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EAN : 9782070412532
384 pages
Gallimard (22/11/2000)
4.16/5   16 notes
Résumé :
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Que lire après Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945-2000Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Dès que l'on évoque la poésie grecque, immanquablement apparaissent les noms de Constantin Cavafis, et plus proche de nous, ceux de Georges Séféris, Odysseus Elytis et Yannis Ritsos. Ils sont les très grands représentants de la poésie grecque, les incontournables d'une oeuvre littéraire unique.
Parler de la poésie grecque contemporaine, même après la lecture de cette remarquable anthologie, relève de la gageure, d'un pari difficile à tenir, tant son champ est multiforme, foisonnant.

Depuis les années 50, la poésie grecque jouit en effet d'une vitalité assez exceptionnelle. Bien qu'elle n'ait jamais véritablement connu d'école, de courant littéraire, bien qu'héritière d'une grande tradition classique, qui emprunte au genre de l'épopée et au chant, la création poétique en Grèce n'a jamais eu de cesse de se renouveler, de se perpétuer, de s'interroger aussi, dans une grande diversité de style, de formes mais aussi dans ses sources d'inspiration.

Ce renouveau littéraire n'a cependant jamais renoncé de se référer aux mythes anciens, aux récits épiques mais également aux liens quasi religieux qu'elle entretient avec les éléments, avec la terre et la mer. C'est cette part de la poésie grecque contemporaine qui la rend si particulière, si attachante.

« D'abord il y eut la mer
Je suis né entouré d'îles
Je suis une île surgie le temps de voir
la lumière, dure comme la pierre
puis sombrer.
Les montagnes sont venues après.
Je les ai choisies.
Il fallait bien que je partage un peu le poids
écrasant ce pays depuis des siècles. »*

Dans cette remarquable anthologie dirigée par Michel Volokovich, qui assure également le choix et la traduction des poèmes, j'ai beaucoup aimé la découverte de nombreux auteurs mais aussi et surtout, de textes pleins de justesse et de sensibilité, de poèmes aux subtiles nuances, à l'imaginaire débordant de paysages, de couleurs, des rythmes du vent et de jeux de lumières, qui porte en elle les récits du quotidien, du banal, les rumeurs de la ville, des ports, la promesse des lointains,... le tout dans une écriture touchante, une subjectivité qui révèle tout l'espace de l'introspection et de l'intime.

C'est avec plaisir que j'ai (re)découvert des textes de grands noms de la poésie grecque, des auteurs aussi essentiels que Kikí Dimoulá et Zoé Karèlli, des figures connues et moins connues de Yòrgos Thèmelis, Tàkis Sinòpoulos, de Titos Patrìkios ou encore de Nìkos-Alèxis Aslànoglou, chacun portant en soi une source et un talent d'écriture qui m'a donné envie d'en savoir un peu plus sur leur oeuvre poétique (tous malheureusement ne sont pas traduits en français).

Poète (et poétesse) témoin d'une époque, d'une histoire, poète de la guerre et de l'espoir, poète voyageur, poète solitaire et rêveur, poète inquiet et méditatif, poète nostalgique, idéaliste perdu, poète attentif et silencieux, poète des paysages et des villes,… Cette Anthologie de la poésie grecque contemporaine nous offre les portraits de tous ces poètes, venus d'un pays – la Grèce – qui n'en finit pas d'investir notre imaginaire.

« Je veux que le poème soit nuit, errance
dans des rues isolées, des artères
où la vie vient danser. Je veux
qu'il soit combat, non pas musique dénouée
mais passion d'exprimer en soi l'incohérence
le désordre qui prendra feu si l'on ne joue pas
le tout pour le tout

Tandis que les autres, indifférents, sûrs d'eux
se gaspillent ou se préparent le soir
à mourir, toute la nuit je cherche des petits cailloux
incorruptibles dans le monologue de chaque jour
même très usés. Qu'ils brillent
dans leur épaisse obscurité, maigres insectes
hasardeux, que le sens tue
et qu'abreuve le sentiment »


(*) Titos Patrìkios - poème "Les montagnes" (mai 1968) - p. 132
(**) Nìkos-Alèxis Aslànoglou - poème "Ars poetica" - p. 146
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Une anthologie de la poésie grecque contemporaine, par Jacques Lacarrière, écrivain, voyageur, passionné par l'Antiquité grecque, la mythologie, et plus largement par la civilisation grecque.
Cet ouvrage présente quelques poèmes des quatre poètes grecs les plus connus : Constantin Cavafy et des trois autres noms de la poésie grecque d'après-guerre que sont Georges Séféris (Prix Nobel de Littérature en 1963), Yannis Ritsos et Odysséas Elytis (Prix Nobel en 1979).
Mais elle a le mérite aussi de faire découvrir au lecteur français la génération de poètes qui suit : la génération des années 70 qui a connu la dictature en Grèce, et celle plus contemporaine (jusqu'aux années 2000).
La présentation introductive de Jacques Lacarrière est précieuse et, en 25 pages, rend bien compte des principales phases et évolutions des courants de la poésie grecque contemporaine.
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Un recueil que j'ai découvert, pour tenter d'approcher la poésie grecque contemporaine. Comme toutes les anthologies qui rassemblent un grand nombre d'auteurs, mon intérêt n'est pas le même pour toutes les poésies, pour tous les thèmes abordés. Je suis plus sensible à certaines écritures, certaines émotions. Mais cet ouvrage peut permettre d'approfondir, et de chercher à mieux connaître certains poètes.
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
Odyssèas Elytis / Οδυσσέας Ελύτης (1911 – 1996)
L’Icône



Rochers en adoration les vagues

Marchent dans les ténèbres. Asphodèles et narcisses

Qui poussent dans les rêveries des morts

Accompagnent nuages et sommeils



J’avance à l’instinct ne sachant quel jour



Cela sent la noblesse d’un vieux bois

Ou d’un animal humilié. Bien sûr

C’est par ici que j’ai dû exister ; si vite

Que le jour pointe et je vous retrouve

Tourments sacrés maisons à l’abandon ocre entre les citronniers

Arches, voûtes où j’allais eaux courantes

Où s’est posé le doigt de l’ange ? Que reste-t-il ? Qui à présent ?



J’arrive à demi éteint de la ville

Comme de l’église incendiée l’icône

Rouges de feu noirs de démon

Qui dans les rosées du matin peu à peu

se dissolvent

Ecaillé, griffé, le mot JE T’AIME encore visible

Le mur ! Et de l’escalier la rambarde elle aussi

De bois brut et lissé par le glissement de tant de mains !

Lourd de vieillesses et de jeunesses à nouveau je monte

Sachant où vont grincer les vieilles planches, et quand

Me fixera la tante Melissini dans son cadre

Et s’il pleuvra demain



Sans doute je revendique une chose mienne depuis toujours

Et simplement peut-être une place dans Ce qui vient

Qui est la même chose ; vêtement fait d’un feu froid

Vert de bronze, rouge cerise de la Vierge



Debout la main droite sur le cœur

J’ai derrière moi deux ou trois chandeliers

Le petit carré de la fenêtre donnant sur l’orage

Le Lointain de l’Avenir



Traduit du grec par Michel Volkovitch

in, « Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2000



Το εικόνισμα



Ίδιος ο βράχος κι όλο ευσέβεια

περιπατούν τα κύματα στα σκοτεινά. Οι ασφόδελοι

και οι νάρκισσοι κι εκείνοι αποκυήματα

της φαντασίας των νεκρών παν κατά νέφη και ύπνους



Προχωρώ από ένστικτο μην ξέροντας ποια μέρα

μυρίζει ευγένεια ξύλου παλαιού

ή ζώου ταπεινωμένου. Και βέβαια

κάπου εδώ πρέπει να υπήρξα· τόσο γρήγορα

που ξημερώνει και σας ξαναβρίσκω



Βάσανά μου ιερά χορταριασμένα σπίτια κεραμιδιά μέσα στα

λεμονόδεντρα



Τόξα, καμάρες όπου εστάθηκα κι ανοιχτές βρύσες

Πού ν' άγγιξε άγγελος; Τι να 'μεινε; Ποιος τώρα;



Μισοσβησμένος φτάνω από της πολιτείας τα μέρη

όπως από της εκκλησιάς την πυρκαγιά το εικόνισμα

Κόκκινα της φωτιάς και μαύρα του δαιμόνου

που μες στη δρόσο του πρωινού

σιγά σιγά διαλύονται



Ξέφτιος κι όλο χαρακιές, με τη λέξη ακόμη σ' αγαπώ ευδιάκριτη

επάνω του

ο τοίχος! Και της κλίμακας η κουπαστή κι εκείνη

άβαφη κι από τις πολλές απαλές που πέρασαν παλάμες λεία!

Φορτωμένος γηρατειά και νεότητες πάλι ανεβαίνω

ξέροντας πού το παλιό σανίδωμα θα τρίξει, πότε

θα με κοιτάξει από το κάδρο της η θεία Μελισσινή

και αν αύριο θα βρέξει



Ίσως κάτι που μου ανήκει ανέκαθεν να διεκδικώ

μπορεί και απλώς μια θέση μες στα Ερχόμενα

που είναι το ίδιο· ένδυμα καμωμένο από φωτιά ψυχρή

πράσινα του χαλκού και βυσσινιά βαθιά της Παναγίας



Στέκω με το δεξί μου χέρι στην καρδιά

πίσω μου δύο ή τρία κηροπήγια

το μικρό τετράγωνο παράθυρο πάνω στην καταιγίδα

τα Πέραν και τα Μέλλοντα.
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Argo



Mes histoires je les ai apprises près des bateaux
non par des voyageurs ou des marins
ou par les autres sur les jetées qui attendent
débarqués perpétuels, cherchant dans leur poche une
    cigarette.
Des visages de bateaux hantent ma vie :
les uns ouvrent les yeux comme le Cyclope
immobiles sur le miroir des eaux
d’autres avancent comme des somnambules, dangereusement,
    d’autres encore
ont sombré dans les abysses du sommeil
chaînes bois voiles et cordages.
Dans la petite maison fraîche au jardin
parmi les trembles et les eucalyptus
près du moulin couvert de rouille
de la citerne jaune où tourne seul un poisson rouge
dans la petite maison fraîche qui sent l’osier
j’ai trouvé une boussole de marine
elle m’a montré les anges de tous les temps qui hantent
le silence du plein midi.
                                                                    Novembre 1948


//Yòrgos Sefèris (1900 – 1971)
/Traduit du grec par Michel Volkovitch
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SOIREE

C'était une belle soirée, nous bavardions sur le trottoir
à n'en plus finir.
Les oiseaux chantaient, les gens passaient, les voitures filaient
A la fenêtre en face la radio jouait des rebetikas,
la fiancée du voisin fredonnait son mal d'amour.
L'acacia perdait ses feuilles, le jasmin embaumait,
Les garçons jouaient à cache-cache près du parc
et les filles sautaient à la corde -
ils jouaient, ne sachant rien de la mort,
ils jouaient , ne sachant rien du remords,
et je les ai soudain aimés, les humains ce soir-là,
beaucoup aimés, je ne sais pourquoi, comme avant
d'aller mourir.

Dinos Christianopoulos
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Tristesse de la cité
  
  
  
  
Le bruit est mort dans cette ville
inquiète. Ce qu’on entend n’est rien
qu’un écho de la vie qui s’obstine,
la voix des morts lugubres qui survit
en suspens, ne s’éloigne pas même
quand on a refermé les tombeaux.
Dans les rues vides se promène
le souvenir de ceux
qui ont vécu pleins d’élans, de passion,
et voilà ce qui reste
de ces gens
qui ont vécu leur vie dans cette ville.
Ils vont et viennent, parlent parfois
peut-être, ces troupeaux humains,
errant çà et là, sans but, délaissés,
mais partout s’est posé un affreux silence,
brisant le cri de la douleur :
et celui qui l’entend est vraiment mort.


// Zoé Karèlli / Ζωής Καρέλλης (1901 – 1998)

/ Traduit du grec par Michel Volkovitch
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La neige ici n’en finit pas …
  
  
  
  
La neige ici n’en finit pas. Dans l’Attique
on l’accueille comme une pause bienfaisante
ou le recueillement avant les amandiers en fleur
ou le draps du théâtre d’ombres après les flonflons.
Les gens sont contents, sortent dans la nature, oublient
la pauvreté. La neige ici
c’est le zéro. À des milles en dessous de zéro
tandis que le sable blanc scintille, des visages
sans joues, sans traits, des yeux
veillent loin de la terre bénie.
Je n’oserais parler de prières, et pourtant
on sacrifie un agneau parfois :
le sang jaillit, soleil explosant, aveuglant.

Instants où tout s’en va, où tout bruit
semble le premier ; tombant, dirait-on
dans une main de pierre ou de bois.
Et les hommes s’en vont, d’où naissent des statues.

                                 Janvier 1949


// Yòrgos Sefèris / Γιώργος Σεφέρης (1900 - 1971)

/ Traduit du grec par Michel Volkovitch
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Vidéo de Jacques Lacarrière
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