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Critique de Kirzy


Kirzy
  25 septembre 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #23 °°°

Voilà un livre qui a du coffre et du coeur, empreint d'un souffle romanesque puissant qui nous emporte de Brooklyn au goulag soviétique, dans le sillon d'une famille juive américaine fracassée par l'histoire, sur trois générations, des années 1930 à 2008. On ne peut qu'être impressionné par l'ambition de cette saga familiale et historique, le premier roman d'une jeune auteure qui a mis neuf années à l'écrire.

Le tour de force est plus que réussi ! J'ai été emportée sur plus de 600 pages. Si la chronologie est quelque peu erratique dans les premiers chapitres, si la narration chorale surprend entre le « je » de la mère et la troisième personne pour le fils ainsi que le petit-fils, on prend vite ses marques dans ce yo-yo temporel et les aller-retours entre les Etats-Unis et l'URSS / Russie. Peu à peu, les intrigues convergent et se font écho. Les trois personnages principaux – la grand-mère, le fils, le petit-fils - sont très intéressants car en constante  évolution, en constante réflexion sur eux-même, en mouvement perpétuel.

Si les passages concernant le petit-fils dans la Russie actuelle m'ont moins intéressée, j'ai adoré suivre la passionnée Florence, jeune juive de Brooklyn. C'est elle qui initie la saga lorsqu'elle quitte New-York en 1934 à bord d'un bateau à vapeur en partance pour la Lettonie puis Magnitogorsk, la ville industrielle modèle de Staline. Elle refuse de se conformer à une société américaine capitaliste en pleine dépression économique. Elle refuse de rejoindre les rangs des indifférents ou des mécontents chroniques. Animée par un besoin irrépressible de découvrir le monde par elle-même et d'être aux premières loges de l'Histoire, l'URSS de Staline lui apparait l'endroit où il faut être pour impulser ce changement. Elle rêve de société sans classe, d'égalité entre les sexes, d'amour aussi. Forcément, les désillusions vont suivre.

Le talent de conteuse de l'auteure nous happe pour suivre Florence dans ses impossibles luttes contre la bureaucratie soviétique, contre les absurdités de la vie quotidienne sous un régime totalitaire, contre le fatalité de la mort programmée au Goulag, sanas que jamais elle ne renie la Révolution communiste. Il est tellement difficile de s'avouer que l'on s'est trompé quand on a tellement cru à des idéaux élevés et que la désillusion vous foudroie. C'est ce que son fils Julian / Ioulik va essayer de comprendre lorsqu'il entreprend de revenir en Russie lorsque le KGB ouvre ses archives jusque là secrètes.

J'ai été sidérée de découvrir comment des citoyens américains avaient été piégés en pleine terreur stalinienne, privés de leur passeport par un tour de passe-passe, avant d'être abandonné par le gouvernement américain.

En fait, tout est passionnant dans ce roman roche et foisonnant tant il pose des questions complexes – tout en se gardant d'y répondre, le lecteur est considéré comme suffisamment intelligent pour éviter tout discours moralisateur ou lourdaud - sur les idéaux et les compromis qui nous font les mettre de côté ; sur la loyauté à sa famille ou à ses convictions personnelles, il faut choisir quitte à faire de lourds sacrifices selon le choix fait ; sur l'identité dans la migration ; sur la filiation aussi avec notamment le personnage du fils, Julian / Ioulik dont l'enfance a été sacrifié par les choix idéologiques de sa mère, lui qui voit son fils prendre le même chemin de révolte que sa grand-mère. Et bien évidemment, lorsque toutes ces histoires intimes rejoignent la grande Histoire enchevêtrée des relations entre l'URSS/Russie et les Etats-Unis, avant la guerre froide, durant la Deuxième guerre mondiale, puis durant la Guerre froide jusqu'à aujourd'hui.

Définitivement passionnant.








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