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EAN : 9782234079144
560 pages
Éditeur : Stock (14/01/2015)

Note moyenne : 3.19/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Reno a trois passions : la vitesse, la moto et la photographie. Elle débarque à New York en 1977 et s’installe à Soho, haut lieu de la scène artistique, où elle fréquente une tribu dissolue d’artistes rêveurs, narcisses qui la soumettent à une éducation intellectuelle et sentimentale. Reno entame alors une liaison avec l’artiste Sandro Valera, fils d’un grand industriel milanais qu’elle suit en Italie où ils sont bientôt emportés dans le tourbillon de violence des a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  24 janvier 2017
Ayant découvert Rachel Kushner à l'occasion du dernier Festival America 2016, je me suis lancée dans la lecture de ce livre, son deuxième : LES LANCE-FLAMMES, titre très attractif et pour lequel elle a été finaliste du National Book Award.
Après son premier roman en 2008, Telex de Cuba (prix du California Book Award), LES LANCE-FLAMMES a également reçu des éloges de grands écrivains américains.
Par exemple (entre autres) :
Colum McCann : « C'est une des expériences littéraires les plus excitantes et électrisantes que j'ai eue au cours de cette décennie… On y trouve des échos de de Lillo, de Doctorow, de Carey. Rachel Kushner a un talent extraordinaire dévoué au paysage, à la vie, à la langue ».
Jonathan Franzen ; « Kushner est en train de devenir très rapidement un auteur majeur et passionnant ».
Karen Russell : « LES LANCE-FLAMMES est à la hauteur de son titre incendiaire. Je recommande ce livre étonnant à tous ceux que je connais ».
Etc, etc …
Autant dire que les éloges ont fusé de toutes parts.
Je me suis donc lancée dans ma lecture où j'ai fait connaissance avec l'héroïne, Reno, qui a trois passions : la vitesse, la moto et la photographie et son désir est de devenir une artiste célèbre. L'histoire se passe dans les années 70. le début du roman m'a beaucoup intéressée car Reno y parle de motos, décrit sa participation à la Speed Week à Bonneville, sur une plaine de sel et son accident (au fait, moi aussi j'aime la vitesse, d'où mon intérêt).
De plus, il y est question de Sandro Valera dont la riche famille italienne a fait fortune dans le caoutchouc et a, justement, fabriqué le modèle de moto que Reno rêve d'acquérir.
Avec tout cela, elle parle aussi de sa passion pour la photo et, justement, tout ou presque est susceptible d'être immortalisé grâce à cela.
De temps en temps, allusions aux événements qui marquent l'Italie – les années de plomb – avec les Brigades rouges. Et de nombreux autres sujets sont évoqués.
Après un certain nombre de pages (je ne sais plus quand), mon intérêt a diminué et j'ai été irritée car je trouvais que Reno parlait trop, de tout, sans arrêt : cela me faisait l'impression de ne pas pouvoir couper la parole à quelqu'un lorsqu'il est bien lancé. Alors je me suis mise à lire en diagonale, à sauter des pages. Peut-on dire que Rachel Kushner en a un peu trop rajouté ou est-ce mon impression personnelle ?
Et puis, j'ai repris ma lecture normalement. Ce qui peut jouer en faveur de l'écrivaine, c'est que, justement, avec ses longues divagations, elle décrit tout et parfaitement. Pour ma part, j'espérais en lire un peu plus sur le drame arrivant en Italie.
Mais ce n'est pas pour autant que je n'ai pas aimé ce roman. Il risque juste d'égarer un peu le lecteur avec ses plus que nombreuses descriptions mais il vaut la peine d'être lu.
Dans ses Remerciements, elle explique que l'image de couverture est tirée du numéro 10 de I Ilsà, journal du groupe I Volsci D'Autonomia Operaia (P. 541). de plus, dans ce qu'elle appelle Crédits (P.542), elle nous donne les références des photos figurant dans le livre ainsi que de certaines chansons dont il est question.
Avec Les LANCE-FLAMMES (titre incendiaire dont j'ai trouvé la signification dans les pages 505 et 508), Rachel Kushner a signé un roman très ambitieux, qui fait preuve d'une grande imagination, qui parle également de politique.
Enfin, un livre qui nous emporte dans un tourbillon de violence mais aussi d'amour, non seulement charnel mais aussi amour de sa liberté et son envie de continuer de vivre avec sa chère moto.
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traversay
  25 février 2015
Un grand merci à l'inégalable Masse critique de Babelio et aux Editions Stock.
Le deuxième roman de Rachel Kushner, Les lance-flammes, a été porté aux nues par plusieurs auteurs anglo-saxons parmi les plus célèbres. Ce qui, au demeurant, est plutôt inquiétant : quand des écrivains adoubent l'un des leurs, le lecteur lambda se sent un peu prisonnier d'opinions de gens qui savent mieux que lui ce qu'est un bon livre. Non ? Non, pas forcément, puisque tous les avis se valent. Les Lance-flammes contient de très bonnes choses à commencer par un portrait très dense d'une héroïne, Reno, qui traverse les années 70 à grande vitesse entre les ateliers d'artistes de New York et une villa bourgeoise dans les environs du lac de Côme, en passant par la Rome des "années de plomb" et le Grand Lac Salé, à moto s'il vous plait. Dans ses meilleurs moments, le livre va à toute berzingue et il est passionnant à lire. Mais, oui car il y a un mais, Rachel Kushner s'arrête parfois à des feux rouges virtuels et nous inflige de longues conversations fastidieuses ou encore s'empêtre dans des digressions sur l'air du temps. On a franchement l'impression que la romancière en remet un peu pour "faire" plus littéraire au point que le style dépasse le fond. A la lire, on se sent un peu comme le cachet d'aspirine au contact de l'eau : effervescent un temps et puis impuissant une fois l'effet initial absorbé. Des qualités d'écrivain, Rachel Kushner en possède, c'est irréfutable, et un remarquable sens du découpage narratif (voir les flashbacks sur le grand-père du fiancé de Reno, qui a fait fortune avec le caoutchouc, du Brésil à l'Italie fasciste). Porté par un bel élan, Les lance-flammes est parfois freiné par un excès de travail sur la forme. Mais Rachel Kushner a le feu sacré, il faudrait aveugle pour ne pas le voir. Et on est curieux de voir l'adaptation que Jane Campion tirera de cette somme de près de 550 pages s'il se confirme qu'elle la tourne bien.
Lien : http://cin-phile-m-----tait-..
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VALENTYNE
  02 septembre 2019
Hasard de lecture, je lis ce roman juste derrière "John l'enfer" qui se déroulait en 1977 à New-york. Pour celui ci c'est la même date et New-York est un lieu important dans ce roman, (ainsi que le Nevada et l'Italie)
Au départ on suit deux histoires en parallèle : D'un côté, un italien nommé Valera en 1912, de l'autre USA - Nevada 1977- avec un début sur les chapeaux de roues : Une jeune femme artiste (photographie et cinéma) participe à une course de vitesse dans le désert du Nevada : 238 km/heure, la moto part dans le décor ....suspense... on repart en Italie dans les années 30...
On se doute rapidement que les histoires vont se rejoindre : L'italien de 1917 a pour nom de famille Valera et est passionné de moto (il est dans l'armée dans une section de motocyclistes) et la jeune femme a une moto Valera et un ami qui s'appelle Valera également.
Finalement, l'histoire qui a lieu en 1977 prend assez vite le pas sur l'autre histoire «italienne » qui se déroule par " bond " entre les années :  1912,1917,1939, 1950...
On finit par « suivre » seulement Reno (surnom de la jeune femme qui est originaire du Nevada),  elle vient de finir ses études et se rend à New-York dans le but de devenir une artiste reconnue : elle a 21 ans, plein d'illusions et devient rapidement amoureuse de Sandro (Valera), un artiste célèbre d'une quarantaine d'années.
Le milieu de l'art à New-York dans les années 79 m'a à la fois plu et semblé bien vain : être original à tout prix, s'étourdir dans des fêtes,....
Les personnages secondaires m'ont également intéressée (surtout Ronnie Fontaine, l'ami de Sandro : sympathique, ambigu, jeune homme issu d'un milieu pauvre qui se retrouve célèbre du jour au lendemain grâce a son art)
Sandro et Reno partent quelques jours en Italie dans la famille de celui ci : une révélation pour Reno ...la confrontation avec la violence dans l'Italie des années 1970 et la prise de conscience de la différence entre les classes sociales.
En conclusion : le portrait passionnant de l'évolution d'une jeune femme (durant deux ans, de 21 à 23 ans) même j'ai trouvé quelques longueurs cependant sur la vie "artistique et nocturne dans le New York de la fin des années 70."
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soltan
  22 mars 2015
Les Lance flammes me laisse perplexe.
Face à ces quelques 500 pages, j'ai tout d'abord été un peu perdue car la narration alterne entre deux époques : le New York des années 70 dans lequel on suit Reno, jeune femme aspirant à devenir artiste ; la fin de la Première Guerre mondiale, en Italie, à laquelle participe Valera au sein d'un escadron motorisé. le lien entre les deux époques et ces personnages n'apparaît pas immédiatement. On comprendra par la suite que le Valera de ce début du XXe siècle n'est autre que le père du petit ami de Reno dont on va suivre le parcours à travers les décennies durant lesquelles il construira un empire industriel basé sur la fabrication de motos et de pneus.
Le deuxième aspect qui ne m'a pas convaincue tient au fait que la grande majorité des personnages que croise Reno lorsqu'elle vit à Soho est tout simplement insupportable : qu'ils aient déjà acquis une reconnaissance dans le milieu artistique ou qu'ils cherchent à s'y faire une réputation, ils sont imbus de leur personne et aiment s'entendre discourir. Nous avons donc droit à de multiples divagations à propos de sujets divers qui pour ma part m'ont généralement laissée de marbre. Il en est de même lorsque Reno part en Italie et y rencontre la famille de Sandro Valera, la palme d'or du personnage haïssable revenant sans conteste à la mère !
Enfin, le dernier point négatif (et non des moindres) tient au personnage de Reno lui-même. Jeune femme ayant quitté son Nevada natal pour un haut lieu artistique de New-York, elle souhaite y percer grâce à la vidéo. Or, si elle a de vagues projets, elle ne réalise finalement pas grand chose à ce niveau. D'autre part, sa relation aux hommes (en particulier Sandro), toujours plus âgés qu'elle, m'a agacée. Elle semble se laisser conduire, porter par les faits et les gens, passivement. le seul trait de caractère positif qu'on peut lui reconnaitre est le fait qu'elle s'adapte rapidement à des milieux sociaux radicalement différents.
Si je m'arrêtais là, on pourrait croire que j'ai détesté ce roman de bout en bout. Or, ce n'est pas le cas. Et c'est bien pour ça que je ne sais pas quoi en penser. Car au milieu de tout ce qui m'est apparu comme des aspects négatifs, certains passages et personnages sont de franches réussites. Par exemple, la description de la participation de Reno à une course de vitesse, la Speed Week, à Bonneville, sur une immense plaine de sel. Ou encore les scènes de pillages lors d'une coupure d'électricité à New York. le récit d'un soulèvement populaire au cours d'une manifestation en Italie est également excellent. le personnage de Burdmoore, ancien membre des Motherfuckers, un gang armé révolutionnaire ayant sévi au milieu des années 60, nous raconte les hauts faits de ce groupe marginal et c'est un plaisir ! Enfin, le récit du parcours du père de Sandro, notamment les manières de procéder en Amérique du Sud afin de récolter le caoutchouc au moindre coût en réduisant en esclavage les indiens autochtones, est franchement intéressant. La qualité et l'originalité de l'écriture sert à merveille la description de scènes hors normes.
Voilà pourquoi ce roman me laisse un sentiment extrêmement mitigé. A découvrir afin de se faire son propre point de vue.
Il m'a été donné de lire ce livre dans le cadre d'une opération Masse critique, je remercie donc grandement Babelio ainsi que les éditions Stock.
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TheFunkyFreshLibrary
  14 septembre 2016
Reno a terminé ses études en Beaux-Arts- spécialité vidéo- dans une université du Nevada, et part pour New York sur sa moto Valera, une autre de ses passions.
A la fin des années 70, New-York palpite de son marché de l'art florissant, bercé par les effluves toujours palpables de la Factory, et les artistes conceptuels et minimalistes. Reno, assez ingénue pour rester candide tout en ayant une réelle ambition, est « choisie » par Sandro Valera, fils du richissime constructeur de motos italien, lui-même célèbre représentant du Minimal Art. En rupture avec sa famille qui a traversé sans encombre la seconde guerre mondiale, nous suivrons, en parallèle de l'histoire de Reno, le destin du patriarche Valera et de ses descendants, du futurisme italien aux Brigades Rouges.
Avis
C'est bel et bien un roman “d'apprentissage” que nous livre ici Rachel Kushner. Férue de moto et d'art, comme Reno, on se demande tout au long du livre quelle est la part d'inspiration autobiographique, l'enjeu qui aurait lancé son envie d'écrire ce roman. Quel dommage qu'elle n'est pas été plus présente dans les échanges pendant le Festival America!!! Je n'ai même pas pu la rencontrer…
Peu importe.
S'il est intéressant d'écrire une chronique “à chaud”, laisser passer un peu temps permet parfois de mieux rendre justice à l'auteur. Je suis sortie de ce livre en me disant, “beau projet dommage que ses relecteurs ne lui aient pas conseillé de couper un certain nombre de passages, bien trop bavards. Dommage que ses proches ne lui aient pas fait comprendre que certaines ficelles narratives soient si visibles qu'elles rendent fastidieux ce qu'elle voudrait passionnant”. Ce qui fait que j'ai abrégé par moi-même quelques chapitres. Pourtant, même si les logorrhées de quelques personnages ou le jeu stylistique des répétitions peuvent frôler la complaisance formelle, ces “défauts” d'un deuxième roman ont aussi un avantage: nous plonger dans un certain endroit de vide (par ces artistes contemporains amoureux de leur propre voix) et de disponibilité (par Reno, celle qui les écoute, ouverte à toutes les expériences). Encore indéterminée amoureusement et artistiquement, elle se promène, ainsi que ces petits derniers de contes de fée, réceptive à ce qui arrive et nous permet de suivre avec elle une galerie de personnages nuancés et attachants, le portrait d'une époque, somme toute. Dans tous les cas, elle grandit, et la vacuité qui semble caractériser ce moment de sa vie, la forme sans doute à tout jamais: discussion, trahison, déception, espoir, attente, doute… Un passage à l'âge adulte baigné par le doux regard de la jeune femme.
De plus, Rashel Kushner nous permet d'embrasser tout le 20è siècle, entre Italie et Etats-Unis, le début de l'art moderne et l'avènement de l'art contemporain. A lire sans aucun doute, fort des défauts et des qualités de l'ouvrage.
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critiques presse (1)
Telerama   04 mars 2015
Le geste romanesque de Rachel Kushner est sûr, et sa maîtrise à la hauteur de son ambition : livrer, ici, un roman d'apprentissage formidablement moderne, spéculatif autant qu'électrique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
nadiouchkanadiouchka   25 janvier 2017
Tu sais ce que Freud a écrit à sa fiancée ? Ma chérie, pendant que tu récurais l’évier, je résolvais l’énigme de la structure du cerveau.
P.419
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nadiouchkanadiouchka   24 janvier 2017
Les Arditi étaient appelés les Flammes noires. Les Alpini, les Flammes vertes, lui disait son père. Les Bersaglieri étaient les Flammes rouges, des tireurs d’élite qui couraient au lieu de marcher.
P.505
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VALENTYNEVALENTYNE   02 septembre 2019
On lançait la grenade, elle explosait là où elle avait atterri alors que l’on était déjà loin. On ne la lançait pas en courant désespérément pour se mettre à l’abri, mais en roulant virement, droit devant, main sur l’accélérateur de sa moto Pope dorée – vroum et boum. Boum.
De tout le bataillon d’assaut, les opérateurs de lance-flammes avec leur double réservoir et leur masque à gaz étaient les figurines préférées de Sandro. Les pulls en amiante, les pantalons bouffants et les gants à manchette dont on pouvait les revêtir pour qu’ils ne soient pas carbonisés en mettant le feu à une forêt. Une forêt, un bunker ou un nid de mitrailleuses ennemies, cela dépendait. Les camions d’une voie de ravitaillement ou un tas de corps empilés, cela dépendait.
Les lance-flammes donnaient l’impression d’être d’un autre siècle, à la fois brutaux, antiques et horriblement modernes. L’huile inflammable contenue dans les réservoirs que transportaient les opérateurs était composée de cinq mesures d’huile légère de houille et d’une mesure de pétrole, et les opérateurs disposaient d’un petit bidon de dioxyde de carbone, d’un allumeur automatique et d’allumeurs de rechange dans une giberne accrochée à la ceinture. Le lance-flammes ne servait absolument jamais d’arme défensive. C’était une arme offensive pure, pour se rendre maître des lignes ennemies. L’opérateur s’engouffrait, créature imposante avec ses gros réservoirs sur le dos et à la main, un tuyau géant relié aux réservoirs. C’était un messager de mort. Il ressemblait à la Faucheuse, avec sa capuche en amiante au large col, et pulvérisait du feu liquide à une distance incroyable – cinquante mètres - dans les casemates et les tranchées de l’ennemi qui n’avait aucune chance de s’en sortir.
A en croire son père pourtant, les opérateurs de lance-flammes était une bande de nuls. Leurs lourds et encombrants réservoirs faisaient d’eux des cibles faciles et lentes, et on ne faisait pas de quartier s’ils étaient capturés. On n’aspire pas à ce genre de choses, disait son père, ce qui n’avait pas empêché Sandro de continuer à préférer les opérateurs de lance-flammes, à leur réserver une fascination particulière, avec leurs sinistres costumes d’amiante à capuche et leur long tuyau malfaisant qu’ils pointaient sur les ennemis qui leur faisaient obstacle. Mais Sandro ignorait si son intérêt était une forme de déférence ou de pitié.
Roberto qui criait: « Kaiserschlacht ! » en versant de l’essence sur ses figurines en papier.
Sandro, huit ans, le visage humide de larmes qui répondait : « pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi Kaiserschlacht ?»
Parce que, avait dit Roberto, la moitié d’entre sont morts dans l’offensive et les autres ont dû être exécutés pour pillage. Tu ne sais donc pas ce qui s’est passé ? C’est la retraite de l’Isonzo au Piave, après une attaque aux gaz toxiques par les sections d’assaut allemandes. Si tu veux jouer aux Arditi, il faut le faire correctement, en respectant le déroulement réel des batailles.
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VALENTYNEVALENTYNE   02 septembre 2019
C’était toujours les fils à papa qui ne demandaient qu’à abuser de leur pouvoir.
« Non merci, ai-je répondu. Où est votre père ?
– En maison de repos. » Il m’a tourné le dos pour s’éloigner.
« OK, à prendre ou à laisser, juste un verre. »
J’ai refusé et suis sortie. Devant la réception, un autre type m’a accostée.
« Hé. C’est un abruti. Il raconte que des conneries. »
Il s’appelait Stretch. Il était chargé de l’entretien et vivait dans l’une des chambres. Il était aussi bronzé qu’un ouvrier du bâtiment l’été mais, vu sa dégaine, il ne donnait pas l’impression d’avoir un emploi. Il portait un jean et une chemise en denim du même bleu délavé, et avec sa banane et ses cheveux gominés, on se serait cru en 1956 et pas en 1976. Il me faisait penser au jeune paumé dans le film Model Shop de Jacques Demy qui tue le temps avant d’être appelé sous les drapeaux, qui traîne, suit une beauté en décapotable blanche dans les rues et sur les hauteurs d’Hollywood.
« Écoute, faut que je passe la nuit dehors à surveiller la voiture de course de l’autre abruti, m’a expliqué Stretch. Je ne dormirai pas dans ma chambre. Et toi, tu as besoin d’un lit. Pourquoi tu n’y dormirais pas ? Je te promets de ne pas te déranger. Il y a la télé. De la bière dans le frigo. C’est rudimentaire mais c’est mieux que de devoir partager un lit avec lui. Je frapperai à la porte demain matin pour venir prendre ma douche, mais c’est tout, je te jure. Je déteste quand il essaie d’abuser des gens. Ça me dégoûte. »
Il faisait preuve d’une charité authentique, le genre qu’on ne remet pas en doute. J’avais confiance en ça. En partie parce qu’il me rappelait ce personnage de Jacques Demy. J’avais vu Model shop avec Sandro, juste après notre rencontre, un an plus tôt. La dernière réplique était devenue une blague entre nous. « Peut-être demain. Peut-être jamais. Peut-être. » Ça commence par les mouvements saccadés de derricks devant la fenêtre du nid d’amour d’un jeune couple à Venice Beach, le paumé et une petite amie dont il se fiche. C’était la scène préférée de Sandro et la raison pour laquelle il adorait le film, les puits de pétrole juste devant la fenêtre, qui montaient et descendaient, encore et encore, pendant que le garçon et la fille se prélassaient au lit, se disputaient, faisaient leur train-train dans leur bungalow décrépit, à l’ombre des bâtiments industriels. Après l’avoir vu, nous employions souvent le mot « bungalow » tous les deux.
« Tu viens dans mon « bungalow » ce soir ? me demandait Sandro même si en réalité il vivait dans un immeuble en verre et fer forgé où chaque étage faisait plus de 370 mètres carrés.
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VALENTYNEVALENTYNE   02 septembre 2019
« Comme tu as l’air gai ! » s’est écriée Giddle quand elle a eu terminé de me maquiller et mis les dernières retouches à ma coiffure.
L’adjectif « gai» convoquait soudain les imperméables aux couleurs vives et petites robes assorties, les chansons tristes et la voix délicate de Catherine Deneuve dans Les parapluies de Cherbourg.
« Je suis gaie ! ai-je répondu. Oh, comme je suis gaie ! »
Sur ce, j’ai traversé mon minuscule appartement telle une jeune fille courant rejoindre son amant dans un film français et j’ai accidentellement cassé une tasse. Je me suis arrêtée pour regarder dans le miroir mon allure toute neuve de fille gaie. Giddle s’est précipitée pour dessiner une mouche près de ma bouche, ajouter du gloss sur mes lèvres d’un coup de pinceau et me poudrer le visage avec une houppette de la taille d’un caniche.
« De la poudre de riz, juste un voile », a-t-elle dit.
La poudre donnait à ma peau une espèce d’iridescence et mes lèvres paraissaient plus rouges.
Nous me regardions dans le miroir. Quelque chose avait changé dans mon visage ou dans ce que j’y voyais. Ce n’est pas vraiment que j’étais plus jolie. C’était juste que tout le cirque consistant à me préparer à être regardée par la personne qui avait fait passer cette annonce m’avait exposée à quelque chose. En moi. Je me regardais comme avec les yeux d’un autre, ce qui me donnait un sentiment d’apesanteur, j’avais l’impression d’être regonflée, de retrouver ma vitalité. J’avais envie d’être regardée. Je ne l’avais pas réalisé jusqu’alors. J’avais envie d’être regardée. Par les hommes. Par des inconnus.
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