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EAN : 9782246777311
192 pages
Éditeur : Grasset (05/01/2011)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 144 notes)
Résumé :
Le 12 janvier 2010, Dany Laferrière se trouvait à Port-au-Prince. Un an après, il témoigne de ce qu'il a vu. Sans pathos, sans lyrisme. Des "choses vues" qui disent l'horreur, mais aussi le sang-froid des Haïtiens. Que reste-t-il quand tout tombe ? La culture. Et l'énergie d'une forêt de gens remarquables.

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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
carre
  07 avril 2012
Le 12 janvier 2010, à 16h53 exactement Dany Laferrière se trouve à Port-au-Prince, pour participer au festival "Les Etonnants Voyageurs" cher au formidable Michel le Bris qui doit débuter le lendemain. 6h53 exactement, Port-au-Prince est victime d'un effroyable séisme qui va semer morts et chaos dans le pays. Un an après cette catastrophe, Laferrière se fait le témoin de ce drame vécut,.Une minute, une interminable minute qui va transformer en ruines la capitale haitienne.
Un récit forcément bouleversant mais au délà de l'effroyable drame, c'est l'incroyable courage d'un peuple déjà marqué par une grande misère qui se relève une nouvelle fois. Comment, alors que le malheur jonche les rues, les survivants font rejaillir la vie, l'espoir avec un volonté et une croyance extraordinaire. Sans pathos, Laferrière dans une prose métaphorique magnifique, nous livre son témoignage avec une décence, un respect et un amour pour ce pays qui nous transit d'amour et d'admiration. Oui la culture fait aussi rejaillir l'espoir et la lumière.
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ninachevalier
  02 mars 2016
Tout bouge autour de moiDany Laferrière - Grasset ( 179 pages- 15€)
Certaines dates s'inscrivent à jamais dans nos esprits. Au 11septembre est venue s'ajouter le 12 janvier 2010 jour où le goudougoudou passa Haïti « au shaker »,où « les immeubles se sont agenouillés, Port- au- Prince fut réduite en miettes, le palais national explosa » , moment fatal «qui a coupé le temps haïtien en deux ».Les médias ne manquèrent pas de recueillir les impressions des rescapés dont celles du narrateur qui participait à un festival littéraire. La voix de Dany Laferrière résonne à travers ce livre dans lequel il nous livre en une succession d'instantanés ce qu'il a vécu ,éprouvé, vu ,pensé,consigné dans son calepin noir qui ne le quitte jamais, comme son passeport.
L'auteur ne manque pas d'épingler les constructeurs immobiliers qui ont bétonné , déboisé l'île, alors que les structures en bois s'avèrent plus résistantes .Il pointe le paradoxe du progrès avec les portables défaillants, et le téléviseur qui « a foncé droit sur nous ». On assiste à la panique , à l'angoisse des familles séparées , à la douleur de ceux qui ont perdu un proche mais aussi à la joie des retrouvailles. Il évoque cette vie de promiscuité et de partage sous les tentes ou à la belle étoile. Pour le narrateur , voir la journaliste Chantal Guy fut un grand soulagement l'ayant persuadée de faire le déplacement. de même rendre visite à Lyonel Trouillot l'apaisa mais hélas il compte des amis parmi les victimes. Il assiste à des scènes déchirantes , les barrières sociales tombent.
Il leur rend hommage , brosse leur portrait, retraçant les liens qui l'unissait à Filo et les Anglade.
Il met en exergue l'esprit du peuple, leurs qualités, leur dignité , leur courage: «Ces gens habitués à chercher la vie dans les conditions difficiles porteront l'espérance jusqu'en enfer», leur capacité à rebondir: « On a peur une minute et on danse la minute d'après ». Il insiste sur leur fraternité et solidarité face à l'adversité, comparant leur hébétude à « celle d'un enfant dont le jouet vient d'être piétiner ».Il souligne leur façon d'exorciser la tragédie, de libérer les tensions et d'apprivoiser la douleur par les prières et les chants. Comment ne pas admirer ces gens qui « transforment en danse et musique entraînante leur peine »? .Il s'insurge contre les croyances de certains qui y voient la colère divine, « une conséquence de leur conduite inqualifiable », une sorte de vengeance et ceux qui considèrent l'île maudite. Il fustige les dirigeants, « les gros mangeurs »qui ont fait le malheur d'Haïti. Il s'étonne que rien ne soit tenté, et osa formuler l'idée de fomenter une révolution. Il pointe les difficultés d'orientation qui découlent du fait« qu' on a toujours refusé de se repérer par le nom des rues ».Il manifeste son désaccord quant au « concept de l'année zéro »persuadé que l'on ne peut pas faire table rase du passé: Une culture qui ne tient compte que des vivants est en danger de mort ».Il nous rappelle ce passé avec les mots « dictature et corruption »,et la raison de son exil.
Le lecteur qui a lu L'énigme du retour (couronné du prix Médicis)va retrouver avec émotion la famille de l'auteur. Sa mère , capable de deviner ses « états d'âme à distance , l'attendrit quand elle chuchote à l'oreille de ce chaton recueilli, il la drape de tendresse, l' entoure de gestes délicats, la tante Renée, sa soeur, le neveu qui caresse toujours l'ambition de devenir écrivain.
Mais comment traduire l'indicible? Sous quelle forme? « La poésie si impulsive ou la peinture avides de nouveaux paysages? », rappelant que Voltaire consacra un poème au séisme de Lisbonne.
L'auteur décline une confiance sans limite dans la poésie « seule capable de consoler de l'horreur du monde ».Paul Morand n'affirmait-il pas que « tout finissait en Haïti par un recueil de poèmes »?
Il met en parallèle le pouvoir d'une photo , d'un texte , d'une peinture, ne cachant pas son goût pour l'art haïtien et son admiration pour Frankétienne « qui tente de faire de ce désastre une oeuvre d'art ».Il se réfère également au tableaux colorés des peintres primitifs ayant choisi « de montrer une nature foisonnante quand autour d'eux ce n'est que désolation ».
L'auteur prendra conscience de l'ampleur de la catastrophe une fois de retour à Montréal..Il s'émeut de l'empathie des gens qui le croisent comme cette femme qui n'ayant pas les moyens de donner, fait don de son coeur et de ses prières , de cette déferlante de générosité. La disparition de sa tante dicte son retour précipité. N'est-ce pas elle,si dépendante de la prose de Stefan Zweig, qui lui inculqua la passion pour la lecture, qui lui fit comprendre « qu'on avait tous une vie intérieure »?
Tout en ayant pris de la distance, il montre que«  certains sont profondément fissurés », les stigmates sont ancrés dans le corps «qui tangue,sensible à la moindre vibration du sol, les jambes flanchent» et l'esprit au point qu'il est sujet à des malaises et en arrive à la conclusion que: «cette nette sensation de faire partie du cosmos sera un moment éternellement présent ».
Ce récit mosaïque, empreint de gravité, qui raconte le traumatisme et le destin du peuple haïtien, pendant « cet instant pivotal » et après le drame est d'autant plus puissant et poignant que l'auteur a traversé la même expérience et distillé ses réflexions ultérieures. D'où son injonction: « Ce pays a besoin d'énergie et non de larmes ». Déambuler avec lui à travers cette île meurtrie donne une leçon de sang-froid,de courage et un bel exemple de résilience. On cueille des sourires chaleureux, la douceur d'une main, des regards complices,pleins de désir, des paroles chuchotées, la tendresse du monde. Dany Laferrière mise sur l'apport artistique de« cette culture joyeuse »grande richesse susceptible de s'exporter, pour cette reconstruction afin de redonner une âme à la ville .
S'il confiait à son neveu avec modestie qu'il n'était pas dans ses cordes d'écrire un roman sur « la chose », il laissera dans les mémoires un témoignage juste , vibrant, bouleversant, mettant en exergue le pouvoir de la langue, comme l'ont fait Laurent Gaudé et Gilles Leroy après le passage de l'ouragan Katrina, nous rappelant la fragilité, la vulnérabilité de notre existence face à l'inéluctable.
La littérature aurait-elle le dernier mot?
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afadeau
  24 mars 2020
J'ai relu ce beau récit qui fait écho pour moi à ce que nous vivons actuellement. Quelque chose se produit, de l'ordre de l'impensable, faisant bouger toutes les lignes, peut-être durablement.
Ce texte, d'un intellectuel majeur de notre époque, à partir de notes prises sur le lieu de la catastrophe, est précieux. Il parle des hommes, de leur faiblesse, aussi de leur immense énergie ; de l'histoire telle qu'elle se construit au gré des évènements ; des conséquences des choix qui sont faits ; de la vie, de nos vies.
Le 12 janvier 2010 à 16 h53 a eu lieu un tremblement de terre de magnitude 7 (la puissance d'une bombe nucléaire), dont l'épicentre était à environ 25 km de la capitale d'Haïti.
Le 12 janvier 2010, Dany Laferrière se trouvait à Port-au-Prince !
Un an après, il témoigne de ce qu'il a vu, de l'horreur, mais aussi du sang-froid des Haïtiens. « Que reste-t-il quand tout tombe ? La culture. Et l'énergie d'une forêt de gens remarquables. »
Son témoignage nous fait vivre le drame de l'intérieur, il était au restaurant quand en moins d'une minute tout s'est effondré autour de lui. Il s'en est sorti miraculeusement indemne, la construction étant en bois et non en béton, elle a mieux résisté.
Le message est respectueux et positif alors que tournaient en boucle sur les télévisions du monde entier les images obscènes des immeubles effondrés et du chaos ambiant – n'est-ce que cela l'information ?

« Ce désastre aura fait apparaître, sous nos yeux éblouis, un peuple que des institutions gangrénées empêchent de s'épanouir. Il aura fallu que ces institutions disparaissent un moment du paysage pour qu'on voie surgir, sous une pluie de poussières, un peuple à la fois fier et discret. »
Ce sont des instantanés d'impression pris sur le vif, Dany a toujours sur lui son petit carnet pour prendre des notes de ce qu'il voit, de ce qu'il ressent (et son passeport autour du cou, lui l'écrivain partagé entre Montréal, Miami et Paris). C'est émouvant, on retrouve tous les tempéraments, que ce soit ici en Haïti ou ailleurs c'est pareil, et il y a bien des enseignements à en tirer.
Une phrase que je retiens, courte mais définitive :
« Un pays n'est jamais corrompu, ce sont ses dirigeants qui peuvent l'être. »
Un nom et un portrait : le témoignage saisissant du poète Frankétienne qui veut « faire de ce désastre une oeuvre d'art ». Quelle énergie dans la langue capable de fabriquer joliment un nouveau nom d'un nom composé.
Haïti, malgré bien des soucis, au fil des ans, arrive à produire une multitude d'artistes talentueux, ayant souvent dû émigrer – au Québec notamment, assez proche et de langue française.
« Déjà en 1929, Paul Morand notait dans son vif essai Hiver caraïbe que tout finissait en Haïti par un recueil de poèmes. Plus tard Malraux parlera, lors de son dernier voyage à Port-au-Prince en 1975, d'un peuple qui peint. »
Ce livre d'impressions se lit comme un roman, il permet de mesurer le talent de l'auteur et sa capacité d'empathie. Dany Laferrière, né Windsor Klébert Laferrière est un écrivain d'origine haïtienne. Il s'est fait appeler Dany pour éviter toute confusion avec son père qui portait le même prénom Windsor Klébert. Un père maire de Port-au-Prince, puis sous-secrétaire d'État au Commerce et à l'Industrie, forcé à l'exil au Canada à 24 ans en raison de ses opinions politiques. C'était l'époque de la milice sanguinaire « les Tontons-Macoutes », des Duvalier père et fils, Papa Doc et Baby Doc, qui ont terrorisé la population pendant 29 ans de 1957 à 1986. Dany, d'ailleurs, s'est exilé à 23 ans à Montréal, après l'assassinat de son ami Gasner Raymond, avec qui il travaillait en tant que journaliste.
Il est membre de l'Académie française sans pour autant avoir la nationalité (seul Julien Green avait été dans cette situation). Haïti, ancienne colonie française, a obtenu la toute première son indépendance en 1804 puis a été abandonnée à son sort. Voyez comme Dany résume bien la situation dans ce livre « Tout bouge autour de moi » : « L'Occident a toujours refusé de reconnaître cette arrivée au monde. L'Europe comme l'Amérique lui ont tourné le dos. Et fous de solitude, ces nouveaux libres se sont entre-déchirés comme des bêtes. Et depuis, l'Occident donne Haïti en exemple à tous ceux qui voudraient un jour se libérer de l'esclavage sans sa permission. Une punition qui a duré plus de deux siècles. Tu seras libre, mais seul. Rien n'est pire qu'être seul sur une île. »
J'avais lu « Vers le sud », un récit plus joyeux – publié en 2006, c'était avant le grand tremblement de terre – où il parle de façon subtile de la misère de son pays et en même temps de la formidable soif de vie qu'il héberge. D'un Haïti, alors usine à fantasme pour des touristes qui venaient trouver ici un paradis perdu chez eux malgré l'argent, malgré la vie facile.
Laurent Cantet a fait un film portant le même titre « Vers le sud » tiré du recueil de nouvelles « La chair du maître » de cet auteur. Film qui a précédé l'écriture de ce roman écrit en 2006 sur les mêmes thèmes. Après le tremblement de terre de 2010, les touristes sont partis chercher leurs rêves dans d'autres contrées.
Pour se détendre un peu dans cette période particulièrement éprouvante, je recommande le savoureux « Journal d'un écrivain en pyjama » où l'auteur parle de sa relation avec cette passion d'écrire et de lire, de ses affinités avec des auteurs célèbres. C'est passionnant ! Il a beaucoup d'humour le Dany, lui qui avait connu la célébrité littéraire avec « Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer » en 1985, récit adapté au cinéma en 1989.
Dans le domaine de la chanson actuelle Mélissa Laveaux, canadienne d'origine haïtienne, est particulièrement remarquable dans la démarche de son dernier album « Radio Siwèl ».
Elle trouve son inspiration dans l'extraordinaire patrimoine musical de la terre natale de ses parents. « Après de nombreuses recherches, documentées sur la période d'occupation du pays par les U.S.A (1915 à 1934), Mélissa Laveaux réveille des chants populaires de résistance, honorant ainsi une mémoire souvent dissimulée dans les livres d'histoire. »
J'ai eu la chance d'assister à son dernier concert, salle La Pléiade à La Riche, le 12 mars, juste avant que tout s'arrête avec fermeture des restaurants, des lieux publics et annulation de tous les évènements... Elle a fait preuve d'une fabuleuse énergie sur scène, au chant et à la guitare électrique, commentant ses chansons de superbe manière. Un spectacle fort, elle et ses musiciens savaient qu'ils ne remonteraient pas sur scène avant quelque temps à cause de la pandémie de coronavirus.
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Renatan
  15 mai 2017
« L'Occident devra prêter attention à cette part de spiritualité qui a permis à l'Haïtien de ne pas crever de solitude sur ce caillou entouré d'eau »
Dany Laferrière, 2010

À Montréal, il y a quelques semaines, la Terre a tremblé (deuxième fois en un mois...). À peine... mais suffisamment pour me tirer de mon sommeil et me faire réaliser que nous sommes bien petits. Dany Laferrière, pour sa part, était à Haïti le 12 janvier 2010, et je me demande si ces quelques secousses en terre québécoise ont fait resurgir en lui l'horreur de ces quelques minutes...
J'ai eu la chance de l'entendre au Studio littéraire de la Place des Arts trois mois après le séisme. Et je dois dire que j'ai été frappée par la beauté intérieure de cet homme qui m'a beaucoup émue. Un homme d'une grande humanité, qui m'a semblé porter en son regard une force fragile et en ses mains un courage sans fin. C'est étrange, j'ai eu envie de le serrer dans mes bras, de m'approprier cette énergie du survivant.
Dans « Tout bouge autour de moi », écrit à peine quelques jours après ce 12 janvier, j'ai côtoyé en ses mots une troublante authenticité, un traumatisme à fleur de mots. Dany Laferrière précise, dès les premières lignes, que cet ouvrage n'est pas un livre : « C'est mon intimité mise en mots. D'ailleurs, si j'accepte de m'ouvrir un peu sur cette question, c'est seulement pour que d'autres personnes ne se croient pas seules à ressentir de telles émotions. » Il nous confiera que tout ce qui bouge lui fait peur. Que dès qu'il ferme les yeux, les images affluent dans toute leur horreur. Dès les premières secondes de ce tremblement, il s'est demandé ce qui pouvait bien arriver à son pays qui a déjà tout connu, des dictatures aux coups d'État, des cyclones aux enlèvements... Dany Laferrière en a perdu la notion du temps, jusqu'à des mois suivant ce jour fatidique.
J'aimerais ici retranscrire un passage qui m'a particulièrement touchée : « On s'étonne que ces gens puissent rester si longtemps sous les décombres, sans boire ni manger. C'est qu'ils ont l'habitude de manger peu. Comment peut-on prendre la route en laissant tout derrière soi? C'est qu'ils possèdent si peu de choses. Moins on possède d'objets, plus on est libre... ». N'est-ce pas des paroles à nous faire réfléchir au creux de nos fauteuils douillets, le ventre repu et l'âme en paix? Là-bas, en Haïti, les gens sont dans les rues et chantent pour calmer leur douleur. Ils sont tellement habitués à « chercher la vie dans des conditions difficiles qu'ils porteront l'espérance jusqu'en enfer. »
Le ton de la dernière partie de sa chronique, bien que laissant place à des émotions tout aussi fragiles, est teinté par la révolte. Il se demande à quel point il est possible de pleurer ses morts alors que tant de gens piétinent leur intimité : « le pire n'est pas l'enfilade de malheurs, mais l'absence d'humanité dans l'oeil froid de la caméra. » Il se révoltera également contre le discours culpabilisant de la diaspora. Il craindra le regard prétentieux des occidentaux qui croient tout connaître. Les volontaires qui arrivent en terre haïtienne sans comprendre leur vision du monde et qui s'octroient le droit de s'immiscer dans leurs cérémonies de toutes sortes. Il faut du temps pour s'introduire dans un pays et pouvoir affirmer qu'on en connaît la religion, la langue et la culture... « Celui qui vous aide vous met sa culture sous le nez. Tout cela dit sur un petit ton de fausse humilité, qui est la pire des vanités. Et l'orgueil, c'est de croire que l'autre n'a pas compris la situation. Et qu'il a avalé votre jeu. »
Je suis loin de penser que Dany Laferrière méprise ces gens qui tentent d'aider son pays. Je crois plutôt que lorsqu'on vit un tel drame, on doit se sentir le besoin de s'entourer des personnes qui sont issues de notre culture. Que les « visiteurs » sont des intrus envahissants qui nous font plus de mal que de bien, qui brisent cette intimité que nous proclamons à grands cris dans la solidarité de notre peuple. Nous savons que les gens sont souvent voyeurs et qu'une catastrophe naturelle est le prétexte idéal pour imposer sa présence à une population qui a pourtant besoin de solitude...
Inutile de vous dire à quel point je vous recommande cette merveille...

Lien : http://www.lamarreedesmots.c..
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Myriam3
  16 juin 2014
Dany Laferrière se trouvait par hasard en Haïti le jour où la terre trembla et bouleversa la vie des survivants.
Il nous livre ici un témoignage sans trémolos larmoyants mais avec la justesse de celui qui a vu et vécu cette catastrophe. Pas le temps de s'apitoyer; l'écrivain veut d'abord retrouver son entourage, réconforter puis aider, participer aux premiers gestes de secours après la première constatation ébahie du massacre.
Un livre émouvant, certes, mais qui nous montre aussi la réalité de ces événements, les réflexes, les gestes de solidarité ou de peur et la réorganisation tant bien que mal d'une nouvelle forme de société.
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Citations et extraits (107) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   21 février 2015
Dans cette ville on sort tout dehors chaque jour. Comme chaque maison est aussi une boutique on sort, tous les matins, les marchandises qu'on étale sur le trottoir. Et le soir, on rentre tout. On rentre même les comptoirs sur lesquels on avait disposé ces marchandises. C'est assez étonnant de découvrir qu'on puisse caser tant de choses dans ces minuscules maisons. Et ces rues vides où l'on ne croise, la nuit, que de grands chiens maigres.
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carrecarre   25 mars 2012
En voyage, je garde toujours deux choses sur moi : mon passeport (dans une pochette accrochée à mon cou) et un calepin noir où je note tout ce qui traverse mon champ de vision ou qui me passe par l'esprit. Alors que j'étais par terre, je pensais aux films catastrophe, me demandant si la terre allait s'ouvrir et nous engloutir tous. C'était la terreur de mon enfance.
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Alice_Alice_   20 février 2015
Juste avant mon départ pour Haïti, le 5 janvier, alors qu'on soupait ensemble à Montréal, Saint-Eloi m'a fait cadeau de ce livre d'Amos Oz: Seule la mer. Mon premier contact avec cet écrivain qui depuis longtemps m'attire. Comme il a apporté son exemplaire avec lui, on a sorti nos deux livres pour lire Oz à haute voix. Ma confiance dans la poésie est sans limite. Elle est seule capable de me consoler de l'horreur du monde. Saint-Eloi lit debout; moi, assis sur une valise. Il a le sentiment que j'ai les mêmes obsessions qu'Amos Oz: le rapport à la mère, au village et à l'errance.
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claraetlesmotsclaraetlesmots   22 janvier 2011
Je m'attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. On dit en Haïti que tant qu'on n'a pas hurlé, il n'y a pas de mort. Quelqu'un a crié que ce n'était pas prudent de rester sous les arbres. En fait, c'était faux, car pas une branche, pas une fleur n'a bougé malgré les quarante-trois secousses sismiques de cette première nuit. J'entends encore ce silence.
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nath45nath45   05 octobre 2018
Quand les gens me parlent, je vois dans leurs yeux qu ils s'adressent aux morts, alors que je m'accroche à la moindre mouche vivante. Mais ce qui me touche vraiment, c'est qu'ils semblent émus par leur propre émotion, et qu'ils espèrent la garder le plus longtemps en eux. On dit qu'un malheur chasse l'autre et les journalistes ont beau se précipiter ailleurs, Haïti continuera d'occuper longtemps encore le coeur du monde.
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Vidéo de Dany Laferrière
À l'heure où le roman "Dix petits nègres" d'Agatha Christie a été rebaptisé, l'académicien Dany Laferrière défend l'emploi du mot "nègre", une "vieille revanche" selon lui. L'auteur veut faire confiance à l'esprit critique du lecteur et redonner du "soufre" au mot.
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