AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Catherine Perrel (Traducteur)Éléna Rolland-Maïski (Traducteur)Hélène Châtelain (Préfacier, etc.)
ISBN : 2864321408
Éditeur : Verdier (01/02/1992)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Les récits fantastiques de ce premier recueil, écrits entre 1926 et 1939, ouvrent un monde fascinant au sein duquel métaphores, allégories, contes et paraboles, interrogent un temps où l’absurde a fait brutalement irruption.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
le_Bison
  19 février 2012
Un composant chimique qui aurait le « pouvoir » de repousser les murs, voilà qui arrange bien Soutouline et sa minuscule chambre de la taille d'une boite d'allumettes (8 m2 au plus). Mais lorsque les murs commencent à s'éloigner, que le processus ne permet plus de faire marche arrière, que la commission de contrôle des surfaces arrive et que les distances entre la porte et son lit deviennent si éloignées que...
Sigismund Krzyzanowski est né à Kiev le 11 février 1887 et mort à Moscou le 28 décembre 1950. C'est à peu près toutes les informations connues concernant cet auteur. Jamais publié de son vivant, son talent ne sera reconnu que bien plus tard, découvert un peu par hasard. Inclassables, les Éditions Verdier se chargent d'exhumer de l'oubli les quelques écrits jusque là oubliés d'un génie ignoré de la littérature russe de ce siècle.
Un type qui n'a que pour suprême ambition dans la vie d'arriver à mordre son coude. Je vous vois déjà prêt à initier le geste pour tenter l'exploit. Mais attention, cela demande et requiert une vraie préparation, un étirement des muscles du cou, une condition physique irréprochable, et une mentalité d'acier pour répéter de façon incessante ce mouvement aberrant. Absurde ? Pas pour la population qui idolâtre ce nouvel héros de la nation russe, pas pour les intellectuels et les philosophes qui se réunissent en mouvements « pro-coudisme » (ou anti), pas pour les mercantiles qui organisent une loterie pour parier sur la réussite ou non de cet exploit.
Ce recueil de nouvelles, écrites entre 1927 et 1939, apportent un étonnant et détonnant lot d'anticipation, d'étrangéité et de surprises humaines. Entre espièglerie et subversion, aux lendemains de la Révolution Russe, cette écriture de l'absurde nourrit le lecteur d'une imagination hallucinante et débridante.
Un attrapeur de thèmes capable d'inventer une histoire loufoque et rocambolesque, de s'approprier les éléments extérieurs pour élaborer une chronique fantaisiste et fantastique...
Un inventeur qui trouve une nouvelle source d'énergie (car la fin du charbon sur Terre hantait déjà les préoccupations de notre auteur visionnaire) en élaborant une houille jaune à partir de la bile créée par la haine des hommes...
Un homme qui pénètre dans la pupille de sa nouvelle amoureuse et qui y retrouve une société à l'intérieur composée de tous ses ex, oubliés de la belle et restés captifs dans la prunelle de ses yeux...
Et vous,
Avez-vous déjà essayé de croquer votre coude,
Avez-vous déjà réussi à vous échapper de la prunelle de votre ancienne bien-aimée,
Avez-vous déjà imaginé la Tour Eiffel s'enfuir pour rejoindre la fière patrie communiste...
Qu'avez-vous fait de votre marque-page ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          151
Melopee
  11 juin 2011
Il m'en aura fallu du temps pour apprivoiser ce texte qui est, aux abords, facile d'accès mais qui devient nettement plus ardu une fois que la narration se met en place. Car Krzyzanowski part d'évènements bénins de la vie quotidienne pour faire des digressions sur l'existence, sur la philosophie et sur des thèmes nettement plus abstraits.
C'est ainsi que dans la première nouvelle - car c'est bien un recueil de nouvelles que nous avons là - nous partons d'un homme croulant sous les souvenirs accumulés dans son modeste appartement et qui en vient à retomber sur l'ami marque-page, échoué dans une de ses lectures abandonnées. Ce petit objet de tissu, tout à fait providentiel, va l'amener à réfléchir sur sa situation actuelle, sur la marche du monde. C'est un homme qui fait une rétrospective sur son passé et qui cherche à partager idées et réflexions avec de sombres inconnus mis sur son chemin. C'est ainsi que de fil en aiguille le narrateur en vient à sortir de chez lui, à venir à la rencontre de l'autre pour s'exposer dans son individualité et ses spécificités. du prétexte du marque-page, nous en arrivons à un dialogue des plus fouillés avec un inconnu, presque aussitôt surnommé l'attrapeur de thèmes. Tout parait loufoque, sans lien apparent et pourtant c'est avec une logique implacable que notre narrateur prend congé de nous en rouvrant un carnet où avait pris place le marque-page.
On se demande en fin de compte si la page où s'était arrêté le marque-page avait un intérêt quelconque dans le déferlement d'idées, dans la soudaine inspiration de notre héros. Et ce sont ces questions restées sans réponse qui laissent une certaine énigme à cette histoire sans queue ni tête.
J'ai détaillé cette première nouvelle car c'est elle qui donne son nom au livre, elle qui semble ouvrir la porte à l'imagination et nous insuffler une bonne dose de perplexité. Car je pense que l'auteur s'est voulu insaisissable et en parcourant les biographies j'ai pu voir que c'était la nouvelle qui faisait le plus écho à sa vie. On ne voit pas bien le trame autobiographique mais cette ouverture au monde peut faire écho à chacun de nous.
Car un mince objet, une relique du passé sur notre route et le champ des possibles peut à nouveau s'ouvrir soit sur ce qui a été, soit sur ce qui pourrait être.
Dans la même veine, on poursuit le voyage avec "La superficine", seconde nouvelle où un narrateur reclus dans son 8m² se voit proposer, par un visiteur du petit jour, une sorte de potion qui par application sur les murs agrandirait les pièces. Ni une ni deux, notre narrateur vide le flacon en enduisant les murs copieusement et c'est dans une sorte de douce folie que nous voyons peu à peu la pièce gagner en longueur (et pas en hauteur de plafond). On gagne en surface mais les problèmes demeurent et notre narrateur perd pied, en ne trouvant plus les murs qui s'éloignent, le laissant seul avec son lit.
Je pourrais détailler toutes les nouvelles qui ont un zeste de Kafka, une pointe de Carroll comme avec cette troisième nouvelle où un héros - toujours masculin le personnage principal - voit dans les yeux de son amie un petit bonhomme bien expressif qui lui fait signe. Au lieu de s'arrêter à la bizarrerie de la situation, le narrateur décide de suivre cette petite chose hantant la pupille de sa compagne. Et il parait tout à fait normal que notre héros se fonde sous les paupières pour voir ce qu'il en est et visiter l'étrange repère du petit homme à la pupille. Pris au piège, les yeux n'offrent que peu de champs de sortie, surtout lorsque le refuge bien agréable pour un temps est noyé dans l'obscurité par des paupières fermement baissées.
Je ne saurais trop dire comment j'ai accueilli ce recueil de nouvelles car il est vrai que j'ai eu énormément de mal à garder le fil dans la nouvelle du marque-page - dont le titre m'intriguait grandement - et ai été davantage charmée par les petits récits lui faisant suite comme la nouvelle faisant l'apologie de la haine dans un futur proche. La haine serait le principal carburant qui viendrait alimenter nos demeures donc la population est priée de haïr la société avec entrain.
Loufoque, original... voilà un recueil qui a de bonnes ressources pour exister et dont le style est plein d'intelligence.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
yv1
  21 août 2015
Six nouvelles barrées, philosophiques, bon en fait, pour Krzyzanowski, tout est prétexte à philosopher, surtout s'il s'agit de Kant.
- le marque-page : comment de la redécouverte d'un marque-page soyeux, de qualité qui ne souffre pas de côtoyer des pages banales, le narrateur, se retrouve à écouter les histoires d'un "attrapeur de thèmes" qui invente plus vite qu'il respire des histoires folles.
- Superficine : une substance bien appliquée sur les murs d'une chambrette de 8 m2 peut en augmenter les volumes, mais attention aux conséquences.
- Dans la pupille : un homme voit dans l'oeil de sa bien-aimée un petit homme. Dès qu'il ne le voit plus, il refuse de voir son amie en plein jour, jusqu'à ce que ce petit homme lui raconte sa vie et la vie dans l'oeil de cette jeune femme
- La treizième catégorie de la raison : Kant a théorisé douze catégories de la raison ; et s'il en existait une supplémentaire ? Un fossoyeur voit et entend les morts qu'il enterre.
- La métaphysique articulaire : un homme répond à un questionnaire, il est le numéro 11 111 et son objectif dans la vie est de "mordre son coude", ce qui irait à l'encontre d'un proverbe russe célèbre.
- La houille jaune : la terre va mal et l'énergie fossile est manquante, toute activité va bientôt cesser. le professeur Lekr trouve une idée originale pour créer de l'énergie : se servir de la haine humaine.
Certaines nouvelles ne sont pas exemptes de longueurs, mais chaque début d'histoire et même d'histoire dans l'histoire est un ravissement. Sigismund Krzyzanowski sait raconter et nous perdre -avec bonheur- dans les dédales de son esprit fantasque. Il sait être drôle, ironique, satirique, savant, critique de la société de l'époque, des philosophes qui s'emparent de tous les sujets, qui ont des opinions sur tout : "les philosophes qui parlent du monde aux hommes voient le monde, mais ne voient pas que, dans ce même monde et à trois pas d'eux, leur auditeur meurt tout simplement d'ennui" (p.128) Il est également ce qu'on appellerait aujourd'hui un visionnaire puisqu'il décrit une terre en pleine crise écologique (La houille jaune) à cause du profit à tout prix, une société qui marche totalement sur la tête et qui s'empare d'un phénomène de foire pour faire des affaires (La métaphysique articulaire), de nos jours, cet homme qui tente de mordre son coude serait une "star" de la télé et des émissions bas de gamme ; il parle aussi de littérature et des écrivains qui ne recherchent que la gloire : "Des écrivains de valeur ! (...) Il faudrait diviser votre premier mot en deux : écri-vains. de vains écrits sans valeur. Effectivement ce n'est pas ce qui manque."(p.29), on pourrait même croire que Sigismund Krzyzanowski connaissait le phénomène de la rentrée littéraire française : "les lourds camions littéraires de ces dernières années roulant à vide traversèrent avec fracas ma mémoire." (p.15)
Il bâtit ses histoires, parfois en partant d'un rien, juste d'une idée farfelue, comme cet homme qui veut mordre son coude, ce fossoyeur qui voit et entend les morts ou ce petit homme qui vit dans l'oeil d'une femme et à chaque fois son idée monte en puissance, dérive vers des considérations philosophiques, sociétales : ses personnages sont totalement déjantés, mais ses réflexions sont intelligentes, fort bien formulées et passionnantes.
Une lecture décapante et originale, pas banal pour des écrits impubliés en leur temps et qui datent de presqu'un siècle. A découvrir absolument
Lien : http://lyvres.fr
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
zoukplouf
  06 décembre 2013
Ce livre est un recueil de nouvelles comme il y en a peu. On y apprend qu'un produit appliqué sur les murs a la propriété d'agrandir la pièce que limite ceux-ci et où un homme devient un héros national à force d'essayer de se mordre le coude.
Des nouvelles intéressantes, bien écrites mais surtout d'une originalité remarquable. Un résultat qui me fait penser à un milieu entre les nouvelles de Gogol et les récits de Jonathan Swift. Ce qui rend le livre d'autant plus intriguant, c'est l'histoire de l'auteur même. Connu et estimé dans le milieu des arts à l'époque, époque où Staline sévit et où la publication de livres doit se plier à des diktats serrés... et on peut imaginer que Staline et la Créativité en littérature ne faisaient sûrement pas très bon ménage à l'époque... ce n'est que 40 ans après sa mort que Sigismund Krzyzanowski (si vous jouez au Scrabble, retenez ce nom !) sera plublié. Les six nouvelles du recueil sont ciselé d'une écriture fine et efficace.
On s'étonne et on s'émerveille. Un petit livre précieux et injustement méconnu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
MelopeeMelopee   11 juin 2011
La mode du N°11 111 s'amplifiait non de jour en jour, mais presque de minute en minute. Un bel esprit faisant l'exégèse du chiffre 11 111 déclara que l'individu désigné par ce nombre était "cinq fois unique". Dans les magasins de vêtements pour hommes, on mit en vente des vestes de coupe particulière, dénommées les "coudines", avec des rabats amovibles (à boutons), permettant à loisir et sans retirer son vêtement de s'exercer à se mordre le coude. Beaucoup de gens devenus coudomanes cessèrent de fumer et de boire. [...] autour de l'os du coude on portait d'élégants adhésifs rouges et de fausses cicatrices imitant morsures et égratignures fraiches.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
yv1yv1   21 août 2015
les philosophes qui parlent du monde aux hommes voient le monde, mais ne voient pas que, dans ce même monde et à trois pas d'eux, leur auditeur meurt tout simplement d'ennui (p.128)
Commenter  J’apprécie          40
yv1yv1   21 août 2015
Des écrivains de valeur ! (...) Il faudrait diviser votre premier mot en deux : écri-vains. De vains écrits sans valeur. Effectivement ce n'est pas ce qui manque.(p.29)
Commenter  J’apprécie          40
le_Bisonle_Bison   19 février 2012
Proverbe Russe

« Ton coude est tout près, mais le mordre tu ne pourras jamais »
Commenter  J’apprécie          40
Videos de Sigismund Krzyzanowski (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sigismund Krzyzanowski
Vadim Perelmouter à propos de l'écrivain Krzyzanowski (1) .Vadim Perelmouter, éditeur et essayiste, raconte comment il a découvert l'écrivain Sigismund Krzyzanowski.
autres livres classés : anticipationVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les plus grands classiques de la science-fiction

Qui a écrit 1984

George Orwell
Aldous Huxley
H.G. Wells
Pierre Boulle

10 questions
2954 lecteurs ont répondu
Thèmes : science-fictionCréer un quiz sur ce livre