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Jean Lafond (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070367283
320 pages
Éditeur : Gallimard (14/04/1976)
3.93/5   231 notes
Résumé :

Un moraliste ? Nullement. C'est un romancier, le premier en date de nos romanciers. Tout lui vient de l'imagination, de la brusque perception qu'il a d'un sentiment humain par la capture d'un regard ou d'un mot. Chacune de ses maximes est une intrigue découverte. Au lieu de développer l'histoire, il la réduit, lui donne une articulation, l'incline selon son humeur. Cette humeur est sombre. C'est que, dans le monde, là où il vit, o... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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Baudelaire13
  15 juin 2021
Oeuvre incontournable de la littérature du siècle de Louis XIV, les "Maximes" De La Rochefoucauld ont connu six éditions (de 1665 à 1693, la dernière posthume).
Elle exprime, en effet, à la perfection ce qu'il est convenu d'appeler le style "classique" fait de la recherche du mot juste, de la pensée claire et de la concision. À l'opposé d'un certain romantisme, souvent verbeux et redondant, l'auteur classique vise à l'essentiel, rejetant tout élément qu'il juge superflu, toute digression. Est-il besoin de dire que la chose est d'autant plus vraie dans le genre particulier de la maxime qui, par définition, cherche à exprimer une vérité morale de la façon la plus succincte qui soit? Et dans ce domaine-là, La Rochefoucauld excelle! Les quelque 500 maximes qui composent son recueil montrent à quel point l'auteur maîtrise son sujet: en deux ou trois lignes, généralement, parfois même en une seule, il assène au lecteur sa vision de l'homme. (Qu'on le compare avec d'autres écrivains de maximes, Vauvenargues par exemple au siècle suivant, et l'on verra la différence!) L'épigraphe de son livre en est un parfait exemple: " Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés." Sa phrase est tout en nerfs et en muscles - pas une once de graisse.
Sur le plan philosophique, La Rochefoucauld, comme ses contemporains Racine et Pascal, a une conception particulièrement sombre de la nature humaine; ses écrits sont une illustration de la doctrine janséniste qui avait alors une grande influence sur les esprits: l'homme, sans la grâce divine, est un être déchu, enfermé dans son égoïsme et son amour-propre, incapable de vérité et d'empathie pour autrui; il ne pense qu'à lui, même s'il feint le contraire. Certains diront qu'il est terriblement pessimiste, d'autres loueront sa lucidité sans concession... À chacun de voir!
En tout cas, c'est une oeuvre qui, je pense, ne peut laisser indifférent.
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chartel
  06 avril 2011
Lire les "Maximes" de la Rochefoucauld d'une traite révèlerait le portrait de leur auteur (selon Roland Barthes dans ses "Nouveaux essais critiques"), un aristocrate plein de désillusions, profondément atteint par ses mauvais choix politiques. Mais j'y ai aussi vu la peinture d'une noblesse de cour hypocrite, narcissique et cupide, gouvernée par l'amour-propre et l'intérêt… autant dire très proche de nos gros et gras capitalistes actuels. On peut aussi lire certaines de ces maximes consacrées au don et à la pitié, en pensant, par exemple, à la troupe des Enfoirés qui, chaque année, se donnent bonne conscience en chantant des airs formatés au nom de la très sainte charité !
La Rochefoucauld dévoile donc les fausses apparences d'un monde qui voudrait croire à la bonté des hommes. Il inspira grandement la pensée d'un autre grand démystificateur, Friedrich Nietzsche, qui montrera à son tour que derrière l'image de la vertu se cache souvent le plus grand des vices.
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PiertyM
  13 avril 2014
François René vicomte De Chateaubriand est un écrivain français qui a été militaire jusqu'à la Révolution française. Passionné des choses qui régissent de l'état, des sociétés et la nature humaine, il a occupé plusieurs postes de responsabilité politiques. Celui-là pour qui l'ailleurs est à démystifier par la curiosité, voyage beaucoup à travers les Amériques et l'Europe.
Homme, ayant beaucoup vu et beaucoup connu dans ses diverses carrières et dans ses multiples voyages, Chateaubriand nous livre dans ce livre Pensées, réflexions et maximes, toutes ses observations sur les hommes et sur les société sous forme des aphorismes brefs...
Pensées, réflexions et maximes conservent l'éternelle actualité de la nature humaine.
Une véritable richesse de la sagesse humaine sur toutes les questions de l'existence. Un regard sur une civilisation profondément mitigée.
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pierre31
  15 septembre 2016
Un livre court, sec et dur. Court par la forme, des maximes; sec par le style, un style admirable, d'une précision chirurgicale, loin des ornements littéraires; et dur, par ce qu'il montre de l'Homme. Certaines maximes sont d'une grande banalité, d'autres sont datées, d'autres encore sont obscures ou sans intérêt. Il n'en reste pas moins qu'on y trouve des merveilles de lucidité sur la nature humaine. 
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zohar
  21 avril 2011
Enfermées dans les cadres culturels de leur époque, leur brièveté incitant à la réflexion et la cohérence de leur construction : telles sont caractéristiques des maximes !
Cependant, « le point faible d'une maxime est de livrer un trait de la nature humaine en l'isolant avec la même rigueur que la tragédie enferme un caractère dans une fatalité (…). Toute maxime donne l'impression de quelque chose d'arrêté, et cette immobilité semble trahir la vie, essentiellement mobile ». (Gérard BAUER)
En relisant ce recueil, le constat est évident ! le pessimisme, de François de la Rochefoucauld, fondé sur la conviction que « les vertus se perdent dans l'intérêt comme les fleuves dans la mer » est inspiré de saint Augustin ; mais il tient son originalité du fait qu'il joint à une vaste culture humaniste, une expérience de l'amour et de l'honnêteté : derrière la morale systématiquement désabusée, un idéal de gloire, une confiance (presque honteuse) dans les valeurs humaines…
Par la pureté de la langue jusqu'à la préciosité parfois, les Maximes, de ce frondeur et d'homme d'épée (telle est l'étiquette dont il s'est toujours attaché à garder de son vivant), contribuent à donner une nuance personnelle à un genre nécessairement impersonnel.
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Citations et extraits (177) Voir plus Ajouter une citation
JcequejelisJcequejelis   22 octobre 2012
De la conversation
Ce qui fait que si peu de personnes sont agréables dans la conversation, c'est que chacun songe plus à ce qu'il veut dire qu'à ce que les autres disent. Il faut écouter ceux qui parlent, si on en veut être écouté; il faut leur laisser la liberté de se faire entendre, et même de dire des choses inutiles. Au lieu de les contredire ou de les interrompre, comme on fait souvent, on doit, au contraire, entrer dans leur esprit et dans leur goût, montrer qu'on les entend, leur parler de ce qui les touche, louer ce qu'ils disent autant qu'il mérite d'être loué, et faire voir que c'est plus par choix qu'on le loue que par complaisance. Il faut éviter de contester sur des choses indifférentes, faire rarement des questions inutiles, ne laisser jamais croire qu'on prétend avoir plus de raison que les autres, et céder aisément l'avantage de décider.

On doit dire des choses naturelles, faciles et plus ou moins sérieuses, selon l'humeur et l'inclinaison des personnes que l'on entretient, ne les presser pas d'approuver ce qu'on dit, ni même d'y répondre. Quand on a satisfait de cette sorte aux devoirs de la politesse, on peut dire ses sentiments, sans prévention et sans opiniâtreté, en faisant paraître qu'on cherche à les appuyer de l'avis de ceux qui écoutent.

Il faut éviter de parler longtemps de soi-même, et de se donner souvent pour exemple. On ne saurait avoir trop d'application à connaître la pente et la portée de ceux à qui on parle, pour se joindre à l'esprit de celui qui en a le plus, et pour ajouter ses pensées aux siennes, en lui faisant croire, autant qu'il est possible, que c'est de lui qu'on les prend. Il y a de l'habileté à n'épuiser pas les sujets qu'on traite, et à laisser toujours aux autres quelque chose à penser et à dire.

On ne doit jamais parler avec des airs d'autorité, ni se servir de paroles et de termes plus grands que les choses. On peut conserver ses opinions, si elles sont raisonnables; mais en les conservant, il ne faut jamais blesser les sentiments des autres, ni paraître choqué de ce qu'ils ont dit. Il est dangereux de vouloir être toujours le maître de la conversation, et de parler trop souvent d'une même chose; on doit entrer indifféremment sur tous les sujets agréables qui se présentent, et ne faire jamais voir qu'on veut entraîner la conversation sur ce qu'on a envie de dire.

Il est nécessaire d'observer que toute sorte de conversation, quelque honnête et quelque spirituelle qu'elle soit, n'est pas également propre à toute sorte d'honnêtes gens: il faut choisir ce qui convient à chacun, et choisir même le temps de le dire; mais s'il y a beaucoup d'art à parler, il n'y en a pas moins à se taire. Il y a un silence éloquent: il sert quelquefois à approuver et à condamner; il y a un silence moqueur; il y a un silence respectueux; il y a des airs, des tours et des manières qui font souvent ce qu'il y a d'agréable ou de désagréable, de délicat ou de choquant dans la conversation. Le secret de s'en bien servir est donné à peu de personnes; ceux mêmes qui en font des règles s'y méprennent quelquefois; la plus sûre, à mon avis, c'est de n'en point avoir qu'on ne puisse changer, de laisser plutôt voir des négligences dans ce qu'on dit que de l'affectation, d'écouter, de ne parler guère, et de ne se forcer jamais à parler.

586 - [p. 137]
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AlexeinAlexein   11 juillet 2016
Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits au contraire ont le don de beaucoup parler, et de ne rien dire.
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genougenou   22 octobre 2013
Portrait de La Rochefoucauld par lui-même
…J’aime la lecture en général ; celle où il se trouve quelque chose qui peut façonner l'esprit et fortifier l'âme est celle que j'aime le plus. Surtout, j'ai une extrême satisfaction à lire avec une personne d'esprit ; car de cette sorte on réfléchit à tous moments sur ce qu'on lit, et des réflexions que l'on fait il se forme une conversation la plus agréable du monde, et la plus utile. Je juge assez bien des ouvrages de vers et de prose que l'on me montre ; mais j'en dis peut-être mon sentiment avec un peu trop de liberté. Ce qu'il y a encore de mal en moi, c'est que j'ai quelquefois une délicatesse trop scrupuleuse, et une critique trop sévère. Je ne hais pas à entendre disputer, et souvent aussi je me mêle assez volontiers dans la dispute : mais je soutiens d'ordinaire mon opinion avec trop de chaleur et lorsqu'on défend un parti injuste contre moi, quelquefois, à force de me passionner pour celui de la raison, je deviens moi-même fort peu raisonnable. J'ai les sentiments vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d'être tout à fait honnête homme que mes amis ne me sauraient faire un plus grand plaisir que de m'avertir sincèrement de mes défauts. Ceux qui me connaissent un peu particulièrement et qui ont eu la bonté de me donner quelquefois des avis là-dessus savent que je les ai toujours reçus avec toute la joie imaginable, et toute la soumission d'esprit que l'on saurait désirer. J'ai toutes les passions assez douces et assez réglées : on ne m'a presque jamais vu en colère et je n'ai jamais eu de haine pour personne. ….
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pierre31pierre31   05 juin 2019
Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c'est qu'il n'y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut dire qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au même temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un égarement pour ce qu'on leur dit, et une précipitation pour retourner à ce qu'ils veulent dire; au lieu de considérer que c'est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader, que de chercher si fort à se plaire à soit-même, et que bien écouter et bien répondre est une des plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.
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genougenou   28 août 2015
Quelque découverte que l’on ait faite dans le pays de l’amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.
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