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Marcel Barang (Traducteur)
EAN : 9791091328920
184 pages
Gope éditions (04/07/2022)
4.25/5   8 notes
Résumé :

Un metteur en scène de cinéma assiste à une étrange pièce de théâtre qui relate une journée ordinaire dans un hospice de femmes très âgées. Selon les critiques, il s'agirait de "la plus ennuyeuse pièce de l'année" ; et pourtant... A l'action sur scène, qui se déroule au rythme d'une horloge sonore, se superposent les commentaires et les rêveries du narrateur. Entre fiction et ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Un sujet atypique : pas d'intrigue policière… pratiquement pas d'intrigue du tout, d'ailleurs : ni familiale, ni conjugale, ni amoureuse… pas de rencontres torrides ni tordues… pas d'autofiction complaisante… et même pas de massacre à la tronçonneuse !
Que reste-t-il ?
- de jeunes auteurs de théâtre qui revendiquent la création d'une pièce « portant sur les sentiments intimes des vieux », dont la critique déclare, en conséquence, qu'elle est la pièce la plus ennuyeuse de l'année.
- Sur la scène, deux rangées de lits, une cellule où est enfermé un fou invisible : nous sommes dans un asile de vieillards, quelque part en Thaïlande. Dans chacun des lits, une mémé en fin de vie. Mémé Taptim s'inquiète jour et nuit pour son fils cadet, celui qui est simple d'esprit – qui peut bien s'occuper de lui et lui donner à manger ?! Mémé Eup tente de la consoler ; Mémé Djane, elle, affirme d'une voix tremblante que son argent a disparu, et tout le dortoir le cherche.
- Un cinéaste de 63 ans qui assiste à cette représentation théâtrale, et ne cesse de se demander : « Si c'était mon film, comment est-ce que je m'y prendrais ? » Et le voilà parti à critiquer, échafauder, bâtir son propre récit, à coups de gros plans à travers la moustiquaire, de panoramiques extérieurs et de plans médians rapprochés.

Tic-tac, tic-tac, dit l'horloge ancienne accrochée au pilier central de la salle. « Vienne la nuit, sonne l'heure » dit le poème d'Apollinaire. Il n'y a rien ! crie le fou dans sa cellule. Euh… euh ! dit Mémé You, qui ne peut plus parler, mais veut faire une offrande au bonze qui viendra.

Mille événements minuscule vont se produire. Les vieilles sont recluses (certaines gisent, inconscientes) mais le monde extérieur, ses exigences et ses consolations viennent jusqu'à elles : la marchande ambulante passe, elles lui achètent du riz, de l'encens, des fleurs à déposer dans le bol à offrandes du bonze afin de gagner des mérites. Les soignants nourrissent et lavent les pensionnaires sans oublier de les écouter. le fils prodigue réapparaît, plein de prédictions étranges qui effraient le petit vendeur de sodas. L'échelle sociale se renverse quand on reçoit l'aumône d'une ancienne domestique.

Entre une mise en abyme et une métaphore, sans avoir l'air d'y toucher, Chart Korbjitti convoque les questions majeurs de la société contemporaine, pas uniquement asiatique : liens parents-enfants, fin de vie, espoir qu'il en existe une autre, consumérisme, égoïsme ou empathie. En faux-jeton génial, le narrateur se dédouble, se dérobe : après s'être glissé dans la peau de chacune des vieilles femmes, il considère Mémé Sone, assise, et joue les naïfs : « Comment pourrais-je savoir à quoi elle pense ? » Tic-tac, tic-tac.

Chart Korbjitti a reçu deux fois le S.E.A. Write Award, l'équivalent d'un prix Goncourt en Asie du Sud-Est : pour La Chute de Fak et « Sonne l'heure ».
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Chart Korbjitti est un auteur qui jouit en Thaïlande d'une énorme renommée et dont malheureusement peu de ses écrits sont traduits en français et le décès en 2020 de Marcel Barang son seul traducteur ne va pas améliorer les choses.
"Sonne l'heure" est un roman de 1993 et est un subtil mélange de roman , d'essai et de conte.
Le narrateur qui est réalisteur de cinéma assiste à une pièce de théâtre particulièrement ennuyeuse et s'imagine ce qu'il pourrait en tirer .
La trame du récit tourne autour de la vieillesse assumée ou pas , du respect des jeunes générations envers les aînés , de la vision de la mort également si différente en Asie de la nôtre .
Une écriture simple , pleine de poésie , d'amour pour les gens et où parfois pointent la colère et le désappointement .
Un récit qui fait sourire parfois , qui fait grincer des dents souvent et qui nous questionne sur nos certitudes et nos conceptions de vie.
Une lecture qui demande un effort également car même si les noms utilisés sont faciles à retenir il s'agit de noms thaïlandais tout de même dont on est peu coutumier.
Une lecture addictive aussi , Chart Korbjitti donnant envie au bas de chaque page de connaitre la suite ....
Un livre que j'ai dévoré mais dont je compte bien recommencer la lecture pour en savourer toutes les subtilités.
Un excellent moment de lecture que l'on doit une fois de plus aux Editions Gope qui ont le courage ou l'inconscience de mettre sur le marché francophone de telles pépites et que je remercie au passage .
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Sonne l'heure est un roman original dans sa conception et encore plus fort dans son écriture. Un metteur en scène de cinéma assiste à une représentation théâtrale quasi expérimentale qui montre la banalité quotidienne d'un hospice pour femmes en fin de vie et plus ou moins délaissées par leurs familles. On a l'impression d'assister soi-même à cette pièce de théâtre, d'en ressentir la mise en espace, la lumière, le hors champ en même temps que le cinéaste se réapproprie ce qu'il voit en le transposant dans son univers cinématographique. On revoit donc certaines séquences sous un autre angle et avec des éléments de dialogues ou de situations qui s'ajoutent à l'intrigue de départ pour enrichir les personnages en fonction des projections du cinéaste.

C'est au départ un peu déroutant car j'avais presque envie de laisser la pièce de théâtre se dérouler tout simplement mais peu à peu ce procédé crée une mise en abîme très troublante car c'est aussi une expérience cathartique pour le narrateur comme pour le lecteur dans une perspective bouddhiste d'apprivoisement de notre rapport au spectacle de la vieillesse et de la mort où il faut pouvoir se dépouiller de tout avant de disparaître.

On s'attache à toutes ces petites mamies dont on découvre l'histoire à travers toutes sortes de petites anecdotes pleines de saveur et d'humour comme de tragédies intimes. Hors champ une voix qui semble sortir d'une possible prison à moins que ce ne soit du néant scande régulièrement "Il n'y a rien! Absolument rien!". Voix qui s'adresse autant au spectateur de la pièce (et au lecteur) qu'à ces vieilles femmes qu'un au-delà potentiel attend ou non à brève échéance... Cette porte vers nulle part sera ouverte à la fin du spectacle. "Il n'y a rien! Absolument rien!".

Ces portraits de femmes sont superbes et subtils. L'expérience de lecture étrange et envoûtante. Un auteur vraiment singulier.
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Roman étrange, qui est à la fois une pièce de théâtre et le récit que fait de cette pièce de théâtre un des spectateurs, qui est réalisateur de film, et qui imagine ce que seraient certaines scènes s'ils les avait tournées. Voilà pour la structure du roman. Pour le fond, nous sommes plongés dans le dortoir d'une maison de repos. Et plus précisément dans l'aile des patients malades, qui ont donc besoin de soins (certains sont alités sans pouvoir bouger). Et c'est là qu'apparaît toute l'humanité de l'auteur, qui décrit admirablement bien les sentiments des personnes « garées » dans cet endroit pour y passer leur fin de vie, leur lucidité ou au contraire leur perte de lucidité, les sentiments qui animent les uns et les autres, les amitiés et inimitiés qui se créent, et surtout la grande bienveillance de certains membres du personnel soignant, qui rend cette fin de vie moins pénible. Ce roman m'a particulièrement touchée car je le rends moi-même régulièrement dans une maison de repos, et je suis donc confrontée exactement à ce que décrit l'auteur. A l'exception bien sûr des spécificités liées au fait que ça se passe en Thaîlande, mais justement on se rend compte que vieillir reste vieillir, à n'importe quel endroit de la planète, et que le temps est bien long pour les résidents des maisons de repos. Un grand merci à Babelio et aux Editions Gope pour m'avoir permis cette découverte.
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Le procédé est intéressant et intelligent : la pièce de théâtre vue par un spectateur (réalisateur de son métier) qui imagine parfois les scènes à travers une caméra : les plans, les lumières...
Nous "lisons" à la fois un roman, une pièce de théâtre, un film et une expérience de spectateur. le projet est séduisant.

Quant au contenu sur la fin de vie, la vieillesse, la solitude, j'ai trouvé certaines séquences très touchantes, notamment la grand-mère qui reste assise sur son lit à regarder la porte en attendant la venue de son fils.
Le traitement de l'ennui est... audacieux. L'ennui du spectateur renvoie à celui des personnages sur scènes qui attendent la mort. Et l'auteur est à la fois efficace et prend un grand risque. Car malheureusement, je me suis un peu ennuyée parfois... Et alors qu'environ au milieu du roman, je commençais vraiment à me lasser de la description des scènes, le retour au spectateur et à son agacement face au spectacle m'a en quelque sorte permis de me raccrocher au livre. Et j'ai eu une impression étrange : celle de partager avec un personnage exactement la même expérience que lui.
On a souvent de l'empathie au cours d'une lecture, on a peur pour un personnage, on est content pour lui mais plus rarement avec ! Vivre exactement la même expérience qu'un personnage, c'est je pense une première pour moi ! On regardait tous les deux la même chose et nous en pensions la même chose. L'effet est réussi et même remarquable. Reste qu'il s'agit d'ennui...
Enfin, je me suis perdue dans les personnages mais j'ai décidé de ne pas en tenir compte et de poursuivre ma lecture avec toute cette galerie de vieilles dames qui s'entremêlent en me laissant porter par leurs dialogues ou leurs émotions à l'instant T. Quelque chose de nébuleux qui finalement, renforce l'aspect poétique.

C'est donc une impression étrange que je garderai de ce roman. Un peu comme un nuage ou une bulle. Il y a de la beauté, de la poésie, des longueurs, le temps s'étire et s'étire... La lecture a été un peu longue mais l'expérience réussie et, je pense, me restera en mémoire un long moment.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
pp. 77-79
Elle se souvient toujours très bien de ce jour-là, quand elle était encore dans la grand salle de l'hospice ordinaire. Ce jour-là, le repas de midi avait été une grande fête. Outre les plats et les desserts divers et les sommes d'argent distribuées, elle était apparue à la télévision. Comment oublier après cela?
Quand ils l'ont filmée, ils l'ont interrogée sur sa famille. Sous le feu du projecteur, avec cette caméra qui tournait et ce microphone tendu jusqu'à sa bouche, elle était terriblement intimidée, mais elle a répondu la vérité sur ce qu'ils lui demandaient. Elle a dit son prénom, son nom de famille, le nom de son mari décédé, a les noms de ses enfants toujours vivants. Elle a parlé de son dernier fils qui n'avait pas toute sa raison. Elle a raconté ce qui avait fait qu'elle avait décidé de mourir ici. Elle racontait ce qu'elle croyait vraiment, racontait la vérité vraie. Quand ils sont partis, ils lui ont dit de regarder la télévision, quelle chaîne, quel jour, à quelle heure. Elle s'est répété cela chaque jour, a attendu que ce jour-là vienne. Et pas seulement elle, mais bien d'autres qui avaient été interrogés de la même façon qu'elle, d'autres étaient assis devant le poste de télé ce jour-là tout comme elle, et même l'infirmière en chef qui dirigeait le bâtiment.
Elle était assie dans la rangée de devant, tête relevée, attendant de se voir sur l'écran. Elle était heureuse et fière de voir son visage sur l'écran de télé. Elle n'avait jamais songé avoir une telle chance dans sa vie. Elle était radieuse. Elle oubliait la tristesse, oubliait la douleur d'avoir dû venir vivre dans un endroit pareil. Ce jour-là, toute la journée elle a été heureuse et n'en a eu que pour son apparition à la télé.
Mais elle ne savait pas que ces images sur l'écran de télé allaient rendre ses enfants furieux, furieux au point qu'ils ne sont jamais revenus la voir.
Au début, elle ne s'est doutée de rien mais après que pas mal de temps fut passé sans qu'ils viennent, elle s'est dit que d'avoir donné leur prénoms et leur nom de famille faisait qu'ils devaient avoir honte auprès de leurs amis et connaissances, auprès de leurs camarades de travail, et qu'ils devaient être en colère contre elle pour avoir fait du tort à leur réputation. Mais pour sa part, elle n'en a pas voulu à ses enfants, car elle n'a jamais été en colère contre eux, même si eux l'ont été tant de fois, au point qu'elle a dû venir vivre ici. Elle n'a jamais été en colère contre eux, elle ne les a jamais rejetés de son sein de mère, jaimais, ne serait-ce qu'en pensée.
Elle n'en a eu qu'après elle-même pour avoir fait perdre la face à ses enfants, pour leur avoir causé du chagrin. C'est uniquement pour ça qu'elle s'en veut.
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pp. 13-14
Si ceux qui ont monté cette pièce étaient assis parmi nous, les soupirs et l'agitation des spectateurs leur donneraient sans doute la réponse à la question de savoir s'ils ont ou non atteint leur objectif.
Je ne sais pas ce qu'ils veulent. Veullent-ils mettre les spectateurs mal à l'aise ou veulent-ils qu'ils soient excédés par ce qu'ils voient?
Quant à moi, je ne tiens nullement à ce que les spectateurs de mes films soient excédés par ce qu'ils voient.
A vrai dire, le malaisie génère parfois l'ennui, mais bien entendu l'ennui c'est tout autre chose que le malaise.
Comme ma production en témoigne, j'essaie de bourrer mes films de malaise autant que faire se peut.
Et c'est une raison de plus pour laquelle j'ai tenu à venir voir cette pière, car la critique l'a résumée en une formule; "La pièce la plus ennuyeuse de l'année."
Au début, lorsque la troupe de théâtre a annoncé qu'elle allait jouer cette pièce, je n'y ai pas fait vraiment attention car à ce moment-là je tournais un nouveau film,mais j'avais quand même été attiré par le fait qu'ils tous âgés d'à peine plus de vingt ans. Selon leurs biographies, certains poursuivaient encore leurs études à l'université. Mais voilà qu'ils annonçaient sans douter de rien qu'ils allaient jouer une pièce portant sur les sentiments intimes des vieux.
C'est cela qui a attiré mon attention.
Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien savoir des sentiments intimes des vieux? Pourquoi des jeunes comme eux voulaient-ils jouer les vieux? Alors qu'il y a tant d'histoires intéressantes sur les gens de leur âge, voilà qu'ils se mêlaient d'interpréter ce qu'ils ne connaissaient pas et n'avaient aucun moyen de connaître.
Le plus drôle c'est que moi, qui aurai soixante-trois ans révolus cette année, je n'ai jamais pensé faire un film sur les vieux. Au contraire: mes films traitent désormais de l'enfance; je trouve que c'est autrement plus passionnant.
C'est tout ce qui a attiré mon attention.
Après cela, je n'ai pas fait attention aux nouvelles les concernant, car j'étais très pris dans mon travail, jusqu'à ce qu'on annonce que la générale venait d'avoir lieu et que les bénéfices en seraient versés à un hospice de vieillards. C'est alors que je me suis tenu au courant et que j'ai lu la critique avec soin, dans l'intention de voir la pièce dès que mon travail me le permettrait, mais sans pour autant vouloir la voir à toute force.
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p. 22
Je n'aurais jamais pensé que le metteur en scène nous montrerait une scène pareille. Dans la vie quotidienne, rien de plus ordinaire que de vieilles femmes en train de se laver, mais qu'on les montre sur scène et cela n'a plus rien d'ordinaire. Ou est-ce parce qu'on n'a jamais vraiment fait l'effort de regarder? Je ne suis pas sûr. Mais ce genre de scène d'ablutions, j'en ai déjà vu et je m'en suis servi dans mes films à une époque où, chez nous, il n'y avait pas de scènes de baisers sur la bouche dans les films comme de nos jours et où l'on se servait des scènes de baignades pour que les "vamps" mettent en valeur leurs pleins et leurs déliés et, sous couvert de sarongs mouillés et tendus à craquer, suscitent des émois primaires.
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Depuis deux ans qu'elle travaille ici, la seule chose qu'elle sait, c'est que ces femmes sont pitoyables. Même si certaines sont impérieuses, exigeantes, bougonnes, aiment travestir la réalité et cherchent à attirer l'attention de façon assommante; même si certaines sont voleuses, querelleuses, médisantes et pis encore, toutes autant qu'elles sont, elles sont pitoyables à ses yeux.
Car elles ont toutes été abandonnées.
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Les deux vieilles femmes se contentent de rester assises à se dévisager, les yeux noyés de larmes, comme si elles avaient conscience de leur sort commun. Mais le sort de chacune provient des actes préalables, qui ne sont pas les mêmes dans le cours d'une vie: on ne peut se fier ou ne s'en prendre qu'à soi-même. Cela, elles le comprennent.
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Video de Chart Korbjitti (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Chart Korbjitti
Invitation au voyage, Arte, réalisé par Julie Tissot
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