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ISBN : 2710378019
Éditeur : Quai Voltaire (13/04/2017)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Si les oeuvres des soeurs Brontë sont connues de tous, il n'en va pas de même pour leur correspondance, a fortiori en France où elle n'avait pas encore été traduite. Le présent recueil réunit plus de trois cents lettres de cette famille hors norme.
Celles de Charlotte à son amie Ellen Nussey ou à ses éditeurs londoniens, tantôt véhémentes, tantôt mélancoliques, sont d'une humilité extrême. Durant sa courte existence, Charlotte s'éloigne rarement de la cure de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
AgatheDumaurier
  20 juin 2017
Quel plaisir inouï de lire ces lettres ! L'ouvrage en est visiblement la première traduction en français...C'est un peu scandaleux d'avoir privé les amoureux français de cette exceptionnelle famille d'une telle intimité avec elle pendant 170 ans !!!
170 ans !!! Et pourtant Charlotte semble nous parler à l'oreille, tout près. Car c'est elle, l'interlocutrice. La plus sociable. La seule qui ait jugé bon d'entretenir quelques relations avec les êtres du monde extérieur. D'Emily et d'Anne, quasiment rien. Elles demeurent mystérieuses, et l'on se prend à traquer dans les missives de Charlottes des instantanés pris sur le vif : Emily et son chien, Emily cuisine et fait le ménage, Emily l'énerve avec son caractère impossible, Emily et Anne sourient, avachies dans des fauteuils, à la lecture de certaines critiques loufoques tirées des journaux que Charlotte leur lit, à la veillée, au sujet de leurs livres ...Branwell écrit quelques lettres, à des poètes, des éditeurs, puis des amis, principalement pour leur demander de l'argent, quand il a sombré dans un alcoolisme destructeur.
L'atmosphère au presbytère de Haworth ressort, faite de pluie, de froid, de vicaires, de volonté de partir et de revenir. On suit à travers Charlotte ce que l'on connaît déjà, le voyage en Belgique, la dépression, le terrifiant hiver 1848-1849, qui voit successivement disparaître Branwell, puis Emily dans de terribles souffrances. En mai 1849, c'est le tour d'Anne. Charlotte décrit le silence à Haworth et son chagrin insondable. Puis sa survie, à travers l'écriture et l'ouverture sur le monde que lui offre sa célébrité immédiate. On suit aussi, avec plus de légèreté, son coeur de midinette qui cherche l'amour, et qui lutte entre le désir d'être libre et la peur d'une terrible solitude qui l'attendrait à la mort de son père.
J'ai, vous l'avez compris, extrêmement apprécié cette lecture, où l'on peut entendre si proche de nous l'esprit vivant et libre de Charlotte Bontë, sa voix inimitable et familière, dans le moindre petit billet. C'est cela, le génie. Merci, Charlotte !
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PhilippeCastellain
  16 novembre 2017
Avant de débuter cette critique, je me dois de faire un aveu : je ne peux prétendre à la neutralité sur ce livre, ma soeur en étant la traductrice. Mais l'objectif de cette lecture est de faire connaissance avec la famille Brontë, et pour cela il n'est pas besoin de neutralité.
Commençons par les personnages secondaires. Leur frère Branwell, aux dons bien vite gâchés par l'alcoolisme – figurent dans le recueil quelques-uns des billets qu'il envoyait à ses connaissances pour mendier un peu de gin. Leur père, austère vieux pasteur pourtant doté d'un étonnant humour à l'occasion, et qui aura le malheur de voir mourir tous ses enfants. Leur vieille et fidèle domestique, partie intégrante de la famille…
Des figures littéraires oubliées peuplent également ces pages. Constantin Héger, brillant professeur bruxellois et amour secret de Charlotte. Hariet Martineau, flamboyante et irascible féministe, qui fut l'ami de Charlotte malgré de vertigineuses différences d'opinion. William Thackeray, décrit comme « un titan intellectuel » par Charlotte ; Elizabeth Gaskell, qui écrivit sa première biographie…
La très grande majorité des lettres sont de Charlotte. Des trois, elle semble avoir été de loin la plus sociable, entretenant notamment une correspondance nourrie avec sa fidèle amie, Ellen Nussey. Anne semble avoir été particulièrement timide et effacée. Et la grande Emilie, l'auteure du foudroyant ‘ Hauts de Hurlevent'… Semble avoir eu un caractère totalement impossible ! Brillante, solitaire, farouche, intransigeante et inséparable de ses landes désertes bien aimées…
C'est donc elle qu'on découvre leurs vies à toutes – une vie dure. Un pasteur ne gagne guère, et avant leur succès littéraire la famille flirtait avec la misère. Si la nourriture ne manquait pas elle était pauvre et monotone ; le moindre bout de tissu était une dépense mûrement réfléchie. Par la suite, leur relative aisance leur permit quelques fantaisies, notamment quelques séjours sur la côte.
Leur soudaine célébrité semble beaucoup les perturber du reste – et dans un premier temps elles la vivent comme une contrainte. Elles maintiennent leur anonymat le plus longtemps possible, vivent comme des épreuves les voyages à Londres pour rencontrer les éditeurs. Percluses de migraines, peu habituées à la haute société, malades de timidité, c'est peu dire que les tentatives pour les introduire dans le monde tournent au fiasco !
Mais quand on vit à une époque qui ignore les antibiotiques, la tuberculose se fiche bien de tout le talent littéraire du monde…
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maevedefrance
  14 mai 2017
Traduites et annotées par Constance Lacroix
Pendant un mois, je me suis plongée dans la correspondance de la famille Brontë, traduite pour la première fois en français - l'occasion de refaire mentalement le voyage à Haworth d'il y a deux ans. Trois cents lettres, écrites entre 1821 et 1855, en grande majorité celles de Charlotte, qui dialogue avec son amie de toujours Ellen Nussey, ou son éditeur, entre autres. Mais aussi quelques unes d'Emily, de Anne et de Branwell ou de leur père, le révérend Patrick Brontë.
Ces lettres furent ma lecture de chevet, chaque soir. C'est avec plaisir et émotion que l'on se retrouve plongé dans l'intimité de cette famille devenue mythique. Des personnes réelles devenues des personnages. Parce que finalement, ce recueil épistolaire se lit comme un roman polyphonique, sous l'ascendant de Charlotte qui était sans doute la plus sociable de la famille et qui a survécu à son frère et ses soeurs.
On est frappé par l'isolement de cette famille qui semble vivre en huis clos, recluse, et dont les lettres sont, semble-t-il, pour Charlotte, outre un moyen de dialoguer, aussi une manière de s'évader. Si elle ne reproche pas ouvertement à son amie Ellen de ne pas être venue la visiter, sa déception est à peine voilée : "Nous vous avons longuement et ardemment attendue, ce mardi où vous nous aviez promis une visite - je me suis usé la vue à vous guetter par la fenêtre, armée de mon lorgnon, et parfois même le nez chaussé de besicles."
Pourtant, si dans un premier temps, Emily et Charlotte sont parties jusqu'à Bruxelles pour se former, avec dans l'idée d'ouvrir à leur retour leur propre pensionnat pour jeunes filles à Haworth, leur dessein sera contrarié et elles renonceront définitivement.
C'est l'écriture qui prend le relais pour de bon, mais voilée de secret, avec une première publication conjointe des trois soeurs, en 1846, sous des pseudonymes masculins.
Et puis, c'est Jane Eyre, publié en 16 octobre 1847 sous le pseudonyme utilisé par Charlotte : Currer Bell. Un succès immédiat, un roman plébiscité par Thackeray. Currer Bell, un auteur mystère qui suscite la curiosité, les supputations les plus folles sur son identité, même si l'identité d'une femme ne fait pas de doute. "Si Thackeray s'enquiert à nouveau de l'identité de Currer Bell, dites-lui que c'est, et cela doit rester, un secret jalousement gardé pour la bonne et simple raison qu'elle ne mérite pas d'être révélée - fait qui n'aura pas échappé à sa perspicacité.", écrit Charlotte.
Charlotte cachera même à sa meilleure amie être l'auteur de Jane Eyre. C'est assez étonnant.
Ces lettres nous plongent, à leur manière, dans les salons littéraires anglais de l'époque. Ainsi apprenons-nous que Charlotte n'appréciait guère Jane Austen, qu'elle lui préfère la Française George Sand ! En revanche, elle est littérairement très proche d'Elizabeth Gaskell, avec qui elle entretient une correspondance : "J'ai lu En visite à Cranford avec un de ces plaisirs qui vous semblent toujours de trop courte durée. J'aurais voulu que le texte fut deux fois plus long."
Si Emily, Charlotte et Anne sont des génies littéraires qui se cachent, Branwell, lui, a tout de l'artiste imbu de lui-même, d'une manière assez délirante. J'avoue qu'il ne m'a guère été sympathique. Instable, fragile, il plonge dans l'alcool, l'opium et autres stupéfiants. Charlotte déplore à de nombreuses reprises son attitude et désespère dès 1845 : "Mes espoirs sont au plus bas en ce qui concerne Branwell. Je crains parfois qu'il ne parvienne jamais à rien de valable." Il rend la vie impossible à sa famille, extorque de l'argent à son père en menaçant de se suicider s'il ne lui donne pas satisfaction.
Pourtant, son décès brutal, en septembre 1848 laissera les Brontë dans une grande mélancolie. 1849, année terrible qui verra disparaître Emily deux mois après son frère. Puis ce sera Anne. La mort qui frappe comme une malédiction : "Les jours de cet hiver sont traînés, sombres et pesants, comme un convoi funéraires; depuis septembre, la maladie ne s'est pas éloignée un instant de la maison - c'est étrange - il n'en était pas ainsi jadis - et pourtant tout ceci, je le soupçonne, était en marche depuis des années(...)".
Des pages très émouvantes, notamment la lettre de Patrick Brontë : "J'ai connu, à la vérité, plus que mon lot d'afflictions dernièrement - mais telle était la volonté du Seigneur - et le devoir m'ordonne de me résigner. Mon unique Fils s'est éteint, suivi de près par une fille que j'aimais tendrement. Les larmes sont permises au milieu de tels maux, puisque le Christ lui-même pleura son ami défunt (...)". Ou celles de Charlotte, la seule survivante à ses cadets :
"Le 24 septembre, mon unique frère (...) mourut - d'une mort qui nous frappa bien brutalement. L'avant-veille, il s'était encore rendu au village. Ce fut un coup terrible. Il n'était pas même enseveli que je tombai malade. Je fus prise d'une fièvre nerveuse, qui me rongea sourdement, me laissant sans force. Je fus lente à me rétablir, et ce fut alors que ma Soeur Emily - que vous avez côtoyée jadis - contracta une inflammation pulmonaire - une pleurésie se déclara - nous vécûmes deux mois dans une torturante alternance d'espoir et de crainte : enfin le 19 décembre - elle mourut.
A peine la tombe se fut-elle refermée sur Emily qu'Anne, ma plus jeune soeur, la seule qui me restât, présenta à son tour des symptômes qui nous jetèrent dans les plus vives alarmes. (...) Ma pauvre soeur est partie en paix pour sa dernière demeure. Elle est morte ce lundi. (...) le spectacle des chambres vides, qui jadis abritaient les êtres les plus chers à mon coeur - et où désormais planera éternellement - je crois - l'ombre de leurs derniers instants."
Charlotte écrivait à Ellen en lui disant : "Je suis certainement vouée à finir vieille fille, Ellen - je ne peux espérer d'autres occasions. Qu'importe, je me suis résignée à ce destin dès l'âge de douze ans"; elle se mariera le 29 juin 1854 au vicaire de son père, Arthur Bell Nicholls, mais meurt en mars 1855, à l'âge de 39 ans, renonçant à tout traitement sur le mal qui la ronge. Une vraie femme libre.
Ainsi se referme la porte du presbytère de Haworth, où infusait à l'insu de tous, le génie littéraire de trois soeurs, marqué du sceau de la tragédie.
Ces Lettres choisies sont une invitation à (re)lire toute l'oeuvre des Brontë et à faire le voyage à Haworth, que je vous recommande.
Lien : http://milleetunelecturesdem..
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Cellardoorfr
  16 juin 2017

Lettres choisies de la famille Brontë (1821-1855) a été publié le 13 avril 2017 par les éditions La Table Ronde, dans la Collection Quai Voltaire. C'est une lecture qui a été très importante à faire pour moi et qui sera certainement l'un de mes plus beaux moments de lecture de 2017. Ces lettres, qui n'avaient encore jamais été publiées en France, ont été traduites et annotées par Constance Lacroix et nous permettent de nous immerger véritablement dans la vie des Brontë. La traduction nous donne souvent des indications très importantes avant certaines lettres clés si bien qu'il est possible de s'y retrouver sans être un spécialiste de la famille Bronte pour autant.
Afin de vous éviter certaines déceptions, je préfère vous prévenir dès à présent : la majorité des missives qui vous sont présentées ici sont de la plume de Charlotte.
En effet, sur plus de 300 lettres (et 600 pages), on ne trouve que deux ou trois billets de la part d'Emily, des lettres courtes, qui vont droit au but, d'une sobriété peu étonnante. Quelques lettres d'Anne, d'une douceur et d'une sagesse sans commune mesure. Lettres choisies de la famille Brontë vous permettra aussi de découvrir ou de redécouvrir un pan de la personnalité de Branwell, ce frère adulé dont on attendait beaucoup mais qui a brûlé ses cartouches bien avant l'heure. le révérend Patrick Brontë n'a pas été oublié et semble être à mille lieues à lieues de l'image sévère et acariâtre qu'on a parfois voulu lui donner. En réalité, c'est un père aimant qui transparait derrière les mots qu'il a laissé.
Le gros de l'ouvrage est constitué des lettres de Charlotte. Elle s'adresse à quelques connaissances puis à des hommes de lettres et à des éditeurs (des passages très intéressants pour qui souhaite en apprendre plus sur son travail, l'évolution de ses manuscrits et l'accueil que leur a réservé le lectorat d'alors). Il y a même un ou deux des fameuses lettres qu'elle a écrit à son fameux Mr Héger, le professeur dont elle tomba amoureuse et qui fut à l'origine de tant de souffrances. Sa correspondante la plus régulière reste néanmoins son amie Ellen Nussey avec qui elle avait l'habitude de discuter de tout et de n'importe quoi, notamment de leur célibat respectif. Ce sont les lettres que j'ai trouvé les intéressantes car ce sont des lettres d'une amie à une autre, vous voyez ce que je veux dire ? Charlotte y a un ton amical et familier particulièrement touchant.
La peinture d'une vie de famille
De lettre en lettre, d'année en année, c'est toute une peinture d'une famille qui nous est donnée à voir. Avec ses bons moments, ses voyages (notamment le fameux séjour à Bruxelles) et ses drames. Vous vous doutez que les lettres écrites par Charlotte comprennent une bonne dose de mauvaises nouvelles, notamment à partir des morts de Branwell et d'Emily. Lui qui part en un jour, consumé par ses excès et elle, qui traine sa maladie pendant des mois et refuse de voir tout médecin. Elle ne s'y décidera que lorsque cela sera trop tard. Mais finalement, alors qu'Emily a ma préférence, c'est la mort d'Anne qui m'a la plus émue. J'ai dû stopper ma lecture une petite heure car les lettres qui suivent son décès, ces lettres où Charlotte raconte le vide de la maison familiale quand elle revient au bercail (Anne Bronte meurt durant un séjour à Scarborough, ce qui n'était une surprise pour personne étant donné son état de santé) sont pleines de pudeur mais en même temps, particulièrement déchirantes et je vous mets au défi de les lire sans verser quelques larmes ! Par la suite, elle confiera souvent ses passages de dépression à son amie Ellen. L'attachement ente le père et sa dernière fille n'en semblera que plus fort : étant tous les deux de constitution fragile, ils semblent constamment craindre que l'autre suivre le reste de la famille dans la tombe. Imaginez l'ambiance ! Notamment la fois où, un peu malade, Charlotte ne rentre pas à la maison le jour convenu : on a l'impression que Patrick Brontë en devient à moitié fou !
Le portrait de femmes de lettres
L'écriture est présente du début à la fin de l'oeuvre. Cela commence avec Branwell qui écrit à divers hommes de lettres afin de leur présenter ses récits en vue de récolter un avis, des remarques et peut-être même, la publication dont il rêve. Puis Charlotte prend le relai. Elle se voit d'abord découragée dans ses projets puis l'aventure Bell se chargera de sceller son destin, mais aussi ceux de ses soeurs qui, ont le sait, auront quand même le mérite d'écrire quelques grands classiques de la littérature britannique ! Non mais quelle famille, vraiment !
Toutes les lettres en lien avec l'envoi des manuscrits, les corrections, les publications et tout le secret derrière les soeurs se cachent sont plaisants à découvrir du côté de Charlotte. de nature réservée (bien qu'étant franchement la plus sociable des trois soeurs), elle semblait plutôt bien le vivre, ses séjours à Londres la mettant visiblement dans des états de fébrilité sans doute peu agréables. Les fans d'Elizabeth Gaskell apprécieront certainement de connaître les prémices de l'amitié littéraire qui unira les deux femmes.
En bref,
Porté par la merveilleuse plume de leurs auteurs, Lettres choisies de la famille Brontë se dévore comme un roman à plusieurs voix et m'a permis d'avancer, année après année, aux côtés d'une famille qui a toujours été très chère à mon coeur. Je conseille VIVEMENT cet ouvrage à celles qui ont lu les soeurs Brontë, celles qui les adorent et à celles qui sont curieuses d'en savoir plus, de pénétrer une sphère plus intime.

Lien : http://cellardoor.fr/lettres..
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BenedicteBiblio
  06 novembre 2017
Je voue un culte et éprouve une certaine tendresse pour Charlotte, Emily et Anne Brontë. Si Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent font partie de mes romans préférés, j'apprécie lire autour de ce que fut le quotidien de ces soeurs de génie. J'avais ainsi adoré découvrir Les soeurs Brontë à 20 ans (de Stéphane Labbe) ou encore le monde du dessous (recueil de poèmes et de proses). Après les écrits imaginaires relatifs aux mondes de Gondal et de Gaaldine, place aux lettres ! Avec ce recueil, Constance Lacroix nous propose une plongée dans plus de trois cents lettres (toutes rédigées entre 1821 et 1855). J'ai tout simplement adoré découvrir cette petite pépite, qui constitue une mine d'or pour ce qui est de nous offrir des informations directes quant au vécu des Brontë, mais aussi quant aux conditions de vie extrêmement dures d'alors. Cette lecture a pour moi été un gros coup de coeur.
Un quotidien austère et monotone. le climat venteux des landes du Yorkshire. le manque d'argent et la maladie. Grâce à ces lettres, le lecteur découvre la vie difficile d'une petite paroisse située dans le nord de l'Angleterre. L'éloignement entre Haworth et les grandes villes ne facilite pas non plus la tâche lorsque l'on souhaite trouver du travail ou encore se faire un nom. La fratrie Brontë ne va pourtant pas baisser les bras, et puiser dans son imagination pour voyager et s'évader du quotidien.
Comme j'ai aimé me plonger dans ces lettres ! Certaines sont drôles, d'autres se font remplies d'espoir ou emplies d'une tristesse infinie. En les lisant, je serai passée par toute une palette d'émotions. En cette première moitié du XIXe siècle, garder la santé semblait être une des premières préoccupations d'alors. Ne pas tomber malade. Se remettre d'un simple rhume (ce qui aujourd'hui nous semble plutôt banal, et sans grand danger). Souhaiter un prompt rétablissement à ses proches. Ces éléments reviennent très régulièrement dans les lettres de Charlotte. Je me suis alors surprise à imaginer des conditions de vie que jusqu'ici je n'imaginais pas être aussi rudes à cette époque.
Je pense n'avoir qu'un seul regret en ayant lu ce recueil : que les lettres rédigées par Emily et Anne n'aient pas été plus nombreuses. le lecteur en découvre cependant deux ou trois. Face à ces quelques écrits, on se plaît alors à imaginer une Emily très timide, presque sauvage, qui n'aime pas particulièrement prendre la plume pour correspondre. Son ton se fait direct, sans fioritures. Comme je me l'étais imaginée, Anne apparaît au contraire plus calme, plus sage.
Les écrits de Charlotte sont donc majoritaires. La romancière correspond alors énormément avec son amie Ellen Nussey (avec qui elle gardera un lien toute sa vie), avec ses éditeurs londoniens, ou encore avec Elizabeth Gaskell. J'ai été frappée de découvrir une femme, qui face aux nombreux deuils traversés, reste lucide et ne se plaint jamais. Dans les moments d'abattement, Charlotte parviendra toujours à rebondir. En plus de faire preuve d'une grande d'intelligence, et parfois d'un certain humour (qui transparaît dans ses lettres), il semblerait donc qu'elle ne manquait pas de force de caractère. Si j'ai été émue par les décès d'Emily et d'Anne, de toutes les correspondances présentes dans ce recueil c'est celle entamée avec Ellen Nussey qui a ma préférence. Charlotte se confie en effet énormément à son amie (elle évoque ses projets littéraires, leur célibat respectif, ou encore sa dépression et ses moments de profond abattement). Il y a un ton amical, familier, qui demeure touchant.
Avec ce recueil, j'ai également apprécié en apprendre davantage sur les pensées et ressentis de Charlotte Brontë face à son mariage avec Arthur Bell Nicholls, vicaire de Patrick Brontë, ou encore sur ses nombreux voyages à Londres (la romancière y aurait rencontré Thackeray en personne !).
En bref, cette lecture marquera certainement mon année 2017. Ce recueil offre une photographie de la vie de famille des Brontë, mais aussi un portrait de Charlotte en tant que femme de lettres. Année après année, on avance aux côtés de cette famille unie. Passionnant ! Si j'ai été un peu déçue par la rareté des lettres d'Emily et d'Anne, le lecteur en découvrira pour autant deux ou trois. Branwell n'est pas non plus oublié, tandis que Patrick Brontë transparaît sous les traits d'un père aimant. Je conseille vivement ce recueil à toutes les personnes qui apprécient le travail des soeurs Brontë, mais surtout à celles qui seraient curieuses d'en savoir plus, en accédant à une sphère plus intime.
Lien : https://labibliothequedebene..
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critiques presse (2)
LeMonde   15 juin 2017
Les lettres constituent une plongée dans une vie d’austérité, de privations, de solitude, parfois d’exaltation, et donnent aussi de vivants portraits des écrivains de l’époque.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   26 avril 2017
Les trois soeurs prodiges ont aussi nourri une riche correspondance, finement traduite dans ce recueil. Un écho troublant de leur courte vie.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
LuriaLuria   02 juillet 2017
Je n'avais jamais ouvert Orgueil et Préjugés, mais après avoir lu cette phrase, je me le suis procuré et je l'ai parcouru avec attention. Et qu'ai-je découvert ? Un daguerréotype qui reproduisait avec une fidélité scrupuleuse des traits parfaitement insignifiants ; un jardinet soigneusement enclos, minutieusement planté, aux parterres tirés au cordeau, aux mille corolles délicates - mais rien qui ressemblât à une physionomie pleine de vie et de caractère - nul horizon vaste et dégagé - nul souffle d'air frais - nuls coteaux bleutés - nul ruisselet enchanteur. Je n'aimerais guère vivre aux côtés de ses héros et héroïnes, dans l'atmosphère confinée de leurs belles demeures.

[Charlotte, 1848]
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FleurDuBienFleurDuBien   15 juin 2017
Quant à s'éprendre passionnément, je le crois très peu souhaitable. En premier lieu, il est rare, quand la chose se produit, qu'une telle flamme soit payée de retour, et en second lieu, il ne peut s'agir que d'une émotion passagère, qui ne durera que le temps de la lune de miel, pour laisser place ensuite à l'écoeurement ou à une indifference peut être plus pénible encore que l'aversion.

Lettre de Charlotte Brontë à son amie Ellen Nussey, le 15 mai 1840.
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FleurDuBienFleurDuBien   21 juin 2017
Ce qui me consterne et me ronge parfois, c'est la conscience de n'avoir aucune disposition pour la profession qui est mienne.
S'il ne s'agissait que d'enseigner, ma tâche serait aisée,mais vivre sous le toit d'autrui, contrainte de faire violence à ma nature - de conserver en permanence des dehors froids, austères et impassibles - voilà ce qui me fait souffrir(...).

Lettre du 7 août 1841 de Charlotte à Ellen Nussey
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LuriaLuria   02 juillet 2017
Tout le récit dans une certaine mesure semble habité par son esprit : il hante les landes et les vallons et nous fait signe à la cime des Sapins des Hauts.

[Charlotte, 1848, à propos de Heathcliff]
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BenedicteBiblioBenedicteBiblio   06 novembre 2017
Vous ne vous tromperez guère dans votre jugement sur Wuthering Heights et Agnes Grey. Ellis a un esprit vigoureux et original, d’une étrange et sombre puissance, qui lorsqu’il s’essaie à la poésie, s’exhale en un langage concis, subtil et raffiné tout à la fois – mais qui, lorsqu’il manie la prose, se déchaîne en tableaux qui choquent plutôt qu’ils charment – cependant Ellis se perfectionnera, car il connaît ses défauts. Agnes Grey est le reflet de l’esprit de son auteur. L’orthographe et la ponctuation en sont on ne peut plus consternantes – presque toutes les erreurs corrigées sur les épreuves se retrouvent à l’identique sur ce qui aurait dû être la version au propre. Si c’est là la manière dont Mr Newby expédie toutes ses affaires, rares sont les écrivains qui souhaiteront l’avoir une seconde fois pour éditeur.
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