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Claude Secharel (Traducteur)
EAN : 9782864321811
142 pages
Éditeur : Verdier (01/10/1993)
3.95/5   10 notes
Résumé :
Il est question ici du triangle qui unit celui qui écrit, celui qui lit et le troisième – qui aux deux autres donne existence –, le mot. Entre les trois coule l’encre, sang noir de l’écriture.
Tout écrivain « professionnel » est un dresseur de mots. Les « tueurs de lettres » ont été de ces dresseurs ; ils ont formé ce club, étrange petite société secrète, et chaque samedi, comme d’autres jouent aux cartes, fuyant un public de lecteurs de plus en plus dé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Pirouette0001
  24 juillet 2019
Voici un livre aussi étrange que fantasque. Au sortir, je ne sais pas si j'ai aimé ou non. Plutôt oui, pour le côté inventif. Plutôt non, pour le côté recherche intellectuelle qui ne m'attire pas forcément. Il n'en reste pas moins que le propos est intéressant : pourquoi ne pas détruire tous ces écrits, n'y en a-t-il pas déjà trop, si bien que certains écrivains décident de la fin des lettres.
Sans doute un peu hermétique, mais vivifiant quand même.
Commenter  J’apprécie          210
Bologne
  19 janvier 2013
Sigismund Krzyzanowski né en 1887 à Kiev, est une des figures méconnues de la littérature russe des années 1920-1950. S'il vit dans le milieu intellectuel, par des conférences, des séminaires, des articles, ses textes subissent la censure du régime et ne seront publiés qu'en 1989, trente-neuf ans après sa mort, en 1950. Cinq livres ont été traduits en français aux éditions Verdier, entre 1991 et 2002, puis à nouveau le silence.
Pour prendre une image d'un de ses romans, il est semblable aux jardins de saint François, qu'on entoure de murs pour que les fleurs poussent librement, et sans un regard. Liberté totale de création, c'est ce que l'on ressent dans ces oeuvres atypiques, qui ne se laissent contaminer par aucune mode, mais auxquelles, parfois, il manque le regard du lecteur. Il y a la fois une inventivité débridée, une errance capricieuse du récit, où s'emboîtent des récits en abyme dont les auditeurs interrompent le cours ou modifient le dénouement, et une rigueur scientifique à pousser les raisonnements les plus captieux dans leurs conséquences logiques.
Entre le conte philosophique et la science fiction, ses romans et nouvelles s'ancrent dans les failles du réel, où l'on prend soudain conscience du néant qui lui sert de soubassement. Les six "tueurs de lettres" et leur témoin se réunissent, chaque samedi, dans une bibliothèque aux rayons vides dont les livres inexistants sont devenus palpables. Décor idéal pour une entreprise folle : tuer les lettres pour laisser vivre l'idée pure. Les récits qu'ils se racontent évoquent les pièges de l'apparence, l'impossibilité du silence, l'hypocrisie de la question... Les histoires, mouvantes, bifurquent brusquement, le dénouement est mis aux enchères. Elles constituent en fait les véritables personnages du roman, dont les protagonistes s'effacent derrière leur récit, jusqu'au suicide. Une logique souterraine se révèle brutalement, meurtrière. Et le témoin qu'ils ont piégé reçoit le lourd héritage des mots décidés à prendre leur revanche.
Il a été pour moi, à l'époque où je rédigeais le mysticisme athée, un de mes maîtres de néant. Un de ses personnage avoue, confus comme d'un secret honteux, qu'il avait eu l'impression, dans son enfance, que le monde tout entier, durant un moment infime, s'absentait à ses yeux. En trois lignes, nous nous étions reconnus. de la même expérience, nous avions conclu à la même nécessité, celle du silence, et à la même aporie : celle de devoir le rompre pour le signifier.
Un des personnages d'un de ses personnages, ayant acheté par hasard une bible du XVIIe siècle, remarque qu'un précédent lecteur (nous sommes déjà au troisième niveau de narration !) a coché en marge tous les passages où le Christ se tait. « Une chose était claire désormais : la Bonne Nouvelle qui s'annonçait, à côté des quatre autres, dans les marges jaunies du vieux grimoire, n'avait pas besoin de mots, et c'était un cinquième Évangile qui se révélait dans les marges vides : l'Évangile du silence. » Quand ce texte est paru en français, je venais de publier le troisième Testament, où apparaît la nécessité de détruire tout texte qui va à l'essentiel, et le cinquième Évangile de Krzyzanowski en semblait sorti.
Un apologue, au détour du Marque-page, nous fait comprendre ce qu'est ce livre perdu. Une petite fille rattrape en courant la diligence qui vient de partir, mais à chaque fois qu'elle saute sur le marchepied, elle perd son panier et doit descendre le ramasser. « La diligence littéraire n'attend pas, et, dans la situation actuelle, il est impossible de se hisser sur le marchepied glissant, avec la poésie sur les bras : tantôt c'est le poète qui, d'un bond, saute dans la littérature — mais on s'aperçoit alors que la poésie est restée en arrière, en dehors de la littérature ; tantôt c'est la poésie qui atteint le marchepied, un haut niveau de littérature, mais alors le poète, exclu, rejeté, se trouve dans un dehors absolu. Bien sûr, vous n'êtes pas d'accord. »
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jmfhcb
  12 mars 2012
J'ai eu envie de découvrir cet auteur après avoir vu que la traductrice, Anne-Marie Tatsis-Botton, du dernier titre de cet auteur paru chez Verdier, Souvenir du futur, avait reçu le prix de la Russophonie 2012.
C'est une bonne découverte même si je n'ai pas eu l'impression d'avoir saisi tout ce que l'auteur a voulu dire.
Ce qui m'a plu, c'est bien sûr le thème des livres. le maître des rencontres de cette "secte" a une histoire particulière avec le livre (voir l'extrait) et a réussi sa carrière en se rappelant des phrases qu'il avait lu et qu'il a ré-agencé pour faire ses propres livres. À partir du moment où il a eu trop de livre à portée de main, il n'a plus pu écrire. C'est déjà très intéressant puisque cela revient à se poser une question courante : pour écrire, doit-on avoir beaucoup lu ? À mon avis, oui mais ce n'est que mon avis.
Là-dessus arrive les histoires racontées au fil des semaines par les membres de la secte. Chaque histoire est fascinante car elle semble raconter une phase des romans, d'une manière d'écrire les livres. Cela m'a rappelé Trahisons de Charles Palliser. Là ou je n'ai pas compris, c'est que j'ai attendu le lien et quand il est apparu, il m'a semblé ténu. Ce n'est pas que la fin m'a déçu mais elle m'a paru cocasse par rapport à ce que j'attendais.
La très belle surprise est sans aucun doute le style. Dans une phrase, l'auteur arrive à passer deux, trois images. Il y a une concision impressionnante ainsi qu'une écriture qui rend tout sensible.
Ce qui est bien, c'est qu'il paraît que ce n'est pas son meilleur livre.
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YANCOU
  31 mai 2016
C'est à partir du silence des mots, ou plutôt de l'absence des livres que Krzyzanowski construit son incroyable roman intitulé le club des tueurs de lettres. Borgésien avant Borgès (ce qui n'est pas sans rappeler l'écrivain fictionnel Hugo Vernier du court roman de Perec, qui comportait dans ses écrits, et à l'avance, ceux de Germain Nouveau, Tristan Corbière ou encore Rimbaud - à part que Krzyzanowski a lui bien existé!), le génial auteur polonais, né à Kiev et qui écrivit en russe dans les années vingt du siècle dernier, signe ici un texte complexe sur la littérature qui pourrait donner le vertige s'il n'était ponctué d'un humour pince-lèvre subtil, et qui nous ramène, après une errance dans le labyrinthe de l'écrit, vers la vie (réelle). Extraordinaire.
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5Arabella
  31 juillet 2016
Un étrange club. Dans lequel les écrivains n'écrivent pas, et professent la haine du mot écrit. Mais se réunissent pour raconter des histoires qui ne doivent pas être écrites. Selon des règles imposées. Un nouveau est introduit dans les lieux, il observe et un jour va vouloir écrire ce qu'il voit et entend.
Une déception pour moi, après les deux autres livres de l'auteur que j'ai lus. L'idée de départ est intéressante, l'introduction dans laquelle l'hôte du club raconte comment il est venu à bannir le mot écrit vertigineuse, mais après cela retombe comme un soufflé. Ce sont les histoires racontée au club que pour la plupart je n'ai pas trouvées très intéressantes, et les relations entre les membres m'ont parues artificielles et pas très claires, alors qu'une tension était sensée monter.
Pour moi le moins abouti des trois livres de l'auteur que j'ai lu, mais je vais quand même encore explorer cette oeuvre, si originale.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
jmfhcbjmfhcb   11 mars 2012
Outre le bureau qui faisait office de cimetière des fictions, ma chambre était meublée d'un lit, d'une chaise et d'une étagère à livres - quatre longues planches occupant tout un mur et qui ployaient sous le faix des lettres. Ordinairement, le poêle n'avait rien à brûler et moi rien à manger. Mais j'avais pour ces livres une vénération quasi religieuse, comme d'autres pour des icônes. Les vendre ... cette idée ne m'effleurait pas jusqu'au jour où elle me fut imposée par un télégramme : "Mère décédée samedi. Présence indispensable. Venez." Le télégramme s'était abattu sur mes livres dans la matinée ; le soir même, les rayonnages étaient vides et je fourrais dans ma poche la bibliothèque métamorphosée en trois ou quatre billets de banque. La mort de celle qui vous a donné la vie est un évènement grave, très grave. C'est toujours, et pour chacun, un coin noir enfoncé dans la vie. Une fois acquittées les obligations funèbres, je m'en suis retourné vers mon misérable logis à mille verstes de là. Le jour du départ, je ne voyais rien de ce qui m'entourait, et c'est seulement à mon retour que l'effet produit par les rayonnages vides a pénétré mon esprit. Après m'être déshabillé et installé à la table, j'ai tourné les yeux vers le vide suspendu aux quatre planches noires. Quoique délivrées du poids des livres, les planches avaient conservé leur courbure, comme ployées sous la charge du vide. J'ai bien essayé de regarder ailleurs, mais, comme je l'ai déjà dit, il n'y avait dans la chambre que les rayonnages et le lit. Je me suis déshabillé et couché dans l'espoir que le sommeil chasserait la dépression. Eh bien non, après un bref répit, la même sensation m'a réveillé. J'étais couché le visage tourné vers les rayonnages et je voyais un reflet de lune tressauter le long des planches dénudées, comme si une vie à peine perceptible était en train de naître - à touches timides - là-bas, dans l'absence des livres. Bien sûr, tout cela n'était que coup d'archet sur des nerfs trop tendus, et quand le jour les eut relâchés, j'ai tranquillement examiné la béance des planches baignées de soleil et je me suis installé à mon bureau pour reprendre ma besogne habituelle. J'eus besoin d'un renseignement et ma main gauche, d'un geste quasi automatique, alla vers les rangées de livres pour ne rencontrer que le vide. Et puis encore une fois, et encore. Dépité, j'ai scruté la non-bibliothèque envahie d'un essaim de poussières de soleil, en faisant un effort de mémoire pour revoir la page et la ligne requises. Mais les lettres imaginaires que renfermait la reliure imaginaire bondissaient dans tous les sens, et au lieu de la ligne que je cherchais, j'obtenais un papillotement bigarré de mots, les lignes se brisaient et formaient des dizaines de combinaisons nouvelles. J'en ai choisi une que j'ai précautionneusement insérée dans mon texte.
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YANCOUYANCOU   31 mai 2016
"- Asseyez-vous. Vous vous demandez pourquoi il y a sept fauteuils ? Au début, il n'y en avait qu'un. Je venais ici pour converser avec le vide des rayonnages. À ces cavernes de bois noirs je demandais des idées. Patiemment, tous les soirs, je m'enfermais ici en compagnie du silence et du vide et j'attendais. Luisant d'un éclat noir, mortes et hostiles, elles refusaient de me répondre. Et moi, qui avais fini par devenir un dresseur professionnel de mots, je m'en retournais à mon écritoire. Le moment était proche où je devais honorer deux ou trois contrats littéraire et je n'avais rien à écrire. Ô, comme je les haïssais, en ce temps-là, ces gens qui éventraient avec un coupe-papier la livraison fraîchement parue d'une revue littéraire, qui encerclaient de dizaines de milliers d'yeux mon nom martyrisé et traqué ! Un fait insgnifiant me revient à l'esprit : dans la rue, par un froid sibérien, un gamin vend à la criée des lettres dorées pour marquer les bottillons de caoutchouc. Et voilà que l'idée s'impose, ses lettres et les miennes sont vouées au même sort : orner des semelles.
Oui, j'avais le sentiment que moi-même et ma littérature étions piétinés, privés de sens, et n'eût été la maladie, la situation serait restée sans doute sans remède. Subit et pénible, un mal m'a exclu pour longtemps de toute activité littéraire ; mon inconscient a pu se reposer, gagner du temps et se recharger de sens. Lorsque, encore affaibli et à peine revenu à la réalité, j'ai poussé la porte de cette chambre obscure pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis installé dans ce fauteuil et j'ai à nouveau inspecté l'absence de livres, eh bien, figurez-vous que, certes tout bas, ce vide a accepté, d'une voix à peine intelligible, de me parler comme autrefois, en une époque que je croyais irrémédiablement révolue. Comprenez, cela fut pour moi une telle...
Ses doigst heurtèrent mon épaule et il les retira précipitamment.
- Au demeurant, ni vous ni moi n'avons le loisir de nous livrer à des effusions lyriques. On va venir d'un moment à l'autre. Revenons-en aux faits. Je savais désormais que les idées exigent de l'amour et du silence. Naguère gaspilleur de fantasmes, je les ai amassés en les soustrayant aux regards curieux. Je les ai tous enfermés ici même à clef, et ma bibliothèque invisible a réapparu : fantasme contre fantasme, ouvrage contre ouvrage, exemplaire contre exemplaire, ils ont recommencé à garnir ces rayonnages. Regardez par ici, non, plus à droite, sur la planche du milieu, vous ne voyez rien, n'est-ce pas, tandis que moi... "
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   01 janvier 2018
La mort de celle qui vous a donné la vie est un évènement grave, très grave. C'est toujours, et pour chacun, un coin noir enfoncé dans la vie. (p. 9)
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Gabriel_OakGabriel_Oak   11 juin 2015
Les hommes ont désappris le commerce des idées; au lieu de regarder une idée dans les yeux, ils s'escriment à l'explorer sous la queue.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   01 janvier 2018
- J'en étais sûr. On dirait que vous faites exprès de déroger aux traditions du Club. Théâtriliser, c'est vulgariser. Si une idée est destinée au théâtre, c'est la preuve qu'elle est anémique, insuffisamment... féconde. Vous avez toujours tendance à vous sauver par le trou de la serrure, à sauter des braises de la cheminée aux feux de la rampe. Méfiez-vous de la rampe ! Cela dit, nous vous écoutons. (p. 22)
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