AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782072892905
192 pages
Éditeur : Gallimard (16/04/2020)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 536 notes)
Résumé :
" Tu m'as souvent dit vouloir écrire un jour un roman où aucun mot ne serait sérieux. Une Grande Bêtise Pour Ton Plaisir. J'ai peur que le moment ne soit venu. Je veux seulement te prévenir : fais attention. " J'incline la tête encore plus bas. " Te rappelles-tu ce que te disait ta maman ? J'entends sa voix comme si c'était hier : Milanku, cesse de faire des plaisanteries. Personne ne te comprendra. Tu offenseras tout le monde et tout le monde finira par te détester... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  05 octobre 2011
Le narrateur – Milan Kundera lui-même – et sa femme Vera ont décidé de passer la soirée dans un château de campagne où se déroule un congrès d'entomologistes.
Deux cents ans auparavant, ces lieux ont été le théâtre d'un roman libertin de Vivant Denon intitulé « Point de lendemain » dans lequel un jeune gentilhomme passe une folle nuit d'amour en compagnie d'une belle Comtesse avant de s'apercevoir qu'il n'a été utilisé que pour détourner les soupçons du mari de la dame de son véritable amant ; « Madame de T avait besoin d'un paravent afin que le Marquis restât insoupçonné aux yeux du mari »…
A l'instar du jeune chevalier du XVIIIème, divers personnages participant au congrès vivent ce soir-là des évènements particuliers qui les affectent au plus profond d'eux-mêmes. Jeune entomologiste, Vincent désire faire un coup d'éclat mais ne parvient qu'à se ridiculiser auprès de la femme qu'il souhaite séduire ; un vieux savant tchèque dissident par lâcheté, prend douloureusement conscience de l'imposture et du dérisoire de sa vie ; tandis qu'une journaliste de télévision entend de la bouche de l'homme à qui elle voue un amour fantasmé, les pires mots qu'une femme amoureuse puisse entendre.
Alors que les personnages d'aujourd'hui ne désirent rien d'autre qu'oublier au plus vite les tristes évènements de la nuit, a contrario, le chevalier du XVIIIème cherche à prolonger la nostalgie du souvenir dans la lenteur du mouvement.
Cette pensée de l'oeuvre de Vivant Denon devient le point de départ d'une réflexion sur notre monde moderne où vitesse et oubli sont désormais les maîtres mots, à la différence du monde ancien, celui libertin, jouissif et épicurien du XVIIIème siècle, où l'homme prenait encore le temps de rêver, de séduire, d'aimer et de penser.
« Notre époque est obsédée par le désir d'oubli et c'est afin de combler ce désir qu'elle s'adonne au démon de la vitesse »
En partant de ce postulat, Milan Kundera inter-croise les histoires de ses personnages, fusionne les récits, ausculte les états d'âme et les réactions des uns et des autres, et entrelace les fils du temps pour tresser un singulier et surprenant ouvrage, où le fictif se fond au réel, où la réflexion philosophique se mêle au canevas de la fiction, où le roman se combine à l'essai, offrant ainsi une insolite variation sur le concept de « Lenteur », génératrice de mémoire, de beauté, d'esprit de liberté et de recherche hédoniste des sens.
C'est le premier texte écrit par Kundera directement en français ; des phrases brèves, minimales, qui vont puiser leur force dans leur sobriété, leur mesure, la justesse concise et nette de leur argumentation.
A travers une intrigue romanesque réduite à l'essentiel, l'écrivain tchèque pose avant tout un regard aiguisé sur notre époque contemporaine où l'homme moderne, en perdant la faculté de lenteur, a effectivement gagné en vitesse, mais a perdu dans l'éphémère de ses actions et ses pensées, la propension au bonheur et au plaisir dont la lenteur portait la marque.
Vitesse de locomotion, de l'image, de la science, de l'amour, des manifestations du désir…Vitesse bien souvent castratrice, dépassionnée, ne servant qu'à faire oublier à l'homme moderne son insignifiance, sa faiblesse, sa lâcheté, sa risible et pathétique tentative de s'imposer aux yeux des autres et du monde.
L'auteur ne cache pas non plus le désagrément que lui cause la constatation de l'appauvrissement politique et culturel de notre monde, une époque où le Paraître est plus important que l'Être, où les politiques ne sont que des « danseurs » prêts à toutes les fourberies pour grimper dans les sondages, une époque enfin où le pouvoir des médias, par le défilé continu d'informations sensationnalistes - une image forte chassant l'autre – réduit l'impact moral et la conscience collective de chacun d'entre nous en le dotant d'une mémoire passagère, provisoire, évanescente et corruptible car : « quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même ».
« La Lenteur »…ouvrage léger, ironique et plaisant, entre roman et essai, qui, sous ses airs de galéjade et de plaisanterie littéraire, est un texte beaucoup plus profond qu'il n'y paraît auquel ne manque ni l'humour, ni la réflexion, ni les raisonnements à méditer.
Un éloge de la lenteur et un pamphlet contre l'ère de la vitesse à tout prix.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          460
Alzie
  08 juin 2018
Un couple, celui de l'auteur et sa femme, roule vers un relais château vilipendant leur siècle de vitesse, se retrouvant hôtes d'un lieu qu'ils connaissent déjà au milieu d'un colloque d'entomologistes européens. Parmi ces éminents scientifiques reclus au château émerge à côté du couple, après quelques chapitres, la figure d'un savant tchèque oublié, découvreur d'une mouche inconnue, que sa mise à l'écart sous l'ère communiste a transformé en ouvrier musculeux du bâtiment. Complètent cette galerie un ou deux intellectuels français poseurs et donneurs de leçons, autant épris de bons mots que de leur image, un jeune chevalier des temps modernes sympathique (Vincent) adepte de « La Philosophie dans le boudoir » et amoureux de sa moto (sa vraie maîtresse celle qui lui donne l'extase de la vitesse), son mentor inventeur d'un fameux concept (celui de « judo moral »), un cameraman frustré et deux jeunes femmes à fort potentiel érotique (Julie et Immaculata). Ce qui ressemble à une bouffonnerie exhibitionniste comique et peu flatteuse digne du vingtième siècle finissant (ce que son titre est loin de suggérer et qui rend sa (re)découverte plus savoureuse) devient au fil des pages une réflexion percutante questionnant la recherche du plaisir et sa finalité. le récit est court - le livre se lit très vite - et se déroule au cours d'une nuit très agitée, rythmé par le sommeil de Vera (la femme de l'auteur) entrecoupé de ses réveils. La mémoire de l'auteur rapidement sollicitée par la vision d'une autre nuit, précédant de deux siècles celle qu'ils sont en train de vivre, dont les personnages de l'hôtel ont l'air de rejouer le même motif. Superbe juxtaposition de scènes aux rythmes opposés offerte par le regard du romancier narrateur soulevant le rideau du temps au-dessus de deux époques. La nouvelle de Vivant Denon, « Point de lendemain », agit comme sous-texte vivifiant à la fable contemporaine. À des personnages qui déploient en public la palette de leurs capacités narcissiques et sexuelles et leurs déboires burlesques entre le bar et la piscine de l'hôtel, Kundera oppose en contrepoint l'art et l'esprit révolu du libertinage. Une autre mise en scène, (parade) tout aussi sexuelle et codifiée, écrite par un gentilhomme ordinaire de la cour du roi et publiée la première fois sous couvert d'anonymat en 1777. Entre roman/farce et essai corrosif on est à cent lieues des précédents écrits de l'écrivain mais on reconnaît immédiatement dans La lenteur, en concentré, le ton unique qui est le sien. Direct, féroce, salace, un soupçon désenchanté, anti-lyrique. Avec ici en prime un côté malpoli ou incorrect dans les dialogues, jubilatoires à la relecture il faut dire, de ce premier livre écrit en français (1995). La portée des observations sur notre culte de l'efficacité, de la vitesse et de l'ego est toujours aussi vérifiable aujourd'hui. Au tempo disjoncté auquel sont soumis les personnages contemporains en présence dans le relais château, les séquences pondérées plus réflexives de « Point de lendemain » offrent la lente respiration du temps des cabinets secrets et de celui des carrosses et des chaises à porteurs, soulignent l'esprit épicurien d'un texte porté par le verbe et l'action sans souci de séduction par le style. Spirituel, fantasque et baroque avec de subtils apartés philosophiques, politiques et littéraires ou de plus joyeuses et loufoques digressions narratives. Nocturne d'une beauté totalement incongrue avivée par l'écho lointain magnifique et fantasmé du récit d'un autre siècle et qui s'achève comme lui au petit matin.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          327
ahasverus
  07 avril 2012
Milan Kundera est un auteur à tiroirs. Vous trouverez toujours dans ses livres quelque chose que vous n'aviez pas remarqué.
Paru en 1995, La Lenteur est son premier roman rédigé directement en Français. Il met en scène des personnages d'une nouvelle du 18ème siècle, (un chevalier, une Comtesse, un Marquis, un cocu), une journaliste amoureuse d'une célébrité, un congrès d'entomologistes et quelques trublions. Tout ça en un même chateau où l'auteur et son épouse passent la nuit.
Avec un sens aigu de l'anecdote, Kundera développe le ridicule des personnages et le grotesque des situations.
Du suicide raté de la journaliste hystérique suivie par son mari en pyjama jusqu'à l'entomologiste tchèque perdu dans ses émotions et dans les coutumes françaises, tout est dérision. L'auteur, qui veut écrire un livre où rien n'est sérieux, nous offre des dizaines de pages absolument savoureuses et d'une grande drôlerie. Des pages où, de l'entomologiste à la journaliste, du trublion à l' intellectuel prétentieux , chacun vient faire son tour de piste dans le petit halo de la célébrité et du ratage.
Toujours à l'exercice, Milan Kundera présente brillamment des situations paradoxales et des mots pris à contre-pied : une tentative de suicide gaie, un libertinage sexuel triste, un "dissident" héros par lâcheté. Comme à son habitude, il utilise les mésaventures de ses personnages pour se livrer à des réflexions et à des circonvolutions autour de la voix - la célébrité - les Liaisons Dangereuses et la divulgation des secrets - la quête du pouvoir - la lenteur et le bonheur.
Et du bonheur, les 183 pages de ce livre léger et agréable en regorgent. A recommander à ceux qui n'ont pas encore fait connaissance avec l'auteur, et que le statut de l'Insoutenable Légèreté de l'Être effraie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
cicou45
  01 novembre 2012
Contre l'avis prédominant, je n'ai pas vraiment accroché avec cet ouvrage. Pour être exacte, je me suis plus égarée que régalée dans cette lecture dans laquelle trois histoires se superposent les unes aux autres.
Tout commence par la venue du narrateur / auteur avec sa femme Véra dans un château pour y passer quelques jours. A cette première histoire vient se greffer, celle d'une nouvelle du XIIIe siècle dont l'auteur n'a été reconnu que très tard et dont l'intrigue se situe dans ce même château. L'histoire est celle d'une femme, Madame de T. , très libertine, qui trompe à la fois son mari et son amant mais également celui qui est l'amant de l'amant. Enfin, en parallèle de la première histoire ( je ne sais pas si vous me suivez toujours), se déroule également dans ce même lieu un congrès des entomologistes au court duquel un savant tchèque va à la fois se ridiculiser et retrouver un peu de sa superbe et dans la nuit qui va suivre, Vincent, lui, un ami du narrateur et un autre des protagonistes de ce roman, va perdre de lui toute estime.
Un roman qui fait une superbe éloge de la lenteur, il est vrai et qui est extrêmement bien écrit mais dans lequel je me suis un peu emmêlé les pinceaux. de plus, j'ai également trouvé, concernant, tout ce qui a un rapport avec l'acte sexuel évoqué dans ce livre qu'il y avait de nombreux passages vulgaires et grossiers et donc, pour ceux qui me connaissent un peu à travers mes critiques, savent que c'est bien là une chose à laquelle je suis extrêmement sensible, peut-être un peu trop, je le reconnais.
Pour avoir rencontré Milan Kundera il y a quelques années à la fête du livre d'Aix-en-Provence, je ne peux que flatter sa plume et son élocution mais je dirais simplement que je n'ai sûrement pas dû commencer par le bon livre !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          240
cedratier
  11 septembre 2017
«La lenteur» Milan Kundera (183p, Folio Gallimard)
Le prétexte de ce court roman est assez emberlificoté. le narrateur (« Je », dont tout est fait pour qu'on pense que c'est Kundera lui-même), arrive avec sa femme Vera dans un hôtel campagnard installé dans les murs d'un ancien château où se tient un colloque d'entomologistes. Cette demeure fut le cadre d'une nouvelle réellement écrite par un auteur libertin au XVIIIème siècle. Milan Kundera, lui-même en quête d'une trame romanesque, va au fil du récit décrypter cette nouvelle, l'analyser, et la mettre en perspective avec le monde d'aujourd'hui, tel que le vivent quelques-uns des participants au dit colloque… jusqu'à faire se rencontrer un chevalier en habit d'époque et un des personnages contemporains.
Mais ce scénario assez folklorique n'est justement qu'un prétexte pour, comme c'est souvent le cas chez l'écrivain tchéco-français, en digressant très habilement et fréquemment, lui permettre de distiller nombre de réflexions particulièrement fines sur le monde d'aujourd'hui qu'il observe en spectateur, détaché et distant, avec un humour désespéré.
Ce premier roman de Kundera écrit directement en français est d'abord un éloge de la lenteur, que le monde moderne ne reconnait plus. Et la lenteur, c'est la mémoire : « -Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire (…) Un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose dont le souvenir lui échappe (…) machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu'un qui essaie d'oublier un incident pénible qu'il vient de vivre accélère à son insu l'allure de sa marche comme s'il voulait vite s'éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui ». Ainsi notre époque se sent elle « écoeurée d'elle-même, (…) elle ne souhaite plus qu'on se souvienne d'elle. ».
C'est aussi une critique acide, acerbe, d'un certain milieu intello-mondain qui se donne aux médias et n'existe que par eux (dans certains passages, j'ai cru lire une caricature de BHL). La satire est aussi féroce que drôle. Kundera dissèque le comportement de ses contemporains avec une lucidité implacable, avec une précision diabolique d'entomologiste justement, il ne leur laisse rien passer, et sous sa plume acérée le ridicule (les érections à contretemps d'un Vincent dont le désir s'est réduit, condensé sur un « trou du cul ») le dispute au pathétique (les loupés de l'entomologiste tchèque). Et lorsque l'auteur pointe les méfaits de l'immédiateté et de l'éphémère de l'actualité, on se dit que sa thèse (son roman est écrit en 1995) a été largement créditée par le développement ultérieur des réseaux sociaux.
En contrepoint de ce monde, les personnages de la nouvelle libertine du XVIIIème que l'auteur convoque avaient un autre sens de l'hédonisme, dont la finalité rappelle-t-il n'est pas le plaisir, mais le chemin vers le plaisir, sa conquête. Certes il n'est pas dupe sur cette époque révolue, qui savait elle aussi se donner en spectacle, s'exposer, avec les moyens de l'époque. Et d'ailleurs : « - la forme épistolaire des « Liaisons dangereuses » n'est pas un simple procédé technique qui pourrait être remplacé par un autre. Cette forme est éloquente en elle-même, elle nous dit que tout ce que les personnages ont vécu, ils l'ont vécu pour le raconter, le transmette, le communiquer, le confesser, l'écrire. ». Un peu comme sur Facebook ? Mais on sent qu'il regrette pourtant ce monde-là (plus sophistiqué ?) avec son art de la conversation… et de la séduction qui se sont perdus ; comme s'il voulait laisser entendre au lecteur qu'il s'est trompé de siècle.
L'écriture de Kundera, le plus souvent simple, est particulièrement efficace, pleine d'humour, il manie parfois l'hyperbole emphatique avec brio (« - Pontevin sait se taire si souverainement que même la Voie Lactée, impressionnée par son silence, attend, impatiente, la réponse. »
Et si le tableau que l'auteur brosse de la farce sociale est « tragi-grotesque », c'est aussi plus profondément celui d'une condition humaine contre laquelle, pour Kundera, contrairement au discours théâtral et dérisoire de certains de ses personnages, il n'y a pas de révolte possible…
Entre roman et essai, une écriture forte, intelligente, qui marque.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60

Citations et extraits (86) Voir plus Ajouter une citation
MorgouilleMorgouille   14 juin 2009
Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Evoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. A ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui.
Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          520
Bill_VeuzayBill_Veuzay   05 octobre 2012
Si une femme me dit : je t'aime parce que tu es intelligent, parce que tu es honnête, parce que tu m'achètes des cadeaux, parce que tu ne dragues pas, parce que tu fais la vaisselle, je suis déçu ; cet amour a l'air de quelque chose d'intéressé. Combien il est plus beau d'entendre : je suis folle de toi bien que tu ne sois ni intelligent ni honnête, bien que tu sois menteur, égoïste, salaud.
Commenter  J’apprécie          250
MorgouilleMorgouille   14 juin 2009
Le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. De cette équation on peut déduire divers corollaires, par exemple, celui-ci : notre époque s’adonne au démon de la vitesse et c’est pour cette raison qu’elle s’oublie facilement elle-même. Or je préfère inverser cette affirmation et dire : notre époque est obsédée par le désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse ; elle accélère le pas parce qu’elle veut nous faire comprendre qu’elle ne souhaite plus qu’on se souvienne d’elle ; qu’elle se sent lasse d’elle-même ; écoeurée d’elle-même ; qu’elle veut souffler la petite flamme tremblante de la mémoire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
cicou45cicou45   31 octobre 2012
"Le sentiment d'être élu est présent, par exemple, dans toute relation amoureuse. Car l'amour, par définition, est un cadeau non mérité ; être aimé sans mérite, c'est même la preuve d'un vrai amour."
Commenter  J’apprécie          210
vinsanevinsane   11 février 2014
En ralentissant la course de leur nuit, en la divisant en différentes parties séparées l'une de l'autre, madame de T. a su faire apparaître le menu laps de temps qui leur était imparti comme une petite architecture merveilleuse, comme une forme. Imprimer la forme à une durée, c'est l'exigence de la beauté mais aussi celle de la mémoire. Car ce qui est informe est insaisissable, immémorisable. Concevoir leur rencontre comme une forme fut tout particulièrement précieux pour eux vu que leur nuit devait rester sans lendemain et ne pourrait se répéter que dans le souvenir.
(chapitre 11)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60

Videos de Milan Kundera (25) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Milan Kundera
Milan Kundera : Le roman comme exploration de l’existence (France Culture / Répliques). Diffusion sur France Culture le 06 juin 2020. Milan Kundera • Crédits : C.Helie Gallimard. Inspiration pour de nombreux lecteurs, et notamment pour d'autres écrivains, la plume de l'auteur d'origine tchèque Milan Kundera en a bouleversé plus d'un. Entretien avec Guy Scarpetta et Lakis Proguidis sur les ressorts de l’œuvre de ce grand romancier et penseur. Dans les années 1970, l'Université était en proie au démon de la théorie, comme le titre de l'ouvrage de l'écrivain Antoine Compagnon. On ne jurait que par le signifiant, le texte, la structure. On dénonçait l'illusion référentielle, on refermait l'oeuvre sur elle-même. On s'enivrait du passage de l'écriture d'une aventure à l'aventure de l'écriture. La modernité se définissait par la rupture avec la représentation. Puis arrive Milan Kundera, qui nous raconte sans ciller une histoire toute différente. L'auteur de “L'Insoutenable légèreté de l'être” (1984) se présente comme un praticien et un amoureux de l'art moderne. Il avance que la modernité, ce n'est pas la rupture, mais c'est avancer vers de nouvelles découvertes sur la route héritée. Il nous dit aussi que le roman est “un travail d'exploration de l'existence”. Afin de débattre des actualités du grand auteur d'origine tchèque, Alain Finkielkraut reçoit les écrivains Guy Scarpetta et Lakis Proguidis. Tous trois ont été profondément bouleversés par la découverte de l’œuvre de Kundera.
« Cette expérience de l'avant-garde qui avait dominé les années 1970 en était arrivée à un point d'épuisement. Kundera, pour moi, a remis les pendules à l'heure, d'une certaine façon. Il a permis d'insérer l'expérience littéraire et romanesque à la fois dans une autre histoire et dans une autre généalogie. Et d'opérer un retour de notions qu'on avait déclarées périmées auparavant, comme la représentation, le personnage, l'intrigue etc. Mais un retour qui n'était pas une simple réplique. C'était plutôt une manière de reprendre, de revivifier, de réactiver des notions qu'on avait un peu trop vite condamnées. Et ça ouvrait sur une fantastique liberté d'écriture. » Guy Scarpetta
Écrivain de romans, Milan Kundera est également l'écrivain des écrivains, tant il en a influencé, notamment avec “L'Art du roman” (1992), son grand essai sur la littérature :
« Le chemin du roman se dessine comme une histoire parallèle des Temps modernes. Si je me retourne pour l’embrasser du regard, il m’apparaît étrangement court et clos. N’est-ce pas Don Quichotte lui-même qui, après trois siècles de voyage, revient au village déguisé en arpenteur ? Il était parti, jadis, pour choisir ses aventures, et maintenant, dans ce village au-dessous du château, il n’a plus de choix, l’aventure lui est imposée : un misérable contentieux avec l’administration à propos d’une erreur dans son dossier. Après trois siècles, que s’est-il donc passé avec l’aventure, ce premier grand thème du roman ? Est-elle devenue sa propre parodie ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Que le chemin du roman se termine par un paradoxe. » Milan Kundera, “L'Art du roman”
Source : France Culture
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Littérature tchèqueVoir plus
>Littératures indo-européennes>Balto-slaves : Bulgare, macédonienne, serbo-croate>Littérature tchèque (42)
autres livres classés : littérature tchèqueVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Milan Kundera

Presque tous les romans de Kundera comportent le même nombre de parties : quelle est la structure type de ses romans ?

3 parties
5 parties
7 parties

10 questions
100 lecteurs ont répondu
Thème : Milan KunderaCréer un quiz sur ce livre

.. ..