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ISBN : 1092159126
Éditeur : Tusitala Editions (15/09/2017)

Note moyenne : 4.33/5 (sur 3 notes)
Résumé :
"Ce dont ma famille voulait être protégée, ce dont elle voulait que je la protège, c'était des gens comme moi."
Lorsque M. et Mme Pike rentrent du travail, ils découvrent leur maison saccagée. Leur fils Billy, l'ancien délinquant, le quadragénaire naufragé qui n'a pas vu sa famille depuis des années, se retrouve à devoir veiller sur ses parents traumatisés. Et à affronter la ville qui l'a vu basculer.
Partant de cette inquiétante histoire d'effraction... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
encoredunoir
  12 septembre 2017
Une fois de plus les éditions Tusitala se distinguent avec la parution d'un roman noir aussi original que beau.
Original, au sens premier du terme, parce que le roman de Richard Krawiec contant le retour de Billy Pike dans sa ville d'origine après que ses parents ont été cambriolés, écrit à la fin des années quatre-vingts n'a jamais trouvé d'éditeur américain, les services commerciaux des maisons d'éditions se trouvant incapables, ainsi que l'explique Krawiec dans la préface de son roman, d'imaginer qu'un quelconque public puisse avoir envie de lire ce genre de livre. Car, comme le dit un ami de l'auteur : « Je sais que les pauvres existent, mais je n'ai pas envie de les voir dans les livres que je lis ». Ce sont donc les éditions Tusitala qui, après avoir publié Dandy il y a quelques années, ont eu l'occasion, l'envie et – disons-le – l'audace de publier en premier Vulnérables. Qu'elles en soient remerciées.
Beau, parce que, une fois encore, après Dandy, Krawiec choisit de montrer ceux que l'on voit pas, que l'on ne voit plus ou que l'on n'a plus envie de voir, sans misérabilisme, sans pathos inutile et sans essayer de faire croire que d'hypothétiques solutions miraculeuses existeraient pour sortir de l'ornière. S'il met bien en avant la façon dont une société modèle ceux qui qui en font partie – y compris à la marge – il ne nie pas non plus l'importance du libre arbitre et des choix de chacun.
Au centre de Vulnérables, il y a donc Billy Pike, pas loin de quarante ans et une vie de fuite – loin de sa ville, loin de sa famille – de cambriolages, de trafics et d'agressions. Lorsque sa soeur lui demande de revenir pour aider ses parents qui viennent de subir un cambriolage qui les laisse traumatisés, Billy revient, à peu près certain de connaître le coupable et peut-être aussi avec l'espoir de faire reculer les fantômes de son passé et de renouer une relation qui puisse avoir un semblant de normalité avec sa famille. Mais le retour aux sources dans une famille et une ville grises est douloureux.
« Et d'un coup, j'y étais, dans le centre de ma ville natale délabrée, fabriques de chaussures condamnées et vitrine basses aussi incolores du carton. Des gens gris qui marchaient lentement, tête basse en entrant dans les banques, dans les grands magasins, les épiceries devant lesquelles, assis sur des tabourets, des clients en veste de mauvaise toile buvaient du café amer.
[…] Même si tout ça me rendait triste, bizarrement ça m'a réconforté. Ou peut-être parce que ça me rendait triste. »
Cette histoire finalement banale, c'est celle d'une Amérique qui marche sur le fil ténu entre la petite classe moyenne et la pauvreté. Ce sont les parents de Billy, qui alternent boulots alimentaires sans intérêt et périodes de chômage en essayant de s'accrocher à leur petit statut social, à leur maison et leur télévision qui rendent leur vie supportable. Et ce sont Billy et ses semblables, génération qui a grandi seule, justement parce que leurs parents jonglent avec plusieurs emplois pour se maintenir à flots, et qui parfois finissent par basculer un peu plus bas dans l'échelle sociale avec l'impression que la vie n'a rien à leur offrir et qu'ils n'ont rien à lui offrir en retour. C'est aussi, comme le montre une particulièrement étouffante scène de réunion de famille, la déliquescence de la cellule familiale quand la famille ne devient plus que le réceptacle des frustrations d'une vie qui ne cesse de décevoir mais dont on a conscience qu'il suffirait d'un rien pour qu'elle devienne pire encore.
L'errance de Billy dans une ville et une famille qui lui renvoient ses échecs et son incapacité à trouver une place dans le monde n'est pourtant pas une complainte. C'est un parcours initiatique tardif, une manière de confronter le personnage à ses propres échecs, à ses failles, mais aussi l'occasion pour lui d'entrevoir, aussi étroites soient-elles, quelques issues possibles. Et de la violence d'un récit tout en tension, du malaise palpable, émerge la compassion de Krawiec à l'égard de ses semblables, de ceux qui souffrent, qui insuffle à Vulnérables une bouffée d'espoir. Reste à pouvoir la saisir. C'est tout cela qui fait de ce roman un livre âpre, violent et d'une rare beauté.


Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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Charybde2
  16 septembre 2017
Un cambriolage sordide en révélateur des maux terminaux d'une certaine Amérique. Décapant.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/09/16/note-de-lecture-vulnerables-richard-krawiec/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations & extraits (4) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   16 septembre 2017
Le personnage principal de Vulnérables, Billy Pike, est de ceux qui sont tombés avant de découvrir qu’il n’y avait personne pour les relever.
À l’époque, on croyait encore à la famille, on croyait qu’elle pouvait secourir les siens et offrir un refuge à ceux dans le besoin. Mais sous Bill Clinton, on s’est bientôt rendu compte que, malgré une reprise temporaire, les filets de sécurité avaient été arrachés, les familles brisées par des forces sociales et économiques, et que la love generation des sixties laissait place à une génération de prédateurs. Une génération d’adultes qui transformait les idéaux de liberté en prétextes à l’exploitation et à la violence.
Billy n’a jamais eu sa place dans la société et n’a jamais su pourquoi. Prolétaire sur le plan culturel, petite classe moyenne sur le plan économique – un produit de son époque, ignoré par cette même époque. Inconscient des ravages considérables et pourtant subtils causés par un foyer dont les membres s’étaient péniblement hissés dans la classe moyenne et s’y accrochaient désespérément. (Préface de Richard Krawiec)
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Charybde2Charybde2   16 septembre 2017
Le sol a grincé quand je suis allé éteindre la télé. Il s’est réveillé avec le genre de bruit qu’on fait chez le dentiste, en ravalant des glaires. Je me suis retourné et il s’est recroquevillé, le souffle court comme s’il faisait une attaque, les bras devant lui pour parer les coups.
« Papa, c’est moi, c’est moi, c’est moi, c’est Billy, Papa, Billy, Billy. »
Il a laissé retomber ses bras, rejeté la tête en arrière, les yeux fermés, et il a frotté ses petits pieds contre le sol. Il a repris ses esprits quelques secondes, puis il a dit : « J’ai quelque chose à te montrer. Ne dis rien à ta mère. »
Il a farfouillé sous les coussins du canapé et en a sorti un flingue qui ressemblait à un Luger. Il l’a braqué sur moi, les mains tremblantes, le canon pointé sur mon visage.
J’ai écarté le flingue d’une gifle et je le lui ai arraché. Avec le pied j’ai rapproché le pouf, je me suis assis et j’ai examiné l’arme. Il a arrangé la couverture sur ses genoux. Le truc, c’est que Bobby Wise était taré. Pendant une baston dans un bar, je l’avais vu éclater une bouteille de bière dans la gueule d’un mec et fracasser la tête d’un autre sur le comptoir si violemment que le bois s’était fendu. Je l’avais vu attraper un couteau par la lame pour pouvoir cogner l’autre type.
J’ai regardé le petit calibre de mon père. Il tirait de la grenaille. Qu’est-ce que je pouvais lui dire ? Que son flingue était ridicule ? Inutile ? Est-ce que j’avais le droit de le priver de cette protection illusoire ?
« Ça ne servira à rien, Papa. Et c’est pas toi qui me disais toujours que le vrai courage c’est de refuser la violence ?
– J’avais tort.
– Non.
– Tu n’en sais rien.
– Oh que si. »
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encoredunoirencoredunoir   12 septembre 2017
Et d’un coup, j’y étais, dans le centre de ma ville natale délabrée, fabriques de chaussures condamnées et vitrine basses aussi incolores du carton. Des gens gris qui marchaient lentement, tête basse en entrant dans les banques, dans les grands magasins, les épiceries devant lesquelles, assis sur des tabourets, des clients en veste de mauvaise toile buvaient du café amer.
[…] Même si tout ça me rendait triste, bizarrement ça m’a réconforté. Ou peut-être parce que ça me rendait triste.
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Charybde2Charybde2   16 septembre 2017
C’est arrivé le mercredi des Cendres. Ma mère déjeunait chez elle, comme d’habitude, et, comme d’était devenu l’habitude, quand le téléphone a sonné elle a décroché et son « Allô » n’a rencontré que le bruit d’un combiné qu’on raccroche. Elle savait ce que ça signifiait, même si elle essayait de faire comme si. En plus, avec la porte blindée que mon père avait installée après le premier cambriolage et le chien qu’ils avaient sauvé de la fourrière, un fougueux croisement de collie et de cocker, elle se croyait en sécurité.
Elle est retournée à la banque et le coup de fil lui est sorti de la tête. Quand elle est rentrée à 17 h 30, la voiture de mon père était rangée dans l’allée, de son côté à elle. Sur sa place à lui, devant la porte du garage où il avait son atelier avant que l’arthrite ne vienne épaissir et rouiller ses doigts, il y avait une estafette de police – le genre de vieille caisse à savon que mes copains et moi on appelait des boîtes de nuggets à l’époque du collège, quand j’avais encore des copains.
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