodi. Et c'est pour rester en contact avec celle-ci, pour pouvoir lui rendre visite, lui parler et, qui sait, aller plus loin, qu'il devient l'un des familiers d'Altin. Altin qu'on retrouve un jour, une balle dans la nuque, après l'attentat survenu à l'universitaire. Altin, qui avait posé la bombe. (Mais pour qui ?) Altin, qui avait demandé à son vieux copain de lui servir de chauffeur jusqu'à la rue du professeur Guri. En apprenant son assassinat, Erald comprend qu'il n'en a plus pour longtemps et que, même s'il ne sait pas grand chose, il est devenu trop dangereux pour ceux qui ont décidé de l'attentat. Son frère tente bien de le mettre en sûreté mais ceux-là mêmes qu'il a payés pour ce faire abattront Erald sans état d'âme ...
A la fin - à la toute fin - on apprend le nom du commanditaire de l'attentat. Un nom qu'on avait déjà lu plusieurs fois auparavant, un nom qu'on avait peut-être soupçonné soi-même. Mais la raison de l'attentat est si futile, si effarante : le commanditaire, fort de son argent et de sa puissance, est sûr que cela lui permettra de se rapprocher de la veuve, qu'il désire en secret depuis longtemps.
Voilà comment et pourquoi Platon Guri, qui n'avait jamais eu aucun lien avec la mafia albanaise, mourut de la main d'un de ses tueurs. Si certains membres de la police tentèrent de résoudre l'affaire, d'autres, dans la même administration, s'acharnèrent à contrer leurs efforts. Et l'affaire du professeur ne fut jamais officiellement résolue.
C'est amer, c'est sans espoir, mais c'est superbement écrit aussi. Alors, laissez-vous tenter. ;o)
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oblo
  11 août 2015
Platon Guri est professeur de philosophie. Marié à une célèbre romancière qui allie le talent de l'écriture à la beauté physique, il est victime d'un attentat à la bombe devant son garage. Cet attentat aurait été commandité – mais aucune certitude n'émerge, tout au long du roman – par son épouse, qui, de réputation publique, multiplie les amants. Pour ce faire, elle aurait payé le jeune Altin qui, lui, a demandé à Erald Periakou de l'accompagner. Altin et Erald se connaissent depuis l'enfance. Ils ont grandi dans la banlieue de Tirana, là où l'on surnomme les nouveaux venus de la campagne les Tchétchènes. Erald est tombé amoureux de la soeur d'Altin, Klodi, et s'est fiancée avec elle, négligeant ses études au grand dam de son frère aîné, Mark, chargé de son éducation après la mort de leur père.
A travers ce récit à trois voix – celle de Platon Guri dans son coma, d'Erald Periakou dans sa réclusion et celle de l'inspecteur Kurti à travers ses rêves –, Fatos Kongoli dresse un portrait succinct mais précis de l'Albanie contemporaine. En même temps, il dresse le portrait psychologique de personnages qui s'interrogent sur le sens de leur vie ainsi que sur leurs envies d'amour et d'ailleurs.
Avec Erald Periakou, il dresse l'itinéraire d'un jeune homme dont la famille est venue s'installer à Tirana et qui, au contact des prostituées et des trafiquants de drogue, échoue lamentablement dans ses études et glisse sur une pente dangereuse. Erald tente l'expérience de l'immigration, en Grèce, mais celle-ci se termine dans l'atmosphère chaude et moite d'une grange, rythmée par les coups des policiers grecs. Sa fiancée, Klodi, espère quant à elle rejoindre sa soeur aînée en Italie qui est l'autre Eldorado des Albanais.
Platon, lui, est le portrait d'un Albanais contemporain, dévoré par sa jalousie et sa frustration sexuelle, attiré par des étudiantes aguicheuses et qui connaît, l'espace d'un week-end, l'expérience d'un amour qui renait. le souvenir de ce moment le hante durant son coma et c'est en choisissant mentalement l'amour pour cette jeune fille qu'il rejoint Saint-Pierre.
L'inspecteur Kurti, enfin, moins présent que les deux autres personnages, est l'occasion pour Kongoli de montrer à quel point la violence et la peur ont contaminé la société albanaise. Il est le regard distancié par rapport à l'enquête : ainsi on apprend que des liens éventuels existent entre le chef de la police albanaise, des ministres et des députés et des personnages louches, à la tête d'établissements nocturnes qui participent au trafic de drogue et à la prostitution. A aucun moment, l'inspecteur ne peut étayer ses thèses, faute de témoignages. Pis, il sait que des preuves ne serviront à rien, et que le moindre de ses dossiers ne pourra convaincre son supérieur de continuer l'enquête. L'inspecteur est ainsi le miroir d'une société gangrénée par la mafia.
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miriam
  05 août 2017
Les polars et les romans noir font visiter les recoins et les quartiers où un touriste avisé ne s'aventure jamais.
Polar ou roman noir?
Un peu des deux. Il y a certes une enquête policière mais ce n'est pas l'essentiel.
Bien sinistre, bien glauque, que les trois histoires de ce roman choral. Celle de la victime (une des victimes) un professeur d'âge mûr doit avouer à sa femme qu'il l'a trompée, histoire sordide. Celle du policier, qui enquête sans conviction sur le meurtre du professeur. La troisième voix est celle d'un petit voyou qui a trempé à son insu dans l'affaire. Les trois voix se croisent. bien glauque parce que les personnages sont tous déprimés, se laissent entraîner dans des affaire plutôt minables. Sinistre, cette banlieue qu'on appelle la "Tchétchénie" aux constructions illégales,. Même le week end à Sarandë et à Llogara en plein hiver n'est pas franchement rayonnant.
Si pour vous, polar veut dire thriller, ce n'est pas pour vous, le rythme est lent. Plutôt noir alors?
Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
WolandWoland   20 février 2012
[...] ... Quand une nuit, la "dame blonde" est venue au motel avec son compagnon, Altin était encore en prison. Cette nuit-là, il pleuvait et je me tenais à la réception, sous l'emprise de mon rêve nordique. [Le jeune homme songe à aller en Suède.] A part l'argent, il me fallait quelque chose d'aussi essentiel. Indépendamment de l'itinéraire que je suivrais pour me rendre en Finlande ou en Suède, indépendamment de mon identité, vraie ou fausse, de mes papiers, en règle ou pas, pour mon premier contact avec un monde si fabuleux, j'aurais besoin de communiquer. Bien évidemment, il ne s'agissait pas pour moi d'apprendre le finnois ou le suédois. Pour les premiers contacts, l'anglais me serait d'une grande utilité. Au lycée, après Ledio, j'étais le meilleur de la classe en anglais. Cette nuit-là, comme chaque nuit, en attendant l'arrivée d'éventuels clients, je travaillais mon anglais en essayant de lire "Ivanhoé." Je l'avais acheté à un bouquiniste qui vendait ses livres étalés à même le trottoir. Je le connaissais presque par coeur, paragraphe après paragraphe.

Ils sont apparus derrière la porte en verre épais du motel, l'ont poussée, sont entrés et, les voyant venir vers moi, j'ai eu un doute : la jolie dame devait avoir bu. Elle riait, parlait fort à son compagnon au crâne rasé qui, la tenant par le bras, riait de concert. Arrivés à mon bureau, ils ont cessé de rire. La nuit et le mauvais temps nous ont surpris sur la route, a dit l'homme. Pour ne pas nous casser le cou, nous avons fait un détour jusqu'ici. Auriez-vous une chambre ? Bien sûr, j'ai ce qu'il vous faut, lui ai-je répondu. Ayant remarqué mon livre, la jolie dame l'a pris. Ca vous plaît ? m'a-t-elle demandé. J'ai hésité un instant. Ce n'était pas facile de lui expliquer mes rapports avec ce livre. Oui, me suis-je dépêché de lui répondre, ça me plaît. Elle m'a regardé avec un sourire approbateur. Moi aussi, j'ai aimé ce livre, a-t-elle dit. Et elle l'a reposé sur mon bureau. Je leur ai choisi une chambre au premier étage. Elle donnait du côté opposé à la rue, face à la piscine, et on n'y entendait pas la circulation. ... [...]
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WolandWoland   20 février 2012
[...] ... Son garage était celui du milieu. [Platon] s'aperçut que, pendant son absence, on avait dessiné sur la porte, en rouge, un coeur transpercé d'une flèche. Normalement, il aurait dû sourire. Mais sa tête lui faisait affreusement mal et il avait peine à tenir debout. Il se dit qu'il devait aller d'urgence chez le médecin. Et il sortit son trousseau. Une fois qu'il eut inséré la clef de son garage dans la serrure, il entendit son portable sonner. Il se figea sur place. Son regard se porta sur le coeur transpercé d'une flèche et il se sentit fiévreux. Pour la première fois de la journée, depuis que son portable avait commencé à le harceler avec son motif providentiel [= la sonnerie reprend l'ouverture de la Vème de Beethoven, dite aussi "Symphonie du Destin"], il pensa que c'était son propre destin qui lui téléphonait maintenant, se manifestant sous les traits d'une femme appelée Roksana, qu'il croyait avoir perdue pour toujours à cause d'un malheureux concours de circonstances.

Cette fois, sa réaction fut immédiate : il posa sa serviette par terre. De sa main libre, il tira son portable de sa poche et lut sur l'écran : Roksana. Jubilant, il le porta à l'oreille. De l'autre main, il fit tourner la clef dans la serrure. Il eut à peine le temps d'articuler les mots "Oui, Roksana" en tirant sur la poignée de la porte qu'il entendit une explosion, une déflagration à l'intérieur de son crâne.

Ce doit être une attaque, se dit-il. Et il se sentit aspiré par le néant. ... [...]
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