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Jacques-Alain Miller (Éditeur scientifique)
EAN : 9782020060264
362 pages
Éditeur : Seuil (01/11/1981)

Note moyenne : 4.36/5 (sur 11 notes)
Résumé :
C'est à partir du célèbre cas Schreber, dont Freud a étudié les écrits, que Jacques Lacan tente d'expliquer, lors de son séminaire 1955-1956, les psychoses. Face à ce trouble psychique grave, la psychanalyse s'est longtemps sentie impuissante au niveau thérapeutique et théorique. La thèse soutenue ressemble à un défi : expliquer les psychoses, c'est avoir compris ce que veut dire "être pè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
colimasson
  20 mars 2016
Moi j'en connais des types genre psychotique, tu arrives un jour devant eux et tu les salues en leur disant « Bottine » par exemple, pour rigoler, histoire de changer, et pour eux cette marque de politesse devient un mot fou, ça cavale dans leur tête à la poursuite du signifiant originel qui les torture. Disons, c'est comme la fourmi qui se promène peinarde, jusqu'à ce qu'elle ingurgite une douve du foie, petite saloperie qui va dérégler son comportement et la forcer à se percher au sommet des brins d'herbes pour se faire bouffer par le premier mouton venu. Alors, ils brandissent le couteau et vous le plantent dans le coeur. Sauf si vous arrivez à vous baisser à temps pour que ce soit l'autre qui gigodait derrière vous qui se fasse assassiner à votre place. Ouf.

Le pétage de durite, ça peut être un mot comme un autre, parfois une situation pas plus conne qu'une autre, pas moins non plus, tout dépend des singularités. On peut se passer longtemps du signifiant originel, celui qui permet de comprendre toute la suite des autres grosses daubes qui font sens pour les autres, mais vient toujours un jour où on finit quand même par vriller –c'est la psychose, mes amis. Sur la grand'route, tout le monde se retrouve, ça fait des villes, on y vit plus ou moins bien mais jamais vraiment seul, même si la présence se réduit parfois juste à croiser le voisin quand on sort les poubelles. Mais sur les petits chemins, on peut être seul toute une vie, alors on se livre au jeu des significations « par une sorte d'imitation extérieure » et vient peut-être un jour où des petits mots apparaissent sur des écriteaux, comme des hallucinations. Ça se met à parler tout seul. Personne ne peut échapper à ce danger, c'est certain. Tous, nous hallucinons au quotidien. Par exemple, les pensées, qui a vraiment cru qu'elles pouvaient être réelles ? Les rêves, les fantasmes, les désirs, les craintes, les concepts, même les conversations sont des délires avec un partenaire bien choisi pour se prêter au jeu comme si c'était normal. Mais ce qui nous sépare des psychotiques (ou pas), c'est que nous ne prenons finalement jamais tout ça trop au sérieux. « Ce qui caractérise un sujet normal, c'est […] de ne jamais prendre tout à fait au sérieux un certain nombre de réalités dont il reconnaît qu'elles existent ». Ouf, on respire.

Il y a une véritable énigme posée par Jacques Lacan. Quoi qu'en disent les jungiens, que je vénère par ailleurs, les symboles et tout ça, ils ne coulent pas naturellement. Prenons les nombres entiers, par exemple. Pour Jung, en tant qu'archétypes, les nombres entiers ont leur petite vie propre, à laquelle les hommes peuvent accéder collectivement ou individuellement selon leur niveau de bougeotte mentale. Pour Lacan, le nombre entier est un signifiant qui ne va pas de soi, et parfois, « c'est une conquête que d'accéder au nombre 5 par exemple ». le nombre entier n'attend pas là gentiment, planté dans le ciel, qu'on vienne le chercher. A chaque fois, il faut que l'entité (individuelle ou collective) le crée, comme s'il n'avait jamais existé avant lui (ce qui est peut-être vrai, d'ailleurs). A la pensée magique de Jung, qui imagine le ciel peuplé de petits archétypes qui nous racontent le sens de l'univers, le signifiant originel de Lacan, signifiant qui « ne signifie rien ».

« Pensée magique, ainsi s'exprime la connerie scientifique moderne chaque fois qu'elle se retrouve devant quelque chose qui dépasse les petites cervelles ratatinées de ceux à qui il semble que, pour pénétrer dans le domaine de la culture, la condition nécessaire est que rien ne les prenne dans un désir quelconque qui les humaniserait. »

Dans ta gueule. (mais moi, j'aimerai toujours Jung quand même). Qu'est-ce qu'on va pouvoir foutre avec ça maintenant ? Bah, rien, on a l'habitude. Désir, désir, désir, dit Jacques, pour justifier le sens de la vie de l'individu-maintenant, rien de plus. C'est déjà beaucoup. (bien sûr, on ne parle pas de votre désir de chien, mais du vrai Désir que vous n'accomplirez jamais).

P.S. : Ce livre ne vous apprendra sans doute pas à reconnaître un (pré-)psychotique, ni même à soigner un (pré-)psychotique, mais il délivre une finesse d'analyse et une intelligence psychologique si raffinée que vous ne pourrez que vous émerveiller, à la fin de votre lecture, de ne vous être pas encore révélé psychotique. Mais peut-être n'êtes-vous encore qu'un (pré-)…

Le meilleur du Séminaire III (on regrette de n'avoir pas été né à cette époque-là pour entendre ça de ses propres oreilles) :
- « le témoignage, ce n'est pas pour rien que ça s'appelle en latin testis, et qu'on témoigne toujours sur ses couilles. »
- « le premier chapitre des Mémoires du président Schreber […] traite du système des étoiles comme article essentiel […] de la lutte contre la masturbation. »
- « La psychanalyse […] vous montre qu'il n'y a rien de plus bête qu'une destinée humaine, à savoir qu'on est toujours blousé. Même quand on fait quelque chose qui réussit, ce n'est justement pas ce qu'on voulait. »
- « Les animaux ont des rapports avec l'autre quand l'envie les en prend. Il y a pour eux deux façons d'en avoir envie -premièrement, le manger- deuxièmement, le baiser. »
- « [La mémoire chez l'homme], c'est constitué en messages, c'est une succession de petits signes de plus ou moins, qui s'enfoncent à la queue leu leu, et qui tournent comme sur la place de l'Opéra les petites lumières électriques s'allument et s'éteignent. »
- « […] Jusqu'à un certain point, s'interroger est le contraire de devenir. »
- « On a beau être derrière un rideau, il y a toujours de gros souliers qui dépassent. Pour le surmoi, c'est pareil. Mais assurément, lui ne se doute de rien. »
- « Cette phrase est en effet la règle de conduite de beaucoup –Ne cédez pas à votre premier mouvement, ce pourrait être le bon, comme on dit. »
- « le psychotique a sur vous ce désavantage, mais aussi ce privilège de s'être trouvé placé par rapport au signifiant un tout petit peu […] de traviole. »
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vallalectrice
  20 février 2017
Impossible a chroniquer pour moi...toujours en cours avec le reste du séminaire. Un jour peut être arriverais je au bout ? Mais peut-on arriver a quitter Lacan un jour ?
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Citations et extraits (146) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   27 décembre 2017
Qu'est-ce que la parole ? […]
Qu'est-ce qui distingue une parole, d'un enregistrement de langage ? Parler, c'est avant tout parler à d'autres.
[…] Pour nous, la structure de la parole (...) c'est que le sujet reçoit son message de l'autre sous une forme inversée. […] Nous en avons deux formes exemplaires.
La première, c'est fides, la parole qui se donne, le Tu es ma femme ou le Tu es mon maître, ce qui veut dire […] Cela vient de toi pour y trouver la certitude de ce que j'engage. Cette parole est une parole qui t'engage, toi.
[…] [La deuxième forme où] se reconnaît la relation de sujet à sujet […] c'est la feinte, envers de fides. [Je vais à Cracovie... etc.]
[…] A l'intérieur de la notion de communication en tant que généralisée, je spécifie ce que c'est que la parole en tant que parler à l'autre. C'est faire parler l'autre comme tel.
Cet autre, nous l'écrirons […] avec un grand A.
Et pourquoi (...) ? […] Tu es ma femme –après tout, qu’en savez-vous ? Tu es mon maître –en fait, en êtes-vous si sûr ? Ce qui fait précisément la valeur fondatrice de ces paroles, c'est que ce qui est visé dans le message, aussi bien que ce qui est manifeste dans la feinte, c'est que l'autre est là en tant qu'Autre absolu. Absolu, c’est-à-dire qu'il est reconnu, mais qu'il n'est pas connu.
[…] [Seulement on ne doit pas ignorer que la parole] ne parle pas seulement à l'autre, elle parle de l'autre en tant qu'objet. Et c'est bien de cela qu'il s'agit quand un sujet vous parle de lui.
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colimassoncolimasson   25 juillet 2018
« Il y a tout de même une chose qui échappe à la trame symbolique, c'est la procréation dans sa racine essentielle - qu'un être naisse d'un autre. La procréation est, dans l'ordre symbolique, couverte par l'ordre instauré de cette succession entre les êtres. Mais le fait de leur individuation, le fait qu'un être sorte d'un être, rien ne l'explique dans le symbolique. Tout le symbolique est là pour affirmer que la créature n'engendre pas la créature, que la créature est impensable sans une fondamentale création. Dans le symbolisme, rien n’explique la création.
[…] Il y a en effet quelque chose de radicalement inassimilable au signifiant. C'est tout simplement l'existence singulière du sujet. […] Le signifiant est incapable de lui donner la réponse, pour la bonne raison qu'il le met justement au-delà de la mort. Le signifiant le considère déjà comme mort, il l’immortalise par essence. […]
Comme telle, la question de la mort est un autre mode de la création névrotique de la question, son mode obsessionnel.
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colimassoncolimasson   28 mars 2018
Que se passe-t-il donc au moment où ce qui n'est pas symbolisé apparaît dans le réel ? […] Ce qui apparaît, apparaît sous le registre de la signification, et d'une signification qui ne vient de nulle part, et qui ne renvoie à rien, mais une signification essentielle, par laquelle le sujet est concerné. A ce moment, se met certainement en branle ce qui intervient chaque fois qu'il y a conflit d'ordres, à savoir du refoulement. Mais pourquoi le refoulement ne colle-t-il pas, c’est-à-dire n'aboutit pas à ce qui se produit quand il s'agit d'une névrose ?
[…] Ce qui se produit alors a le caractère d'être absolument exclu du compromis symbolisant de la névrose, et se traduit dans un autre registre, par une véritable réaction en chaîne au niveau de l'imaginaire, soit dans la contre-diagonale de notre petit carré magique.
Le sujet, faute de pouvoir faire une quelconque médiation symbolique entre ce qui est nouveau et lui-même, entre dans un autre mode de médiation, […] substituant à la médiation symbolique un fourmillement, une prolifération imaginaire […].
Le signifiant lui-même subit de profonds remaniements […]. […]
Le rapport du sujet au monde est une relation en miroir. Le monde du sujet va se composer essentiellement avec cet être qui est pour lui l'autre, c’est-à-dire [pour Schreber] Dieu lui-même. Quelque chose est prétendument réalisé, de la relation d'homme à femme.
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colimassoncolimasson   28 mars 2016
On semble oublier que dans la parole humaine, entre beaucoup d’autres choses, l’émetteur est toujours en même temps un récepteur, qu’on entend le son de ses propres paroles.
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colimassoncolimasson   12 décembre 2017
Il faut parler au patient son langage. Sans doute ceux qui tiennent de tels propos doivent-ils être pardonnés comme tous ceux qui ne savent pas ce qu'ils disent. […] On s'acquitte, on se met rapidement en règle, à ceci près qu'on ne révèle que sa condescendance […]. Marquer cette distance, faire du langage un pur et simple instrument, une façon de se faire comprendre de ceux qui ne comprennent rien, c'est éluder complètement ce dont il s'agit -la réalité de la parole.
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