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ISBN : 9791092622225
Éditeur : Éditions Le Bateau Ivre (07/10/2016)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Une cité minière du nord de la France. Une femme nous invite dans sa cuisine autour d'un café, comme cela se fait. Elle parle de ses origines polonaises, de son père, elle l'a perdu jeune, de son mari. Elle évoque ses bonheurs, sa solitude, les fantômes du passé.
" Henri était gai, il chantait tout le temps, comme mon père. Comme lui il avait de belles mains, et longues, et bronzées. Comme mon fils. Car il a les mains de son père et de son grand-père. Ses mai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
ssstella
  08 octobre 2017
Je me délecte de prendre entre mes mains ce petit livre à la couverture douce comme une peau de bébé, présage de la poésie du texte qu'il contient. Il nous dit, une vie simple, pas toujours facile, où le goût des petits moments de bonheur se veut plus persistant que celui des rêves abandonnés.
"Elle dit, J'ai continué à coudre. J'ai fait des jupes, des robes, catalogue Burda, les patrons sur la table de cette cuisine, sur cette table-là, formica, le tracé à la craie, la découpe du patron, j'étais douée. Les habits pour les amies, les habits pour mes enfants. J'habillais mon monde. Mais je n'étais pas secrétaire. Je n'avais pas le droit à cette machine aux mille touches, ni au chignon. Aux lunettes profillées à l'américaine. Cinéma. Seins en obus. Hollywood. La route des étoiles. - Mauvaise distribution. Pas pour moi les doigs qui à l'écran frappent les touches, les martèlent, poignets rigides qui marquent la présence au monde, tchac, tchac, tchac, musique mécanique, code morse, indéchiffrable. Guerre, charme, émancipation. Faites une place aux femmes. Non pas pour moi. de toute façon, je n'étais pas faite pour ça, j'en ai conscience à présent. Au fond de moi j'avais décidé de tout sacrifier à la famille." p.29
Tous les chapitres commencent par "Elle dit,", en italique, et derrière ce sont les paroles de la mère avec des phrases sobres et évocatrices, elle égraine sa vie douce amère dans une cité minière du nord. Elle dit, ...ses parents "polaks", la cité minière, son père mort du charbon ; elle dit l'usine, son mari, l'amour, les déceptions ; elle dit, ses enfants, l'éclat des vacances au soleil.
Tout cet assemblage qui fait une vie... ces moments heureux, tristes, joyeux, nostalgiques... c'est aussi le fils qui les diffuse de cette façon indirecte pour dire son amour à sa mère.
"Fils des mères encore vivantes, n'oubliez plus que vos mères sont mortelles." Albert Cohen, le Livre de ma mère.
À noter la belle préface de Yves Charnet qui rend hommage à l'écriture de Yannick Kujawa : ..."Une vie, chapitre par chapitre ; l'amour, le tourment, la mort ; comme un album-photo en toutes lettres. Je laisse au lecteur le soin émouvant d'entrer dans cette vie. Cette vie de peu, cette vie de rien - cette vie de l'amour de la vie malgré tout."...
J'espère avoir donné envie à quelques "babeliotes" de découvrir ce petit livre... il vaut le coup !
Pour ma part, je dis un sincère merci à Babelio et aux éditions le Bateau Ivre pour cette belle lecture.
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chtimi5962
  11 juillet 2017
Étant moi-même originaire du nord, c'est aussi une partie de mon histoire familiale que j'ai lue. Je me suis très vite attachée à cette femme, cette épouse, cette mère qui nous dévoile autant ses bons que ses „moins“ bons moments. En lisant ses confidences, j'ai ri et j'ai même eu parfois les larmes aux yeux car Yannick Kujawa, par le choix de ses mots, a su créer une certaine intimité entre son personnage et le lecteur. Mais au delà de ce destin de femme, « Elle dit » aborde également des sujets toujours brûlants : l'intégration réussie des mineurs polonais dans le Nord – Pas-de-Calais à partir des années 1920-1930 qui ont su concilier leurs traditions avec les valeurs de la République française. Ou encore la disparition des petits cinémas de quartier, des bals dansants, des tournois de boules, de cartes ou toutes ces activités sociales (souvent proposées par les sociétés minières d'ailleurs - quelles sont les entreprises qui en proposent encore aujourd'hui ?) qui permettaient aux gens de se retrouver le soir pour prendre le temps de se parler, ou simplement d'être ensemble sans avoir les yeux rivés toute la soirée sur un téléphone....
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Lect71
  03 octobre 2017
Elle dit, un livre proposé par Masse critique sur Babelio. Merci.
Une cité minière du nord de la France. Une femme nous invite dans sa cuisine autour d'un café, comme cela se fait. Elle parle de ses origines polonaises, de son père, elle l'a perdu jeune, de son mari. Elle évoque ses bonheurs, sa solitude, les fantômes du passé.
Elle dit, de Yannick Kujawa c'est un autobiographie écrite en mode biographie. C'est la vie, pas superficielle mais profonde.
Une femme, une épouse, une mère se fait l'historienne de son passé. Elle dit, l'autre écoute, la vie qui se compose et se décompose.
Les semblants de joie, les vrais bonheurs, les petites tristesses, les grandes peines.
La couverture du livre vert espoir est en fait vert nuit comme l'annonce de la noirceur de la mine, le travail, la maladie, la mort.
Elle dit, un symbole pour une liberté espérée, la condition humaine et le progrès social.
L'écriture de Yannick Kujawa rend encore plus émouvant les faits, les anecdotes, la réalité du moment.
C'est simplement humain.
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YEDOV
  16 juillet 2017
Elle dit de Yannick Kujawa
Transmission est le premier mot qui me vient à la lecture de ce nouvel opus de Yannick.
Après Sommes, l'auteur continue d'explorer la cellule familiale.
Elle dit des mots. Elle dit la mère et le fils l'écoute. En Afrique, il est dit que lorsqu'une personne âgée meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît. Grâce à cette transmission, la continuité s'écrit. Et l'échange se fait parce que l'auteur nous donne en partage ces mots simples d'une existence simple et sacrifiée à l'autel de la Réalité. Elle, donne le ton, le goût de l'écriture par la parole donnée. La mère fait un deuxième don après celui de la Vie. L'Amour se transmet et se grave dans la Mémoire. Alors quel juste et bel hommage en retour que nous donne le fils. Ne vous méprenez pas : elle ne radote pas, elle évoque.
Yannick confirme son talent de narrateur et impose son parti pris pour l'autofiction livrée sans fard et avec ses phrases si justes d'authenticité.
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NadouBouquine
  13 novembre 2017
J'ai reçu ce livre dans le cadre de la Masse critique Babelio, merci pour cet envoi.
Autant être honnête de suite, je n'ai pas accroché à cet ouvrage.
J'en attendais effectivement autre chose.
Etant moi-même originaire du Nord - Pas de Calais avec des origines polonaises, je pensais trouver dans ce roman, les choses que me raconte ma famille, un peu plus de sujets ayant attrait au monde des mineurs...
Malheureusement, je n'y ai pas trouvé mon compte, trop d'espoir, une envie de découvrir une autre histoire...
L'auteur nous livre ici le témoignage de sa mère, touchant certes, mais trop personnel, pas assez varié, cela reste cependant un bel hommage d'un fils-écrivain à sa mère.
Les chapitres parfois longs, parfois très courts, m'ont lassés.
Attention, ce livre n'est pas mauvais, il n'as juste pas fonctionné sur moi.
Je retiendrai la souffrance de cette mère dans une vie et un contexte difficile, mais pas de joie ou de bonheur.

Lien : http://nadoubouquine.fr/Arti..
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
ssstellassstella   08 octobre 2017
Elle avait dû se débrouiller seule, ma mère. les hommes semblaient voués à succomber, malgré leur courage, leur force. Ils passaient. Mangés par le charbon, par la terre, de l'intérieur. La poussière nous rentre dedans, et ça nous bouffe. La poussière salive à force de nous rogner au-dedans. On crache noir, jusqu'à ce que tout soit consommé, jusqu'à ce que tout, au dehors, devienne noir, et crachat.
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LeBateauIvreLeBateauIvre   21 juillet 2017
Elle dit, Il ne se plaint pas. Fait des efforts pour ne pas trop me blesser. Il me prend la main, me sourit en silence. Il fait son boulot de malade. De patient. D’Homme. Il ne rate jamais une consultation. Ni une séance de chimio. Ou de radiothérapie. La rancœur n’a pas disparu. Ces vieilles prises de bec, on continue de s’y fatiguer. Comme une vieille rengaine amère. Compliquée d’une complicité plus ancienne. Plus profonde, plus forte, sans moi il ne sait pas faire, sans lui je suis dépourvue. Il continue de boire, je me demande où il trouve les bouteilles. Il m’arrive de le laisser boire sans lui dire que je le laisse boire. Son regard s’apaise un peu. Retrouve prise. Puis il pique des colères. Tient des discours incompréhensibles. S’arrête net en plein milieu d’une phrase. Des débuts de gestes violents. Mais c’est à moi de m’occuper de lui. À personne d’autre. Il n’y a plus personne d’autre. Il n’y a que moi. Plus que moi et mon homme.

Elle dit, Il sort fumer une cigarette dans le jardin de derrière, en traînant son appareil. Je le regarde par la fenêtre. Le visage amaigri. Les cernes qui bouffent le visage. Il est bouffi. Il tire sur le filtre, grimace. Expire doucement. Il jette ses cendres dans le jardin. Dans ce jardin, il ne fait plus rien. Je vois bien que c’est un peu inquiet qu’il lorgne du côté des voisins. J’hésite à aller me promener un peu à Douai. À aller me coucher quelques minutes dans la chambre. Il y a le tronc coupé du grand sapin. Il y a l’atelier, le bois gondole. J’observe mon mari. J’ai la poitrine qui se soulève. Il a gardé ses cheveux.
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LeBateauIvreLeBateauIvre   21 juillet 2017
Mon père dans la cité, à Waziers, sous les pieds de mon père la boue, trois ans avant sa mort. On refaisait la chaussée, les hommes discutaient entre eux, ils sortaient en début de soirée parfois. Mon père aimait parler, il a eu un coup de froid je crois. Quelque chose s’est passé qui a tout déclenché. C’était déjà plein de charbon là-dedans, dans sa poitrine, il est sorti les sabots aux pieds, ceux avec la fourrure de lapin, son blouson vert en peau sur le dos. Il est allé vers ses camarades, les rues étaient boueuses malgré le froid, ça collait aux sabots. La réfection de la chaussée avançait, le quotidien en serait amélioré, c’était une bonne chose, ça montrait qu’on considérait les mineurs, le travail qu’ils fournissaient.

Mon père est allé vers ses camarades, ils ont parlé, ils ont ri. À coup sûr il a été question de la production du jour, des frayeurs de l’un, des joies de l’autre, de tel éboulement, de telle blague que celui-ci avait faite à cet autre. Je ne sais pas de quoi ils ont parlé, mais ils ont parlé, les sabots dans la boue, et ils ont ri, parmi ces maisons de briques roses et grises.

Et puis mon père a commencé à mourir, du charbon, ou plutôt du silice, bref du sol dans les poumons, il s’est noyé, c’est ainsi, la terre a commencé à appeler la peau de mon père. On l’a enterré, au-dessus de Léon, le premier mari de ma mère. On l’a enterré et on l’a oublié, un peu plus chaque jour. Sauf moi. Je veux me souvenir, je veux continuer à parler.
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LeBateauIvreLeBateauIvre   21 juillet 2017
J’ai gardé un morceau, un extrait du journal de l’usine, on y voit ma mère au travail. Elle est sur la photo, de profil, à la machine, avec le foulard sur la tête, on voit son bras droit dénudé, sa robe claire, il doit faire chaud là-dedans. Il n’y a pas de lumière on dirait, à moins que ce soit la photo, la photo ça déforme, on la nomme ma mère, dans la légende on la nomme, on dit son nom, on précise aussi celui de sa collègue que l’on voit juste derrière, ma mère est au poste qui précède, elle prépare les plaques. C’était la sucrerie qui éditait ça. Je me demande s’ils éditent toujours ces petits journaux. Je me demande si c’est plus dur aussi. À l’époque ils expliquaient tout aux ouvriers, on les mettait en valeur.

Est-ce que ma mère sourit ? On ne voit pas bien. – Au dos on parle des investissements réalisés, de l’agrandissement des infrastructures du développement considérable mais néanmoins calculé du site. On est dans la culture d’entreprise. En 1960 on peut être une vedette à l’usine, pouffer de gêne, peut-être, en découvrant son visage dans le journal, gêne dont sourd une sorte de fierté, le rouge vous monte au front, vous imaginez tous les regards tournés vers vous, on vous charrie dans le train du retour, parce que vous êtes un bon ouvrier, une bonne ouvrière, parce que vous êtes ma mère. Vedette à l’usine, vedette d’un jour. Tu parles. Que ça tourne à plein régime. C’était dur.
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LeBateauIvreLeBateauIvre   21 juillet 2017
La mort de mon père c’était loin déjà, enfin pas tant que ça, mais quand même. Ma mère ne voulait pas me nourrir comme ça, à ne rien faire. La première fois que je suis allée à l’usine c’est l’une de mes ciotka, l’une de mes tantes, qui m’a amenée, qui m’a présentée. On m’a regardée, on a dit d’accord, on m’a donné une machine. Ça a duré quelques temps. Le hangar gigantesque, des vitres de tous les côtés. Sous les verrières, l’hiver, on se les caillait. La chaleur des machines ne suffisait pas, pas question de porter des gants, avec des gants impossible de travailler. On gardait nos manteaux, on se couvrait la tête, on avait les doigts transis, bleuis. L’été, les doigts empêchaient encore le travail, dans le hangar ça suait
comme pas permis. Le contremaître se plaçait derrière, il se mettait à râler. La cadence. Comme les autres, sous le mince tablier réglementaire, je ne portais qu’une culotte et un soutien-gorge. L’autre se mettait à menacer. La cadence. Fallait pas être pudique.

Sur les machines rien que des femmes. J’aurais voulu être secrétaire. Après le Certificat il aurait fallu continuer. Comme ma cousine, devenue professeure. Ou une autre qui a fini directrice à EDF. J’aimais lire, je n’étais pas bête. La couture m’a longtemps dégoûtée. Coudre ça a été un métier.
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