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EAN : 9782714481696
Éditeur : Belfond (22/08/2019)
4.15/5   364 notes
Résumé :
Une poignée de douleur et de chagrin suffit pour trahir, et une seule étoile scintillant dans la nuit pour qu'un peu de lumière brille par intermittence dans toute cette horreur.

Dans la lignée des Bienveillantes de Jonathan Littell ou de Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Márquez, un roman hors normes, une fresque exubérante et tragique, pleine de passion, de sang et de larmes, qui retrace tout un pan du XXe siècle, de Riga a Tel Aviv en passant ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
4,15

sur 364 notes

palamede
  15 octobre 2019
Nous sommes en 1970 dans un hôpital de Munich. Contraint de l'écouter après qu'il l'a menacé, un jeune hippie découvre l'histoire de son voisin de chambre Koja Solm, un vieil homme au passé chargé.
Solm explique avec ironie et sarcasmes comment il est passé des services secrets dans sa ville natale de Riga aux Einsatzgruppen (escadrons de la mort) en Pologne. Comment, presque à son corps défendant, il est devenu un parfait nazi : « De mon côté, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je devins un bon nazi. Je ne m'en rendis même pas compte. Nombre d'entre nous en firent autant, presque à leur insu, car devenir un bon nazi était comme devenir un bon chrétien. Les bons nazis étaient une évidence. Il n'y en avait pas d'autres, et les choses se faisaient d'elles-mêmes. »
La suite Solm la raconte avec la même dérision : après la guerre, il s'est mué en agent double ou triple du KGB, du BND, de la CIA et même du Mossad, comme si son passé de criminel de guerre n'avait aucune importance, lui donnait même une valeur irremplaçable. Mais l'histoire de Koja Solm, par delà celles de son pays et de sa famille, des aristocrates germano-baltes de Lettonie (à partir de la révolution russe de 1905, un pays qui connut toutes sortes de tourments), est aussi une douloureuse histoire d'amour, celle de son frère et la sienne avec leur soeur adoptive, une femme belle, déterminée et... juive.
L'humour ne diminue en rien, bien au contraire, l'épouvante et l'aberration des faits historiques relatés dans ce remarquable roman fleuve de 900 pages. Car si Chris Kraus nous émeut parfois, et nous amuse souvent d'une raillerie irrésistible c'est, à n'en pas douter, pour mieux nous imprégner inoubliablement de ce que le XXe siècle en Europe a eu de plus dramatique et révoltant. Ce que Hannah Arendt a qualifié de banalité du mal...
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HordeduContrevent
  13 février 2021
La Fabrique des salauds est le genre de livre que j'ai eu du mal à poser, que je ne cessais d'avoir avec moi, pour le continuer, ne serait-ce que cinq minutes, en pause, en pleine nuit, sous la douche (Ah si j'avais pu). Ce genre de livres qui vous fait oublier l'heure, vous donne de petits cernes de plaisir. Ce genre de livre qui vous suit la journée, auquel vous pensez et que vous avez hâte de retrouver. Et le plaisir dure car ce livre fait plus de 1100 pages.
Pourtant le thème n'est pas des plus joyeux. Il parle de la façon dont un homme, Koja, est entré dans le nazisme, la façon dont il a pris part, et quelle part, à cette machine effroyable, à ses hautes responsabilités dans le mouvement. Puis à sa reconversion après la guerre. Chris Kraus, auteur allemand faut-il le souligner, a choisi la forme de la fresque sur une cinquantaine d'année, allant de l'enfance de Koja en Lettonie jusqu'à son hospitalisation à plus de soixante ans, une balle étant logée dans sa tête.
Le livre débute par ses aveux dans cette chambre d'hôpital à son voisin de chambre. Nous sommes dans les années 70 et le voisin de chambre est un doux rêveur, un hippie, qui souhaite connaitre l'histoire de cet homme, cet homme un peu âgé qui lui semble si formidable. L'enthousiasme exagéré et la bonne humeur presque obséquieuse de cette adepte du Peace and Love auront raison de Koja, qui décide donc, d'abord exaspéré puis déterminé, de lui raconter sa vie, toute sa vie, sans l'épargner, sans lui mentir. Avec sarcasmes.
Et nous voilà embarqués dans une épopée à la fois sombre et lumineuse où s'entremêlent l'histoire de la Lettonie (j'ai appris plein de choses à ce sujet, ignorante que j'étais), l'enfance pittoresque de Koja marquée puis bercée par l'image héroïque du grand-père, un ecclésiastique tué sauvagement par les russes (un lancer de pomme de la part du patriarche étant à l'origine du début des hostilités...la pomme deviendra un fruit mythique et sacré dans la famille). Où se dessinent l'opposition entre les communistes et les nazis, l'arrivée de la IIGM, l'entrée de Koja dans ce mouvement nazi plus par opportunités que par convictions. Où se tissent et se détissent les liens entre ces deux frères, Koja et Hub, ainsi que leur soeur adoptive Ev. Viennent ensuite la défaite de l'Allemagne, l'emprisonnement et les tortures endurées qui s'en suivent. le camouflage et l'espionnage, voire le contre-espionnage, et même le contre-contre espionnage (agent double, agent triple, Koja n'a peur de rien) pour réintégrer la vie après la défaite en tant qu'ancien nazi, y compris en Israël.
Vous l'aurez compris, un entrelacement de faits historiques et de faits familiaux passionnés.
C'est tour à tour lumineux, effrayant, glaçant. Chris Kraus arrive à nous faire rire, oui rire, sourire, nous effrayer. Il met en branle l'ensemble des sentiments et c'est la raison pour laquelle ce livre, malgré son thème, est si attachant. L'humour est employé à la fois pour nous détendre, faire diversion … et pour mieux souligner l'ignominie, la cruauté, la bassesse de ce qui se trame. Nous faire rire pour mieux nous glacer. Il nous mène par le bout du nez, conquis et terrifiés. du grand art.
Les chapitres alternent entre les moments présents à l'hôpital où nous voyons un hippie peu à peu se décomposer, déprimer voire taper Koja, n'en pouvant plus de ce récit monstrueux aux antipodes de ses croyances et préceptes bouddhistes, et le passé épique de Koja dont les soubresauts se déploient avec allégresse, avec tristesse, avec effroi parfois.
Koja , que nous découvrons enfant, est attachant et nous n'avons de cesse de nous demander ce qu'il fait là, avec son uniforme, sa croix gammée, ses bottes. En espion russe. En juif reconverti. Comme s'il était déguisé. Comme si tout cela n'était pas sérieux.
Koja a suivi son frère au départ ne se doutant pas, semble-t-il, de ce qu'était vraiment le parti : « Autant le dire franchement : je m'étais fait avoir, et il n'y eut entre nous pas l'ombre d'une explication. Hub faisait comme si j'aurais dû savoir dès le départ que le « rassemblement de la jeunesse allemande » n'était qu'une couverture pour brader notre dignité ».
Puis Koja sait, il doute, mais l'influence et le pouvoir du grand frère sont plus forts, il est pieds et mains liés désormais : « Dans l'absolu, il avait un don pour présenter ce que nous faisions sous un jour exclusivement positif. Et chaque matin, il me regardait avec des yeux plus grands que le monde, alors que je ne sentais que de la poussière dans mes veines. Nous étions préposés aux grandes causes du national-socialisme, il en était convaincu et, parce que cela lui faisait plaisir, je le répétais après lui. »
Cela ne l'excuse pas. Ce contexte n'excuse en rien les atrocités menées. Malgré aussi l'amour, profond, l'amitié pure qu'il a su donner.
Koja attachant, Koja énervant, influençable, sans doute lâche. Koja épicurien, Koja artiste sensible. Koja fou amoureux au point de se compromettre encore et encore. Que ce "héros" m'aura donné du fil à retordre, éprouvant des sentiments sans cesse contradictoires à son égard !
Ev m'a terriblement émue. Maja, autre figure féminine, m'a bouleversée. Et petite Anna, si lumineuse…Les femmes sont la part d'humanité, le salut de Koja.
Cette fresque familiale et historique est magistrale. J'ai été émerveillée par le style et la façon si pittoresque de nous raconter cette vie happée par L Histoire. J'ai versé quelques larmes, j'ai ri, j'ai fermé les yeux de dégout. Une lecture qui chamboule, un coup de coeur indéniablement. Merci infiniment à Palmapède pour m'avoir incitée, via sa belle critique, à lire ce livre !


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BillDOE
  23 août 2020
C'est un monument de littérature dédiée à la nature humaine, le combat intérieur d'un homme écartelé entre le bien et le mal, une histoire où il n'y a pas de gagnant, juste des hommes ou des femmes égratignés, blessés, brisés par la vie.
Koja, Konstantin Solm, la soixantaine passée est dans une chambre d'hôpital qu'il partage avec Basti, Sebastian Mörle, hippie trentenaire fumeur de joints et aficionado du bon karma. Koja a une balle dans la tête et Basti un drain dans la boite crânienne qui permet à l'infirmière de lui extraire un liquide sirupeux en cas de crise.
Koja va raconter à Basti son histoire, celle de sa famille allemande en Lettonie, son grand-père, Grosspaping, pasteur de père en fils, noyé par les bolcheviques, son père Théo Johannes Ottokar Solm artiste peintre, sa mère Anna, élevée par son grand-père, le baron von Schilling, et son frère ainé, Hubsi, Hubert Solm, qui aura pour lui la bienveillance fraternelle et pas toujours opportune de veiller sur lui.
Il raconte son enfance, le jour où ses parents recueillent Ev, une orpheline qui deviendra leur soeur mais bien plus sous l'influence d'un contexte historique chaotique, la montée du nazisme et la seconde guerre mondiale.
« La fabrique des salauds » est la genèse de ces trois frères et soeur emportés par les remous de l'histoire, qui vont grandir au milieu d'un contexte politique compliqué, allemands dans la Lettonie du début du XXe siècle, confrontés à un communisme post révolutionnaire et un national-socialisme germanique montant.
Le roman de Chris Kraus raconte ce combat intérieur auquel se livre un individu lorsqu'il doit survivre dans une société en pleine crise, en pleine mutation. Ce qui peut apparaitre au début comme une option évidente s'avèrera au grès des évènements être la pire des ignominies. C'est un roman sur les choix que l'on fait, sur le libre arbitre, sur les décisions que l'on arrête et dont on ne maitrise pas les conséquences. Ce n'est qu'à la fin, lorsqu'il est trop tard, que l'on sait si l'on a fait ces bons choix. Alors, peut-on juger ces gens du peuple pour leurs actes de façon uniforme ? Certes non, car il y a ceux qui ont inventé cette haine et imposé leur cruauté à des millions d'innocents, mais il y a aussi ceux qui sous prétexte de la grandeur à leur pays, noble intention, ont par la force des choses basculés dans l'horreur et enfin ceux qui n'ont fait que suivre, impuissants mais néanmoins acteurs, voleurs à la sauvette de privilèges. L'histoire de chacun appartient à chacun, et les raisons qui l'ont animée aussi.
Ce roman fait la démonstration qu'il est difficile de juger, et bien sur impossible d'excuser, ces gens qui ont commis l'indicible, car ils n'ont fait que suivre le courant d'une histoire qu'une poignée de fous, les vrais responsables, ont écrite et imposée par la force. Il ouvre la boite de Pandore, celle qui renferme toutes nos petites ignominies étouffées, nos petites haines frustrées, le germe du meurtrier qui est en chacun de nous. Il est un miroir pour que nous réfléchissions à ce que nous aurions fait si nous avions été à la place d'un Koja ou d'un Hubsi.
La haine est un puit sans fond qui, lorsque l'on s'y penche, fascine. Elle a le pouvoir de régenter une vie.
« La fabrique des salauds » est un grand roman qu'il serait dommage d'ignorer. Certainement un ouvrage majeur, aussi puissant que « Les bienveillantes » de Jonathan Littell.
Traduction de Rose Labourie.
Editions Belfond, 10/18, 1100 pages.
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Labelettedusud
  30 septembre 2019
Dire que c'est un coup de coeur, ce serait indécent vu le sujet du roman.
Un coup de poing ? Certainement.
Un coup de maître ? Indéniablement.
Dans ma modeste vie de lectrice, je n'ai jamais rencontré un personnage qui m'ait inspiré autant de sentiments contradictoires : empathie et dégoût, attirance et répulsion, allégresse et abattement.
Cette curieuse alchimie, je la dois au talent de deux personnes. L'auteur, bien évidemment et j'y reviendrai. Mais aussi la traductrice, Rose Labourie. Elle a accompli un travail de réécriture exceptionnel. Tout au long de ces 880 pages, j'ai souvent pensé à elle. Bien que les phrases soient longues, elles ne sont jamais bancales et sont promptes à faire passer finement humour, cynisme et autres émotions. Les mots sont choisis avec soin, les métaphores sont très imagées et le style est soutenu sans être ampoulé.
Quant à Chris Kraus, à travers ce roman, il a voulu répondre à une question qui le taraude : comment la démocratie allemande actuelle a-t-elle pu se construire en dépit de l'intégration des anciens nazis ?
Le coup de génie de Chris Kraus, c'est d'inventer une saga qui couvre tout le vingtième siècle et raconte la vie d'une famille d'Allemands de Lettonie ayant appartenu au mouvement nazi pendant la seconde guerre mondiale.

Le coup de maître de Chris Kraus, c'est d'avoir choisi comme narrateur Konstantin Solm, LE lâche de la famille. C'est un esthète jovial, fainéant, égoïste, arrogant, devenu nazi « presque à son insu », « comme on prend une assurance-vie, simplement pour survivre ». Il ne veut pas faire de mal mais il devient le pire des salopards par amour pour les siens ou simplement par lâcheté. En réalité, sous ses airs de ne pas en avoir l'air, c'est un être totalement dépourvu de sens moral. Il est tellement persuadé qu'il est quelqu'un de bien qu'il va être recruté et utilisé par tous les services secrets du monde entier.
Il se retrouve à l'hôpital sur la fin de sa vie et décide de libérer sa conscience en se confiant à son voisin de chambre. Et c'est cette mise en abîme, cette distanciation, cette froideur par rapport aux faits racontés qui met le lecteur mal à l'aise, vous n'avez pas idée à quel point !
C'est un immense roman sur le dilemme moral, « l'ambivalence et la contradiction d'un personnage à la foi victime et bourreau ». Et comme tout roman hors du commun, le contenu est dense, les références historiques nombreuses mais la lecture est aisée car l'écriture est élégante.
Si vous vous sentez l'âme d'un marathonien de la lecture, que vous cherchez un roman différent sur la seconde guerre mondiale, passez de l'autre côté de l'Histoire pour voir comment on fabrique des salauds. Ce n'est pas beau à voir mais le voyage est fantasque, baroque, immoral et hautement instructif.

Lien : https://belettedusud.wixsite..
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Eve-Yeshe
  18 décembre 2019
L'histoire commence dans un hôpital : deux hommes partagent la même chambre, l'un atteint de fracture du crâne, avec en permanence une « soupape » pour drainer le liquide céphalorachidien pour éviter hypertension intracrânienne, hippie tout en cheveux, et l'autre, Koja, guère mieux loti car il a une balle dans le crâne impossible à extraire. Koja va raconter sa vie et celle de sa famille : épopée qui commence en 1905 pour s'achever autour de 1974.
On découvre ainsi la famille Solm, originaire de Riga. Lors des soulèvements de 1905, les bolchéviks s'en prennent à Großpaping le grand-père paternel, qui défend son église et périra noyé, assassiné par eux. Il a un fils artiste peintre qui a épousé la baronne won Schilling, qui a côtoyé le Tsar Nicolas II, au caractère bien trempé. Par opposition, le grand-père maternel est appelé Opapabaron.
De cette union naît Hubert, alias, Hub ou Hubsi pour les intimes, favorisé dès le départ : il est né le jour de l'assassinat de Großpaping donc béni des Dieux, surtout de sa mère. Ensuite vient Konstantin alias Koja auquel on fait comprendre que son aîné lui est nettement supérieur.
Enfin, Eva alias Ev' une petite fille fait son entrée, dans la famille Solm. Ses parents sont morts pendant les premières émeutes ou échauffourées de Riga. Elle est confiée, via la nounou, à la famille Solm qui finira par l'adopter sans savoir (pas sûr) qu'elle est juive.
Le décor est planté pour la famille que l'on va suivre de Riga, ville où alterne les règnes passagers des populistes de tout bord. de persécutant on devient persécuté et le cycle recommence.
Hub est séduit par le nazisme, travaille en sous-main pour développer des services secrets pro-allemands. Fasciné par Heydrich, il grimpe les échelons pour arriver tout en haut de la hiérarchie (je ne vais pas vous infliger tous les grades allemands aux noms plus imprononçables les uns que les autres !). Koja traîne des pieds mais suit, sinon son frère n'hésitera pas à la trucider.
Koja qui est un artiste comme son père, est arrivé premier au concours des Beaux-arts, mais n'ayant pas la bonne nationalité, il sera rejeté et se tournera vers l'architecture, tout en continuant à peindre. Il va raconter au disciple de Gandhi toute l'horreur de la montée du nazisme en Lettonie, les horreurs commises en son nom, puis les exécutions en masse de juifs, puis les camps. On va côtoyer toute la fine fleur de Heydrich à Himmler, y compris les rencontres avec le Führer…
Et Ev' dans tout cela ? Koja lui fait établir un parfait certificat d'aryanité, elle épouse un sbire du nazisme taré et violent, s'enrôle comme médecin au service du Reich et se fait engager… au camp d'Auschwitz en espérant s'occuper des prisonniers…
L'auteur décrit très bien les tentatives du Reich qui devait durer mille ans pour vaincre les russes, avec des opérations commandos pour tuer Staline, souvent délirantes, et Hub ne va pas hésiter à envoyer une amie russe de Koja , Maja, en URSS dans une opération qui ne peut que la détruire.
La haine entre les deux frères va loin, car Hub n'hésite pas à laisser Koja blessé sur place pendant la retraite. En fait, il a refusé d'être sauvé par son frère, préférant être arrêté par les Russes.
Tout aurait pu s'arrêter à la fin de la guerre et la mort de Hitler. Mais, après la guerre il faut reconstruire. Staline veille et manipule tout le monde. Koja va se retrouver prisonnier, victime de chantage par la Tcheka, le Kremlin devenant agent double, voir triple, car la création de l'état d'Israël va générer le Mossad…
J'ai adoré ce pavé car l'histoire de cette famille est passionnante, par les rivalités, entre les différents membres, la relation qu'entretiennent les deux frères avec Ev' dont ils sont amoureux tous les deux….
Mais surtout, j'ai appris beaucoup de choses sur la vie des anciens SS !!! je croyais naïvement qu'ils étaient partis à la CIA, en Amérique du Sud pour inspirer certains dictateurs ou ailleurs et en fait, pas du tout, ils ont été mis au service des renseignements allemands (ils étaient si doués, pourquoi se priver d'un tel talent ?
Et on parlait de rapprochement franco-allemand (de Gaulle- Adenauer entre autres… J'espère que le grand Charles ne se doutait de rien) de construire l'Europe… on comprend mieux la puissance des néo-nazis en Germanie, les théories et l'antisémitisme a dû être bien entretenu dans ces familles…
J'ai toujours été une Européenne convaincue, mais là, ma confiance en a pris un sacré coup.
Les relations entre notre Hippie, branché non-violence, avec un mélange de Bouddhisme et d'Hindouisme et Koja à la gâchette facile met un peu de douceur dans cette fresque qui résume les trois-quarts du XXe siècle…
Je me suis rendue compte que je ne connaissais que superficiellement l'histoire de l'Allemagne d'après-guerre, donc sujet à creuser, et je vais peut-être enfin pouvoir lire des livres sur Staline, ce que j'ai toujours reporté à plus tard car il me fait encore plus peur que Hitler.
C'est très difficile de parler d'un tel livre, sans en dire trop, sans radoter, et cette chronique m'a pris beaucoup de temps. C'est un uppercut ou un scud que j'ai reçu en pleine face.
Ce livre, dont le thème est vraiment très dur, m'a énormément plu. Chris Kraus a fait un travail extraordinaire. Parfois, la lecture a été difficile car il ne nous fait pas grâce des atrocités commises par les uns et les autres. C'est difficile de parler ainsi, mais ce roman est un vrai coup de coeur.
Le titre est on ne peut mieux choisi, la plume magnifique et la couverture est superbe.
Un immense merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m'ont permis de découvrir cette pépite et son auteur.
#Rentreelitteraire2019 #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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critiques presse (2)
LeSoir   16 septembre 2019
Cinéaste et romancier, traduit pour la première fois en français, l’Allemand Chris Kraus impressionne dans « La fabrique des salauds ».
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeMonde   22 août 2019
L’écrivain allemand Chris Kraus traverse le XXe siècle en compagnie d’un criminel nazi passant après-guerre au service de la RFA. Une épopée révoltante et un grand roman.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (182) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan   11 septembre 2021
La Pologne était un sanatorium géant. Un sanatorium de Polonais, voyez-vous ? Le pays devait être soigné, surtout de ceux qui y avaient vécu jusque-là. Et nous autres, Baltes, étions le sérum grâce auquel tout redeviendrait bon et blond.
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palamedepalamede   17 novembre 2019
Dès dix-neuf quarante-sept, l’organisation juive clandestine Hagana employa des centaines d’armes à feu en provenance des réserves du général Rommel, acheminées à dos de chameau par le Sinaï jusqu’en Palestine. 
Un an plus tard, juste avant le début de la guerre d’indépendance, les Israéliens achetèrent à Prague vingt-cinq des avions Messerschmitt fabriqués pour la Luftwaffe dans les usines Avia, recouvrirent les croix gammées d’étoiles de David et, dans la bonne tradition Messerschmitt, allèrent canarder les Spitfires ennemis (repeints à l’égyptienne). 
Durant les combats acharnés contre la Jordanie, la Syrie, le Liban et les royaumes d’Irak et d’Égypte, des MG42, qu’on appelait aussi « tronçonneuses de Hitler », furent importés en fraude du sud de la France jusqu’en Israël. 
Des pistolets Heckler & Koch furent fournis en masse par les familles de la mafia sicilienne. 
Chez des marchands de canons grecs, on trouva des MP40 en quantité non négligeable. 
En bref : les armes allemandes empêchèrent la défaite des forces israéliennes. 
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palamedepalamede   12 octobre 2019
 Je sortis docilement mon carnet de croquis de la poche de mon uniforme, pris un crayon et commençai par les yeux. Il faut toujours commencer par là : beaucoup de gens qui ne savent pas dessiner croient à tort qu’on peut commencer par les traits du visage ou par le nez, alors que c’est le début de la fin. Je dessinai des yeux de hyène, car Himmler avait un rire de hyène, un rire perçant qui s’arrêtait net. Il avait de minuscules dents, mais ces dernières allaient devoir attendre. Sous les yeux, je plaçai un groin, un beau groin de cochon, et sous le groin, une moustache, et sous la moustache, une gueule ouverte et toute tordue, comme un museau de vache, dont je fis sortir un peu de foin. Pas de menton pour Himmler, car il n’en avait pas, les oreilles devinrent celles d’un ouistiti, et pour finir, au moment de choisir la silhouette, après avoir hésité entre la carpe et l’hippopotame, je me décidai pour le bon vieux porc domestique, avec ses grosses bajoues. 
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palamedepalamede   23 octobre 2019
... dès la fondation de cet État, l’Allemagne se retrouva frappée de herem, un interdit rabbinique valable pour l’ensemble de la population, du nouveau-né au vieillard. Tout échange, tout commerce, toute relation avec l’Allemagne furent suspendus. La langue allemande, la musique allemande, l’importation de journaux allemands, de magazines allemands et de livres allemands, la mise en scène de pièces de théâtre allemandes, l’élevage de bergers allemands et jusqu’à la confection de gâteaux allemands furent prohibés en Israël ...  Et l’État défendait à tout Israélien de se rendre dans le pays proscrit, que ce soit pour un enterrement, pour une bar mitzwa, pour voir un proche malade ou même récupérer ses biens volés – aussi la phrase : « Valid to any country except Germany » était-elle tamponnée sur chaque passeport. 
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palamedepalamede   29 octobre 2019
... la capitale lettone n’était pas un creuset. Ni un lieu d’assimilation. Non, Riga n’était pas New York. Plutôt Le Cap. Ambiance apartheid. Les nationalités ne se mêlaient pas les unes aux autres. Chaque culture restait enfermée dans son kraal, fonctionnait en autogestion, avait ses propres députés à la Saeima, ses propres écoles, son propre club de sport, oui : il y avait un yacht-club letton, un yacht-club germano-balte et même un yacht-club juif. Les casquettes des écoliers n’étaient pas uniformisées, leur couleur dépendait des origines de leur propriétaire. Comme nous fréquentions l’école allemande, nous avions une casquette verte, les juifs une bleu clair, les Russes une bleu foncé, les Lettons une rouge foncé – rouge calville d’automne, d’après moi (la couleur de leur drapeau) –, et il y avait même des casquettes estoniennes et polonaises. 
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