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EAN : 9782020353069
192 pages
Éditeur : Seuil (14/10/1998)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 49 notes)
Résumé :
Grandeur et décadence de la Katamalanasie, immense pays d'Afrique noire soumis à la plus sanglante, mais aussi la plus absurde des dictatures. Les morts n'y meurent jamais tout à fait, juste retour des choses puisque les vivants n'ont guère le droit d'y vivre. Si le constat de Sony Labou Tansi, pour drôle et réjouissant qu'il soit, peut paraître pessimiste, c'est qu'il décrit, au-delà du continent africain, le monde du prochain siècle : "Au fond, la terre n'est plus... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Charybde2
  17 mars 2013
L'inventivité langagière révolutionnaire et déjantée de Sony Labou Tansi, dès 1979.
Publié en 1979, le premier roman du Congolais Sony LABOU TANSI, qui se révélera également un prolifique dramaturge, est souvent considéré, à raison, comme une étape-clé de la réinvention de la littérature africaine contemporaine, aux côtés du "Soleil des indépendances" d'Ahmadou Kourouma, paru onze ans plus tôt dans une relative indifférence.
Cette chronique féroce, très imagée, fantastique, dans laquelle sang, sexe, magie et folles embardées épiques rivalisent à plaisir, dresse le portrait d'un pays imaginaire, la Katamalanasie, dont les Guides Providentiels successifs, au fil des décennies, assurent la dictature pas du tout éclairée, avec le soutien permanent quoique parfois contrasté de la "grande puissance étrangère qui fournit les Guides".
Régal polyphonique, démonstration exceptionnelle d'inventivité langagière, réhabilitation d'une langue orale savoureuse, rejet de tous les tabous sans verser dans aucune complaisance, ce roman réussit tous les "tests poétiques de Bakhtine" pour mettre en scène toute la force d'une littérature redoutable, affranchie des genres et des étiquettes, puisant aussi bien, à loisir, dans le conte traditionnel, dans la récupération de propagande ou dans la pure science-fiction, pour un final authentiquement post-apocalyptique...
On peut sans doute parler de chef d'oeuvre, sans trop exagérer, tout en regrettant de devoir se contenter de 190 pages...
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Mamzel
  11 novembre 2013
Au lendemain de l'indépendance de la Katamalanasie, vaste pays d'Afrique Noire, le "guide providentiel", chef du nouvel Etat instaure une dictature ubuesque. Il se heurte à une opposition commandée par Martial. Il décide d'en venir à bout de sa propre main. En vain. Egorgé, revolvérisé, sabré, Martial continue à parler. Il "ne veut pas mourir cette mort" . Réduit en pâté, mangé par les membres de sa famille, il vit toujours, il ne cessera pas de vivre et de tourmenter le Guide - et ses successeurs, tout au long de cette histoire qui s'étale sur plusieurs générations. Sa fille Chaïdana, âgée de quinze ans, s'associera à la résistance paternelle d'une manière qui n'aura pas toujours l'agrément de l'intransigeant zombi : par exemple, quand, installée à l'hôtel la vie et demie, elle se prostitue à tous les dignitaires du régime, pour les liquider l'un après l'autre...
Mais ce n'est là que le début d'aventures extraordinaires qui, sous la forme d'annales burlesques de régimes dictatoriaux successifs, composent une fable "hénaurme ", à la fois satire féroce, récit de science-fiction, livre de sagesse, le tout transfigurant une réalité historique.
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laura_palmer
  06 avril 2016
Sony Labou Tansi, auteur congolais, nous offre une oeuvre dont la lecture ne peut être facile : les mots évoquent des images terrifiantes où sexualité, sang et crimes se mêlent dans une recherche polyphonique des voix (qui n'est pas sans rappeler ce cher Bakhtine). Les associations de mots a priori inconciliables donnent à lieu à une chronique sans faux-semblants. La figure de Martial qui, après son assassinat, revient hanter les Guides Providentiels marque le rapport de force qui existe entre dictature et opposants. La richesse de la vie et demie tient bien à cela : poésie de la mort, du viol, de la souffrance où le surnaturel et les métaphores forment le socle de cette oeuvre puissante.
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oran
  16 juillet 2016
Ce livre, le premier de Sony Labou Tansi publié en 1979 raconte les malheurs du Guide providentiel, dictateur de la Katamalanasie, un pays d'Afrique noire imaginaire.
Meurtres incestes, viols, corruptions, arrestations arbitraires, guerre apocalyptique jalonnent le récit qui se veut fable-farce pour dénoncer les excès , les chaos, les iniquités des régimes dictatoriaux.
Lecture intéressante mais déprimante pour moi .
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diamelee
  11 septembre 2017
Un livre que j'ai trouvé difficile à lire. Trop de violence. J'ai arrêté à plusieurs reprise ma lecture avant de le terminer. En fait, la lecture n'était pas de tout repos. Peut-être que d'autres l'ont apprécié. Pour moi, juste une arrière-goût de je ne sais quoi
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   09 avril 2013
Les routes allaient dans trois directions, toutes : les femmes, les vins, l'argent. Il fallait être très con pour chercher ailleurs. Ne pas faire comme tout le monde, c'est la preuve qu'on est crétin "... Tu verras : les trucs ne sont pas nombreux pour faire de toi un homme riche, respecté, craint. Car, en fait, dans le système où nous sommes, si on n'est pas craint, on n'est rien. Et dans tout ça, le plus simple, c'est le pognon. Le pognon vient de là-haut. Tu n'as qu'à bien ouvrir les mains. D'abord tu te fabriques des marchés : médicaments, constructions, équipements, missions. Un ministre est formé - tu dois savoir cette règle du jeu - , un ministre est formé de vingt pour cent des dépenses de son ministère. Si tu as de la poigne, tu peux fatiguer le chiffre à trente, voire quarante pour cent. Comme tu es à la Santé, commence par le petit coup de la peinture. Tu choisis une couleur heureuse, tu sors un décret : la peinture blanche pour tous les locaux sanitaires. Tu y verses des millions. Tu mets ta main entre les millions et la peinture pour retenir les vingt pour cent.
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Charybde2Charybde2   09 avril 2013
C'était l'année où Chaïdana avait eu quinze ans. Mais le temps. Le temps est par terre. Le ciel, la terre, les choses, tout. Complètement par terre. C'était au temps où la terre était encore ronde, où la mer était la mer - ou la forêt... Non ! la forêt ne compte pas, maintenant que le ciment armé habite les cervelles. La ville... mais laissez la ville tranquille.
- Voici l'homme, dit le lieutenant qui les avait conduits jusqu'à la Chambre Verte du Guide Providentiel.
Il avait salué et allait se retirer. Le Guide Providentiel lui ordonna d'attendre un instant. Le soldat s'immobilisa comme un poteau de viande kaki. La Chambre Verte n'était qu'une sorte de poche de la spacieuse salle des repas. S'approchant des neuf loques humaines que le lieutenant avait poussées devant lui en criant son amer "voici l'homme", le Guide Providentiel eut un sourire très simple avant de venir enfoncer le couteau de table qui lui servait à déchirer un gros morceau de la viande vendue aux Quatre Saisons, le plus grand magasin de la capitale, d'ailleurs réservé au gouvernement. La loque-père sourcillait tandis que le fer disparaissait lentement dans sa gorge.
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alzaiaalzaia   01 novembre 2014
Moi qui vous parle de l’absurdité de l’absurde, moi qui inaugure l’absurdité du désespoir — d’où voulez-vous que je parle sinon du dehors ? A une époque où l’homme est plus que jamais résolu à tuer la vie, comment voulez-vous que je parle sinon en chair-mots-de-passe ? J’ose renvoyer le monde entier à l’espoir, et comme l’espoir peut provoquer des sautes de viande, j’ai cruellement choisi de paraître comme une seconde version de l’humain — pas la dernière bien entendu — pas la meilleure — simplement la différente. Des amis m’ont dit : « Je ne saurai jamais pourquoi j’écris. » Moi par contre je sais : j’écris pour qu’il fasse peur en moi. Et, comme dit Ionesco, je n’enseigne pas, j’invente. J’invente un poste de peur en ce vaste monde qui fout le camp.

Avertissement
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ClairocheClairoche   28 mai 2018
Ils se laissèrent dériver pendant huit jours et huit nuits avant de quitter la pirogue et de se lancer dans une périlleuse guerre contre le vert. Là le monde était encore vierge, et face à l'homme, la virginité de la nature restera la même impitoyable source de questions, le même creux de plénitude, dans la même bagarre, où tout vous montre, doigt invisible, la solitude de l'homme dans l'infini des inconscients, et ce désespoir si grand qu'on finit par l'appeler le néant et qui fait de l'homme un simple pondeur de philosophies. La première privation à laquelle ils devaient se soumettre était le feu, le premier apprentissage lié à cette nouvelle existence était le cru à la place du cuit. Ils dormaient l'un blotti contre l'autre. Le sac d'identités que le vieillard avait destiné à Chaïdana Layisho lui faisait porter le nom d'Aleyo Oshabanti, celui de Martial Layisho donnait à son propriétaire le nom de Paraiso Argeganti Pacha. La bagarre contre le vert durait déjà depuis deux ans. Deux ans et de grosses poussières. Ils arrivèrent dans la zone de la forêt où il pleut éternellement. Le bruit des gouttes des pluie sur les feuilles a quelque chose d'affolant. Il fatigue les nerfs. Martial Layisho et Chaïdana se bouchaient les oreilles, mais le monde du silence était aussi affolant que celui du tac tac des gouttes d'eau sur les feuilles.
– La folie nous guette, disait souvent Chaïdana.
– La folie nous guette, répondait Martial. On a un si fort besoin des autres. Il y a des moments où j'ai envie de montrer mes papiers à ces feuilles, à ces lianes, à ces champignons. On a besoin des autres : de n'importe quels autres.
Ils essayaient parfois d'écouter la chorale des bêtes sauvages, la symphonie sans fond de mille insectes, ils essayaient d'écouter les odeurs de la forêt comme on écoute une belle musique. Mais ils s'apercevaient que l'existence ne devient existence que lorsqu'il y avait présence en forme de complicité. Les choses leur étaient absolument extérieures et c'étaient eux et seulement eux qui essayaient tous les pas vers elles. Ils avaient soif du vieillard aux blessures, ils avaient soif de Layisho et de Chaïdana, ils avaient soif des miliciens et de leurs emmerdements, ils avaient besoin de l'enfer des autres pour compléter leur propre enfer. Les quarts ou les tiers d'enfer, c'est plus méchant que le néant. Le nature ne nous connaît pas – elle ne nous connaît pas. Tout se passe dedans, les autres, c'est notre dedans extérieur, les autres, c'est la prolongation de notre intérieur.
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laura_palmerlaura_palmer   07 avril 2016
Tu sais, ma sœur… Oui, cette sève, cette plante, cette liane, ce champignon, cet insecte. Et il y a le grand arbre qui garde les voix des ancêtres. L’autre arbre qui garde la voix des morts qu’on n’enterre pas. La pierre qui parle. Le lac aux poissons cuits.
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Videos de Sony Labou Tansi (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sony Labou Tansi
Extrait de «Je, soussigné cardiaque», de Sony Labou Tansi (Congo)
Metteure en scène : Catherine Boskowitz. Lu par Marcel Mankita, Eddie Chignara, Mireille Roussel, François Raffenaud, Gustave Akakpo, Bertrand Amiel (artiste bruiteur).
Extrait issus des lectures RFI «Ça va, ça va, le Monde !», du 16 au 21 juillet, de 11h30 à 12h30, dans le jardin du gymnase du lycée Saint-Joseph à Avignon. Un cycle de lecture coordonné par Pascal Paradou, dirigé par Catherine Boskowitz, avec le soutien de la SACD.
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