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ISBN : 9791092622225
Éditeur : Éditions Le Bateau Ivre (07/10/2016)
Résumé :
Une cité minière du nord de la France. Une femme nous invite dans sa cuisine autour d'un café, comme cela se fait. Elle parle de ses origines polonaises, de son père, elle l'a perdu jeune, de son mari. Elle évoque ses bonheurs, sa solitude, les fantômes du passé.
" Henri était gai, il chantait tout le temps, comme mon père. Comme lui il avait de belles mains, et longues, et bronzées. Comme mon fils. Car il a les mains de son père et de son grand-père. Ses mai... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
chtimi5962
11 juillet 2017
Étant moi-même originaire du nord, c'est aussi une partie de mon histoire familiale que j'ai lue. Je me suis très vite attachée à cette femme, cette épouse, cette mère qui nous dévoile autant ses bons que ses „moins“ bons moments. En lisant ses confidences, j'ai ri et j'ai même eu parfois les larmes aux yeux car Yannick Kujawa, par le choix de ses mots, a su créer une certaine intimité entre son personnage et le lecteur. Mais au delà de ce destin de femme, « Elle dit » aborde également des sujets toujours brûlants : l'intégration réussie des mineurs polonais dans le Nord – Pas-de-Calais à partir des années 1920-1930 qui ont su concilier leurs traditions avec les valeurs de la République française. Ou encore la disparition des petits cinémas de quartier, des bals dansants, des tournois de boules, de cartes ou toutes ces activités sociales (souvent proposées par les sociétés minières d'ailleurs - quelles sont les entreprises qui en proposent encore aujourd'hui ?) qui permettaient aux gens de se retrouver le soir pour prendre le temps de se parler, ou simplement d'être ensemble sans avoir les yeux rivés toute la soirée sur un téléphone....
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YEDOV
16 juillet 2017
Elle dit de Yannick Kujawa
Transmission est le premier mot qui me vient à la lecture de ce nouvel opus de Yannick.
Après Sommes, l'auteur continue d'explorer la cellule familiale.
Elle dit des mots. Elle dit la mère et le fils l'écoute. En Afrique, il est dit que lorsqu'une personne âgée meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît. Grâce à cette transmission, la continuité s'écrit. Et l'échange se fait parce que l'auteur nous donne en partage ces mots simples d'une existence simple et sacrifiée à l'autel de la Réalité. Elle, donne le ton, le goût de l'écriture par la parole donnée. La mère fait un deuxième don après celui de la Vie. L'Amour se transmet et se grave dans la Mémoire. Alors quel juste et bel hommage en retour que nous donne le fils. Ne vous méprenez pas : elle ne radote pas, elle évoque.
Yannick confirme son talent de narrateur et impose son parti pris pour l'autofiction livrée sans fard et avec ses phrases si justes d'authenticité.
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JeanPierreDalies
21 juillet 2017
BONNE À TOUT DIRE
l'Invention du fils-écrivain
Ce n'est sans doute que ça, un fils. La voix de sa mère. de même qu'un écrivain n'est rien d'autre, à la fin, que quelqu'un qui entend des voix. de vieilles voix increvables ; leur intarissable murmure. Yannick Kujawa a fait, avec Elle dit, une entrée remarquée dans cette famille particulière. Les fils-écrivains.
(...)
Elle dit. le récit maternel dans tous ses états. Elle dit tout. Les parents, le mari, les enfants. Elle dit tout le familial. Une vie, chapitre par chapitre ; l'amour, le tourment, la mort ; comme un album-photo en toutes lettres. Je laisse au lecteur le soin émouvant d'entrer dans cette vie. Cette vie de peu, cette vie de rien – cette vie de l'amour de la vie malgré tout.
(...)
Le fils-écrivain règle la note pour toute la famille. Chacun son héritage. Il met tout sur la table. La peau et les mots. Sa plume-scalpel taille dans le vif de la fiction maternelle. Jusqu'à l'os de l'amour. C'est une fable mise à nu. Par son légataire même. Ce récit des origines remonte, à sa façon lyrique et sociologique, à l'origine des récits. À la blessure intime de la parole elle-même. Au commencement était la Mère. La Mère comme Verbe.
(...)
Elle a toujours aimé ça. Écrire. C'est ça qu'elle aurait voulu faire. « Secrétaire ». Elle aurait préféré coudre des phrases plutôt que des habits. Bonne à tout dire plutôt que bonne à tout faire. C'est à son fils qu'elle va passer ça. Cette manie d'empêchée. C'est lui qui sera couturier du texte. Styliste de cet autre tissu. C'est lui qui prendra la relève.
(...)
C'est l'invention du fils comme écrivain. L'invention du fils-écrivain. D'une certaine façon il ne dit que ça. Ce beau livre d'amour. Il raconte comment un fils devient écrivain pour faire un livre avec ce qu'elle dit. Sa mère, sa mère fabuleusement mortelle, sa chimère.
Éxtraits de la préface d'Yves Charnet
Lien : https://www.facebook.com/LeB..
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MichelGrosDumaine
11 juillet 2017
Elle dit, de Yannick Kujawa est avant tout l'histoire d'une transmission et d'une écoute. La transmission d'une mère, l'écoute d'un fils, dans une tentative d'éclaircissement historial de l'intime, de re-saisissement de soi et de quelques autres dans le grand fleuve de l'usure du temps, de l'oubli. Elle dit, est aussi le titre d'une modestie. Un titre volontairement inapproprié où l'auteur ne laisse momentanément entrevoir que la main blanche du scribe alors même que le travail d'écriture excèdera le seul champ de la transcription du dire. Elle dit, est incontestablement une re-naissance, celle de la voix du fils-écrivain qui vient faire sienne et autre la voix de la mère. L'autofiction existentielle de la mère qui se dit, qui se donne et fait matière à un dépassement de ses impasses par l'autre voie, par l'entremise du fils passeur, celle de l'écrit. L'écrit, la voix. Est-ce cela un écrivain, un tripatouilleur de voix qui ne se satisfait pas de les entendre et qui cherche, géomètre de scansions nouvelles, d'autres résonnances propres à enrichir la seule palette de l'existant, comme une modestie définitive où l'ex-sistence nous tient reclus?
Michel Gros Dumaine

Lien : https://michelgrosdumaine.bl..
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LeBateauIvre
21 juillet 2017
Yannick Kujawa est né en 1973, il enseigne les Lettres.
Les trois ouvrages qu'il a déjà fait paraître se caractérisent par la place accordée à l'intime.
D'abord influencée par le surréalisme (" D'un Constant l'autre"), son écriture cherche rapidement à affronter plus frontalement le réel.
"Sommes", son deuxième texte, paru aux Editions Henry, constitue une oraison funèbre à la mémoire du père, un lieu de conflit, où le « Je » de l'auteur trouve peu à peu à s'affirmer.
À l'inverse, dans "Elle dit," qui paraît aux Éditions le Bateau ivre, Yannick Kujawa choisit de s'effacer pour donner la parole à sa mère, en restituant la voix de celle-ci. Un texte qui joue sur les genres, entre témoignage et fiction. C'est ainsi que par le récit de sa vie fait par la mère au fils l'autobiographie prend toute sa dimension romanesque.
Sommes et Elle dit, forment par ailleurs un diptyque consacré à l'univers minier du nord de la France, vu à travers le prisme familial.
Lien : http://lebateauivre.fr/
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Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
LeBateauIvreLeBateauIvre21 juillet 2017
Elle dit, Il ne se plaint pas. Fait des efforts pour ne pas trop me blesser. Il me prend la main, me sourit en silence. Il fait son boulot de malade. De patient. D’Homme. Il ne rate jamais une consultation. Ni une séance de chimio. Ou de radiothérapie. La rancœur n’a pas disparu. Ces vieilles prises de bec, on continue de s’y fatiguer. Comme une vieille rengaine amère. Compliquée d’une complicité plus ancienne. Plus profonde, plus forte, sans moi il ne sait pas faire, sans lui je suis dépourvue. Il continue de boire, je me demande où il trouve les bouteilles. Il m’arrive de le laisser boire sans lui dire que je le laisse boire. Son regard s’apaise un peu. Retrouve prise. Puis il pique des colères. Tient des discours incompréhensibles. S’arrête net en plein milieu d’une phrase. Des débuts de gestes violents. Mais c’est à moi de m’occuper de lui. À personne d’autre. Il n’y a plus personne d’autre. Il n’y a que moi. Plus que moi et mon homme.

Elle dit, Il sort fumer une cigarette dans le jardin de derrière, en traînant son appareil. Je le regarde par la fenêtre. Le visage amaigri. Les cernes qui bouffent le visage. Il est bouffi. Il tire sur le filtre, grimace. Expire doucement. Il jette ses cendres dans le jardin. Dans ce jardin, il ne fait plus rien. Je vois bien que c’est un peu inquiet qu’il lorgne du côté des voisins. J’hésite à aller me promener un peu à Douai. À aller me coucher quelques minutes dans la chambre. Il y a le tronc coupé du grand sapin. Il y a l’atelier, le bois gondole. J’observe mon mari. J’ai la poitrine qui se soulève. Il a gardé ses cheveux.
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LeBateauIvreLeBateauIvre21 juillet 2017
Mon père dans la cité, à Waziers, sous les pieds de mon père la boue, trois ans avant sa mort. On refaisait la chaussée, les hommes discutaient entre eux, ils sortaient en début de soirée parfois. Mon père aimait parler, il a eu un coup de froid je crois. Quelque chose s’est passé qui a tout déclenché. C’était déjà plein de charbon là-dedans, dans sa poitrine, il est sorti les sabots aux pieds, ceux avec la fourrure de lapin, son blouson vert en peau sur le dos. Il est allé vers ses camarades, les rues étaient boueuses malgré le froid, ça collait aux sabots. La réfection de la chaussée avançait, le quotidien en serait amélioré, c’était une bonne chose, ça montrait qu’on considérait les mineurs, le travail qu’ils fournissaient.

Mon père est allé vers ses camarades, ils ont parlé, ils ont ri. À coup sûr il a été question de la production du jour, des frayeurs de l’un, des joies de l’autre, de tel éboulement, de telle blague que celui-ci avait faite à cet autre. Je ne sais pas de quoi ils ont parlé, mais ils ont parlé, les sabots dans la boue, et ils ont ri, parmi ces maisons de briques roses et grises.

Et puis mon père a commencé à mourir, du charbon, ou plutôt du silice, bref du sol dans les poumons, il s’est noyé, c’est ainsi, la terre a commencé à appeler la peau de mon père. On l’a enterré, au-dessus de Léon, le premier mari de ma mère. On l’a enterré et on l’a oublié, un peu plus chaque jour. Sauf moi. Je veux me souvenir, je veux continuer à parler.
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LeBateauIvreLeBateauIvre21 juillet 2017
J’ai gardé un morceau, un extrait du journal de l’usine, on y voit ma mère au travail. Elle est sur la photo, de profil, à la machine, avec le foulard sur la tête, on voit son bras droit dénudé, sa robe claire, il doit faire chaud là-dedans. Il n’y a pas de lumière on dirait, à moins que ce soit la photo, la photo ça déforme, on la nomme ma mère, dans la légende on la nomme, on dit son nom, on précise aussi celui de sa collègue que l’on voit juste derrière, ma mère est au poste qui précède, elle prépare les plaques. C’était la sucrerie qui éditait ça. Je me demande s’ils éditent toujours ces petits journaux. Je me demande si c’est plus dur aussi. À l’époque ils expliquaient tout aux ouvriers, on les mettait en valeur.

Est-ce que ma mère sourit ? On ne voit pas bien. – Au dos on parle des investissements réalisés, de l’agrandissement des infrastructures du développement considérable mais néanmoins calculé du site. On est dans la culture d’entreprise. En 1960 on peut être une vedette à l’usine, pouffer de gêne, peut-être, en découvrant son visage dans le journal, gêne dont sourd une sorte de fierté, le rouge vous monte au front, vous imaginez tous les regards tournés vers vous, on vous charrie dans le train du retour, parce que vous êtes un bon ouvrier, une bonne ouvrière, parce que vous êtes ma mère. Vedette à l’usine, vedette d’un jour. Tu parles. Que ça tourne à plein régime. C’était dur.
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LeBateauIvreLeBateauIvre21 juillet 2017
La mort de mon père c’était loin déjà, enfin pas tant que ça, mais quand même. Ma mère ne voulait pas me nourrir comme ça, à ne rien faire. La première fois que je suis allée à l’usine c’est l’une de mes ciotka, l’une de mes tantes, qui m’a amenée, qui m’a présentée. On m’a regardée, on a dit d’accord, on m’a donné une machine. Ça a duré quelques temps. Le hangar gigantesque, des vitres de tous les côtés. Sous les verrières, l’hiver, on se les caillait. La chaleur des machines ne suffisait pas, pas question de porter des gants, avec des gants impossible de travailler. On gardait nos manteaux, on se couvrait la tête, on avait les doigts transis, bleuis. L’été, les doigts empêchaient encore le travail, dans le hangar ça suait
comme pas permis. Le contremaître se plaçait derrière, il se mettait à râler. La cadence. Comme les autres, sous le mince tablier réglementaire, je ne portais qu’une culotte et un soutien-gorge. L’autre se mettait à menacer. La cadence. Fallait pas être pudique.

Sur les machines rien que des femmes. J’aurais voulu être secrétaire. Après le Certificat il aurait fallu continuer. Comme ma cousine, devenue professeure. Ou une autre qui a fini directrice à EDF. J’aimais lire, je n’étais pas bête. La couture m’a longtemps dégoûtée. Coudre ça a été un métier.
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LeBateauIvreLeBateauIvre21 juillet 2017
Écrire a toujours été pour moi un plaisir. Et ce, même dans les moments difficiles. J’ai aimé écrire à mon mari, Henri, quand on se fréquentait, quand il faisait son service militaire. Tous les jours il avait une lettre. Au moins une. Dans mes lettres je lui disais ce que j’avais sur le cœur, dans cette jolie langue qu’est le français, avec cette belle écriture qu’on m’envie tant. Pour dire son sentiment, il faut de belles lettres bien formées, une belle orthographe, de jolies phrases. À l’école, j’étais bonne en orthographe, mais les rédactions c’était mon régal. Le samedi matin. Une fois la directrice a été saisie, on avait fait une rédaction sur le thème du laboureur et elle avait lu la mienne. J’avais employé le mot fourbu, elle s’est étonnée de ce que je connaisse ce mot. Qu’est-ce que vous voulez dire par là, Anita ? m’a-t-elle demandé. J’ai répondu que c’était comme si la machine lui passait sur le corps. J’étais fière de mon coup. C’était ça être fourbu de fatigue. C’est comme si l’outil se retournait contre
nous, comme si le travail, au lieu de nous nourrir, nous renvoyait à la terre, dans d’atroces souffrances.
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