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EAN : 9782864326205
186 pages
Éditeur : Verdier (01/10/2010)
3.75/5   8 notes
Résumé :
Les doigts délicats d’un pianiste virtuose fuguent et découvrent une ville rude et froide.
Un joueur d’échecs voit tout à coup sa vie se jouer sur l’échiquier.
Un bâtisseur de ponts converse avec un crapaud tout droit venu du Styx.
Et le fils d’un fantôme médical – mannequin servant aux futurs médecins à s’entraîner –, mille fois accouché, s’échappe de son bain d’alcool et revient hanter l’étudiant qui l’a fait naître. Double difforme du narrate... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Bologne
  19 janvier 2013
Imaginez que vous trouviez, un matin, une grenouille sur votre table de nuit qui vous demande poliment : « S'il vous plaît, monsieur, la mort, c'est loin d'ici ? » Il n'y a qu'une alternative : vous êtes encore dans un rêve, ou déjà dans une nouvelle de Krzyzanowski. Choisissons le second terme, pour la seule raison que nous venons d'ouvrir le livre. Raison absurde. Qui prendrait le risque d'acheter un auteur russe au nom imprononçable mort depuis plus d'un demi-siècle et inconnu de son vivant ? Quelques initiés, précisément, qui le suivent de livre en livre depuis que les éditions Verdier, voici vingt ans, ont eu l'heureuse initiative de traduire son oeuvre survivant. Désormais, vous en faites partie. Félicitations, comme on lit sur les modes d'emploi.
Krzyzanowski est inclassable. Ce n'est pas tout à fait de la science fiction, sinon à rendre à ce terme son sens littéral : le matériau de son imagination débordante est un fait scientifique, philosophique, mathématique, historique… rigoureusement exact mais poussé à son extrême. Et la fiction n'est pas une convention éphémère qui dure le temps d'une lecture distrayante : c'est l'essence même de la vie, elle ne nous quitte plus la dernière page tournée. Voilà pourquoi on croise des lecteurs hallucinés en attente, des années durant, du prochain recueil, du prochain roman qui calmera leur état de manque. Krzyzanowski est une addiction d'autant plus grave que la drogue est rare. Une addiction à la fiction. C'en est devenu un postulat qui n'étonnera pas ses lecteurs : « L'homme n'est qu'une fiction ; donc sa vie n'est que contrefaçon. » Bienvenue parmi nous.
Non, je ne tenterai pas de résumer ces délires parfaitement maîtrisés. Je ne vous présenterai pas le peuple des Moins-que-rien, ni les mains volages du pianiste, ni le joueur d'échec devenu pièce sur l'échiquier, ni l'extraordinaire fantôme médical échappé de son bocal. Parce qu'ainsi dit, tout devient plat, ressassé, banal. La main échappée à son bras est un vieux thème du fantastique : on songe aux mains d'Orlac de Maurice Renard, à la main du diable de Maurice Tourneur, sinon à la Chose de la famille Addams. Rien à voir avec la nouvelle de Krzyzanowski. Ici, aucune explication, aucun effet de manche (un comble pour une main !), une simple analyse, méthodique, des inconvénients de la vie de bohème quand on a toujours vécu dans des gants de soie. Un subtil cheminement dans l'ineffable. Krzyzanowski est un maître du silence (dont il a jadis écrit les évangiles) : les Moins-que-rien en ont « assimilé en profondeur toute la gamme chromatique depuis l'indicible jusqu'au non-dit ». L'essentiel, toujours, est caché. Au lecteur d'y insuffler sa propre vie, sa propre fiction. Dans un trousseau bien fourni, voici peut-être une clé de ce silence. Jeter un pont sur les rives du Styx permettrait un armistice entre la vie et la mort. « Les morts pourront se faire rapatrier dans leur patrie terrestre, tandis que ceux qui sont trop vivants pour rester en vie… Mais n'entrons pas dans les détails. » Les points de suspension nous appartiennent. Ne les galvaudons pas.
Tout cela nous vaut quelques passages d'un souffle épique. Les grenouilles du Styx, endoctrinées par des démagogues, exigent toujours plus de morts pour repeindre le fleuve en rouge, et des milliers de bouches hurlent vers la terre : « Encore, encore ». La guerre de 1914-1918 vue par « Untel » devient une hallucinante logique de chiffres. Ces moments où l'imagination semble jaillir de la logique comme la main du pianiste prenant sa liberté sont la récompense du lecteur attentif. Il savourera également le mélange des humains, des personnages fabuleux et des concepts abstraits (le Même, les phénomènes…) qui sont les véritables héros de ces histoires. le tout, avec un humour qui désamorce toute pédanterie. Un vieil homme vend des points d'interrogation. Un autre cherche dans l'herbe un la dièse. Ce ton pince-sans-rire nous vaut quelques formules irrésistibles : « La raison se trouvait dans la poche gauche de son manteau. » Et quelques scènes d'une drôlerie fracassante. La mort de Kant est ainsi relatée : « Terrorisés depuis Platon et Berkeley, les phénomène, qui déjà ne savaient pas trop s'ils pouvaient prétendre au rang d'essences, n'attendirent naturellement pas la Raison, avec tous ses instruments de tortuosités : doubles paragraphes crochus, tenailles des définitions précises et enchaînements d'antinomies paires. » Devant autant de dièses, permettons-nous un petit bémol : lorsque l'humour n'est pas au rendez-vous, le procédé peut confiner à la préciosité (« il marchait sur des craquements de branches », « un mauvais pressentiment le suivait à la trace »…). Exemples rarissimes et qui ne déparent pas l'ensemble.
Pour le lecteur frotté d'histoire de la philosophie, l'humour au second degré est d'une redoutable efficacité. Il s'amusera à reconnaître les yeux des métaphysiciens morts dans un douloureux et ironique chapelet, un cordon passé dans la fenêtre de leurs pupilles. Ils ne sont pas nommés, mais on repère Zénon à la parabole de l'archer et de la tortue, Pascal à l'effroi devant les deux infinis… Que le profane ne s'effraie pas : beaucoup m'ont échappé, et cela ne nuit en rien à la compréhension du récit ni au plaisir qu'il procure. C'est comme une épice exotique que l'on goûte sans la nommer, mais qui contribue à la saveur générale du plat.
Saluons enfin le traducteur, qui a réussi à trouver les mots justes dans des jeux complexes qui feraient renoncer plus d'un néophyte. Je ne sais ce qui correspond, en russe, au personnage de Untel. Car ce n'est qu'en français qu'il peut souligner : « Dans mes lettres se cache “nul”. » Faire croire qu'un livre a été écrit en français est la suprême illusion. Krzyzanowski méritait Luba Jurgenson.
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nico6358
  21 octobre 2014
Si nous y portons un peu d'intérêt, nous avons chacun l'occasion de lire les oeuvres de grands poètes, ou de brillants scientifiques. Poètes ou scientifiques avoués, ou auteurs dont l'esprit est forgé dans le même moule que, disons, Descartes ou Rimbaud.
Il est tout aussi exceptionnel de rencontrer un auteur qui allie ces deux manières de penser à un niveau aussi haut. Sigismund Krzyzanowski analyse, relie puis enlumine dans une même histoire, et avec combien d'intelligence, les visions poétique, scientifique et philosophique du monde. Créant un monde étrange, fantastique, et terriblement humain.
Le recueil m'a fait penser à ceux de Borges dans leur précision et leur poésie associée. Un anté-Borges, mais qui n'aurait pas de lien d'influence directe avec lui.
Ou, pour chercher des références, un anti-Nietzsche qui trouve la raison sur les chemins de la poésie.
Bref un recueil de nouvelles à lire. A lire au plus vite si vous m'autorisez un avis.
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Racines
  21 février 2013
Recueil de nouvelles de Sigismund Krzyzanowski, auteur d'expression russe qui a failli tomber dans l'oubli, Fantôme est publié par les décidément indispensables éditions Verdier. L'ensemble des nouvelles regroupées ici montre à la fois la belle diversité de l'inspiration de l'auteur, mais également une certaine unité thématique.
Lire la critique complète sur mon site : http://chroniques.annev-blog.fr/2013/02/chronique-livre-fantome/
Lien : http://chroniques.annev-blog..
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Vadim Perelmouter à propos de l'écrivain Krzyzanowski (1) .Vadim Perelmouter, éditeur et essayiste, raconte comment il a découvert l'écrivain Sigismund Krzyzanowski.
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