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Yves Kobry (Traducteur)
EAN : 9782869306479
163 pages
Éditeur : Payot et Rivages (02/04/1993)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 9 notes)
Résumé :

Qu'est-ce qui, venant de Karl Kraus, m'a imprégné si profondément que Je ne suis plus en mesure de le dissocier de ma personne ? Il y a d'abord le sentiment de la responsabilité absolue. Elle m'apparaissait sous une forme qui confinait à l'obsession et tout ce qui n'y atteignait pas ne semblait pas mériter qu'on y consacrât une vie. Même aujourd'hui, cet exemple s'impose à moi avec une telle force que toutes les formulations ultérieures de la même exigen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
dbacquet
  21 décembre 2014
Dans la « littérature démolie » Karl Kraus évoque la transformation de Vienne en métropole moderne et l'imminente disparition du Café Griensteidl où régnait dans une atmosphère fin de siècle une grande effervescence intellectuelle. C'est cependant avec beaucoup d'ironie et, parfois même, des formules assassines, que Karl Kraus évoque les jeunes talents littéraires de cette époque auxquels il reproche une certaine affectation. Karl Kraus était passé maître dans une satire virulente, faisant feu de tout bois, pourfendant l'hypocrisie, mettant en relief l'absurdité de certaines situations, dénonçant la bassesse et la bêtise, avec une fougue et un brio qui médusaient ses lecteurs et son auditoire, comme le rappelle, dans sa préface, Elias Canetti.
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Christw
  09 novembre 2013
Karl Kraus est l'auteur d'une oeuvre abondante et un pamphlétaire hors pair. J'ai rédigé, il y a plus de deux ans, un compte-rendu sur "Monsieur Kraus et la politique", recueil de textes fictifs de G.M. Tavares qu'aurait pu écrire Kraus. Rivages Poche reprend ici quelques pamphlets des débuts de l'autrichien datés de 1896 à 1909.

En ouverture, un court essai de Elias Canetti examine la verve et l'efficacité des discours de Kraus: "il avait le don de condamner les gens en les faisant pour ainsi dire se condamner eux-mêmes". Avec "des phrases construites comme des forteresses cyclopéennes", il exécutait ses cibles et Vienne résonnait de la parole de l'orateur qui prenait à revers préjugés et conventions. Canetti explique comment il lui était intellectuellement assujetti – une dictature, écrit-il - avant d'apprendre à s'en détacher pour trouver sa propre voie, enrichie par l'apport de Kraus qui lui a appris la responsabilité et l'écoute véritable. "Il est donc bon de souhaiter des modèles forts", retient Canetti.
Trois textes ont retenu mon attention. le premier intitulé Littérature démolie s'en prend à l'avant-garde littéraire qui se réunit au Griensteidl, café notoire de Vienne. Il fallait un fameux culot à ce journaliste inconnu pour critiquer avec une telle virulence la pointe du monde littéraire viennois. Les caricatures sont sévères, et on constate que la fatuité de ces cénacles littéraires, fréquentés par des personnages en mal de renommée, n'ont pas perdu de leur actualité.
Autre diatribe virulente, "Une couronne pour Sion", à l'occasion du premier Congrès de Bâle en 1897. Surprenants propos à l'encontre des Juifs, inimaginables aujourd'hui, après le génocide nazi, la fondation de l'état d'Israël et une situation au Proche-Orient préoccupante. «Dehors vous les Juifs» et «Oui, partons nous les Juifs», deux tendances ghettoïdes qui, selon Kraus, font converger sionistes et antisémites à l'aube du 20ème siècle. Ce texte permet de restituer un climat nationaliste tendu afin de les mesurer à l'aune du futur connu.

Beaucoup plus amusante, l'histoire de cette dame qui, suspectée par un inspecteur d'être une prostituée, déclara, en guise de plaisanterie, être sous la protection de la brigade des moeurs. Vérification faite, elle n'était ni l'une ni l'autre. Elle fut cependant conduite devant le juge pour... fausse déclaration. Kraus faisait la chasse à l'hypocrisie sociale et aimait dénoncer ces travers de la justice. En Autriche toujours, une prostituée, vraie celle-là, fut accusée d'avoir arboré la Croix d'honneur du jubilé militaire dans le salon de son lupanar. L'indignation engendrée conduisit la fille devant un premier juge qui l'acquitta, arguant de la non-valeur de la décoration en question. Mais le procureur finit par obtenir une condamnation de 20 couronnes en second prononcé. Ainsi, une fille qui reçoit une décoration d'un client en guise de paiement pour ses services, ne pourra l'arborer qu'assortie de frais de justice. Et Kraus, ironisant sur une échelle des fautes pour les dames de petite vertu, termine : "la justice est une catin qui ne se laisse jamais gruger et prélève, même sur la pauvreté, le salaire de la honte." (La Croix d'honneur, 1909).

Après lecture des huit pamphlets, l'insistance sur la dénonciation de tout ce qui est nouveau — le progrès, la science, l'avant-garde littéraire — donne l'impression, à la longue, de propos systématiquement réactionnaires, sans nuance. Mais importent surtout le talent et la détermination du pourfendeur des faux-semblants que fut Kraus, mis au service d'un idéal humaniste et d'une vision prophétique du déclin de l'empire austro-hongrois.

Traduit et présenté par Yves Kobry.
Lien : http://www.christianwery.be/..
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wendling.f
  14 décembre 2011
critique journalistique contemporain de Freud, ses écrits savent faire mouche et étaient redoutés. On comprend très vite pourquoi quand on se plonge dans ce livre, véritable pamphlet sur son époque qui n'hésite pas à en dénoncer les travers et à désigner clairement ceux qu'ils visent. Un style écrit très impressionnant !
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
lanardlanard   26 mai 2013
Le 1er avril 1909, selon toute prévision humaine, die Fackel cessera de paraître.
(...)
Ni rechercher la réalité, ni la fuir, mais la recréer, la créer dans le temps où on la détruit. Comment pourrait-on satisfaire des cerveaux en y balayant deux fois pas jours les immondices du monde? Jamais le sentiment de supériorité d'un public n'est aussi fort que face à un auteur qu'il ne comprend pas; mais les commis, qui derrière un comptoir n'ont jamais fait leurs preuves, voilà les saints! Un Dieu a enlevé aux journalistes la souffrance pour ce qu'ils écrivent. Mais à moi on me refusera de laisser parler ma profonde amertume car une plume est au service des états d'âme du lecteur. Mes lecteurs sont comme ces Blancs qui lynchent un Nègre parce qu'il a accompli un acte naturel [Cf. supra aimer une femme blanche]. Je renonce solennellement à la race et préfère ne pas être lu, plutôt que par des gens qui me rendraient responsables de leur propre arriération. La race est en progrès. Qu'adviendra-t-il de moi? La presse intellectuelle encourage l'imbécillité du philistin et fait de la platitude un idéal; ainsi les conséquences de mon activité sont imprévisibles.
[in Apocalypse, 1909]
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lanardlanard   26 mai 2013
Car à cette époque j'ai vraiment fait l'expérience de ce que signifie vivre sous une dictature. J'en étais, de mon plein gré et loyalement, le partisan passionné et enthousiaste. Un ennemi de Karl Kraus était une créature abominable, immorale; et même si je n'entrepris pas ce que firent couramment les dictatures ultérieures: l'extermination de la prétendue vermine, j'avais pourtant - force m'est de la reconnaître à ma honte - oui, je ne puis m'exprimer autrement: moi aussi, j'avais mes "juifs", des hommes dont je détournais les yeux lorsque je les rencontrais dans les cafés dans la rue, que je ne daignais pas regarder, dont le destin ne me concernait pas, qui étaient pour moi des réprouvés, des proscrits dont le contact m'aurait souillé et que, le plus sérieusement du monde, je ne comptais plus au nombre des humains: les victimes et les ennemis de Karl Kraus.
|Elias Canetti in, "Karl Kraus, l'école de la résitance", 1965 « Warum ich nicht wie Karl Kraus schreibe »]
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stekasteka   01 avril 2013
Karl Kraus, École de résistance d' Elias Canetti
Au printemps de 1924 -- je n'étais rentré à Vienne que depuis quelques semaines -- des amis m’emmenèrent pour la première fois à une soirée de lecture de Karl Kraus.
La grande salle du Konzerthaus était bondée. J'étais assis tout au fond et ne pouvait voir grand-chose à cette distance : un petit homme plutôt chétif, légèrement penché en avant, avec un visage effilé d'une vivacité inquiétante et qui me dérouta; c'était le visage d'une créature inconnue, d'un animal que je découvrais, mais je n'aurais pu dire lequel.
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stekasteka   03 février 2015
Cet impressionnisme de surface, auquel s'adonnait ce flâneur critique touchait par ce côté bien-de-chez-nous; le manque d'humour, qui dissimulait une étrange absence de point de vue.
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lanardlanard   26 mai 2013
Le monde des lois dont le magicien était Karl Krauss, le "magicien courroucé" à la "voix de cristal" - ces mots sont de Trakl - réunissait deux sphères qui ne paraissaient pas toujours aussi étroitement liées - celle de la morale et celle de la littérature. Peut-être rien n'était-il aussi nécessaire que cet amalgame, dans le chaos intellectuel qui succéda à la Première Guerre mondiale.
Quels étaient les moyens dont disposait Kraus pour produire ces effets? Je n'en citerai aujourd'hui que les deux principaux: la littéralité et l'indignation.
[Elias Canetti, in "Karl Kraus, école de la résitance", 1965 « Warum ich nicht wie Karl Kraus schreibe »]
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Video de Karl Kraus (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Karl Kraus
Le 15.10.2018, Jacques Munier évoquait dans le Journal des idées ?Karl Kraus?, de Walter Benjamin.
Dans la catégorie : Essais, témoignagesVoir plus
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