AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2020239264
Éditeur : Seuil (15/03/1995)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.99/5 (sur 721 notes)
Résumé :
Dans la Grande Ville qu’occupent les Armées étrangères, la disette menace. Une mère conduit donc ses enfants à la campagne, chez leur grand-mère. Analphabète, avare, méchante et même meurtrière, celle-ci mène la vie dure aux jumeaux. Loin de se laisser abattre, ceux-ci apprennent seuls les lois de la vie, de l’écriture et de la cruauté. Abandonnés à eux-mêmes, dénués du moindre sens moral, ils s’appliquent à dresser, chaque jour, dans un grand cahier, le bilan de le... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
Crossroads
  27 février 2012
Et le prix de la couverture la plus trompeuse est attribué à...roulement d'accordéon...non , pas The Artist , faut en laisser un peu pour les autres... mais le Grand Cahier ! Oh , si c'est pas mignon ça , deux ch'tis garnements faisant mumuse avec un p'tit baton dans l'eau ! Ça fleurait bon l'attendrissant récit sur l'enfance dans une nature à la Giono ! Sauf qu'en refermant le bouquin , l'on se dit : ce livre est vraiment au programme de Troisieme ? Sans déconner ? Ils sont peut-etre un peu jeunes les gamins pour gouter aux doux plaisirs de l'ondinisme , du masochisme , de la pédophilie et de la zoophilie...Enfin je dis ça...Certains parents furent si choqués qu'ils firent appel au Procureur de la République ( cf affaire d'Abbeville en 2000 ) . Ami bourgeois réactionnaire , bonsoir ! Pour le gentil conte enfantin , on oublie . Pour l'enfance perdue , laminée par la guerre , pervertie par l'homme , c'est par ici...
Claus et Lucas , jumeaux fusionnels , fuient avec leur mere la Grande Ville ravagée par la guerre . Destination : la Petite Ville et leur grand-mere supposée maricide qu'ils n'ont jamais vu ! La mere partie , le courant passe immédiatement ( comme un p'tit air d'Heidiiiii) . Ils répondent désormais au doux sobriquet de Fils de Chienne , pudeur des sentiments oblige , courant alternatif de mise...La faim , le froid , les insultes deviennent alors le tres enviable quotidien de ces deux oisillons tombés du nid . C'est dans un tel contexte saturé d'amour qu'ils vont se construire à leur façon , développer un systeme de valeurs qui leur est propre et s'échiner à retranscrire scrupuleusement dans un grand cahier ( d'ou le titre , c'est bien foutu quand meme ; ) ce que sera désormais leur quotidien et leur procédé d'appréhension . Galerie de personnages surréaliste . Véritable catalogue de déviances sexuelles...L'on saute ( et le terme est plutot bien choisi je trouve...) allegrement du curé à tendance pédophile a l'officier masochiste en passant par la servante urophile et la gamine zoophile . Quelqu'un a vu mon fouet ?
La palme en revenant à leur si délicieuse voisine . Jouons un peu avec Juuuulieeeen Lepeeeers : j'ai un Bec-de-Lievre , je peux jouer au flipper tout en regardant la balle et le compteur , j'ai de la morve au nez , des pustules sur les bras et les jambes , je suis , je suis...Bec-de-Lievre ! Oui ! Oui ! Aaah que j'aaaaime ce jeuuuu ! Bec-de-Lievre n'est pas avare de sa jeune personne et ce n'est ni le curé , ni le quidam de passage , ni le chien du coin qui diront le contraire . Il se dégage chez cette gamine une aussi furieuse que malsaine envie d'etre aimée...
Les chapitres sont courts et excedent rarement les 3 - 4 pages . Ils égrenent crument , vertement et sans complaisance aucune la nouvelle vie de cette seule et unique entité ( nous systématique ) que représentent ces deux etres déshumanisés , témoins privilégiés d'une sale guerre au contact d'énergumenes qui ne le sont pas moins . Un tel environnement ne pouvant qu'engendrer un tel chaos personnel .
La lecture est pour le moins surprenante . Les protagonistes pas vraiment attachants mais bizarrement , l'on se surprend à vouloir en savoir toujours plus , avide de récits que n'auraient pas renier ce bon Marquis de Sade . le propos peut choquer , nos deux héros étant encore à un age empreint d'innocence et de naiveté . Et donc pas vraiment aguerris au chantage , à la délation , à la cruauté et la perversité...Deux gamins monstrueux , froids comme l'hiver que la guerre et les hommes amoraux façonneront à leur image . L'abject enfante l'abject . L'auteure sort l'artillerie lourde . Quoi de plus normal en période de conflit...
L'écriture est minimaliste et traite parfois humoristiquement ( tendance noire ) , souvent sechement et cyniquement de la désastreuse auto-éducation de marmots livrés à eux-memes dans un contexte aussi totalitaire qu'éradicateur...
Tu es le maillon faible ? Tu ne sors pas , tu creves...
Le Grand Cahier , premier d'une trilogie , et son étonnant final font que j'y reviendrais ! Ouaip ! Petit calepin grands carreaux à spirale , j'arrive !!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          8017
LydiaB
  31 mars 2012
"Le grand cahier" est le premier tome de "la Trilogie des jumeaux". Je conseille à ceux et celles qui veulent se lancer dans cette lecture de n'acheter, au départ, que le premier tome afin de se faire une idée. Pourquoi dis-je ça, moi qui aime toujours avoir les séries complètes sans même les avoir lues ? Tout simplement parce que ce livre est dur, violent, et ne laisse pas le lecteur indifférent. Impossible de ne pas réagir face à cette avalanche de cruautés, de monstruosités en tout genre. Nous sommes à des milliards d'années-lumière de la Comtesse de Ségur et des bêtises de tous ses personnages.On lui avait reproché un certain sadisme d'ailleurs. Mais ce n'est rien à côté de ce que vous allez lire ici. Quant à ceux qui ne supportent pas le style de Jean Teulé, le considérant comme trop cru dans ses propos, inutile d'ouvrir ce roman. Car Teulé à côté, c'est gentillet !

Alors vous allez me dire que ce n'est pas la première fois que vous lirez quelque chose de choquant. Certes. Mais là, ce qui fascine et révulse à la fois, c'est que toute cette violence touche des enfants et lorsqu'on en arrive aux pires instincts, sexuels ou mortifères, on ne peut pas rester de marbre.

Je crois qu'il faut voir là à quel point l'être humain, qu'il soit adulte ou enfant, peut devenir le plus abject possible dans certaines situations. Ici, le décor est la guerre. Mais il ne sert que de prétexte pour mettre en relief les différents tableaux de la déshumanisation.

La narration sert le récit : elle se veut objective, faite par les enfants. C'est également ce qui marque ici.

Personnellement, j'ai apprécié la force de ce roman et je vais acheter les deux autres tomes car bien loin de m'arrêter à quelques scènes terribles, je veux savoir jusqu'où pourront aller ces deux enfants devenus des monstres. Ce livre invite le lecteur à réfléchir et je crois que par les temps qui courent, ce n'est peut-être pas plus mal.

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          846
fanfanouche24
  20 août 2014
Tellement "éberluée" par ce texte, à nul autre comparable... et en constatant de plus, avec plaisir l'abondance déjà des" chroniques" sur ce roman, mes hésitations à rédiger "mon" ressenti sont des plus vives…
Après la "critique" de LydiaB, en laquelle je reconnais une très grande partie de mes propres appréciations , je vais tenter d'exprimer au plus près mes impressions. Et la tâche ne me paraît pas aisée !
j'imagine que la force et la violence des émotions que provoque ce roman, en dehors de la gravité du sujet : des « enfants dans la guerre »…tiennent énormément au style et à la découpe du texte. Une forme des plus lapidaires ou plus exactement « faussement » laconique. Des phrases brèves, cinglantes , des chapitres courts et bien distincts…
klaus et Lucas [En réalité, dans le roman, ils sont le plus souvent nommés comme « les jumeaux », comme une entité unique, inséparable, ce qu'ils sont d'ailleurs , dans la réalité de leur quotidien…]sont envoyés à la campagne par leur mère chez leur grand-mère, car c'est la guerre en ville, et il n'y a plus grand-chose à manger.
Pour les mettre à l'abri, les jumeaux se retrouvent pour la toute première fois, séparés de leur mère, et face à une grand-mère qui a plutôt tous les attributs de la « méchante sorcière » des contes : laideur physique et morale, saleté, agressivité, cupidité… celle-ci les mène à la dure, et c'est peu dire ; elle ne veut pas entendre parler de l'école, les fait « trimer » pour gagner une maigre pitance…les bat, les malmène verbalement…Toute la panoplie de " l'enfance malmenée" et plus ...
Heureusement, Les jumeaux, d'une intelligence supérieure à la moyenne, observateurs, vont faire front… dans cette guerre qu'ils ne comprennent pas, en faisant des « exercices » pour s'endurcir. Par exemple, ils se battent réciproquement pour supporter les coups de la grand-mère…idem pour les insultes, appelé « exercice d'endurcissement de l'esprit », etc.
Klaus et Lucas , en réalité, trouvent des astuces, des solutions ingénieuses pour supporter « l'insupportable », l' « Intolérable »…
Face à eux, peu d'adultes dignes ou courageux… Ils apprennent seuls , questionnent… sans succès. On leur renvoie leur jeune âge pour ne pas répondre aux questions embarrassantes, par contre, dans leur quotidien, ils doivent faire face aux pires exactions…et à des responsabilités d'adultes : « leur propre survie » psychologique dans un contexte des plus sombres.
« Nous disons :
-Nous n'avons plus faim
Nous allons dans la chambre. le curé se retourne :
-Voulez-vous prier avec moi, mes enfants ?
-Nous ne prions jamais, vous le savez bien. Nous voulons comprendre.
-vous ne pouvez pas comprendre. Vous êtes trop jeunes.
-Vous, vous n'êtes pas trop jeune. C'est pour cela que nous vous demandons » (p. 105)
…et ils se heurtent au silence, et à la médiocrité des adultes. Il y a des scènes difficilement soutenables, mais qui rentrent dans ce climat de "barbarie banalisée", généralisée.
Le premier volet de cette trilogie m'a suffisamment interpellée pour poursuivre les deux autres romans, afin d'affiner et de préciser mon appréciation globale, de cette oeuvre, des plus singulières.
Klaus et Lucas font malgré eux, une étrange éducation, avec leurs propres moyens ; même si ils s'endurcissent pour « faire face »… ils éprouvent aussi des élans, de la compassion, parfois ; par exemple, pour leur petite voisine , « bec-de-lièvre », complètement démunie, qu'ils aident comme ils peuvent. Ce qui les rend forts, c'est leur « gémellité », « être deux » face aux horreurs de la guerre, et aux cruautés quotidiennes des adultes… Ensuite, ils font , dans un isolement affectif redoutable, leurs apprentissages de la Vie, et des Hommes…avec les « moyens du bord »…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          591
Sando
  01 mai 2014
Dans un pays en guerre, une femme décide de confier ses deux jeunes garçons, des jumeaux, à leur grand-mère qui vit à la campagne et qu'ils n'ont encore jamais vue. La vieille femme, surnommée par les villageois « la Sorcière » voit d'un mauvais oeil l'arrivée de ces deux nouvelles bouches à nourrir et ne se prive pas pour leur mener la vie dure. Brimades, punitions corporelles, injures, tout est bon pour leur apprendre l'âpreté de la vie. Très vite, les jumeaux, dotés d'une intelligence exceptionnelle, comprennent qu'ils vont devoir travailler pour remplir leur assiette et s'endurcir pour s'adapter à la violence du monde.

Dans un grand cahier, ils consignent leurs journées avec leurs rencontres, leurs observations et leur apprentissage personnel. Ils s'imposent à chacun des exercices extrêmement durs pour renforcer leur résistance à la douleur, au froid et à la faim. Les notions d'amour et de tendresse, jugées parfaitement subjectives et inutiles, sont très vite oubliées au profit du pragmatisme. Pour survivre à la violence quotidienne, les jumeaux vont devoir se créer leurs propres codes. La débrouille et la nécessité l'emportent alors sur la morale…

Quel choc ! Je ne m'attendais vraiment pas à lire un récit sur l'enfance aussi dur et violent ! D'ailleurs, c'est la description de cette enfance qui n'en est pas une qui perturbe autant. le récit, qui prend la forme d'un cahier, est toujours raconté à la première personne du pluriel. Les enfants, bien qu'étant deux, ne forment qu'une seule et même entité et s'expriment exclusivement par ce « nous » omniprésent. On ne connaît ni leur âge, ni leur nom (à moins de lire la quatrième de couverture…), mais on les devine très jeunes (peut-être 8 ou 9 ans) et très en avance sur leur âge. Enfants de la débrouille, ils jugent ce qui les entoure avec un regard particulièrement acéré, qui peut faire froid dans le dos. Leurs actes sont principalement poussés par la nécessité, mais une certaine cruauté demeure, liée à cette absence de morale et au désir de ne plus souffrir et donc de se couper de leurs émotions.

L'horreur est racontée avec beaucoup de froideur, de distance et d'objectivité, comme on décrirait un évènement anodin, ce qui tend à la rendre encore plus sordide. Scènes de zoophilie, de pédophilie, de masochisme et de tortures composent ce grand cahier. le dégoût et la révolte se mêlent à une fascination morbide et un désir de savoir comment les deux enfants vont grandir dans cet univers violent et malsain. Les chapitres sont très courts et se dévorent avec une avidité mêlée de malaise. L'écriture d'Agota Kristof est hypnotique, incisive, fascinante, addictive. On y prend goût, à tel point qu'une fois le premier tome de cette trilogie refermé, on a qu'une envie : se procurer la suite ! Un roman bouleversant, perturbant qui nous livre l'histoire d'une enfance brisée et d'une innocence perdue.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          480
Allantvers
  20 mai 2016
Il y a des textes que l'on lit les yeux fermés, tendu, en éveil, pour ne pas voir afin de tout comprendre, et l'inverse. Surtout l'inverse, plus facile.
Voilà ce qu'offre ce texte brut, au cordeau, sec jusqu'à l'os, sans échappatoire. Même pas celle des artifices de la langue puisque c'est l'oeuvre d'une auteure d'origine hongroise qui nous fait l'offrande d'un français nu, né de son exil.
C'est la guerre. La Mère confie ses jumeaux à la Grand-Mère, qu'on dit sorcière pour sa méchanceté, qui vit en dehors du monde des hommes, repliée sur ses griffes. Elle prend les enfants et les laisse pousser, sans soins.
Et ils poussent, seuls. Ils regardent le monde et les agissements des hommes qui les entourent, ils étudient, ils comprennent. Ils apprennent par coeur, seuls, des passages de la Bible, seul livre en leur possession. Ils s'adaptent, ils s'endurent à oublier la mère, ils survivent. Ils mentent, ils volent, ils tuent. Ils ne jouent pas, ils ne demandent pas, ils ne prient pas.
Dire que ce livre est dérangeant est insuffisant, il faut aller plus loin. Il s'achève sur une suite que je vais m'empresser de lire, autant pour savoir où l'auteure veut en venir que pour tester mes limites dans un univers dénué de toute morale convenue.
En attendant, la force de frappe de ce court livre me fait encore très mal au ventre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          360
Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
iarseneaiarsenea   11 janvier 2010
Pour décider si c'est «Bien» ou «Pas bien», nous avons une règle très simple: la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons.
Par exemple, il est interdit d'écrire: «Grand-Mère ressemble à une sorcière»; mais il est permis d'écrire: «Les gens appellent Grand-Mère la Sorcière.»
Il est interdit d'écrire: «La Petite Ville est belle», car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu'un d'autre.
De même, si nous écrivons: «L'ordonnance est gentil», cela n'est pas une vérité, parce que l'ordonnance est peut-être capable de méchancetés que nous ignorons. Nous écrirons simplement «L'ordonnance nous donne des couvertures».
Nous écrivons: «Nous mangeons beaucoup de noix», et non pas: «Nous aimons les noix», car le mot «aimer» n'est pas un mot sûr, il manque de précision et d'objectivité. «Aimer les noix» et «aimer notre Mère», cela ne peut pas vouloir dire la même chose. La première formule désigne un goût agréable dans la bouche, et la deuxième un sentiment.
Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues; il vaut mieux éviter leur emploi et s'en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c'est-à-dire la description fidèle des faits.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
LydiaBLydiaB   31 mars 2012
Nous demandons :
- Vous désirez vraiment mourir ?
- Qu'est-ce que je pourrais désirer d'autre ? Si vous voulez faire quelque chose pour moi, mettez donc le feu à la maison. Je ne veux pas qu'on nous trouve comme ça.
Nous disons :
- Mais vous allez atrocement souffrir.
- Ne vous occupez pas de ça. Mettez le feu, c'est tout, si vous en êtes capables.
- Oui, madame, nous en sommes capables. Vous pouvez compter sur nous.
Nous lui tranchons la gorge d'un coup de rasoir, puis nous allons pomper l'essence d'un véhicule de l'armée. Nous arrosons d'essence les deux corps et les murs de la masure.. Nous y mettons le feu et nous rentrons.
Le matin, Grand-Mère nous dit :
- La maison de la voisine a brûlé. Elles y sont restées, sa fille et elle. La fille a dû oublier quelque chose sur le feu, folle qu'elle est.
Nous y retournons pour prendre les poules et les lapins, mais d'autres voisins les ont déjà pris pendant la nuit. (P145)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          240
VALENTYNEVALENTYNE   15 décembre 2013
Voici comment se passe une leçon de composition :
Nous sommes assis à la table de la cuisine avec nos feuilles quadrillées, nos crayons, et le grand cahier. Nous sommes seuls.
L’un de nous dit:
- Le titre de ta composition est : "L’arrivée chez Grand-mère"
L’autre dit :
- Le titre de ta composition est "Nos travaux".
Nous nous mettons à écrire. Nous avons deux heures pour traiter le sujet et deux feuilles de papier à notre disposition.
Au bout de deux heures, nous échangeons nos feuilles, chacun de nous corrige les fautes d’orthographes de l’autre à l’aide du dictionnaire et, en bas de page, écrit : "Bien" ou "Pas bien". Si c’est "Pas bien", nous jetons la composition dans le feu et nous essayons de traiter le même sujet à la leçon suivante. Si c’est "Bien", nous pouvons recopier la composition dans le Grand Cahier.
Pour décider si c’est "Bien" ou "Pas bien", nous avons une règle très simple : la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons..
Par exemple, il est interdit d’écrire : "Grand-mère ressemble à une sorcière"; mais il est permis d’écrire "Les gens appellent Grand-mère la Sorcière".
Il est interdit d’écrire : "La Petite Ville est belle", car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu’un d’autre.
De même, si nous écrivons : "L’ordonnance est gentil", cela n’est pas une vérité, parce que l’ordonnance est peut-être capable de méchancetés que nous ignorons. Nous écrirons donc simplement "L’ordonnance nous donne des couvertures".
Nous écrirons : "Nous mangeons beaucoup de noix"; et non pas "Nous aimons les noix", car le mot "aimer" n’est pas un mot sûr, il manque de précision et d’objectivité. "Aimer les noix" et "aimer notre mère", cela ne peut pas vouloir dire la même chose. La première formule désigne un goût agréable dans la bouche, et la deuxième un sentiment.
Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues, il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est à dire la description fidèle des faits. (p 33-34)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
fanfanouche24fanfanouche24   11 août 2014
Mais il y a les mots anciens.
Notre Mère nous disait :
-Mes chéris ! Mes amours ! Mon bonheur ! Mes petits bébés adorés !
Quand nous nous rappelons ces mots, nos yeux se remplissent de larmes.
Ces mots, nous devons les oublier, parce que, à présent, personne ne nous dit des mots semblables et parce que le souvenir que nous en avons est une charge trop lourde à porter. (p.27)
Commenter  J’apprécie          350
JeannepeJeannepe   02 janvier 2018
– Dangereux ? Ces petits connards ? Je vais me les faire, moi. Vous allez voir !
Il vient vers nous, veut cracher dans le sceau, mais l’un de nous lui fait un croche-pied, l’autre le frappe à la tête avec un sac de sable. Le garçon tombe. Il reste à terre, assommé. Les deux autres nous regardent. L’un d’eux fait un pas vers nous. L’autre dit :
– Fais gaffe ! Ces petits salopards sont capables de tout. Une fois, ils m’ont fendu la tempe avec une pierre. Ils ont aussi un rasoir et ils n’hésitent pas à s’en servir. Ils t’égorgeraient sans scrupules. Ils sont complètement fous.
Les garçons s’en vont.
Nous tendons le seau rempli à Bec-de-Lièvre. Elle nous demande :
– Pourquoi ne m’avez-vous pas aidée tout de suite ?
– On voulait voir comment tu te défendais.
– Qu’est-ce que j’aurais pu faire contre trois grands ?
– Leur jeter ton seau à la tête, leur griffer le visage, leur donner des coups de pied dans les couilles, crier, hurler. Ou bien t’enfuir et revenir plus tard.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Videos de Agota Kristof (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Agota Kristof
Le choix des libraires vous invite à la rencontre de Césinaldo Poignand, le propriétaire de la librairie « Ouvrir l'?il » à Lyon.  Avec lui, partagez ses coups de c?ur et ses auteurs favoris comme Agota Kristof, John Updike ou encore Lionel Trouillot.
autres livres classés : littérature hongroiseVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1737 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre
.. ..