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EAN : 9782729115302
319 pages
Éditeur : Editions de La Différence (21/01/2005)

Note moyenne : 4.83/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Avec ces Chroniques de la citadelle d’exil, Laâbi nous donne un nouveau témoignage sur la prison : il s’agit cette fois d’un choix de lettres qu’il a écrites pendant les huit années de sa détention. Des lettres qui sont des documents bruts, une douloureuse radiographie de la vie quotidienne dans les geôles marocaines. Pour combattre sa solitude, et dirait-on pour la nier, le prisonnier s’accroche à deux étoiles qui n’ont cessé de scintiller en lui : l’amour et le tr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
vivi-49000
  03 mars 2017
J'ai eu connaissance de ce livre et de cet auteur par le biais d'un site qui se nomme : "Des Lettres" et tous les matin je reçois une lettre différente, elles sont très diverses. Lorsque j'ai lu ces quelques mots "Et jaillissent les mots caressants." de Laâbi j'ai lu une de ses lettres-prison envoyée à son épouse. Là les amoureux des mots vont se réjouir.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
vivi-49000vivi-49000   04 avril 2017
Une autre lettre de Laâbi alors en prison , à sons épouse
Jocelyne,

suis-je triste ce soir, ce qu’on appelle triste ? Ou bien est-ce ainsi que je traduis cette nostalgie de la grande fête, de tous les exils ? Ce futur-là m’affole, qui ne peut être mesuré, lui ou le parcours de son approche. Le vivrai-je ? Serai-je l’homme de cette fête, épanouissant enfin tous mes dons ?

La nuit est encore descendue. Elle n’est ni aveugle ni sourde. C’est un autre océan du prisonnier, avec sa capacité d’éloignance (sic), ses tempêtes au large de la mémoire et sa terrible rumeur. Je suis là à écouter notre nuit commune pour abolir les digues de solitude, lui arracher mon obole quotidienne de joie. Je ne suis donc pas triste. Un peu poète seulement. Poésie comme présence, comme vigilance, comme vasque lyrique de fraternité. Une petite chance, pas dans le sens de privilège ou d’exclusion. Cette poésie-là est à résurger en chacun de nous. C’est tout.

Qu’est-ce qui me prend de parler ainsi ? Il a suffi que je te regarde dans les yeux, que je rencontre ton sourire pour que mon désert carcéral se repeuple, pour qu’une oasis y surgisse et me baigne de ses fragrances. Parfois, il n’est pas créateur de chercher à comprendre. Il faut prendre ce qui nous est donné, se contenter de vivre l’intensité de cet acte.

Bon, j’atterris. La cellule est toujours là, et les compagnons, les livres, la perspective du dîner et du sommeil. J’étais en train de fumer sans bien m’en rendre compte. L’éclairage est un peu faible, et quelqu’un parle dans la chambre d’à côté. Il ne fait pas trop froid. Une veillée comme d’autres.

Tiens, c’est l’annonce de la dernière prière de la journée. La voix du muezzin est belle. Je ne sais pas si c’est un prisonnier ou s’il s’agit d’un enregistrement. Une autre petite cigarette pour continuer à te tenir compagnie. Et toi, que fais-tu maintenant ? Comme c’est difficile à imaginer. Le plus souvent, je te vois au repos, donc dans des attitudes abstraites si l’on peut dire. J’allais donc te demander quand est-ce que tu penses à moi. C’est arbitraire comme question. Si j’en juge d’après moi, je ne saurais répondre avec exactitude. C’est si riche et si inattendu de penser à toi. […]
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vivi-49000vivi-49000   02 mars 2017
Abdellatif Laâbi est un écrivain et intellectuel né au Maroc, à Fès, en 1942. Opposant au régime d’Hassan II, il est arrêté en 1972 et emprisonné pendant huit ans. Après sa libération, il s’exile en France où il mène une carrière littéraire plurielle, humaniste et engagée, entre roman, traduction et poésie. Ses « lettres de prison », envoyées pendant huit ans à son épouse Jocelyne, témoignent d’une grande tendresse.

Lettre d'amour Lettres

distancepassionprison

A-A+

2 juin 1976

Jocelyne, mon aimée,

Je réponds sans tarder à ta lettre du 30 mai. « Répondre » n’est pas ce qu’il aurait fallu dire. En fait, j’ai besoin de te parler après avoir lu cette lettre, te parler sans ordre du jour, sans prétexte, sans rien de préconçu. Être là, en face ou près de toi, faire-jaillir les mots-caresses, les mots porteurs d’offrande, invoquer, évoquer tout ce qui nous concerne, continents, humains, forêts en marche, arbres de notre tendresse. Écouter avec toi le silence où germent immédiatement nos mots, où prennent racine nos visions. Écrire comme ce fourmillement de la sève en chacun de nous lorsqu’il devient intenable de ne pas s’abandonner à l’autre, le rejoindre dans son intensité, l’élargir à ses propres confins. Écrire comme un acte d’ensemencement, lorsque terre et soleil se dépassent en tant qu’éléments pour éclater et s’unir dans l’apothéose de la vie féconde. Écrire comme une résurrection du corps et de l’intelligence. Ne pas parler de mon exil avec ses grilles, ses livres et son soleil cadenassé, ses oiseaux irréels et ses nuits carcérales. Je quitterai la douloureuse aphasie, j’ouvrirai enfin ma main pour libérer toutes les étoiles assassinées, les ruisseaux de convergence. Ne pas parler du sang, de la férule des avortements. Je dirai l’espoir heureux. Je veillerai à la beauté de nos aurores. Avec toi, mon aimée. Ainsi côte-à-côte.
J’ai été touché par les attentions des enfants à ton égard. Tu dois être heureuse de découvrir au jour le jour cet amour. Des moments pareils compensent bien des efforts et des irritations. On sent ainsi qu’on a contribué à faire fleurir de nouvelles sensibilités. Je fais confiance à nos enfants. Ils ont tenu bon face à l’épreuve. Et cette expérience sera une grande réserve de force pour eux à l’avenir […
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Vidéo de Abdellatif Laâbi
POÉSIE AFRICAINE – Les poètes marocains présentés par Abdellatif Laâbi (France Culture, 2005) L’émission « Poésie sur Parole », par André Velter, diffusée le 11 mai 2005 sur France Culture. Lectures d'Hélène Lausseur et Jean-Luc Debattice.
>Sciences sociales>Problèmes et services sociaux. Associations>Etablissements pénitentiaires (54)
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