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Jacques-Alain Miller (Éditeur scientifique)
ISBN : 2020495244
Éditeur : Seuil (30/11/-1)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 4 notes)
Résumé :

Alcibiade a voulu subordonner Socrate à l'objet de son désir à lui, Alcibiade, qui est agalma, le bon objet. Comment ne pas reconnaître, nous analystes, ce dont il s'agit ? C'est dit en clair c'est le bon objet que Socrate a dans le ventre. Socrate n'est plus là que l'enveloppe de ce qui est l'objet du désir. C'est pour bien marquer qu'il n'est que cette enveloppe, qu'Alcibiade a voulu manifester que Socrate est, par rapport... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
colimasson
28 mars 2016
Encore un séminaire qui déchire sa race, et pourtant, ça parle d'amour. de fait, ça aurait pu être très con. Ça ne l'est pas.

Déjà, c'est un séminaire qui s'adresse normalement aux analystes puisqu'il est question du phénomène du transfert. La question c'est : quel doit être le désir de l'analyste au cours de la cure ? Après tout, l'analyste est d'abord un être humain et il se peut qu'il éprouve des sentiments quand on lui adresse la parole, à l'occasion. Après tout, ce n'est pas de sa faute si l'autre patient là, en face de lui, croit trouver son destin en venant le baratiner, tout ça parce qu'il voit l'analyste comme un genre de grand manitou–le sujet supposé savoir. Ça peut être flippant. Alors Jacques organise ce séminaire pour rassurer l'analyste qui, à l'occasion, peut voir l'angoisse surgir devant cette tripotée de petits chiots mendiants le sens de leur vie. Mais alors attention parce que lorsqu'on parle d'amour, certains s'emballent et dénoncent la petite trique du voisin, tout ça parce qu'ils veulent cacher la grosse poutre qui leur perfore le kilt. Alors, Jacques introduit la question en faisant un détour par le « Banquet » de Platon, histoire d'éclaircir les choses. Et sa lecture de Platon, à Lacan, ce n'est pas pour rire que je dis ça, mais c'est bandant.

Jacques nous rappelle d'abord qu'il fut un temps où Platon était bien vivant, et les personnages dans le « Banquet » sans doute aussi, au moins parce qu'ils étaient inspirés de types faits de denrées périssables comme du cervelas. Alcibiade raconte comment il s'est démené, au temps où il était aimé par Socrate, pour que celui-ci en vienne à le baiser. Aristophane a le hoquet –mais s'est-on interrogés de savoir pourquoi, sur plusieurs lignes, Platon nous parle de ce foutu hoquet, lui qui nous avait habitués à nous assommer avec des considérations hautement philosophiques sur sa république et tout le bordel ? Peut-être parce que s'il a le hoquet, l'Aristo, c'est parce qu'il s'est tordu la panse de rire pendant tout le discours de Pausanias. Et s'il rit, c'est pour une raison cruciale. Une affaire au moins aussi politique que le politique dans la république. Mais passons au personnage suivant. Alcibiade, lui, c'est le pleurnicheur, celui qui n'en a jamais assez. Il se livre à une confession publique de fort mauvais goût pour expliquer comment qu'il souffre à cause de Socrate, pas assez gentil à son goût. Et là, il faut faire intervenir une observation importante mise au jour par Jacques : dans toute relation d'amour, il y a l'aimant, et il y a l'aimé. L'aimant, il veut se faire aimer, ça c'est sûr, et il croit que se cache dans l'aimé un trésor, ce qu'il cherche depuis toujours, l'agalma. L'aimé, c'est quand même le plus noble, s'il aime quand même l'aimant, il sait qu'il n'a rien de clinquant à découvrir en grattant sous sa sale peau de phoque. Il sait aussi que l'agalma que l'autre croit voir en lui, c'est une belle arnaque. Mais lisez un peu la mythologie et revenez-en au mythe d'Achille : ce que les dieux trouvent le plus sublime, c'est de voir l'aimé se comporter à l'égard de l'aimant comme si l'aimant était l'aimé. Magnifique ! c'est un sacrifice de soi supérieur, et on imagine la joie qui inondera le petit être de l'aimant (se croyant aimé) dans une telle situation.

Bref, alors qu'Alcibiade raconte plein d'horreurs sur Socrate, vidant son sac pour mieux chier le lendemain, Socrate attend et finit par répondre : tout ça, tu ne l'as pas dit en t'adressant à moi, tu l'as dit pour draguer Agathon qui nous écoute, là, bien gentiment. Ceci dit, sans rancune, ni rien. Socrate n'en est plus au niveau des chicaneries de maternelle. Socrate n'a plus besoin d'aimer ni d'être aimé, il est presque ce saint que nous décrit plus loin Jacques, ce saint qui rayonne d'une telle plénitude (ou qui le croit, en tout cas) qu'il n'a plus besoin de s'embarrasser d'un jules. Sur le mode de l'avoir, Socrate a tout –what else ? Et sur le plan de l'être ? Alors, Socrate est le passeur.

Charon, nocher des Enfers, te faisait filer les mecs d'un bord du fleuve à l'autre, traversée non anodine, le genre de trucs qui ne se vit qu'une fois, alors il vaut mieux être là au moment où ça se produit. Socrate a fait filer Alcibiade du bord de l'angoisse au bord du désir. C'est ça le problème des fous : ils se trompent, ils se trompent tout le temps. Ils croient qu'ils veulent baiser une biche et une fois qu'elle est baisée, ils se rendent compte que c'était une loutre. Alors, ils virent la loutre, ils repartent à la chasse, ils retrouvent une belle biche piquetée d'harmonieuses taches blanches, ils la ramènent chez eux pour boire un verre et putain ! celle-ci se transforme en musaraigne. Certains peuvent aimer les musaraignes mais enfin, celui qui croit chercher une biche, il n'est généralement pas très heureux de se retrouver avec autre chose dans son lit après avoir vidé ses génitoires. C'est que le désir, ma foi, on l'a bien escamoté, caché derrière tout un tas de défenses qui ont surtout pour but de masquer un genre de vide narcissique.

Jacques ne va pas nous apprendre comment bien vivre avec sa meuf jusqu'à la fin, d'autant plus que la durée de vie est longue, et la durée de l'amour lui est inversement proportionnelle. Il va plutôt donner des petits conseils à ses copains analystes, mais n'importe qui peut en prendre de la graine. Ainsi donc, il faut devenir Socrate, celui qui s'en est allé loin de tous les désirs –les vrais, les faux, les menteurs, les hystériques et les obsessionnels-, l'être humain de quasi-marbre qui ne tombera pas dans le piège qui tue toutes les relations : donner à l'autre ce qu'on imagine qu'il attend de nous, pure illusion qu'il recevra comme un paquet d'excréments et lui, déçu, vous crachant à la gueule quand vous attendez des remerciements. Dans son rôle d'analyste, l'individu doit se montrer riche parce qu' « on ne peut aimer qu'à se faire comme n'ayant pas, même si l'on a » et « l'amour comme réponse implique le domaine du non-avoir ». C'est Platon qui a dit ça avec son personnage de Pénia (la misère), celle qui peut concevoir l'amour, et l'idée de se faire engrosser un soir de fête. le riche, lui, aurait pu refuser. C'est ça, sa richesse : celle de refuser, et d'être plein quand même. Mais si vous pensez que c'est drôle de voir les autres baiser dans un coin de buisson et n'en avoir soi-même pas envie… heureusement, on a inventé les saints depuis.

Oui, ce n'est pas toujours drôle d'être riche, Jacques en avertit ses petits confrères. Voire, ça implique une forme de deuil, et ce deuil est essentiel pour quiconque joue un instant le rôle de l'analyste. Voici l'apprentissage à faire : « Il n'y a pas d'objet qui ait plus de prix qu'un autre - c'est ici le deuil autour de quoi est centré le désir de l'analyste ». Et de faire à nouveau référence au Banquet : « Voyez, au terme du Banquet, sur qui va se porter l'éloge de Socrate - sur le con des cons, le plus con de tous, et même le seul con intégral ». Mais ce con, c'était celui qu'Alcibiade désirait, et cela en valait bien la peine.

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Diotime
15 janvier 2011
La psychanalyse est-elle une dialectique ? :
Lien : http://didier-moulinier.over..
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Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson07 avril 2016
Et cet autre dont vous vous êtes occupé si mal, est-ce pour en avoir fait, comme on dit, seulement votre objet ? Plût au ciel que, ces autres, vous les eussiez traités comme des objets, dont on apprécie le poids, le goût et la substance. Vous seriez aujourd'hui moins troublés par leur mémoire. Vous leur auriez rendu justice, hommage, amour. Vous les auriez aimés au moins comme vous-mêmes, à ceci près que vous vous aimez mal. Mais ce n'est même pas le sort des mals aimés que nous avons eu en partage. Vous en aurez fait sans doute, comme on dit, des sujets - comme si c'était là la fin du respect qu'ils méritaient, respect comme on dit, de leur dignité, respect dû à vos semblables.
Je crains que cet emploi neutralisé de ce terme, nos semblables, soit bien autre chose que ce dont il s'agit dans la question de l'amour. Ces semblables, je crains que le respect que vous leur donnez aille trop vite au renvoi à leurs lubies de résistance, à leurs idées butées, à leur bêtise de naissance - à leurs oignons, quoi. Qu'ils se débrouillent.
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colimassoncolimasson22 avril 2016
Tout mythe se rapporte à l’inexplicable du réel, et il est toujours inexplicable que quoi que ce soit réponde au désir.
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colimassoncolimasson16 avril 2016
Ce que les dieux trouvent sublime, plus merveilleux que tout, c’est quand l’aimé se comporte comme on attendrait que se comportât l’amant.
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colimassoncolimasson28 mars 2016
Le désir trouve ordinairement dans l’acte plutôt son collapsus que sa réalisation et, au mieux, l'acte ne présente au désir que son exploit, sa geste héroïque.
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colimassoncolimasson09 avril 2016
Ce qui caractérise l'érastès, l'amant […] n'est-ce pas essentiellement ce qui lui manque ?
Et d'autre part, l'érôménos, l'objet aimé, ne s'est-il pas toujours situé comme celui qui ne sait pas ce qu'il a, ce qu'il a de caché, et qui fait son attrait ?
[…] Observez qu'il n'y a aucune coïncidence. Ce qui manque à l'un n'est pas ce qu'il y a, caché, dans l'autre. C'est là tout le problème de l'amour. […]
C'est en tant que la fonction de l'érastès, de l'aimant, pour autant qu'il est le sujet du manque, vient à la place, se substitue à la fonction de l'érôménos, l'objet aimé, que se produit la signification de l'amour.
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Videos de Jacques Lacan (39) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Lacan
Cet ouvrage est une invitation à lire Lacan à partir des figures féminines empruntées à la mythologie, à la philosophie, à la littérature, au théâtre et à la clinique analytique, qui ont jalonné son ?uvre et l?ont enseigné sur l?amour et la jouissance et, par-delà, sur l?énigme du féminin.
En suivant les chemins empruntés par Lacan, l?auteure s?est intéressée aux rencontres avec les figures féminines pour lesquelles celui-ci éprouvait de l?admiration, de l?enthousiasme, de l?émotion aussi. Qu?elles soient issues de sa pratique, ou rencontrées dans la littérature, elles l?ont précédé et enseigné sur les voies de la jouissance et de l?amour. Elles ont pour nom Aimée, Antigone, Diotime, Sygne de Coûfontaine, Marguerite de Navarre, Thérèse d?Avila, etc. Lacan s?est mis à leur école.
Dans un style clair et au plus près du texte du séminaire, l?auteure reprend une par une ces figures féminines en dévoilant ce qu?elles esquissent d?un ternaire inédit Jouissance/Amour/Femme en contrepoint du ternaire Désir/Phallus/Nom du père, longuement déplié par Lacan.
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>Philosophie et théorie>Systèmes, écoles>Systèmes psychanalitiques (329)
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