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EAN : 9782020301015
160 pages
Seuil (16/10/1996)
3.63/5   108 notes
Résumé :
Hier. Aujourd'hui recommence la course imbécile. Se lever à cinq heures, prendre le bus, pointer toujours le même trou dans la même pièce. Et gagner juste assez d'argent pour manger, habiter quelque part, être en mesure de recommencer la course, demain.
Pour que demain soit différent, il faudrait qu'apparaisse enfin Line, la femme idéale dont rêve Sandor depuis qu'il a quitté son pays natal. Alors, il y aurait un avenir possible dans lequel Sandor deviendrait... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Toujours dans une économie de moyens, l autrice de la trilogie ne déroge pas avec ce court texte. C est brut, les phrases semblent travaillées au scalpel, pas de gras dans l écriture.
C est, en dehors d une histoire d amour très particulière, ce qui crée l ambiance de ses textes, qui donne cette étrangeté. le personnage principal Sandor participe fortement à ce climat proche de l irréel. Ses décisions et ses actes hors normes marquent cette histoire étrange, sombre.
La vie de réfugiés, sans repères, nostalgiques, le plus souvent perdus donnent également à réfléchir sur le déracinement et ses conséquences.
On retrouve enfin l univers de la trilogie, grâce au talent de cet écrivain qui écrivit peu mais toujours avec talent.
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J'ai découvert Agota Kristof avec sa « trilogie des jumeaux », lecture surprenante et passionnante, qui a aussi alimentée l'actualité (1).
Une visite chez un bouquiniste, « hier » qui trainait sur une table, l'occasion d'approfondir mes connaissances sur cette auteure, peu connue.
En découvrant la vie d'Agota (2) on comprend mieux ses thèmes de prédilection, la fuite vers un autre pays, comment vivre en exil, comment vivre un déclassement social, comment parler une autre langue, comment choisir la langue dans laquelle on veut s'exprimer, comment accepter de ne vivre qu'au présent, en oubliant son passé et en se refusant tout avenir.
C'est poignant, l'écriture sèche, ne laissant jamais place au sentimentalisme, nous aide à supporter ce qui semble pourtant insupportable … accepter de vivre … jour après jour … sans être désespéré … sans se poser de question … sans espoir … juste vivre !

(1)
Malgré un grand succès planétaire, le premier tome de ce que l'on surnomme « la Trilogie des jumeaux » s'est également fait connaître à cause d'une affaire judiciaire.
Le 23 novembre 2000, des policiers de la ville d'Abbeville interpellent un jeune professeur de collège. Cette arrestation a eu lieu à la suite de plaintes de quelques parents d'élèves d'une classe de troisième avec laquelle l'enseignant étudiait le roman en question. Les parents d'élèves considéraient que l'oeuvre d'Agota Kristof était pornographique. Pourtant, « le grand cahier » était déjà jugé comme étant un classique de la littérature et de nombreuses classes de collège et de lycée l'avaient déjà étudié. Grâce au soutien d'un large groupe de personnes, cette affaire fut vite classée sans suite.

(2)
Agota Kristof naît et grandit en Hongrie. Fille d'un instituteur Kálmán Kristóf et de Antónia Turchányi enseignante en arts ménagers. Elle étudie d'abord à Köszeg, où sa famille s'installe en 1944, puis à Szombathely, où elle obtient un baccalauréat scientifique en 1954.
À l'âge de 21 ans, en 1956 Agota Kristof quitte la Hongrie, alors que la révolution des Conseils ouvriers de 1956 est écrasée par l'armée soviétique. Agota Kristof, son mari, qui était son professeur d'histoire, et leur fille âgée de quatre mois seulement s'enfuient vers Neuchâtel en Suisse où elle travaille dans une usine d'horlogerie à Fontainemelon, tout en écrivant des poèmes le soir. Son oeuvre littéraire est alors marquée par cette migration forcée, et est écrite dans sa langue d'adoption, le français, le fait d'avoir quitté la Hongrie signifiait d'abord perdre sa langue maternelle, le hongrois, et en faire ainsi le deuil.
Comme Agota Kristof associe sa langue et son identité, la langue française (langue inconnue jusqu'à son arrivée en Suisse) peut difficilement permettre de parler de soi, puisqu'elle n'est pas maîtrisée et parce qu'elle ne deviendra jamais tout à fait sa langue maternelle. le français est d'ailleurs qualifié de « langue ennemie » dans L'Analphabète. Cette vision négative du français est principalement due à l'acharnement ressenti par l'écrivaine pour pouvoir s'exprimer dans sa langue d'adoption. Ce que Agota Kristof regrette principalement, c'est que sa lutte pour réussir à parler correctement français détruisait son souvenir du hongrois. le français est donc perçu comme l'ennemi de l'autrice puisqu'il la rend analphabète.
À la fin de sa vie, l'autrice s'est rendu compte que la langue française ne lui permettait pas de dresser un autoportrait satisfaisant, et considérait qu'elle se construisait une identité toujours fausse et déviante. Agota Kristof a alors choisi de cesser d'écrire en français et par conséquent d'abandonner ce qu'elle pense être un mensonge identitaire. Elle retrouve ainsi sa langue maternelle, le hongrois, et sa véritable identité. En plus d'avoir laissé de côté sa langue d'adoption, Agota Kristof ne ressent plus le besoin d'écrire, sans expliquer pourquoi. Ses productions la laissent alors indifférente, puisqu'elles seraient artificielles. C'est pourquoi elle vend aux Archives littéraires suisses l'ensemble de ses manuscrits, sa machine à écrire ainsi que son dictionnaire bilingue hongrois-français. Seul son journal a été brûlé par ses soins car il ravivait trop de souvenirs douloureux qu'elle ne souhaitait pas partager.
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Cet auteur, Hongroise, écrit sur la douleur de l'émigration et sur l'impact sur la santé morale des immigrés.

Ses personnages souffrent de nostalgie, de déracinement. C'est une atmosphère lourde et grise très bien rendue par une écriture serrée. Les personnages ne savent pas, ne peuvent pas communiquer même avec les gens qui leur sont les plus proches.

L'histoire est celle dans un homme immigré qui rêve d'une femme idéale, idéalisée et qui ne sait pas, plus regarder le monde autour de lui. Il va retrouver cette femme... Qui se trouve être sa demi soeur, sans le savoir. C'est un être déraciné et dont l'enfance a été misérable.

Il est entre réalité et onirisme qui va l'amener au bord de la folie et du crime. Mais son mal être est tel qu'il n'arrive ni à communiquer, ni même à mettre en mots le pourquoi de ce qui lui arrive.

C'est un roman qui dérange.


"Hier, il soufflait un vent connu."
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Hier est un roman bien particulier. Il retrace la vie d'immigrés de l'est de l'Europe en Suisse mais vue à travers le prisme d'Agota Kristof; ce qui nous évite tout pathos et autres apitoiements pour nous plonger tout de suite dans une authentique oeuvre littéraire où la tendresse, les fioritures et les périphrases sont absentes. Ce récit va pourtant explorer le fond de l'âme humaine en nous montrant le désespoir, l'impasse et le profond malaise de ceux qui, par nécessité et/ou par choix, ne vivent qu'au présent La distance recherchée du narrateur vis-à-vis de l'histoire, cet aspect froid qui parcourt l'ensemble du livre renforce cette impression de fatalisme et fait parfois penser au roman de Camus: l'Étranger.
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Agota Kristof est une romancière de la brièveté. A l'instar des volumes de sa "trilogie des jumeaux", "Hier" est un récit court, servi par une écriture tirée au cordeau. L'économie de mots, le laconisme du narrateur, confèrent au texte une certaine sécheresse qui peut mettre mal à l'aise, d'autant plus qu'elle est associée à un propos glauque et anxiogène.

Le héros lui-même apparaît rapidement comme un individu étrange, presque effrayant. Exprimant une profonde détresse sur un ton curieusement atone, en une succession de phrases souvent brèves, qui impriment au roman un rythme saccadé, et donne aux événements décrits une dimension irrémédiable.

Les indications relatives au lieu, à l'époque, restent vagues, ajoutant à la sensation de malaise que suscite par moments la lecture. On comprend que l'action se déroule dans une ville de taille moyenne, d'un pays d'Europe. Sandor Lester, le narrateur, y vit depuis son adolescence, et qu'il s'est enfui de son pays natal pour d'obscures raisons que dévoile l'évocation de ses souvenirs. Il vit seul, exerce à l'usine un travail abêtissant, répétitif, qu'il ne supporte plus. Chaque samedi, il dîne chez Yolande, sa maîtresse, avec laquelle il entretient une relation qui s'apparente davantage à une pratique hygiénique qu'au résultat d'une réelle affection. Car Sandor est obsédé par l'idée de l'unique femme de sa vie, créature qu'il prénomme Line, dont on ignore dans un premier temps si elle est réelle, ou le fruit d'une imagination parfois à la limite de la démence...

Si le style elliptique, rugueux, "d'Hier" peut heurter, il en émane aussi une surprenante poésie, sombre et mélancolique. La mensonges et les délires de Sandor, ses espoirs et ses découragements, expriment avec une intensité peu commune la détresse provoquée par l'exil, la solitude, l'oubli des siens.

Agota Kristof fait de cette triste histoire un conte à l'ambiance bien particulière, dont elle parvient en un laps de temps très court à marquer profondément le lecteur...
Lien : http://bookin-inganmic.blogs..
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Le psychiatre me demande :
– Qui est Line ?
– Line n'est qu'un personnage inventé. Elle n'existe pas.
– Le tigre, le piano, les oiseaux ?
– Des cauchemars, tout simplement.
– Vous avez essayé de mourir à cause de vos cauchemars ?
– Si j'avais vraiment essayé de mourir, je serais déjà mort. Je voulais seulement me reposerje ne pouvais plus continuer la vie comme cela, l'usine et tout le reste, l'absence de Line, l'absence d'espoir. Se lever à cinq heurs du matin, marcher, courir dans la rue pour attraper le bus, quarante minutes de trajet, l'arrivée dans le quatrième village, entre les murs de l'usine ? Se dépêcher pour enfiler la blouse grise, pointer en se bousculant devant l'horloge, courir vers sa machine, mettre en marche, percer le trou le plus vite possible, percer, percer, toujours le même trou dans la même pièce, dix mille fois par jour si possible, c'est de cette vitesse que dépendent notre salaire, notre vie.
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Je marchais. Il n'y avait rien d'autre que la marche, la pluie, la boue. Mes cheveux, mes vêtements étaient mouillés, je marchais pieds nus. Mes pieds, mes orteils étaient blancs, leur blancheur se détachait de la boue. Il faisait froid. La pluie était froide.
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En général, je me contente d'écrire dans ma tête. C'est plus facile. Dans ma tête tout se déroule sans difficultés. Mais, dès qu'on écrit, les pensées se transforment, se déforment, et tout devient faux. A cause des mots. (p.16)
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Va là ou les gens sont heureux car ils ne connaissent pas l'amour. Ils sont si comblés qu'ils n'ont plus besoin l'un de l'autre ni de Dieu. Le soir, ils ferment leurs portes à double tour et attendent avec patience que passe la vie. (p.144).
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Hier tout était plus beau
la musique dans les arbres
le vent dans mes cheveux
et dans tes mains tendues
le soleil
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Videos de Agota Kristof (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Agota Kristof
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Quelle romancière hongroise et suisse mais qui écrivait en français est l'auteure d'un roman magistral qui montre que les enfants en péril deviennent bien souvent pervers ?
« le grand cahier » d'Agota Kristof, c'est à lire en poche chez Points.
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