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Critiques sur Les patriotes (16)
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Kirzy
  25 septembre 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #23 °°°

Voilà un livre qui a du coffre et du coeur, empreint d'un souffle romanesque puissant qui nous emporte de Brooklyn au goulag soviétique, dans le sillon d'une famille juive américaine fracassée par l'histoire, sur trois générations, des années 1930 à 2008. On ne peut qu'être impressionné par l'ambition de cette saga familiale et historique, le premier roman d'une jeune auteure qui a mis neuf années à l'écrire.

Le tour de force est plus que réussi ! J'ai été emportée sur plus de 600 pages. Si la chronologie est quelque peu erratique dans les premiers chapitres, si la narration chorale surprend entre le « je » de la mère et la troisième personne pour le fils ainsi que le petit-fils, on prend vite ses marques dans ce yo-yo temporel et les aller-retours entre les Etats-Unis et l'URSS / Russie. Peu à peu, les intrigues convergent et se font écho. Les trois personnages principaux – la grand-mère, le fils, le petit-fils - sont très intéressants car en constante  évolution, en constante réflexion sur eux-même, en mouvement perpétuel.

Si les passages concernant le petit-fils dans la Russie actuelle m'ont moins intéressée, j'ai adoré suivre la passionnée Florence, jeune juive de Brooklyn. C'est elle qui initie la saga lorsqu'elle quitte New-York en 1934 à bord d'un bateau à vapeur en partance pour la Lettonie puis Magnitogorsk, la ville industrielle modèle de Staline. Elle refuse de se conformer à une société américaine capitaliste en pleine dépression économique. Elle refuse de rejoindre les rangs des indifférents ou des mécontents chroniques. Animée par un besoin irrépressible de découvrir le monde par elle-même et d'être aux premières loges de l'Histoire, l'URSS de Staline lui apparait l'endroit où il faut être pour impulser ce changement. Elle rêve de société sans classe, d'égalité entre les sexes, d'amour aussi. Forcément, les désillusions vont suivre.

Le talent de conteuse de l'auteure nous happe pour suivre Florence dans ses impossibles luttes contre la bureaucratie soviétique, contre les absurdités de la vie quotidienne sous un régime totalitaire, contre le fatalité de la mort programmée au Goulag, sanas que jamais elle ne renie la Révolution communiste. Il est tellement difficile de s'avouer que l'on s'est trompé quand on a tellement cru à des idéaux élevés et que la désillusion vous foudroie. C'est ce que son fils Julian / Ioulik va essayer de comprendre lorsqu'il entreprend de revenir en Russie lorsque le KGB ouvre ses archives jusque là secrètes.

J'ai été sidérée de découvrir comment des citoyens américains avaient été piégés en pleine terreur stalinienne, privés de leur passeport par un tour de passe-passe, avant d'être abandonné par le gouvernement américain.

En fait, tout est passionnant dans ce roman roche et foisonnant tant il pose des questions complexes – tout en se gardant d'y répondre, le lecteur est considéré comme suffisamment intelligent pour éviter tout discours moralisateur ou lourdaud - sur les idéaux et les compromis qui nous font les mettre de côté ; sur la loyauté à sa famille ou à ses convictions personnelles, il faut choisir quitte à faire de lourds sacrifices selon le choix fait ; sur l'identité dans la migration ; sur la filiation aussi avec notamment le personnage du fils, Julian / Ioulik dont l'enfance a été sacrifié par les choix idéologiques de sa mère, lui qui voit son fils prendre le même chemin de révolte que sa grand-mère. Et bien évidemment, lorsque toutes ces histoires intimes rejoignent la grande Histoire enchevêtrée des relations entre l'URSS/Russie et les Etats-Unis, avant la guerre froide, durant la Deuxième guerre mondiale, puis durant la Guerre froide jusqu'à aujourd'hui.

Définitivement passionnant.








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JIEMDE
  21 août 2019
Chez Albin Michel, Terres d'Amérique ambitionne de « dessiner une géographie littéraire forte et sensible à rebours des images toutes faites et des idées reçues sur l'Amérique » : pas de doute, Sana Krasikov y a bien toute sa place. Dans Les patriotes – traduit par Sarah Gurcel – elle nous embarque là où l'on ne s'y attend pas : dans une relecture passionnante et réfléchie de 75 ans de relations USA / URSS (puis Russie), à travers une saga familiale sur trois générations.

Fuyant dans les années 30, les relances incertaines de l'Amérique post-dépression de Roosevelt pour les promesses – encore plus aléatoires – de l'URSS post-révolution de Staline, Florence Fein se lance sur les traces de Sergueï, amour déclencheur de son exil. Des déserts glacés de l'est de la Russie avant de revenir à Moscou, sa petite histoire va traverser la grande (espoirs naïfs du collectivisme, chaos de la Seconde guerre mondiale, purges staliniennes, exils et camps…) et ébranler ses convictions, sans jamais totalement y renoncer.

Paradoxe et double peine, Florence une fois totalement intégrée au régime soviétique devra subir les soupçons liés à son américanité, l'antisémitisme latent là-bas comme ailleurs, tout en perdant un beau matin sa nationalité, devenant une de ces refuzniks abandonnés de tous. Des années plus tard dans la Russie Poutinienne, son fils Julian profite d'un séjour professionnel en Russie pour découvrir les archives enfin exhumées de l'ère stalinienne et à travers le dossier de sa mère, ce pan d'histoire familiale cachée.

Même si l'entrée dans le livre est un peu ardue, le temps de s'habituer au thème, on se laisse vite embarquer dans l'exercice de style réussi de Krasikov : alterner les narrations et les époques ; mélanger faits historiques -sans en faire un cours magistral ni étaler abusivement ses longues recherches- et saga romanesque ; décrire les petites horreurs du quotidien et les exterminations politiques sans tomber dans le pathos ni le sensationnalisme ; soigner son écriture tout en la gardant accessible pour mieux servir son sujet délicat…

Ça fonctionne, et ça fonctionne même plutôt bien, d'autant plus que Krasikov prend le parti de ne rien juger mais de laisser au contraire ouvertes la plupart des interrogations qu'elle suscite. Les tourments de Florence ne tournent-ils pas au syndrome de Stockholm, subissant les coups de ses bourreaux sans aller jusqu'à condamner leur idéologie ? le système corruptif des affaires dans la Russie d'aujourd'hui que découvre Julian n'est-elle pas la forme contemporaine de la société soviétique à deux vitesses d'antan ? Mais aussi comment les choix, entêtements, combats, convictions de Florence ont-ils influé sur la vie de son fils ? Et Julian peut-il interrompre la reproduction d'un tel schéma avec son propre fils ?

Autant de questions qui font de ce livre une lecture riche donc, de celles dont on se souvient.
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Eroblin
  05 octobre 2019
Il ne m'a pas été facile de lire ce roman de près de 600 pages qui parcourt plus de soixante-dix ans de l'histoire d'une famille piégée en quelque sorte en URSS. L'auteur a choisi d'alterner les chapitres qui suivent les pérégrinations de Florence Fein à partir du moment où elle débarque en URSS en 1935 et ceux qui voient son fils revenir en Russie en 2008 pour un voyage d'affaires. On a deux histoires : celle de Florence venue en URSS pour retrouver un homme et persuadée que la vie est meilleure sous le ciel communiste. Et celle de son fils, qui vient pour négocier des contrats avec des hommes d'affaires russes qui ressemblent plus à des gangsters d'ailleurs, et éventuellement, obtenir le dossier de sa mère qui dort dans les archives du KGB. Quelle que soit l'époque d'ailleurs, on se dit que vivre dans ce pays relève de la gageure, il ne fait pas bon d'être étranger là-bas, on a l'impression qu'on va se faire embarquer à tout moment et finir dans une cellule.
J'avoue que j'ai eu du mal à comprendre et à m'intéresser aux tractations commerciales entre Julian et les russes, j'ai bien saisi le côté tortueux et illégal de l'affaire mais j'ai trouvé que cela prenait trop de place dans le roman. J'ai préféré, et de loin, tous les chapitres consacrés à sa mère qui a eu cette idée folle de quitter les USA pour l'URSS. Non seulement, elle va de désillusions en désillusions, mais bientôt elle se retrouve prisonnière de ce pays quand une fonctionnaire zélée, lui confisque son passeport, pour lui redonner à la place un pauvre papier stipulant seulement qu'elle est une étrangère. Ce qui la rend suspecte d'autant plus qu'elle essaie un jour de rentrer dans l'ambassade américaine sans succès d'ailleurs, car les USA ne veulent plus entendre parler de ces compatriotes ayant fait de mauvais choix. La Grande Guerre patriotique lui permettra paradoxalement d'être à l'abri mais, avec la Guerre froide, et la paranoïa galopante de Staline, elle est arrêtée et envoyée dans le fin fond de la Sibérie couper des arbres. C'est son fils, qui des années plus tard, comprendra comment elle a pu sortir vivante de cet enfer. J'ai eu du mal en tout cas à éprouver de l'empathie pour ce personnage féminin dur et entêté et dont les actes ne sont pas sans conséquences pour ses proches. Un roman fleuve que j'ai bien aimé. Mais pas un coup de coeur.
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missmolko1
  26 juin 2019
Grosse déception avec ce roman que j'avais pris pour une saga familiale passionnante entre les USA et URSS / Russie d'aujourd'hui, enfin c'est du moins ce que j'en avais déduit en lisant le résumé de la quatrième de couverture.

En fait, il n'en est rien, le début de cette lecture est vraiment laborieux et je n'y arrive plus. Je choisis donc d'abandonner ce roman au bout de 150 pages. Abandonner un roman, c'est quelque chose que je n'aime pas, j'aime donner une chance à une lecture mais ici rien ne me plais :
Le rythme est lent, l'écriture sans transition et complètement décousue, les personnages ne sont pas attachants, le roman ne démarre pas car à chaque fois qu'il se passe quelque chose, l'auteure arrive avec un nouveau paragraphe qui parle d'un flashback ou d'un autre personnage et l'on perd complètement le fil de l'intrigue. Dommage !
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5Arabella
  12 octobre 2019
Il s'agit d'une immense fresque, se déroulant sur trois quart de siècle, entre les USA et ce qui était l'URSS et ce qui est redevenu la Russie. Nous suivons les destinées de Florence, depuis le début des années 30 du siècle dernier. Fille d'immigré juifs originaires de Russie, elle fait des brillantes études de mathématiques, mais travailler, surtout pour une femme, est difficile pendant la grande dépression. Elle trouve un peu par hasard, un peu grâce à sa maîtrise du russe, un emploi dans un organisme soviétique, organisant l'import de technologies américaines, et tombe amoureuse d'un ingénieur en visite. Pour le retrouver, pour fuir le carcan de la vie familiale étriquée, par idéalisme et envie de participer à quelque chose qui lui paraît être l'avenir, elle décide de partir pour l'URSS. Elle va découvrir progressivement la réalité du régime, mais le piège s'est refermée sur elle, et elle ne peut plus quitter le pays. Elle va donc vivre toute l'histoire soviétique, jusqu'au début des années 80, où elle finira par rentrer chez elle, avec son fils et ses petits enfants. Elle est le personnage principal du livre, mais à son destin se mêlent les voix de son fils, Julian, et de son petit fils Lenny. Tous les deux nés en URSS, n'arrivent pas d'une certaine façon de s'en détacher : Julian travaille pour une société qui l'y envoie régulièrement et Lenny s'y est même réinstallé. Cela permet d'avoir un aperçu des transformations et de l'histoire plus récente, jusqu'en 2008.

Le petit résumé ci-dessus montre à quel point le livre est ambitieux : il s'agit de balayer l'histoire sur une immense période, et d'aborder tous les incontournables : les purges staliniennes, la seconde guerre mondiale, le complot des blouses blanches et les répressions contre les juifs, le goulag, les transformations des années 80, le fonctionnement mafieux de l'actuelle Russie...Et comme fil rouge, une thématique moins connue, celle des Américains (et plus largement des Occidentaux) venus en URSS et empêchés d'en sortir. Tout cela grâce au destin d'une famille. La construction que entremêle les époques et les différents personnages est très sophistiquée, et permet de maintenir la curiosité du lecteur en permanent éveil : un petit détail lâché ici ou là, nous fait nous interroger sur ce qui s'est vraiment passé à un autre moment, et nous attendons avec impatience d'en savoir plus. C'est très maîtrisé, et cela rend le livre très passionnant à suivre.

J'avoue avoir embarqué quasiment sans restriction au départ, et avoir pris du plaisir à lire ce livre efficace et très bien fait. Mais au fur et à mesure, j'ai commencé à le trouver peut-être un peu trop efficace justement, sans le petit plus personnel réellement inspiré, qui en ferait quelque chose d'exceptionnel. La fin, un peu trop optimiste et volontaire, ne m'a pas non plus convaincue. Voir des personnages tenir tête et d'une certaine façon obtenir gain de cause face aux sbires du NKVD (l'ancêtre du KGB) et de la mafia russe actuelle, est certes réconfortant mais pas très réaliste à mon sens. Je suis donc un peu mitigée : incontestablement un livre bien fait et dans l'ensemble qui se lit très bien, mais qui n'échappe pas à quelques facilités. Sur les sujets abordés dans ce roman, il y a, me semble-t-il des oeuvres plus essentielles, même si peut être plus complexes à appréhender. A réserver surtout à ceux qui connaissent moins le contexte, et/ou qui privilégient le romanesque pour mieux découvrir une époque historique.
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kathel
  21 août 2019
J'avais beaucoup aimé L'an prochain à Tbilissi, le recueil de nouvelles de Sana Krasikov, aussi n'ai-je pas hésité à postuler pour lire ce premier roman, sur lequel l'auteure a travaillé une dizaine d'années, et qui n'est pas autobiographique, mais inspiré par la vie de certaines de ses connaissances.
Dans les années 30, Florence Fein, jeune juive idéaliste parlant russe, travaille pour le gouvernement américain en tant qu'interprète. Une histoire d'amour, ainsi que l'image idéalisée qu'elle se fait de l'URSS, la poussent à quitter sa famille, et partir d'abord à Moscou puis à Magnitogorsk, une ville minière éloignée de tout. Elle va rester en Union Soviétique. Malgré les difficultés, la répression, elle semble ne jamais avoir perdu de vue cette image idéale, même lorsque son entourage la pousse à retourner aux États-Unis, bien des années plus tard. En 2008, son fils Julian, qui conçoit des navires brise-glaces, doit se rendre à Moscou pour des négociations qui s'annoncent compliquées.
Il m'a été utile au début d'écrire une petite chronologie des faits, parce qu'entre 1934 et 2008, il se passe beaucoup de choses dans cette famille, un certain nombre de départs et de retours, et le roman fait aussi des allers et retours, mais finalement, avec les dates en début de chapitres (sous forme de visas, c'est original et amusant), il n'est pas compliqué de s'y retrouver.
J'ajoute qu'un roman qui laisse des questions en suspens dès les premières pages, j'aime vraiment ça, à condition que le rythme suive, et c'est ici le cas.

Roman imposant sans être compliqué, il se singularise par ses narrateurs différents. Julian exprime lui-même ses tribulations dans la Russie de Poutine, et Florence est racontée à la troisième personne, sans que cela la rende plus lointaine, mais au contraire lui donne un vrai statut d'héroïne romanesque, embourbée dans l'Union soviétique stalinienne. La Florence que son fils a connue (retrouvée, en réalité, mais c'est une partie de l'histoire qu'il vaut mieux ne pas dévoiler) n'a jamais renoncé à défendre ses idéaux de jeunesse, et n'a jamais non plus répondu à nombre de questions que Julian se posait. Aussi montre-t-il un grand intérêt pour le dossier du KGB de sa mère qu'il va pouvoir enfin consulter. Florence serait à elle seule un superbe personnage de roman, du genre qu'on n'oublie pas, mais avoir ajouté les histoires de son fils et son petit-fils prolonge largement l'intérêt, et fait réfléchir aux répercussions de certains choix radicaux, sur les générations suivantes.

J'ai beaucoup aimé également les portraits des personnages secondaires, souvent acides, et tracés en quelques mots bien choisis, j'y ai retrouvé l'art des descriptions déployé par l'auteure dans ses nouvelles.
Le roman permet aussi d'aborder des aspects historiques passionnants, et que je ne connaissais pas, je l'avoue : l'abandon par leur propre gouvernement de milliers de juifs américains installés en URSS, et, plus tard, la répression stalinienne contre le Comité antifasciste juif, et la « Nuit des poètes assassinés ».
Cette lecture qui m'a enchantée devrait plaire, me semble-t-il, à ceux qui ont aimé Nathan Hill et ses Fantômes du vieux pays et, comme pour ce roman, vous allez peut-être le laisser passer maintenant, trop de sollicitations, trop de tentations, et tout, et tout, mais vous y reviendrez plus tard, je n'en doute pas !
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MadameTapioca
  30 août 2019
Voici le livre de la rentrée littéraire pour ceux qui aiment les fictions historiques et qui ont envie de découvrir une partie méconnue de l'histoire des relations américano-soviétiques, celle de milliers d'américains abandonnés par leur patrie au coeur de la terreur stalinienne.

1930, alors que les Etats-Unis traversent la Grande Dépression, Florence Fein, jeune américaine juive, décide de rejoindre la Russie. Un départ motivé à la fois par l'amour et par l'idéalisme de la jeune femme qui pense trouver là-bas un pays libre dans lequel tout est possible.
Comme tant d'autres ont quitté la vieille Europe pour le rêve américain, Florence fait le voyage à l'envers. Son Eldorado à elle c'est la Russie communiste.
Des années plus tard, son fils Julian reviendra vivre au Etats-Unis et apprenant l'ouverture des archives du KGB, tentera de de reconstituer le parcours de Florence.

Couvrant trois générations, ce premier roman est une évocation fascinante des années de guerre froide, racontée avec perspicacité et habileté.
En alternant les époques, les lieux et les perspectives de Florence et de Julian, « Les patriotes » est une lecture multi facettes: une histoire mère-fils, une histoire d'amour, une histoire de secret de famille, une histoire d'espionnage, une histoire sur ces deux pays liés dans une danse idéologique.
A la fois fois grande épopée à l'ancienne et roman d'idées contemporain, c'est le genre de roman totalement immersif que l'on a du mal à lâcher.

Traduit par Sarah Gurcel.
Merci au Picabo River Book Club pour cette lecture instructive et romanesque.
Lien : https://www.instagram.com/p/..
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florence0805
  26 août 2019
Dans ce premier roman magistral, Sana Krasikov construit une fresque historique extrêmement documentée sur la Russie des années 30 à nos jours et les rapports Est/Ouest, à travers 3 générations d'une même famille.
En 1934, l'Amérique est en pleine récession. Florence Fein, fille de Juifs originaires de l'Europe de l'Est, est une jeune femme romantique éprise de liberté, qui rêve de quitter Brooklyn. L'American Dream semble avoir disparu, au profit du Soviet Dream parmi les étudiants militants qu'elle fréquente. Marquée également par sa rencontre avec un bel ingénieur Russe, Florence décide d'embarquer pour la toute jeune URSS, où elle pourra, lui semble-t-il, participer à bâtir un monde nouveau. Après un séjour dans l'Oural Florence se retrouve à Moscou, où elle va vivre une cinquantaine d'années, de plus en plus privée des libertés qu'elle semblait chérir…
A travers le prisme de la vie de Florence, l'auteure retrace toute l'histoire de l'URSS vue du quotidien d'une Refuznik : l'idéalisme des premières années (pleine de foi dans ce monde nouveau, Florence accepte avec enthousiasme la vie en appartement communautaire), la mise en place progressive de la terreur stalinienne, l'antisémitisme, les purges, les procès truqués, les exécutions sommaires, les dénonciations, les arrestations, la torture, les camps de travail en Sibérie… Paradoxalement, Florence met du temps à déchanter face à un régime qui se révèle loin de ses idéaux ; lorsqu'elle prend conscience des excès du régime et de la disparition de toute liberté individuelle, il est trop tard : son passeport lui est confisqué, tout visa de sortie refusé. La nationalité soviétique lui est attribuée : elle est alors déchue de sa nationalité américaine par les Etats-Unis, tout retour est impossible.
Dans les années 70, Julian, le fils de Florence, voit son avenir universitaire bouché par les quotas imposés aux juifs. Il fait alors le chemin inverse de sa mère : il part aux Etats-Unis avec sa femme et ses enfants, mais peine à convaincre sa mère de les suivre : malgré les souffrances qu'elle a endurées, Florence est incapable de faire la moindre critique au régime soviétique.
En 2008, Julian revient à Moscou pour un voyage professionnel et tenter de convaincre son fils Lenny (qui a quitté les Etats-Unis pour venir vivre en Russie) de retourner en Amérique. A ce moment-là, les archives du KGB ont été ouvertes au public, ce qui permet à Julian d'élucider les zones d'ombre du passé de sa mère. Julian est en même temps aux prises avec la corruption de la Russie de Poutine et victime d'un chantage digne de la grande époque stalinienne ; il trouve dans le dossier de sa mère un moyen de se sortir dignement de sa situation.
D'un personnage l'autre, d'une époque à l'autre, la construction du roman n'est pas linéaire mais laisse le lecteur en tension. Ces voyages temporels confèrent une grande vivacité au récit, car on a hâte de savoir ce qu'il est advenu du personnage quitté précédemment. Sana Krasikov a parfaitement réussi la symbiose entre la grande et la petite histoire : la focalisation sur les trois héros du roman permet une description de l'intérieur du régime soviétique et de la Russie de Poutine. Les vérités historiques se mêlent habilement à ces histoires de vie : le roman est extrêmement documenté, mais les faits s'intègrent sans jamais donner lieu à des exposés d'historien. L'auteure se garde bien de porter un quelconque jugement sur les choix de ses personnages, souvent victimes d'un système qui les pousse au pire pour survivre et protéger leurs proches.
L'écriture du roman est très soignée et élégante, et parfaitement mise en valeur par la traduction de Sarah Gurcel.
Ce premier roman est une époustouflante fresque historique dont on peine à quitter les personnages.
Un grand merci à Terres d'Amérique – Albin Michel et au #PicaboRiverBookClub pour cette très belle découverte !

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La-page-qui-marque
  10 septembre 2019
Voici un livre qui figurera à coup sûr dans mes favoris de 2019 tant je me suis passionné pour ce roman au point d'en faire durer la lecture. C'est un roman qui parle des rapports entre l'URRS et les États-Unis, de la foi politique, du poids de l'histoire sur les destins ou encore des liens familiaux. Mais c'est aussi l'histoire d'une femme époustouflante, une héroïne infiniment romanesque et complexe comme on en rencontre rarement.

Florence Fein vit à New-York et ne trouve pas sa place au sein de la société des années 30 dans laquelle elle vit. C'est la grande dépression aux États-Unis. Florence parle le russe et pour cette raison travaille comme interprète auprès d'un groupe de Magnitogorsk, (une cité industrielle de l'Oural ) venu faire affaire aux États-Unis. Sous le charme des yeux sombres de l'un d'entre eux, Sergeï, et persuadée que la vie en Russie a plus de sens, elle décide de quitter son pays. Elle se convainc que l'avenir est là-bas tout en espérant retrouver son amant. Mais les choses seront plus complexes qu'elle ne le pensait et son propre pays finit même par se détourner de ses ressortissants. Elle connaîtra la promiscuité des appartements collectifs, les suspicions constantes entre voisins et le goulag. le roman alterne les époques et nous suivons aussi Julien son fils et Lenny son petit-fils. Julian, né en Russie, part pour les États-Unis dès qu'il en a la possibilité. Il fuir la politique des quotas de juifs qui l'empêche de progresser professionnellement. Lenny choisit quant à lui de repartir travailler en Russie dès qu'il a son diplôme. Malgré l'insistance de son père il refuse de revenir. A traverse ces trois générations, c'est un pan de l'histoire de la Russie qui nous est brossé et les liens complexes et ambigus entre les deux pays.

C'est un vaste roman dans lequel les destins des personnages sont les proies des vicissitudes de l'histoire. Les chapitres alternent entre plusieurs temporalités et plusieurs générations de manière irrégulière pour mieux faire se répondre les époques. C'est à la fois un roman historique, un thriller, une saga familiale. Ce qui immerge très vite le lecteur dans le récit, c'est la très grande puissance romanesque de ce livre.

Les passages racontant l'histoire de Florence sont à la seconde personne alors que ceux dans lesquels Julian est adulte sont à la première personne. le fait qu'il soit narrateur lui donne une place particulière. Il est le lien entre deux mondes, pas si éloignés finalement. Il est seul à ne pas adhérer à l'idéologie soviétique, à ne pas être attiré par l'idéologie. Il a perdu son père et était privé de sa mère pendant bien trop longtemps à cause du régime et cela le rend plus méfiant. Mais ses traumatismes d'enfance l'aveuglent néanmoins sur les motivations de sa mère et sur ce qu'a pu être le régime soviétique pour beaucoup à une époque. Il s'est construit en rejet de celui-ci, tout en continuant à travailler dans le pétrole, un domaine où la Russie et les États-Unis ont beaucoup de contacts. Aveugle, il l'est aussi au sujet de son fils qu'il n'arrive pas réellement à comprendre et qu'il blesse sans le vouloir. Il retourne en Russie pour tenter de faire revenir son fils, mais aussi pour chercher la réponse à une question qui le taraude depuis longtemps : pourquoi après que son mari a été tué et elle emprisonnée pendant huit ans, Florence n'a pas quitté ce régime qui l'a détruite ?

Lenny veut croire lui qu'il est possible pour lui de faire sa vie en URSS et ferme les yeux sur pas mal de choses. Il a en lui une part de Florence, il porte son héritage. On découvre à travers son personnage une part du régime actuel ou les oligarques ont la main sur tout et peuvent faire emprisonner leurs opposants.

Mais le personnage le plus fort est celui de Florence. Il m'est rarement arrivé de découvrir une figure de cette ampleur. Elle est pleine de contradictions, de bassesses mais aussi de grandeurs et d'idéalisme. Elle embrasse son époque avec une détermination teintée de naïveté très touchante. C'est une personne entière. Malgré les humiliations, les privations, les désillusions, elle reste fidèle à ce qu'elle est, au risque de se nuire à elle même. Ce n'est que diminuée physiquement, à la fin de sa vie, qu'elle accepte de renoncer. Elle est victime d'une forme d'emprise même si elle en est en partie consciente. Il y a une grande dissonance cognitive en elle, à l'image de la société soviétique de l'époque. Avec elle on comprend comment des amies peuvent en venir à se dénoncer, des collègues à ne plus oser se parler. On découvre un système judiciaire absurde et glaçant.

Cette histoire est basée sur une histoire réelle. Des centaines d'américains venus comme Florence dans les années 3O en URSS ont été abandonnés par le régime américain. Ils se sont alors retrouvés livrés à la terreur stalinienne sans possibilité de retourner dans leur pays. L'autrice s'est inspiré de la mère d'un de ses amis pour construire le personnage de Florence. On y découvre aussi l'antisémitisme soviétique au lendemain de la guerre. La vision politique du régime n'est pas compatible avec la religion et les juifs venus se réfugier en URRS pendant la seconde guerre mondiale sont très vite stigmatisés. C'est un régime politique basé sur la suspicion où les héros d'un jour sont les ennemis du peuple de demain et où les purges s'enchaînent. Difficile donc pour les citoyens de connaitre le sens du vent. Tout le monde devient potentiellement coupable.

La question de la loyauté envers une cause et d'aveuglement est omniprésente dans le roman. L'autrice fait s'interroger Julian sur les mouvements de masse et sur les mécanismes mis en place pour que les hommes abandonnent leur liberté pour une cause. Cela questionne le militantisme et les limites. Les travaux du philosophe Eric Hoffer sont cités. Il a notamment écrit un texte, le vrai croyant, dans lequel il s'interroge sur les causes psychologiques du fanatisme de quelque nature qu'il soit. C'est à la lecture de ses écrits que Julian trouve, et nous donne, des clefs pour comprendre les choix de Florence.

C'est un très gros coup de coeur pour moi car j'ai trouvé dans ce roman des personnages inoubliables, une histoire passionnante et des questions stimulantes. Je vous en recommande très chaudement la lecture !
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gromit33
  21 août 2019
Merci infiniment à Léa de Picabo river book et l'éditeur : Albin Michel, Terres d'Amérique de m'avoir permis de lire ce texte, en avant-première.
Un livre ample qui couvre la vie d'une femme, Florence. de son départ des Etats Unis, à l'âge de 24 ans, dans les années 30, pour l'Union Soviétique, après avoir travaillé dans une agence américano-russe à l'installation de son petit-fils en Russie pour faire des affaires, de nos jours.
A travers sa vie et celle de son fils et petit-fils, l'auteure va nous raconter la vie en URSS, de 1930 à nos jours et de la relation des Etats Unis à l'empire russe. La grande Histoire, les relations diplomatiques, commerciales, économiques, idéologiques à travers la vie de personnages ordinaires.
Ample, parfois touffu (quelques longueurs avec des références techniques (sur les transports pétroliers) ...) on s'attache à ces différents personnages, que ce soit Florence la mère : jeune femme qui décide de quitter les Etats Unis, prend un bateau et va découvrir la société soviétique, sa vie sociale, professionnelle, sa vie amicale et amoureuse. Romanesque à souhait, car elle va tenter de retrouver un amant russe mais elle va vivre maritalement avec un autre exilé américain. Leur vie intime, sociale, leurs choix ou non choix, leurs convictions, leurs compromissions et surtout ce que la grand Histoire peut impliquer dans des vies intimes et des choix personnels. Comment on peut être entraîner dans la grande Histoire, malgré soi ou à cause de choix.
Implacable, ce livre romanesque décrit très bien la société russe et son évolution, des années 30 et de la révolution bolchevique à nos jours. L'auteure connaît très bien cette histoire et la relation entre les deux grandes puissances mondiales. A travers ces trois générations, l'auteure nous raconte aussi des faits historiques : l'exil d'américains qui partent vers l'Union soviétique car ils croient à cette nouvelle révolution, ces mêmes américains qui sont « séquestrés » par le pouvoir soviétique et abandonnés par le gouvernement américain (des pages terribles face au mur de l'ambassade américaine à Moscou et les queues qu'il faut faire pour essayer d'obtenir un papier face aux fonctionnaires russes), la répression stalinienne, le KGB et sa surveillance des populations (des pages terribles d'interrogations ou « simples rendez-vous clandestins »..), puis l'évolution de la société (le fils va pouvoir avoir accès aux archives et connaître un pan de la vie de ses parents), la société russe actuelle (négociations commerciales, fin de réunion dans des saunas…) par les métiers du fils et petit-fils.
Hasard des lectures et de mes sorties cinéma : deux films ont fait écho à ma lecture. le magnifique « une grande fille » de Kantemir Balagov (qui raconte la vie de deux jeunes femmes à Leningrad à la fin de la deuxième guerre mondiale et qui décrit très bien la vie dans les appartements communautaires (comme celui de Florence) et « ceux qui travaillent » sur le monde des affaires et du transport des marchandises en bateaux containers (métier du fils de Florence et milieu des affaires pour son petit-fils). En lecture, j'ai beaucoup pensé aussi au texte « Limonov » d'Emmanuel Carrère dont j'avais apprécié la lecture
https://www.babelio.com/livres/Carrere-Limonov/281239/critiques/290184
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