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ISBN : 2021136035
Éditeur : Seuil (04/09/2014)

Note moyenne : 2.83/5 (sur 9 notes)
Résumé :
À quoi sert la littérature ? se demandait naguère Jean-Paul Sartre. À quoi sert ma bibliothèque ? s’interroge aujourd’hui Cécile Ladjali, lectrice au goût traditionnel assumé, qui est aussi l’auteur de fictions résolument modernes. Pour répondre à cette question qui engage sa vie même, elle conduit son lecteur à travers le labyrinthe des milliers d’œuvres qui occupent ses rayonnages : elle l’attire dans l’intimité de son va-et-vient entre lecture et écriture et scru... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
nadejda
  28 septembre 2014
« La lecture est pour moi un acte antérieur à l'écriture. Un positionnement originel. »

« Je cherche à comprendre le va-et-vient délicieux qui existe entre la lecture et l'écriture »
Dans un élan passionné, animée d'une grande sincérité, Cécile Adjali nous invite à la suivre dans cette recherche en nous entrainant à sa suite dans les rayonnages de sa bibliothèque où elle nous décrit la façon dont se côtoient tous les auteurs admirés, les anciens et les contemporains, unis par la passion de celle qui les a rassemblés. Elle nous en fait parcourir les strates en énumérant les titres mais sait aussi nous faire don de très belles pages comme celles sur Virginia Woolf et son Orlando, sur Emily Dickinson, Ingeborg Bachmann et Paul Celan…. Elle nous laisse entrevoir la relation « scandaleusement décomplexée qu'elle entretient avec les oeuvres, voire les auteurs » comme celle avec Baudelaire lorsqu'elle se voit Jeanne Duval lors d'une visite de l'hôtel de Lauzun

« Je me souviens de cet appartement, où tremblaient les lueurs vert-de-gris de la Seine et l'ombre vibrante des peupliers. Un lieu vide, où rien n'avait été refait depuis la rédaction des Fleurs du Mal. Je me souviens de cette porte à vantaux couverte de miroirs piqués par l'usure et la crasse. Quand j'étais Jeanne Duval, il y a plus d'un siècle, je m'y mirais pour renouer mon corset … Un jour il faudra que je publie ce livre écrit sur celui que j'ai si bien connu et qui dans une autre vie a relacé mes corsets devant la porte aux miroirs. »
Elle nous découvre ses premières amours et rend un bel hommage à son maître Georges Steiner. Elle nous parle aussi d'écrivains actuels qui font partie de ses amis comme Marie-Hélène Lafon, Véronique Ovaldé ou Linda lê avec laquelle elle correspond,
« Les lettres que Linda Lê m'a écrites sont rangées dans la bibliothèque, juste à côté de ses livres. Nous ne faisons que nous écrire, je n'ai jamais eu l'audace d'aller à elle. Je la devine farouche. On verra. En son temps. Je lis ses romans comme des lettres qu'elle m'aurait envoyées et résonne étrangement cette petite phrase d'elle : « en amour il ne faut jamais rencontrer son double ».
J'ai aimé sa relation vivante au livre, qu'elle me dise et me montre que ses « personnages ne sont jamais que les enfants nés de ses lectures » mais aussi que par son intermédiaire se renouvelle mon désir de découvertes, s'alimente mon avidité de lectures. Et je termine par ce bel hommage de sa part qui résume un peu toute la richesse de ce voyage dans sa bibliothèque :
« Tolstoï m'a appris le soleil et le souffle. Kafka l'inquiétude nécessaire. Celan le silence éloquent. Sylvia Plath et Ingeborg Bachmann la poésie des jours blancs. Shakespeare la puissance. Racine la décence. Faulkner les voix. Proust et Woolf le temps. Pascal la ferveur. Flaubert la cruauté. Baudelaire la colère. Montaigne l'homme. Benjamin l'intelligence du désespoir. Ainsi ma bibliothèque a de nombreux visages et, en même temps, il se pourrait bien qu'elle n'en ait qu'un, tous ses livres se condensant dans celui que je suis en train d'écrire. »
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AnnaDulac
  28 août 2017
C'est peut-être dans l'histoire personnelle de Cécile Ladjali qu'il faut chercher les raisons de ce livre dont l'ambition est de décrire en détail sa bibliothèque, comme une revanche sur une enfance dont « les étagères étaient vides de vélin. »
Ce n'est qu'à la mort de son père et l'année de son entrée à la Sorbonne qu'elle s'est autorisée à débuter cette accumulation protectrice. « Ils sont là, les visages. Tous les visages. Ceux de mes auteurs. »
Pour Cécile Ladjali, longtemps brouillée avec les mots, enseignante en milieu difficile, et auteur, il est impossible d'écrire sans avoir lu, beaucoup, avec boulimie. La bibliothèque est un « antidestin », « une invite à écrire le monde avant qu'une main invisible plus habile […] ne décide des mots et des choses à notre place. »
« Je lis pour vivre, pour écrire, et aussi pour retrouver mes amis. »
Alors il y a la bibliothèque matérielle de Cécile Ladjali, sur un grand mur de pierre, en arche au-dessus de la porte d'entrée « blindée. »
Un classement ? Pas vraiment.
Un « désordre magnifique » qui sous-tend le désir d'écrire.
Un « rangement » par « affinités électives ». Ingeborg Bachmann et Paul Celan à jamais côte à côte. Flaubert relisant Huysmans.
Les livres d'art rangés à l'extrême gauche de la bibliothèque, sur une colonne de quatre mètres de haut. Et au milieu quelques livres de philosophie.
La littérature orientale. Les femmes de la littérature anglaise. Virginia Woolf. Emily Dickinson. Les Allemands. Les Russes. le camarades de plume : Belinda Cannone, Carole Martinez, et tant d'autres.
La littérature française. La poésie « noyau dur. »
Des centaines et des centaines de titres énumérés, proposés au lecteur essoufflé et désespéré de ses propres insuffisances.
Quant à la critique, elle est reléguée à quatre mètres du sol. Dans « les limbes », les espaces intermédiaires, sur l'escalier, au bord de l'écroulement, les derniers livres achetés ou ceux qui flottent entre deux domaines.
Il y a aussi les bibliothèques arpentées, fréquentées : la BNF de la rue Richelieu. Les parquets craquants de la Sorbonne « un décor de roman. »
Ne pas oublier non plus la liste « non exhaustive » des « livres que je n'ai pas lus ». La littérature japonaise, restée opaque. Les Chinois, les Indiens, les Espagnols, sachant que « l'absence est une présence en creux. »
Cécile Ladjali parle aussi de son maître Georges Steiner, des dangers et des promesses des bibliothèques électroniques.
Malgré le vertige, le lecteur est infiniment reconnaissant à Cécile Ladjali de lui proposer ainsi mille pistes de lectures et la certitude que « le paradis a la forme d'une bibliothèque », « une chambre à soi où l'on lit tranquillement. »



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blecat
  21 septembre 2014
Ce livre est décevant : ce n'est qu'un collage pendant 210 pages de titres et d'auteurs. Ladjali met en avant ses collections plutôt que leurs contenus: on n'apprend rien dans cette superficialité, sinon son énorme besoin de dire sa grande culture. Complexe de celle qui aurait tellement aimé naître une petite cuiller d'argent dans la bouche? Trouble compulsif? "Art thérapie"? Ah il est loin le temps où la Sorbonne formait des esprits critiques! Snif!
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cyclobordeaux
  10 mars 2016
Vraiment un livre extraordinaire. Passons rapidement sur les premiers chapitres où effectivement elle fait un listing de sa bibliothèque. Mais la suite est passionnante à plus d'un titre. "je lis pour écrire et j'écris pour vivre", nous dit-elle.
Plus loin, "Dénier les classiques aux enfants d'immigrés, à qui l'on ne réserverait qu'une littérature adaptée, participe d'une forme de racisme éhontée", ce que je pense aussi. Moi, fils de prolétaire, si je n'avais pas eu accès aux classiques, je n'aurais pas découvert la littérature : "Le classique vit à jamais car il n'est pas circonstanciel. Il reste un texte parfois difficile,dont on ne comprend pas tous les enjeux, mais son mystère nous enseigne, parce que ne pas comprendre tout c'est déjà commencer à savoir".
Et ce qu'elle dit de la poésie : "Pourquoi enseigner la poésie ? Parce que ça ne sert à rien et que dans cette gratuité est déposée une forme de grâce. Tout ce qui se passe dans le cours de français contredit les principes du monde moderne en proie à la vitesse, au bruit, à la dictature des écrans". Voilà, tout est dit. C'est formidable !
Lien : http://cyclo-lecteur.blogspo..
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jocelynev
  21 juin 2017
Une lecture précieuse que je déguste à petites gorgées comme un café ou un thé merveilleusement parfumé, ou une bière ni trop douce, ni trop amère.
La littérature m'a sauvée moi aussi et le parcours de Cécile Ladjali, dans son unicité, me rappelle combien mes choix de lecture m'ont construite. Nos livres lus et non lus renvoient à des rencontres, des visages et des amitiés...
Un véritable partage que j'apprécie.
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Citations & extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   27 septembre 2014
La fonction de bibliothèque est fondée sur un malentendu, à savoir qu’on irait à la bibliothèque pour chercher un livre dont on connaît le titre. […] mais il n’y a rien de plus révélateur et de plus passionnant que d’explorer des rayons […] et de trouver à côté du livre qu’on était allé chercher un autre livre qu’on ne cherchait pas et qui se révèle être fondamental (Umberto Eco, De Biblioteca - L'échoppe- 1986).

Ainsi je me souviens très bien que, cherchant un livre de Gary, j’ai découvert Sylvie Germain. C’était à la librairie Compagnie, dans cet antre magnifique occupé par Mme Josette Vial. Une autre fois, voulant racheter un exemplaire des Maximes, mon œil rencontra non le noble patronyme du duc de La Rochefoucauld, mais le nom aquatique de la romancière Linda Lê. La chose advint cette fois-ci à la Terrasse de Gutenberg à l’heure de la fermeture, dans cette belle librairie du faubourg Saint-Antoine tenue par une autre Circé, Michelle Farradou.
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nadejdanadejda   27 septembre 2014
Les limbes de la bibliothèque c’est aussi la nouvelle géographie qu’il a fallu que j’invente pour certains volumes que ne pouvait plus contenir la bibliothèque. Il s’agit d’espaces intermédiaires où les mots et les images flottent et semblent attendre. Ainsi j’ai rangé une partie des livres d’art dans une niche creusée à même le mur de l’escalier qui conduit au premier étage de l’appartement.
(...)
L’escalier me sert de bibliothèque provisoire. À l’endroit où les marches présentent la surface la plus large, je dépose les derniers livres achetés après m’être adonnée à un petit rituel. Toujours le même. Sur la page de garde j’écris mon nom, la date et le titre du texte que je suis en train d’écrire. (Dans les limbes tout est fragile et fluctuant, alors on se rassure comme on peut.) Et puis il est amusant, en rouvrant un roman des années après, de se souvenir dans quel état nerveux nous étions alors, quel était notre rapport au sens, au temps, au dire, puisque l’œuvre avait été choisie une première fois pour aider à la rédaction du texte en cours. Il n’est pas rare que je lise cinq volumes tout frais débarqués de la librairie en même temps, ce qui me conduit à leur trouver des correspondances légitimes, alors qu’aucun lien naturel ne m’y autorise en principe. Mais l’escalier-bibliothèque est le tronc d’un arbre généalogique. C’est lui qui diffuse la sève vers les branches-fouillis au bout desquelles fleurissent les familles d’écrivains que j’invente en lisant.
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nadejdanadejda   26 septembre 2014
On ne demande jamais à un homme de définir l’écriture au masculin, sans doute parce qu’elle reste pour beaucoup de consciences d’essence masculine et que, si le livre est signé par une femme, il s’agit d’une anomalie que l’on tolère, bien décidé cependant à ne pas mélanger les torchons avec les serviettes. J’entends encore mon amie, Marie-Hélène Lafon, ulcérée par la fausse problématique, rugir lors d’une rencontre littéraire à Brives-la-Gaillarde : « Mais moi, monsieur, quand je crée, je suis tout : homme, femme, eau, feu, vent, terre. Oui, je suis tout ! » Elle fut sublime et le débat s’est clos sur ces mots non négociables.
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nadejdanadejda   26 septembre 2014
Mes personnages ne sont jamais que les enfants nés de mes lectures. Il m’est impossible d’écrire sans avoir lu, parce que la tâche de l’écrivain commence avec ce patient arpentage des œuvres, crayon en main, cornant les pages, lisant à voix haute bien souvent. Un écrivain est avant tout un grand lecteur. Mais un lecteur qui a du vice : il perturbe le cours calme et suave de la lecture, crée un estuaire, et précipite les mots arrachés aux livres dans l’océan de ses travaux. Le roman en train de s’écrire est ainsi continuellement abreuvé par les très riches heures passées à fréquenter les textes des autres. Si les images et les mots volés viennent à manquer, la mer se tarit puis meurt. Le sel a rongé sa faune, sa flore. La page, son intention même, est devenue sèche, râpeuse. On ne crée jamais rien. On se souvient.
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nadejdanadejda   02 octobre 2014
Mme de Sévigné écrivait un jour à sa fille cette phrase inouïe : « J’aime à vous écrire, c’est donc un signe que j’aime votre absence. » Écrire une lettre plutôt que de compter sur le téléphone, le sms, le mail, c’est faire confiance au temps, à la distance, et considérer ces données comme sacrées, puisqu’en raison des empêchements qu’elles induisent, elles confèrent au papier un caractère précieux que les autres supports n’ont pas. À la différence du courrier électronique, la lettre privée préserve intactes notre intimité et toute la grâce d’un certain secret. Mais surtout elle nie l’absence. Rend présent. Incarne.
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