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ISBN : 2742785345
Éditeur : Actes Sud (15/08/2009)

Note moyenne : 3.4/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Orphelin de ses parents tués sous les bombes, Zak n'en est pas moins inconsolable de l'anéantissement du Reich. Recueilli chez un oncle, il passe son adolescence après-guerre dans une petite ville d'Autriche. C'est là que vit Ilse, sa merveilleuse cousine, jeune poétesse et romancière promise au plus bel avenir. Chez elle, tout éblouit Zak, bien qu'il ressente de la haine pour ses engagements généreux, sa foi en la reconstruction, son idéal d'une autre Allemagne... ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
  10 juillet 2010
Roman de Cécile Ladjali. Lettre l'De mon Challenge ABC 2010.
Zak, orphelin de la seconde guerre mondiale, est recueilli par son oncle, ancien membre du NSDAP. Dans une maussade et pluvieuse ville autrichienne, il grandit en nourrissant une morbide nostalgie du régime nazi. Fou d'amour pour sa belle cousine Ilse, un libre esprit et une auteure talentueuse en devenir, Zak devient malgré lui le témoin de la passion fatale qui l'unit à Lenz. L'homme est poète, roumain, et, le plus odieux pour Zak, Lenz est juif, rescapé des camps de la mort. Dans une Europe blessée qui tente de se reconstruire et de faire amende honorable, au seuil de la guerre froide, au pied du mur qui séparera une Allemagne à peine remise de la guerre, la poésie souffre d'une impossibilité de dire le monde. Ilse, Lenz et Zak souffrent dans leur chair de l'inanité du langage artistique, inanité qui s'accompagne de l'impossibilité d'aimer, quand la passion se fait brasier.
"Ilse et Lenz formaient les deux volets d'un dyptique impossible. de feu et d'eau." (p.11) Au centre du roman, le couple amoureux incarne les figures d'Ingeborg Bachmann et de Paul Celan. Je ne connaissais rien des écrits ni de la vie de ces auteurs dont les textes nourrissent Ordalie. C'est leur vie romancée qui tient place au centre du roman.
Zak porte en lui le fardeau d'un amour malsain, pas parce qu'il l'adresse à sa cousine, mais parce qu'il voudrait que l'objet de son amour cesse d'être aussi lumineux. Il souffre de l'envie coupable de posséder complètement celle qui hante son coeur. Zak ne sait pas vivre. Il ne sait que prétendre et se goinfrer des miettes d'existence que les autres sèment derrière eux. Armé de son appareil photo, il tente désepérement de capturer la réalité pour mieux la posséder. Son objectif lui tient lieu de coeur et c'est derrière lui qu'il appréhende le monde pour la première fois.
L'antisémitisme est soumis au feu de l'auteure. Zak est un personnage odieux, farouchement opposé à l'amant de sa cousine. "Lenz m'apparaissait désormais comme une négation de l'Histoire et une négation de moi-même." (p. 35) Admirateur délirant des oeuvres de Léni Riefenstahl, la réalisatrice du Führer, Zak entretient une fascination pour la beauté d'Ilse et soulage ses pulsions physiques auprès de la vilaine Rachel, qu'il humilie constamment, jouissant de la banalité de la jeune femme et de sa soumission facile.
Au-delà de la critique se dessine toute l'étendue d'une conscience politique et artistique. Si pour Ilse, l'art ne peut se justifier qu'en s'ancrant dans la réalité et la lutte, Lenz refuse d'être aux prises avec un monde qui a sombré une fois dans l'horreur. Pour lui, il n'y a d'art qu'intérieur, en tant qu'expérience d'une intimité. le traitement de la question de l'art après l'Holocauste est fin, sans pathos inutile ni réflexion stérile.
L'ordalie, "ce jugement de Dieu par l'eau ou le feu" (pp. 81-82), est éprouvé par Zak. Il s'est soumis à la fureur de l'océan pour voir si la vie allait le garder en son sein ou le rejeter dans les abîmes. Sauvé des eaux, il consacre son art et sa vie à son unique divinité, Ilse. "L'ORDALIE venait d'autoriser ma passion." (p. 83)
Les premières pages de ce roman m'ont bouleversée, mais la suite du texte est moins puissante. Ordalie est toutefois un récit très bien écrit. La plume de Cécile Ladjali me rappelle celle de Nancy Huston pour la mise en mots du rapport amour/Histoire et celle de Sylvie Germain pour l'expression de sentiments nauséabonds mais sublimes.

Lien : http://lililectrice.canalblo..
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brigittelascombe
  09 mai 2012
"L'ordalie venait d'autoriser ma passion."
L'ordalie, jugement de Dieu au Moyen âge et titre de ce roman, ne m'a pas semblé vraiment adéquat car le héros du livre (à part certaines conversations philosophiques avec sa cousine "ma princesse" idolâtrée, ce couple qui représente Ingeborg Bachmann et Paul Celan de parfaits inconnus pour moi, le contexte du roman qui débute sur la chute du Mur de Berlin et un sauvetage in-extrémis d'une noyade) est athée. Bon, je m'interroge encore, à moins qu'il ne s'accorde lui même le pardon de quelque pensée honteuse.
A part ce détail, somme toute sans importance, L'ordalie de Cécile Ladjali (romancière suisse enseignante de lycée et d'Université), fort bien écrit, rentre tout de suite dans le vif du sujet:la passion non partagée de Zak (orphelin recueilli par son oncle et sa tante, élevé jadis au son des "jeunesses hitlériennes", fantasmant sur les photos de la "pépée" d'Hitler, entretenant une relation sadomasochiste avec Rachel et devenu un photographe reconnu) pour Ilse sa cousine philosophe qui aime Lenz un "poète apatride" juif. le récit des souvenirs que relate Zak se situe à Berlin en 1948 dans une Allemagne encore entachée par la Shoah.
Le portrait psychologique fort de Zak, ce pervers (pitoyable et odieux à la fois) qui se repait (entre deux gifles à sa petite amie soumise Rachel) dans la souffrance et l'envie d'épier le "bonheur égoïste" puis les déchirements du couple Ilse/Lenz ne m'a pas vraiment enthousiasmée, par contre j'ai apprécié l'ambiance du milieu artistique. Cécile Ladjalie a su capter le mouvement créateur du photographe, qui transcrit par image intermédiaire son propre monde intérieur (à savoir ici la mise en scène du vide, de la vacuité,du renoncement au bonheur et la mort d'une partie affective de la personnalité), sublimée dans la photo.
Rien que pour ça L'ordalie qui autorise l'amour platonique incestueux vaut le détour.
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Anassete
  29 mars 2012
Je ne peux que confirmer les dires de Lili galipette. On sent du Nancy Huston dans l'écriture de Cécile Ladjali. Un modèle pour elle ou simplement un état d'esprit similaire ? je pencherai pour le second. Ladjali utilise des tournures de phrases propre à elle, qui déstabilisent. Que dire alors du prénom Ilse ? On lit volontiers "Il se" à la place et on se retrouve avec des phrases étranges ou amusantes. Je ne pense pas que ça soit anodin.
L'histoire en elle-même est dure et légère à la fois. On sent que l'art et les orphelins sont des sujets qui lui tiennent à coeur. Cette plongée dans son univers m'a donné envie de connaître davantage certains de ses livres.
Pas un coup de coeur, mais une agréable découverte. Il ets vrai que l'histoire a du mal à décoller, mais par curiosité j'irai faire un tour du côté de la Chapelle Ajax pour confirmer ou infirmer cela.
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melina1965
  17 septembre 2013
Nous sommes en 1989, le Mur de Berlin vient de tomber ; Zakharian pense à Ilse, sa cousine, qu'il a passionnément aimée durant toute sa vie. Il est âgé d'une dizaine d'années quand ses parents sont tués dans un bombardement allié sur Berlin, durant la Deuxième Guerre mondiale.
Recueilli par son oncle et sa tante, il va désormais partager le quotidien de ses cousins Otto, Lotte, et surtout Ilse, en Autriche. Après la guerre, cette dernière devient une figure majeure de la littérature germanophone de son époque. Et puis surtout, elle rencontre Lenz, un poète juif apatride détruit par la guerre, qu'elle ne cessera jamais d'aimer. Zak sera toujours présent à ses côtés et fera souffrir Rachel, sa petite voisine, qui l'aime comme lui aime Ilse.
Dans ce texte profond et intense, l'auteur évoque de façon romancée la relation d'Ingeborg Bachmann et de Paul Celan, deux poètes majeurs de l'après-guerre profondément blessés, qui se sont nourris l'un de l'autre, dans leurs oeuvres et dans leurs vies.
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simeon
  17 septembre 2013
Roman largement inspiré de la vie de personnages réel: Ingeborg Bachmann et Paul Celan.
Ce mélange des genres me gène, il bride la créativité de l'auteur qui se cantonne à une histoire qui ne décolle pas.
Je ne suis pas parvenu à rentrer dans ce livre, je suis resté à la surface, il ne m'en reste que de l'ennui.
J'ai été très déçu par ce livre dans lequel l'héroïne est vue par son cousin, qui tout en étant amoureux d'elle va être le témoin impuissant de ses histoires d'amours tumultueuses.
Le sujet n'est pas au service de la narration, si vous n'avez rien lu de cette auteur, préférez Shâb ou la nuit qui est une merveille.
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Citations & extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
claraetlesmotsclaraetlesmots   13 juin 2010
Je ne parlais toujours pas. J'avais envie de pleurer.De joie? De rage? Les deux. Elle m'aimait. Mais pas du même amour que moi.
(...)
Dans l'objectif, son corps était renversé. Ainsi offerte, elle rencontrait mon propre bouleversement. Celui que je ne pouvais pas vouer. J'avais alors dix-huit ans. Je serais bientôt un homme et je ferais bien mieux dans la vraie vie de de prendre des clichés de femmes.
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genieblancgenieblanc   02 mars 2011
Dans la beauté d'Ilse, je devinais quelque chose de décalé. Ses bas filés me chantournaient l'âme, et, au lieu d'y déceler la nervosité de mon adorée qui se cognait à tous les meubles, j'y inventais une faille, une prédisposition chez elle pour moi, pour mon malaise (...) Ilse était belle et sa beauté me faisait mal. J'aurais voulu lui rendre cette douleur. Mais je restais dans un coin de la cuisine, les bras ballants, la bouche pâteuse, à m'imaginer ce que j'aurais pu vivre si j'avais eu le courage de la prendre contre moi.
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rkhettaouirkhettaoui   05 janvier 2017
Et je cherche à écrire ce point de feu. L’écrire, non pour brûler le papier, mais pour viser quelque chose hors de moi. Quelque chose qui m’échappera et qui, par la même occasion, me délivrera définitivement de mes actes et de mes sales souvenirs. L’absence et le remords me constituent. Ils ont le visage de ma cousine. Je dois éprouver ma nuit, considérer ce soleil, et lui demander pardon. Elle sera clémente. Je le sais déjà. Ilse demeure l’unique belle chose qui me soit arrivée. Je voudrais que mes mots rencontrent son histoire. Je voudrais la serrer dans mes bras. Enfin.
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genieblancgenieblanc   02 mars 2011
Dans les camps, on donnait des concerts. Quand ils s'éxécutaient, les musiciens s'efforçaient à ne rien ressentir. L'intention de la musique restait contenue. L'intention ? Oui, son fondement humain. En de telles circonstances, celui-ci ne pouvait se dire. Et pourtant, des hommes, tous condamnés, inventaient une musique. Ils n'y croyaient pas au départ, ils la donnaient a minima et elle finissait par les dépasser.
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genieblancgenieblanc   03 mars 2011
Les photos que je pris après ma noyade manquée m'obligèrent soudain à voir le monde réellement. L'objectif devint l'oeil qui jusque là m'avait fait défaut. Après ma mort, les virgules blanchâtres que les mouettes traçaient sur la ligne d'horizon me révélèrent ce que je n'avais jamais voulu voir : la barbarie, l'indifférence des salauds.
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