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EAN : 9782213607719
621 pages
Éditeur : Fayard (13/01/2002)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 6 notes)
Résumé :

« Enfin une Française, après Hannah Arendt et Melanie Klein ! » approuvent certains de mes lecteurs, soulagés à l'annonce du nom de Colette (1873-1954). « Colette, un génie? celui d'une France surannée et disparue, et qu'on préfère oublier ! » protestent les autres. J'aime l'écriture de cette femme : c'est un ravissement immédiat et sans « pourquoi », mais je tente pourtant l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Alzie
  09 juin 2019
- “Ah ! non ! Les suffragettes me dégoûtent […] - Savez-vous ce qu'elles méritent les suffragettes ? le fouet et le harem...” C'est Colette qui parle en 1910 (citée p. 432). Un parcours novateur et désinhibé ne fait pas de vous une militante de l'égalité des droits. Pourtant Colette incarne mieux que tout autre une émancipation exemplaire à l'aube du XXe siècle. Etrangère à tout embrigadement ; on s'amuse à penser avec J. K. que « Minet chéri » a peut-être été vaccinée, petite, contre toute forme de propagande lors des tournées électorales avec le Capitaine son père… Journaliste et chroniqueuse de l'arrière des tranchées pendant la Grande Guerre (cf l'excellent livre de D. Bona “Colette et les siennes”, 2017), Colette fait le dos rond et quelques "écarts" pendant l'Occupation… Jamais où on l'attend, elle surprend toujours. Quelques repères biographiques font respirer le début du livre. Ils éclairent les soubassements psychanalytiques, théorisés longuement plus loin, d'une révolution féminine singulière, transmuant la jeune épouse naïve et blessée d'un sulfureux mari, en “expérimentatrice sans gêne” aux côtés d'hommes et de femmes de son temps ; transformant l'apprentie talentueuse de « l'atelier de Willy » en conquérante d'une forme et d'un style qui l'installe durablement sur la scène littéraire. Colette reste l'artiste aux métamorphoses successives : danseuse, mime, comédienne, journaliste puis femme de lettres accomplie et consacrée “grand écrivain”. J. K. rappelle l'enfance familiale provinciale – creuset mémoriel “kaléidoscopique” des écrits – encadrée du couple (d)étonnant de ses parents à Saint-Sauveur-en-Puisaye, ce territoire bourguignon du premier « alphabet de sensations » légué par sa mère, modèle (d'écriture) et personnage à part entière : « Sido », apparue dans “La Maison de Claudine”, à laquelle J. K. consacre de beaux développements (chapitre IV). Un territoire où Colette, les cinq sens en ébullition, tisse sa relation fusionnelle au monde. Colette plus proche qu'on ne l'imaginait de son père lui doit ce patronyme par lequel elle affirmera sa liberté de plume à partir de 1923 signant du seul nom “Colette”. La figure emblématique et très sympathique du père, soldat amputé de la jambe gauche et de l'écrivain sans oeuvre plus disséminée traverse aussi le livre. “Notre Colette”, patrimoine national pour certains, écrivain secondaire pour d'autres, singulière et plurielle apparaît ici en son être « polyphonique ».
Son évolution existentielle et artistique indissociable, entre norme et transgression d'une part, perversion et sublimation de l'autre, s'apparenterait in fine, en mode freudien, à un retour à la Mère en réalisant un voeu inaccompli du père (du moins c'est ce que je crois avoir tiré de l'hypothèse « Mère-version » de Kristeva). Notes, références et index, illustrations textuelles extrêmement nombreuses et variées à l'appui, font redécouvrir comme un continuum cohérent l'oeuvre de Colette qui se prête assez bien au double regard de grande connivence porté sur elle psychanalytique et littéraire. On comprend que son culte de la jouissance, ses intuitions sur la bisexualité ou sur les pulsions, sa capacité d'auto-analyse, les fantasmes qu'elle suscite par les thématiques transgressives qu'elle ose aborder dans ses romans ou écrits (Chéri, le Blé en herbe, le Pur et l'impur), ajouté à la puissance métaphorique et suggestive d'inspiration animalière ou florale d'une grande partie de son oeuvre, puissent avoir une telle résonance dans le champ psychanalytique. Mais c'est le regard littéraire et stylistique de J. K. sur la création multiforme de Colette qui séduit davantage et permet au lecteur de communier avec la romancière explorant et ouvrant tout grand les portes de l'intimité des désirs féminins (souvent anticipateurs de ce ceux de Colette) : « une scène érotique » narrative dont les héroïnes qui racontent l'amour et ses avatars, jalousies et deuils de l'amour, ne sont pas toutes des ingénues ; mélancolie et gravité pouvant affleurer sous le masque de la désinvolture. De communier aussi avec la mutante libertaire, devenue scandaleuse et homosexuelle impudique aux yeux de la société de la Belle Epoque, dont l'écriture, à dater des « Vrilles de la vigne » (1908), fait éclore un registre poétique et méditatif original et audacieux sous forme de fables, d'écrits courts, de morceaux et fragments, de nouvelles où s'incrustent des éclats de mémoire. Cette scène de « la jouissance autre », de l'extase par l'écriture peut-être pour Colette, adopte un style antinarratif que Guillaume Apollinaire sera le premier à saluer. L'artiste entre en dialogue avec elle-même et avec l'univers dans un art où elle excellera, jusqu'à la fin de sa vie, réalisant l'affranchissement décisif de celle qui disait admirer Balzac et envier Proust (très beau chapitre VIII de Colette entre deux monstres de la littérature). “Une créature féminine s'y reprend à plusieurs fois pour éclore”, a-t-elle écrit à l'occasion d'un souvenir d'adolescence (“La Cire verte” in “Le képi”). Hermaphrodite mentale, Colette est le “génie affirmatif”, que ce troisième volet d'une suite biographique consacrée au “génie féminin” approche et incite franchement à relire (après Hannah Arendt, Fayard, 1999 et Mélanie Klein, Fayard, 2000).
(Précision : ne pas confondre ce Tome 3 avec l'opuscule “Colette un génie féminin” publié ensuite aux éditions de l'Aube par J. K.).
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charlottelit
  20 mars 2012
du mal à entrer dans ce enième livre sur cette prodigieuse Colette ... trop psychanalitique.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
AlzieAlzie   10 mai 2019
Sa prise de contact avec les choses se faisait par tous les sens. Elle ne se contentait pas de les regarder, il fallait qu'elle les flairât, qu'elle les goûtât. Quand elle entrait dans un jardin inconnu, je lui disais : "Tu vas encore le manger !" et c'était extraordinaire de la voir se mettre à l'oeuvre. Elle y apportait de la hâte et de l'avidité. [...] Elle écartait les pétales des fleurs, les scrutait, les flairait longuement, elle froissait les feuilles, les mâchait, léchait des baies vénéneuses, des champignons mortels, réfléchissant intensément sur ce qu'elle avait senti, goûté. [...] Enfin, elle quittait le jardin, récupérait écharpe, chapeau, souliers, bas, chienne et mari l'un après l'autre abandonnés. Le nez et le front tachés de pollen jaune, les cheveux en désordre et piqués de brindilles, une bosse par-ci, une écorchure par-là, le visage dépoudré et le cou moite, la démarche titubante et le souffle court, elle était tout pareille à une bacchante après des libations.*

(* M. Goudeket, Près de Colette, p. 23.)

Chapitre VII - Hommes et femmes, purs et impurs, p. 338 - 339
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AlzieAlzie   24 avril 2019
Lancée dans un combat acharné pour imposer sa liberté de femme et sa signature d'écrivain, et avant d'être couronnée par une réussite des plus académique, Colette impose dans les lettres françaises une sensualité qui défie le refoulement plus ou moins chaste des gens convenables, mais sans revendiquer pour autant un érotisme triomphal dans lequel vont s'illustrer ses consoeurs dites "libérées", ni, non plus, à l'opposé, une décence doloriste plus conventionnelle. Provocante, scandaleuse par l'audace de ses moeurs et de son parcours, cette femme attachante refuse de s'enfermer dans un quelconque militantisme et ne prêche aucune transgression. Elle parvient à donner à son expérience de liberté sans complexe le langage d'une profusion maîtrisée par une rhétorique classique, qui renvoie les lecteurs modernes à la sérénité du miracle grec. (p. 16 - 17)

Chapitre 1 - Pourquoi Colette ? Elle a inventé un alphabet
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charlottelitcharlottelit   20 mars 2012
Et puis, je découvris que ... je ne faisais que continuer à vivre seule.
Combien de femmes ont connu cette retraite en soi,
ce repliement patient qui succède aux larmes révoltées ?
Elle est morte de chagrin ... Hochez une tête sceptique ...
une femme ne peut guère mourir de chagrin.
C'est une bête si solide, si dure à tuer !
Vous croyez que le chagrin la ronge ? Point.
elle y gagne un inflexible orgueil, une faculté d'attendre,
de dissimuler, qui la grandit ...
Car elle frôle constamment la tentation la plus poignante,
la plus suave, la plus parée de tous les attraits :
celle de se venger : la Fin de Chéri.
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AlzieAlzie   05 mai 2019
"Sido" [...]. Cette intellectuelle des champs n'en est pas moins un esprit libre et critique qui laisse à sa fille le soin de discerner son bonheur dans le fatras de la bibliothèque : "Que veux-tu ! débrouille-toi là-dedans, Minet-Chéri. Tu es assez intelligente pour garder pour toi ce que tu comprendras trop... Et peut- être n'y a-t-il pas de mauvais livre..."

Chapitre IV - Qui est Sido ? p. 196
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AlzieAlzie   08 mai 2019
[...] Et Colette de repérer chez Landru* une variante de cette "banalité du mal" qu'Arendt devait décrypter plus tard chez le nazi Eichmann, tout aussi méticuleux, obsessionnel et dissocié de sa cruauté par son obéissance de fonctionnaire zélé.

(* Colette, "Landru", in Prisons et Paradis, Pléiade III, pp. 746 - 749.)

Chapitre VI
Le corps métaphorique : plantes, bêtes et monstres, p. 318
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