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Éditeur : Musée d'Orsay (01/03/2013)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Cette exposition, qui ouvre à Paris au musée d'Orsay du 8 mars au 29 mai 2011, est la première étude en profondeur consacrée aux relations étroites entre photographie victorienne et peinture préraphaélite. Elle a été conçue par Diane Waggoner, assistant conservateur à la National Gallery de Washington, où ­l'exposition a été présentée du 31 octobre 2010 au 30 janvier 2011 sous le titre Pre-raphaelite Lens. British photography and painting, 1848-1875.

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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Musardise
  24 avril 2019
Comme je continue à ressortir des placards mes revues d'art, j'en viens forcément de temps à autre à des petits moments de nostalgie. C'est le cas avec ce numéro spécial de L'Objet d'art, qui fut consacré à une exposition présentée en 2011 au musée d'Orsay sous l'intitulé Une ballade d'amour et de mort. Très joli titre, mais un brin racoleur, ne rendant que très partiellement compte du sujet de ladite exposition, la tirant vers l'aspect du préraphaélisme toujours mis en avant, et celui qui nous fait en général le plus rêver. Et titre qui ne disait rien de la photographie à l'époque des préraphaélites, tant qu'on n'avait pas lu le sous-titre : photographie préraphaélite en Grande Bretagne, 1848-1875. le tout se révélant une traduction dévoyée du titre et du sous-titre originaux. Car cette exposition était le fruit du travail de la National Gallery of Art de Washington, présentée là-bas de fin 2010 à début 2011, effectuant ensuite une étape bienvenue à Paris, et s'intitulant exactement The Pre-Raphaelite Lens : British Photography and Painting, 1848–1875. Soit : "L'oeil préraphaélite : Photographie et peinture britannique, 1848-1875". On voit bien là que le musée d'Orsay s'est permis de petits écarts assez significatifs.
De taille moyenne, Une ballade d'amour et de mort eut le tort d'être contemporaine de la grande expo sur Manet à Orsay. du coup, les salles en étaient assez peu fréquentées tandis que le gros du public se battait pour assister à l'événement-phare du musée. Et on ne s'embêta même pas à publier un catalogue, préférant proposer uniquement aux visiteurs celui de la National Gallery, en anglais... (mais qu'on se rassure, la Cinémathèque de Paris faisait, à peu près en même temps, le même genre de coup avec leur grande expo sur Kubrick). Aucune revue ne trouva non plus Une ballade d'amour et de mort assez attirante pour rapporter de l'argent sur un hors-série, excepté L'Objet d'art.
La revue avait pris le parti de demander à Diane Waggoner, commissaire de l'exposition de la National Gallery de Washington, de diriger, pour ainsi dire, ce numéro, puisqu'elle en a signé presque tous les articles. Pour le coup, l'avantage évident, c'est qu'on a une bonne spécialiste du sujet qui est en charge des textes. le mauvais côté, c'est qu'on se retrouve avec une série de textes très factuels, qui certes ne cherchent pas à faire l'apologie de l'exposition (ce qui est tout de même appréciable), mais qui ne sortent pas du tout du champ de l'expo par le biais d'un oeil extérieur. L'essentiel y est : la volonté et le besoin de donner à voir une nature via une approche plus réaliste, les rapports étroits entre ce qu'avaient entrepris les préraphaélites et ce que proposaient les photographes à la même époque, la question du paysage et celle du portrait, la relation de la peinture comme de la photographie aux mythes, aux légendes et à la littérature. Mais je trouve que ça manque un peu de passion. Évidemment, il me faut préciser que j'avais adoré cette exposition, que j'en garde un excellent souvenir - un souvenir sans doute mythifié par le temps -, et que j'ai été déçue de ne pas me retrouver plongée dans l'atmosphère que j'avais gardée en mémoire. En prenant du recul, je me dis que cette impression est due tout simplement au fait qu'un souvenir qui m'est propre ne peut forcément pas m'être rendu par une revue d'art. Ben oui, ça tombe sous le sens...
N'empêche que je trouve que l'équipe de L'objet d'art aurait pu prendre un chouïa ses distances avec la conservatrice et commissaire d'expo de Washington, et élargir le propos. Car il y avait déjà un défaut dans l'expo, du moins pour un public français. Quelles images viennent à un public français lorsqu'on lui parle de préraphaélisme ? Portraits à l'ambiance mélancolique, jeunes filles noyées dans un déluge de fleurs, légendes et littérature médiévales. En gros, on pense aux portraits de Rossetti, on pense à l'Ophélie de Millais, à Burne-Jones (qui ne faisait pas partie du groupe à l'époque couverte par l'expo) ou à la Dame de Shalott de Waterhouse (qui ne fit en fait jamais partie du groupe préraphaélite). D'où le titre français de l'exposition...
Oui mais voilà, ce qui a intéressé la National Gallery, ce n'est pas ça, ou du moins ce n'est pas ce qui est à l'origine de l'exposition. Ce qu'il est importe de comprendre tout d'abord, et c'est par là que débutent l'exposition et le numéro de L'Objet d'art, c'est que les peintres préraphaélites voulaient rompre avec tout un pan de la peinture anglaise, étaient animés par un grand sens du vérisme, qu'ils avaient décidé d'aller peindre en extérieur contrairement à leurs prédécesseurs. Et que les photographes britanniques qui leur étaient contemporains étaient également dans une démarche réaliste, qui voulait restituer une nouvelle vision de la nature. Tout ça, c'est expliqué, mais ce n'est pas évident à avaler pour des Français, déjà, et surtout ça n'est pas remis dans le contexte. Pour comprendre la nouveauté qu'offrait les Préraphaélites (qu'on ne qualifierait jamais de réalistes, et d'ailleurs le terme est mal choisi), il faudrait déjà qu'on comprenne ce qui se faisait quand ils sont arrivés sur la scène britannique. Et de même il ne nous semble pas spécialement exceptionnel de voir une photographie de fougères avec tous ses détails, parce que nous avons depuis longtemps la technologie pour faire ce genre de photo. Donc là aussi, si on ne comprend pas comment était représentée la nature dans la peinture britannique lorsque des photographes, britanniques également, se sont intéressés à la façon de rendre des arbres, des feuillages, la mer, le ciel. Une recontextualisation du sujet, voilà ce qui manquait à l'expo mais qu'aurait pu exploiter L'Objet d'art et qui n'a pas été fait. Dommage. Et il n'aurait pas été inutile de reproduire La mort d'Ophélie de Millais, en précisant que le tableau n'était pas présenté à l'exposition, mais en le commentant. Voilà qui aurait certainement permis de réconcilier les lecteurs avec deux visions du préraphaélisme qui n'ont, de prime abord, rien à voir l'une avec l'autre : la mélancolie mortifère liée à la littérature et le besoin de vérisme. Car c'est un tableau, qui, au-delà de son aura, présente un souci de réalisme saisissant lorsqu'on regarde de près les nombreuses plantes qu'on y trouve, et qui est connu pour cette particularité.
Je regrette aussi que Diane Waggoner se soit beaucoup focalisée sur Cameron : deux articles lui sont en grande partie consacrés. Bon, j'avoue, Julia Cameron n'est pas ma tasse de thé. Mais au-delà de ça, lui donner beaucoup plus d'importance qu'à d'autres artistes, c'est se priver d'un texte plus conséquent sur les relations entre la peinture préraphaélite, d'une part, et leurs contemporains photographes, d'autre part, avec le mythe et la littérature. Là aussi, on aurait pu se servir d'un tableau de Millais (oui, bon, j'aime beaucoup les tableaux de Millais de cette époque, c'est vrai), Mariana - dont une esquisse était présente pour l'exposition française -, qui aurait très bien fait le lien entre les préraphaélites et des photographes comme Julia Cameron ou Henry Peach Robinson. Et il nous manque un article plus solide que celui publié en fin de numéro sur la société contemporaine vue par les peintres et les photographes. Pourquoi ne pas parler de Rejlander et de sa magnifique et terrible photo d'un enfant épuisé après une journée de travail ? Et de même que pour Cameron, ou aurait peut-être pu se passer de la totalité des photos de Jane Morris par Rossetti pour approfondir les autres sujets.
Je ne pas décemment juger ce numéro comme mauvais : il est correct, et comme je le disais plus haut, il explique l'essentiel de ce qu'il y a à savoir que les rapports entre la vison des préraphaélite et celle de leurs contemporains et concitoyens photographes. Il donne à voir de très belles photos (bon, pour les fougères vous serez déçus, c'est beaucoup mieux de voir un tirage, c'est clair) : beaucoup de lecteurs, contrairement à moi, apprécient Cameron, donc ils seront comblés - mon copain s'est écrié "Oh, c'est beau !" en voyant la photo de Cameron ouvrant la revue, pendant que je grommelais. Et je pense qu'il ne bouderont pas leur plaisir devant les compositions d'Henry Peach Robinson. Ceux qui aiment Rossetti seront sans doute ravis. Vous y trouverez également des reproductions de tableaux de Millais assez peu connus, ce qui ne les rend pas moins intéressants. Mais j'ai eu l'impression de relire le texte de présentation de l'exposition sur le site du musée d'Orsay, alors que j'en attendais beaucoup plus. Trop, c'est certain.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
MusardiseMusardise   22 avril 2019
À vouloir raconter des histoires contemporaines, les photographes prenaient plus de risque que les peintres. Lorsque Robinson exposa deux photographies montrant une femme atteinte de tuberculose sur son lit de mort, Fading Away (S'éteignant) et She Never Told her Love (Elle n'avoua jamais son amour), il fut vivement critiqué : la photographie était considérée comme un médium trop réaliste pour des sujets si douloureux. Toutefois, ces images furent également jugées à partir des talents expressifs des modèles, des décors et des costumes choisis, autant d'éléments qui leur conféraient vie et authenticité. À cet égard, les modèles et les accessoires utilisés dans Fading Away valurent éloges à Robinson.
La réalisation de ces images narratives complexes mena les photographes à concevoir de nouvelles techniques. Robinson combina souvent plusieurs négatifs pour réaliser les larges plans que nécessitaient se sujets. La photographie She Never Told her Love, bien qu'exposée séparément, était au départ une étude pour l'un des négatifs qui composent Fading Away. The Lady of Shalott, un tirage-composite réalisé par le même Robinson, inspiré du poème de Tennyson, fut presque unanimement salué comme un tour de force photographique. Bien que mettant en scène une femme au seuil de la mort, il ne provoqua pas la même réaction que Fading Away, car le thème en était imaginaire, issu de la littérature. De nombreux critiques notèrent ses qualités préraphaélites ; on trouvait que Robinson "avait dans son rendu la manière poétique et surannée des préraphaélites". Le tirage-composite toutefois remit en cause le statut de la photographie en tant que médium de la vérité, et de nombreux commentateurs jugèrent la technique inappropriée. Les photographes de leur côté firent valoir que cela leur permettait, comme aux peintres, de sélectionner certains détails, puis de les associer dans un tout unifié.

Raconter des histoires...




Fading Away :
https://urlz.fr/9yv3

She Never Told her Love :
https://urlz.fr/9yv4

The Lady of Shalott :
https://urlz.fr/9yv5
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MusardiseMusardise   23 avril 2019
Ruskin fut l'un des premiers à prendre fait et cause pour les préraphaélites et contribua à leur reconnaissance publique. Dans une conférence donnée en 1853, il affirmait que le préraphaélisme n'avait "qu'un principe pour tout ce qu'il entreprenait, celui de la vérité absolue, la vérité sans concession, obtenue en travaillant tout, jusqu'au moindre détail, à partir de la nature, et de la nature seule". Le réalisme assumé des tableaux préraphaélites choqua de prime abord les contemporains, et les artistes furent accusés de copier d'après photographie. Bien que Ruskin les défendît contre cette critique, la charge est là pour témoigner de l'aspect photographique de leur travail, en même temps qu’elle souligne leur invention d'un nouveau type de réalisme.

Le préraphaélisme, naissance d'un mouvement pictural
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