AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2373050668
Éditeur : Aux forges de Vulcain (23/08/2019)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Tchernobyl, 1986. Lena et Ivan, deux adolescents amoureux l'un de l'autre, voient leur vie bouleversée par l'explosion de la centrale. Si Lena, croyant Ivan mort, part avec sa famille en France, Ivan, qui n'a pas pu quitter la zone, attend son retour. Déracinée, la jeune fille tente d'oublier son passé. Vingt ans plus tard, elle fait le chemin inverse, et repart en Ukraine. Premier roman. ©Electre 2019
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
JustAWord
  17 juillet 2019
En avril 1986, la catastrophe de Tchernobyl envoyait sur les chemins de l'exil des dizaines de milliers de personnes.
Ces anonymes, qu'ils soient liquidateurs ou simples habitants de Prypiat, ont depuis été le sujet de plusieurs oeuvres aussi fortes qu'émouvantes telles que le sublime film La Terre Outragée de Michale Boganim ou l'inoubliable livre La Supplication de Svetlana Alexievitch (sur lequel se base d'ailleurs en partie la mini-série événement Chernobyl de la chaîne HBO).
En ouvrant le premier roman de la française Alexandra Koszelyk, ce n'est pas une coïncidence si l'on retrouve en préambule une citation de Svetlana Alexievitch puisque, tout comme l'autrice ukrainienne, Alexandra a choisi de nous parler des petites gens qui ont souffert après l'explosion de la Centrale. Une façon pudique et intimiste de raconter un drame silencieux et de revenir sur l'histoire du peuple ukrainien à travers une histoire d'amour qui n'a jamais eu lieu.
Histoire d'un exil
Lena et Ivan ont 13 ans lorsque l'impossible se produit et que le feu nucléaire met fin à l'insouciance de leur enfance. Inséparables, les deux adolescents vont pourtant devoir se quitter.
Tandis que Lena quitte l'Ukraine pour la France avec ses parents scientifiques, Ivan, lui, reste dans l'attente de l'évacuation par l'armée vers Kiev et un hypothétique relogement.
Près de 20 ans plus tard, alors que Lena pense avoir enfin trouvé l'amour, elle comprend que rien ne pourra l'empêcher de retourner sur sa terre natale, cette Ukraine désormais meurtrie par la Zone et dont le peuple a enduré, une fois encore, les pires souffrances en silence.
Mais Ivan, cet amour d'enfance qu'elle n'a jamais oublié, vit-il encore dans ces ruines à jamais irradiées ?
À crier dans les Ruines n'est pas seulement un extrait d'un superbe poème d'Aragon, c'est aussi un adieu déchirant qui renferme en substance la mélancolie poignante d'une Lena qui n'arrive pas à oublier.
Alexandra Koszelyk a beau nous planter le décor et passer rapidement en revue la catastrophe au début de son roman, c'est bien l'histoire de cette enfant déracinée qui occupe le reste de l'ouvrage, entrecoupée il est vrai des quelques lettres sans réponse d'un Ivan de plus en plus amer avec le temps.
Avant toute chose, À crier dans les Ruines nous parle de l'exil de tout un peuple à travers l'histoire de Lena, une « privilégiée » qui a pu passer à l'Ouest avant que l'Armée soviétique ne l'emmène manu militari à Kiev.
Malgré cette échappée, voilà que la jeune femme est confrontée au mutisme de sa famille qui désire simplement oublier la catastrophe et les sacrifices. Dans sa description minutieuse des états d'âmes de Lena, Alexandra Koszelyk délivre en réalité un message universel sur ces familles arrachées de chez eux par la faim, la guerre et la catastrophe. Elle explique, patiemment et avec poésie, que quelque chose manque toujours au plus profond, un deuil jamais vraiment terminé qui ne trouve sa conclusion que dans le dernier des soupirs.
Ces légendes surgies du passé
À crier dans les Ruines utilise rapidement la passion pour la littérature de son héroïne et l'amour d'Ivan et Lena pour les mythes et légendes pour raconter une autre histoire, celle que façonne les hommes pour les réunir et les retenir.
Régulièrement, par sa grand-mère Zenka ou par des histoires glanées ici ou là, Lena se plonge dans les légendes — ukrainiennes ou non — pour trouver des échos de sa propre souffrance, de ce manque qui la ronge.
Alexandra Koszelyk construit d'ailleurs son récit dans une forme similaire, sorte de conte presque trop beau pour être vrai d'un amour qui dure vingt ans et qu'on tente de réanimer malgré les frontières et les dangers.
À travers la littérature et ses souvenirs, Lena recompose un pays comme l'a fait sa grand-mère avant elle. Et c'est certainement dans ces moments-là que le roman se montre le plus fort et le plus beau, quand il dépeint les souvenirs des uns et des autres, des blessures sous la peau.
Lorsque Zenka raconte l'Holodomor ou lorsque Ivan nous explique comment il a (sur)vécu.
Même si Alexandra trébuche à plusieurs reprises dans son style qui manque encore de maturité, même si parfois elle semble sur-écrire certains passages pour le plaisir des yeux, il reste toujours une sincérité et une beauté qui voudraient capter l'intime de ses personnages pour expliquer la grande catastrophe par la petite, celle de ces gens dont l'Histoire n'a pas retenu le nom.
Romance à l'ombre du Soviet
Tandis que Lena nous raconte l'après-Tchernobyl, Alexandra, elle, en profite pour brosser un portrait-double, celui d'une URSS qui s'écroule malgré sa puissance et celui d'une Ukraine qui regagne sa liberté.
La romance entre Lena et Ivan, qui semble parfois prendre des accents antiques (ce n'est pas un hasard si son autrice enseigne le grec et le latin) et refléter d'autres moments dramatiques de l'histoire — moments où les ruines continuent à murmurer une éruption volcanique ou un autre accident nucléaire jamais révélé — , cette romance ne peut finalement pas gommer le monde autour.
On assiste avec stupeur à la chute du Mur et à l'indépendance de l'Ukraine pendant que Lena grandit et tenter d'avancer avec ce creux au fond d'elle qui ne veut pas la lâcher.
Finalement, c'est d'identité que parle À crier dans les Ruines, celle que nous nous construisons dès la plus tendre enfance et qui nous définit avec le temps. Brutalement arraché de ses racines, de sa langue, de ses rêves, peut-on vraiment être la personne que l'on veut ou nous manquera-t-il toujours une pièce dans ce grand puzzle de notre existence ?
Mélancolique et pourtant pleine d'espoir, Alexandra Koszelyk nous répond que rien n'est impossible, qu'il faut chasser les souvenirs du passé même sur les terres les plus reculées pour trouver ce qui compte avant tout : cette histoire derrière nous.
Malgré quelques errements stylistiques, Alexandra Koszelyk raconte au lecteur une histoire poignante où romance tragique, catastrophe historique et identité familiale se mêlent pour accoucher d'un vibrant hommage aux sacrifiés de Tchernobyl.
C'est ainsi qu'À crier dans les Ruines apparaît à la fois comme un adieu et un retour, une identité perdue et un passé retrouvé, très loin là-bas dans la Zone irradiée.
Lien : https://justaword.fr/%C3%A0-..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          82
Leraut
  11 août 2019
Magnétique, puissant, « A crier dans les ruines » d'Alexandra Koszelyk est ce rare qui change la couleur du monde. L'écriture est oeuvre. Ciselée, pragmatique, maîtrisée jusqu'à l'intelligibilité la plus extrême. On dévore le mot précis, habile et délivrant. Mature, doué, ce roman est la clé de voûte d'un édifice littéraire. On devine une force intrinsèque venue de cette terre originelle, emblématique, une fleur invisible, résistante et altière. « A crier dans les ruines » dont le titre est une magnifique allégorie. Cette histoire aux multiples chemins au-delà du sombre irrécusable est lucide. L'incipit : « Quand Léna arrive à Kiev elle s'attend à rien plutôt à tout. Des odeurs de son enfance, la musique de sa langue natale, les dernières images avant son grand exil…. Des silhouettes la frôlent et semblent appartenir à un autre temps…. » « Chaque feuille projette son éventail de couleurs, dans lequel reflète l'incendie qui a dévoré cette région un certain 26 avril 1986. » Pripiap, « La nouvelle Babel des années 1970… anéantie par l'accident nucléaire de Tchernobyl. » Léna et Ivan, sont une dualité cornélienne. Plus qu'un amour écartelé entre deux rives idéologiques, au coeur de cette histoire, l'analyse des conséquences de ce drame interplanétaire, voué à l'éternité revêt une finesse sociologique, géopolitique. L'habitus déformé tel un monstre dont les griffes acérées blessent voire tuent. L'histoire change de camp, son réalisme attise les flammes. Au-delà des faits, les paraboles mythologiques sont des formidables bouquets d'Eternelles, ces fleurs dont l'essence ésotérique plus que des cris sur les ruines sont cardinales et source de vie. L'auteure, enseignante, brillante, délivre subrepticement, ce langage des Sages. Celui qui octroie le miracle de la philosophie, de la mythologie à portée de conscience. La culture, avec un grand C, est un levier. « Cito, longe, tarde » »Tu sais ce qu'elle veut dire ? » « Vite, loin, tard. » « En gros : » « Fuis vite, loin, et reviens tard. » « Ses rêves furent teintés de la quête de Poliphile, des percées haussmanniennes, de la poésie des ruines. »Léna le blanc, Ivan le noir… « Il est des images que l'on garde à l'abri, dans le creux de nos cicatrices. Elles possèdent le goût de la glaise fraîchement retrouvée et le bruit de la pelle qui heurte les cailloux. » « A crier dans les ruines » est un hymne à « Ces femmes qui se sont un peu éloignées de la Zone, à quelques kilomètres. Elles le font pour les enfants, dont elles serrent le visage et le corps de leurs bras totem. » Ce roman est le symbole de l'avant et de l'après apocalyptique. Où les fantômes de Tristan et Iseut, Héloise et Abelard, Solal et Ariane s'épanchent vers Léna et Ivan, parabole d'un XX ième siècle irradié à jamais. Lire « A crier dans les ruines » est une nécessité venue d'Ukraine. Un appel à témoins littéraires. Lire ces lignes si délicates et humbles c'est communier avec le mémoriel. Marcher dans les ruines et s'arrêter dans l'astre du silence le plus intense. Ce roman grave, engagé, sensoriel, bénéfique puissamment vivant est une espérance en devenir. Une ode à la patience. Un cri salutaire. Les illustrations de la première de couverture, d'Eléna Vieillard, si pavloviennes et fidèles au sceau de Vulcain, sont un enchantement. Publié par les Editions Aux forges de Vulcain , « A crier dans les ruines » est un premier roman, majeur , né depuis des millénaires.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
nicolashouguet
  24 juillet 2019
Le lyrisme incroyable de ce texte. Sa poésie, sa manière d'être habité. La manière aussi dont j'ai retrouvé l'Alexandra avec laquelle j'avais conversé si intensément... J'ai croisé beaucoup de gens imbus de leur culture, d'érudits qui se meuvent sur la pointe de leur vanité à coups de citations glorieuses pour masquer leur insignifiance. Elle est le contraire. Elle a l'antiquité qui s'écoule dans chaque souffle, dans chaque regard et dans chaque phrase, les mythes et leurs signes qui affleurent à chaque métaphore. Une manière de les incarner et de les maintenir comme des références vivantes qui m'a absolument émerveillé.
Ainsi, elle a écrit un chant homérique, une odyssée, quelque chose de classique, d'éternel, de délicieusement anachronique, pétri de tous ces codes qu'elle aime, de ces tournures élégantes comme des sonates, comme des poèmes, comme un chant de l'âme dans le style. Une atemporalité dans le ton, relié à l'éternité, que le présent tyrannique de nos sociétés instantanées n'ose plus que très rarement. Ce qui m'est resté de cette première lecture, c'est cela, l'envoûtement de cette musique où j'ai retrouvé l'élégance de mes livres d'adolescence. L'esprit forgé aux mêmes sources, le coeur vibrant des mêmes temples. On se retrouve ici comme à la naissance de la tragédie. Ce qui m'a effaré d'admiration c'est cela. Cette audace à ne sacrifier à aucun code putassier, pour coller à la mélodie de son âme, pour livrer un roman qui authentiquement lui ressemble. Il a sa voix. Et l'effet que fait sa présence quand on la connaît un peu.
Sans doute, beaucoup attendent Tchernobyl, son désastre, sa contamination, ses conséquences horribles. L'habituel sensationnalisme que les gros titres et les séries télé exaltent. Alexandra raconte une histoire d'amour shakespearienne, deux adolescents épris l'un de l'autre. Lena et Ivan. Elle est la fille d'un technicien de la centrale qui prend immédiatement l'ampleur de la catastrophe. Il décide soudainement de fuir loin de cet apocalypse. La jeune fille en a le coeur brisé. Cette histoire sera celle de son déracinement. de cette assimilation douloureuse à la France, loin de son pays martyr. Les jeunes gens s'écrivent. Les lettres ne leur parviennent pas. le temps passe. Elle découvre la culture, les livres qui lui disent qui elle est. Il continue de lui écrire, de loin en loin, jusque dans l'amertume d'un oubli supposé et d'un retour impossible. Jamais pourtant le souvenir et la pureté du lien fondateur qui les unit ne s'efface.
Et la tragédie de Tchernobyl résonne dans leur intimité. Dans leur monde. Partout, comme le cataclysme qu'elle est et qui figea Pripiat, la ville voisine de la centrale nucléaire. Alexandra commence son récit par un retour vers la zone interdite. Vers l'enfance. Vers une innocence perdue. Vers cet amour interrompu mais jamais effacé dans la distance, figé comme cette grand roue étrange, installée la veille de la catastrophe. Cet amour qui est finalement la seule continuité de sa vie, son fil d'Ariane. Elle revient comme Orphée, en quête de celui dont elle est endeuillée. Sa vie est passée comme un songe, vite, alors qu'elle s'est arrêtée là. Au moment de son arrachement. Elle entend à nouveau cette langue qu'elle ne sait plus parler et qui étend son regret sur ces silences. l'absence d'Ivan dont parfois elle a traqué le souvenir dans d'autres bras. Elle revisite sa mémoire amputée. Cet oubli de soi dont on ne se remet jamais vraiment quand on a dû s'exiler.
La nostalgie. La fragilité des existences dont les certitudes peuvent être balayées du jour au lendemain. La violence des vies qu'on doit recommencer. L'exigence des avenirs qui réclament notre passé en offrande. La majesté de la nature où nous ne sommes que des ombres fugitives, des initiales gravées sur le tronc d'un arbre. Ce roman parle des forces qui nous dépassent et des divinités, des esprits et des Parques qui président encore à notre destinées. Il y a de la magie dans le regard d'Alexandra, qui sait encore comment convoquer dans ces mots le souffle antique des muses qu'elle aime.
Il y a ici la fièvre des grands romans russes, Anna Karénine bien-sûr, Gogol et Tourgueniev. La grandeur et la sensualité de Kundera. Les amours tourmentés écrits par les soeur Brontë. Il y a ici toutes ces réminiscences. Des romans que je n'ai pas lus depuis ma petite vingtaine et dont cette oeuvre m'a ramené les frissons. Une fresque à laquelle je ne m'attendais pas, une ampleur, une ambition à laquelle nos regards distraits ne sont plus accoutumés.
Mais cette symphonie sensible, érudite, poétique et harmonieuse m'a totalement enivré.
Il y a des livres qui, longtemps après qu'on les ait lus, continuent de vivre en nous, des personnages et des images qu'on a aimés comme des sortilèges.
Lien : http://www.nicolashouguet.co..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   16 juillet 2019
Souvent la dernière attention, un dernier geste ou regard n’est pas pris au sérieux. On ne sait jamais quand celui-ci arrive, personne n’y prend garde, l’instant glisse sur nous et s’échappe. Mais quand le dernier instant se fige, quand on sait qu’il portera le nom de dernier, alors l’instant revient et perfore l’inconscient. Si j’avais su…
Commenter  J’apprécie          30
JustAWordJustAWord   16 juillet 2019
Mais, souvent, les batailles tournent mal, les hommes meurent par milliers. Le cœur des femmes restées à l’arrière se déchire. Elles se lamentent sur leurs disparus. De leurs larmes tombées au sol, naît cette fleur : le coquelicot possède la force du cosaque, mais il suffit de le cueillir pour voir se faner ses pétales, comme ces visages chiffonnés d’avoir trop pleuré.
Commenter  J’apprécie          10
JustAWordJustAWord   16 juillet 2019
Les guerres éloignent les peuples, les légendes les rassemblent.
Commenter  J’apprécie          20
autres livres classés : tchernobylVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les Amants de la Littérature

Grâce à Shakespeare, ils sont certainement les plus célèbres, les plus appréciés et les plus ancrés dans les mémoires depuis des siècles...

Hercule Poirot & Miss Marple
Pyrame & Thisbé
Roméo & Juliette
Sherlock Holmes & John Watson

10 questions
3447 lecteurs ont répondu
Thèmes : amants , amour , littératureCréer un quiz sur ce livre