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EAN : 9782330139346
200 pages
Éditeur : Actes Sud (19/08/2020)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 724 notes)
Résumé :
1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d'obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c'est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d'autres collégiennes.

2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à cell... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (214) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  02 décembre 2020
*** rentrée littéraire 2020 #41 ***
Cela aurait pu être un récit, classique, à la première personne, celui d'une adolescente victime de viol. Chavirer est tellement plus que cela, tellement plus subtil.
La construction peut décontenancer ceux qui aiment les récits linéaires. Ici, la narration est comme des bouts de miroirs éclatés, des aller retours permanents racontant Cléo à travers le regard de ceux qui l'ont bien connu, aimé ou juste croisé. Comme si Cléo ne pouvait se raconter elle-même, comme si elle ne s'autorisait pas à le faire depuis son agression.
Cléo a été victime d'un réseau de prédateur piégeant des jeunes filles en leur promettant des bourses pour poursuivre un rêve artistique ou sportif. Nul suspense. Tout est clair dès le premier chapitre. On comprend le piège avant que Cléo n'y tombe, on la voit avancer dans l'abyme. le sujet pourrait amener à un manichéisme facile, désignant les monstres et faisant du lecteur un procureur. Ce n'est jamais la cas et c'est sans doute toute la force et la beauté de ce roman que d'avancer dans une zone grise où bourreaux et victimes semblent se confondre.
Cléo ne se voit pas comme une victime. Car elle n'a pas su dire non à son prédateur , elle n'a pas su faire le geste qui aurait pu la protéger. Elle n'a pas crié. Elle a honte de s'être laisser faire tout en ayant aussi honte de ne pas s'être « détendue », comme on lui en enjoignait de la faire pendant l'acte. Cléo est une « mauvaise » victime en somme. Et Lola Lafon sait dire toute la complexité de son personnage, qui, de victime à glisser vers la complicité en jouant le rôle de rabatteuse, complice de ce qui l'a détruit. J'ai rarement lu un roman aussi profond sur la banalité du mal, sur les minuscules complicités qui mènent au désastre intime.
Surtout, l'auteure fait le choix très intelligent de suivre son héroïne sur le temps long de la victime, de 13 à 48 ans. Elle traverse ainsi ses multiples identités, d'adolescente, jeune femme, amoureuse, épouse et mère, permettant de développer toutes les facettes de la culpabilité, de la honte et du pardon au cours d'une vie. Magnifiques sont les descriptions du métier de danseuse dans les années 1980 : Cléo danse dans l'émission Champs-Elysées, avec comme mission de faire oublier les soucis des téléspectateurs, de toujours sourire alors qu'elle vit elle-même à l'ombre des douleurs du passé.
Chavirer, c'est vaciller mais de pas faire naufrage. « A défaut du pardon, laisse venir l'oubli ». Lors d'une interview, Lola Lafon a cité Musset, elle ne pouvait trouver mieux pour accompagner la lecture de son remarquable roman qui laisse affleurer une émotion très fine, très humaine, à hauteur de mots.
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Kittiwake
  05 octobre 2020
Pour Cléo, 13 ans, la danse c'est un moyen de sortir du cadre étriqué de sa vie en banlieue parisienne. C'est aussi pouvoir se rêver autre, sur les marches d'un podium, dans la lumière. Et c'est ce que lui laisse entrevoir Cathy, cette élégante femme qui lui promet un avenir à la hauteur des dons qu'elle a repéré et lui propose donc de tenter de remporter une bourse, délivrée par la fondation Galatée. le leurre est trop tentant, et le piège se referme sur l'ado, qui se retrouve entre les mains de pervers pédophiles. Loin de remporter le jackpot, elle est maintenue dans le circuit, avec espoir à la clé, à condition de présenter à Cathy d'autres gamines dignes du challenge..
Cléo vivra finalement de la danse, ou plutôt survivra, car les paillettes masquent une situation précaire et sans avenir assuré. Et c'est sans compter avec le poids du remords.
C'est la colère qui domine quand on parcourt ces lignes. Si la fondation Galatée est née de l'imagination de l'auteur, ce type de pratiques scandaleuses n'est pas un fable et on a juste envie de hurler pour conspuer les bourreaux et complices d'une telle ignominie.
Multipliant les points de vue, et croisant les destins, des années 90 à nos jours, Lola Lafon écrit un roman poignant avec en filigrane la question du pardon lorsque l'oubli est impossible.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Christophe_bj
  14 septembre 2020
Cléo a treize ans et vit à Fontenay-sous-Bois. Elle a un rêve, comme beaucoup d'autres jeunes filles : devenir danseuse. Elle va tomber dans les rets de Cathy, qui travaille pour une mystérieuse fondation Galatée et lui fait miroiter une bourse et une brillante carrière pour peu qu'elle satisfasse aux exigences d'un jury uniquement composé d'hommes vieillissants. C'est en fait un piège qui va se refermer sur elle et empoisonner toute sa vie. ● le projet de Lola Lafon est louable et son livre est écrit avec une très belle plume. Mais l'éclatement de la narration et de la temporalité est tel que le récit est très confus. de nouveaux personnages ne cessent d'être introduits, et l'histoire se recentre sur eux de façon très déconcertante, si bien que lorsqu'à la fin on revient sur Cléo pour enfin savoir ce qu'elle est devenue, on s'est lassé de ces détours et on n'a qu'une envie : arriver au terme de ce récit désordonné. le sujet du roman méritait un autre traitement.
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nadiouchka
  17 septembre 2020
# Rentrée littéraire 2020
Et une, et deux et trois ! le dos bien droit … , la main sur la hanche…, les pointes !… C'est ce que l'on entend pendant un cours de danse classique. Et de la danse, il en est question dans le dernier livre de Lola Lafon : « Chavirer » (Éditions Actes Sud – parution le 19/08/2020).
Il est connu que dans les cours de danse, il existe quatre étapes : l'échauffement – apprendre des pas – mettre en pratique sur la musique – étirements et relaxation.
Lola Lafon est non seulement écrivaine, mais aussi chanteuse, compositrice et féministe française. de père français et de mère roumaine (ou biélorusse, cela dépend des sources), elle a grandi en Bulgarie, puis en Roumanie jusqu'à l'âge de 12 ans. C'était sous le régime de Nicolas Ceausescu. Puis la famille est revenue en France au cours des années 1980.
De ses ouvrages, je connais (et chroniqué) « La petite communiste qui ne souriait jamais » (Éditions Actes Sud – 2014), un livre qui m'avait beaucoup touchée pour des similitudes familiales. Mais son oeuvre ne se limite pas qu'à cela car elle a aussi écrit des nouvelles…
« Chavirer » est donc son dernier ouvrage et figure dans la rentrée littéraire 2020.
Mais si le fil rouge est la danse, la toile de fond, il y a en fait bien plus grave : la pédophilie. Et cela aurait été trop beau s'il ne s'était agi que de danse, de modern jazz.
L'histoire débute en 1984, avec la jeune Cléo (treize ans), qui vit avec sa famille. Son rêve est de devenir une grande danseuse, connaître la gloire et qui, un jour, rencontre une jeune femme, Cathy, avec qui elle se lie d'amitié : « Elle s'appelait Catherine mais préférait qu'on l'appelle Cathy. (…) Elle s'était avancée vers Cléo qui se dirigeait vers les vestiaires. (…) Son prénom était Cléo ? Avait-elle vu le film Cléo de 5 à 7 ? Non ? Il fallait absolument le voir. «  «Cathy représentait une fondation. (…) Eh bien, la fondation Galatée soutenait les adolescents qui présentaient des capacités, des projets exceptionnels. »
L'ingénue Cléo tombe ainsi dans les filets qu' a tissés Cathy en lui faisant miroiter monts et merveilles – en lui offrant des cadeaux luxueux – en la faisant rencontrer des personnages importants pendant des repas assez mystérieux– en lui faisant croire qu'elle a été sélectionnée, oui, incroyable, fantastique et de plus elle a tapé dans l'oeil d'un juré !
Cléo, toute à sa joie, veut l'annoncer à ses parents mais : « Il avait fallu attendre la météo pour pouvoir raconter à ses parents que : une femme très chic / une fondation / une bourse / des écoles incroyables / apprendre beaucoup / mon futur. « 
Cléo est folle de joie car elle va pouvoir réaliser son rêve le plus cher et elle va le payer cher, très cher.
D'ailleurs, elle ne sera pas la seule : «La jolie Anne Kelley, qui donnait la réplique à Sophie Marceau dans la Boum 2 ? C'était Kathy qui l'avait repérée dans un cours de danse, lui avait fait passer un test. »
On lit toute une galerie de portraits avec de nombreux personnages, parmi lesquels, par exemple, on peut citer l'ami de collège, Yonasz (« il ne voulait pas être juif »…) - il y a aussi l'habilleuse, Claude, qui démontre un grand coeur – on remarque une danseuse Noire (qui a connu comme Cléo les mêmes problèmes) – mais il y a également l'amante de Cléo, Lara (car elle a fini par se retourner vers les femmes...)
Évocations du mouvement #MeToo, quand se fait la découverte d'un fichier de plus de 400 photos dans l'ordinateur d'un soit-disant juré pour la fausse fondation Galatée.
On voit que Cléo danse chez Michel Drucker avec les ballets Malko – on trouve de nombreux noms de chanteurs (Daho avec « Prise au piège tu te rendras » - Dépêche Mode – Beaty Boys – Kool and the Gang – Mylène Farmer, et bien d'autres.)
Mais je préfère ne pas en dire plus sur cette histoire qui donne beaucoup à réfléchir, cette vie massacrée de jeunes filles qui se sont retrouvées prises au piège d'un réseau pédophile.
Ne manquez pas de lire les « Remerciements » en fin d'ouvrage où Lola Lafon remercie les danseurs et chorégraphes pour leur gentillesse d'avoir bien voulu lui consacrer du temps et un grand remerciement également à Sophie Tellier (parmi d'autres).
Que l'on aime ou pas « Chavirer » (et cela peut se comprendre), c'est un ouvrage qui ne peut pas laisser indifférent. Même si j'ai préféré « La petite communiste qui ne souriait jamais », Lola Lafon a eu raison d'évoquer ce milieu de la danse que l'on croit tout en paillettes, beaux costumes avec du strass, les cabarets où les spectateurs n'ont d'yeux que pour ces jolies danseuses qui évoluent gracieusement, tout en sourires mais en cachant leur désespoir, leurs illusions perdues et qui acceptent des contrats car il faut bien vivre….

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michfred
  09 novembre 2020
J'ai une petite tendresse pour Lola Laffon, son air de punkette mi-farouche, mi-bravache. J'aime ses luttes, ses colères, sa plume pointue et ses traits qui blessent comme un caillou.
J'avais aimé le très rimbaldien Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce- tout noir de poésie rebelle, et j'avais adoré La petite communiste qui ne souriait jamais, plus abouti, serré comme un poing vengeur,  précis comme un trait d'arbalète,  à l'os, pas un mot de trop, taillé à vif comme un silex.
 Puis j'ai lu Mercy, Mary, Patty, et j'ai trouvé qu'elle se perdait.
Dans des afféteries de construction, dans un jeu d'emboîtements de récits qu'elle maitrisait mal, l'essentiel était brouillé,  la fraîcheur fanée, le tranchant émoussé. Mauvaise pioche ou vraie fausse route?
Chavirer semble, hélas,  confirmer la deuxième hypothèse.
Chavirer, c'est l'histoire de Cléo,  petite danseuse de banlieue prise au piège d'un réseau pédophile,  (masqué derrière une fondation fantôme qui fait miroiter une bourse- à- réaliser -les- rêves à des petites nymphettes de treize ans),  Cléo qui , de victime, devient recruteuse pour cette fondation fantoche, plaisamment appelée Galatée...
Doublement victime et doublement honteuse.
Il y avait là un sujet non pas original -c'est vraiment dans l'air du temps, hélas!- mais où Lola Laffon, danseuse, féministe, rebelle, pouvait retrouver sa force frondeuse, son art de la frappe.
Eh bien non : le récit se noie dans de courts chapitres superficiels où on suit,   à travers les yeux de personnages secondaires,  tous très  proches du cliché ( le meilleur copain du collège, juif et intello,  la petite amie,  lesbienne et anar, la vieille habilleuse de revue,  maternelle et effacée, et j'en passe...), ce que l'héroïne, rongée par la culpabilité,  semble avoir éprouvé des décennies durant, après cette manipulation destructrice....
En réalité, on ne sonde rien, ni ces personnages terriblement convenus, ni cette héroïne murée dans le silence et une sorte de déni. Ça dure, ça dure,  l'émotion disparaît très vite et  même l' intérêt se lasse et se perd. Reste une belle langue, mais qui ne suffit pas à masquer le vide créé par cette structure,  aussi artificielle que creuse.
Reviens nous, Lola! Retrouve ta poésie noire, ta fronde de David, ton mordant. Et arrête de courir derrière les recettes des romans à la mode! A force de Chavirer, on se noie,  même avec ton talent!
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critiques presse (10)
Actualitte   01 février 2021
Chavirer de Lola Lafon fait partie des 36 titres de la dernière rentrée littéraire sélectionnés par les libraires pour le Prix Libraires en Seine 2021. Un grand roman sensible et juste, physique et social, efficace et bouleversant.
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LeJournaldeQuebec   19 octobre 2020
La Française Lola Lafon est en lice pour plusieurs prix littéraires prestigieux cet automne, avec Chavirer, son nouveau roman.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaCroix   30 septembre 2020
À 13 ans, Cléo a été recrutée par des prédateurs sexuels, avant de devenir rabatteuse à son tour. Un roman sur la culpabilité, la honte, le pardon.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeDevoir   22 septembre 2020
Avec «Chavirer», l’autrice française aborde avec finesse et hauteur violences sexuelles et choc des classes.

Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaPresse   17 septembre 2020
Huit mois après Le consentement, de Vanessa Springora, c’est au tour de Lola Lafon de nous entraîner dans les bas-fonds du mouvement #metoo avec son magnifique roman Chavirer.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeMonde   16 septembre 2020
Autour du consentement, des remords et du pardon, l’écrivaine Lola Lafon livre « Chavirer ».

Lire la critique sur le site : LeMonde
LeSoir   16 septembre 2020
Avec « Chavirer », Lola Lafon donne un roman terrible mais nuancé où la prédation sexuelle se nourrit de promesses non tenues.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Actualitte   20 août 2020
Dans la continuité de #MeToo, ou encore de l’affaire Gabriel Matzneff, la littérature se déploie autour de ces thématiques. Le dernier roman de Lola Lafon, Chavirer, navigue précisément entre pouvoir et arts, dans le monde de la danse. Des jeunes filles, en proie à des prédateurs, dans un contexte trop particulier.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Culturebox   20 août 2020
Dans le sillage de #MeToo et de l'affaire Matzneff, Lola Lafon décortique les mécanismes d'une prédation organisée.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LesInrocks   18 août 2020
Avec Chavirer, Lola Lafon met en scène une jeune danseuse abusée par des adultes. Un roman choral et politique.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (181) Voir plus Ajouter une citation
liliterreliliterre   27 février 2021
Ce n'est pas ce à quoi on nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous ébrèche; ces hontes minuscules, de consentir journellement à renforcer ce qu'on dénonce: j'achète des objets dont je n'ignore pas qu'ils sont fabriqués par des esclaves, je me rends en vacances dans une dictature aux belles plages ensoleillées. Je vais à l'anniversaire d'un harceleur qui me produit. Nous sommes traversées de ces hontes, un tourbillon qui, peu à peu, nous creuse et nous vide. N'avoir rien dit. Rien fait. Avoir dit oui parce qu'on ne savait pas dire non.
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liliterreliliterre   27 février 2021
Les familles étaient semblables aux clients des grandes surfaces qui entassaient dans leur caddie des jouets chinois et des jeans fabriqués au Pakistan, tout en n'ignorant rien des conditions dans lesquelles ces objets avaient été fabriqués. La famille était le lieu où se conjuguait savoir et oubli: l'oubli indispensable pour continuer à remplir les caddies.

Chaque famille donnait naissance à une langue unique. Certains mots flottaient, persistants, une brume. "Une histoire compliquée". D'autres avaient des lourdeurs de nuit. "Passer à autre chose". Les familles possédaient toutes les recettes des mots décolorés: lorsqu'on trouvait un éclat brutal, on les plongeait dans un concentré de déni jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un contour.
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DelphineBoDelphineBo   13 février 2021
L'affaire Galatée nous tend le miroir de nos malaises : ce n'est pas ce à quoi on nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous ébrèche ; ces hontes minuscules, de consentir journellement à renforcer ce qu'on dénonce : j'achète des objets dont je n'ignore pas qu'ils ont été fabriqués par des esclaves, je me rends en vacances dans une dictature aux belles plages ensoleillées.
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EkyEky   13 février 2021
Son cœur brinquebalait entre ses côtes flottantes, celui d'un chiot qu'on a puni et qui ferait n'importe quoi pour qu'on le caresse encore.
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Charybde2Charybde2   13 septembre 2020
Elle avait traversé tant de décors, des apparences, une vie de nuit et de recommencements. Elle savait tout des réinventions. Elle connaissait les coulisses de tant de théâtres, leur odeur boisée, ces couloirs tortueux où les danseuses se bousculaient, les murs roses et râpés de loges sans fenêtre au lino terni, ces miroirs encadrés d’ampoules, les coiffeuses sur lesquelles une habilleuse disposait son costume, épinglé d’une note de papier : CLÉO.
Un string crème, une paire de collants chair à enfiler sous les résilles, un soutien-gorge semé de perles et de sequins, les gants ivoire jusqu’au coude et les sandales à talons renforcées d’un élastique corail sur le cou-de-pied.
Cléo arrivait avant les autres, elle aimait ce temps-là où personne ne s’affairait encore autour d’elle. Ce silence plat à peine troublé des voix des techniciens qui vérifiaient la bonne marche des éclairages sur scène. Elle ôtait ses vêtements de ville, enfilait un pantalon de survêtement, puis, torse nu, assise face au miroir, entamait ce processus qui la verrait disparaître.
Une demi-heure pour s’effacer : elle versait le fond de teint Porcelaine 0.1 au creux de sa paume, en imprégnait l’éponge en latex, le beige annulait le rose de ses lèvres, le mauve tremblant des paupières, les taches de rousseur sur le haut de ses joues, les veinules des poignets, la cicatrice de son opération de l’appendicite, la tache de naissance sur sa cuisse, un grain de beauté sur le sein gauche. Il fallait demander de l’aide à une autre danseuse pour le dos, les fesses.
Le maquilleur-coiffeur passait à 18 heures, la taille ceinte d’une pochette débordant de pinceaux, il repoudrait le front de l’une, appliquait de l’anticernes sur le bouton d’une autre, retraçant le tremblé d’un trait d’eye-liner ; son souffle mentholé et tranquille caressait les joues, le son caoutchouteux de la gomme qu’il mâchait en permanence tenait lieu de berceuse, les filles somnolaient dans une brume de laque. À 19 heures, le visage de nuit de Cléo était celui de toutes les autres danseuses : une anonyme aux faux cils fournis par la maison, aux joues rosies de fuchsia, aux yeux sauvagement agrandis de noir, des nacres sur les pommettes jusqu’à l’arcade sourcilière. (…)
Cléo et les autres aimaient les deviner derrière le rideau, interprétant le moindre éternuement ou raclement de gorge des spectateurs : tiens, ils étaient nerveux, ce soir.
À peine descendus du car – ils venaient de Dijon, de Rodez, de l’aéroport -, ils prenaient place dans un brouhaha de collégiens, éblouis de reflets, ceux des verres de cristal disposés sur leur table, du cuivre des seaux à champagne, ils s’émerveillaient de la rose blanche dans la transparence d’un vase, de l’empressement des serveurs, des banquettes rouges et des nappes blanches, du marbre veiné du grand escalier. Les hommes lissaient leur pantalon froissé par le voyage, les femmes étaient passées chez le coiffeur pour l’occasion. Les billets rangés dans le portefeuille étaient un cadeau d’anniversaire, un cadeau de mariage, achetés de longue date : une somme qu’on ne dépenserait qu’une fois dans sa vie. L’obscurité se faisait dans la salle, ils l’accueillaient avec des chuchotements ravis, elle dissoudrait soucis, dettes et solitudes. Chaque soir, lorsque Cléo entrait sur scène, la chaleur poussiéreuse des projecteurs la surprenait jusqu’au creux des reins.
Les danseuses surgissaient, parcourues d’un fil de grâce et de cambrure, les bras ouverts, légèrement arrondis, elles redéfinissaient l’horizon, une ligne endiamantée de sourires identiques et laqués, un ensemble de jambes ordonnées, une exubérance froufroutante et pailletée.
À la sortie du théâtre, les spectateurs les croisaient sans les reconnaître, des jeunes filles pâlottes et fatiguées aux cheveux ternis de laque.
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Vidéo de Lola Lafon
Édition en ligne / du 10 au 28 mars 2021 : Un invincible été "Au milieu de l'hiver j'apprenais enfin qu'il y avait en moi un été invincible" (Albert Camus, Retour à Tipasa,1937)
Après avoir tenté, avec enthousiasme et persévérance, de proposer un festival en présence des auteurs et du public, l'association s'est résolue à transformer la 35ème édition de la Fête du Livre de Bron en un événement 100% digital. Une formule inédite et attractive, entièrement en ligne, qui se déploiera sur les réseaux sociaux et le tout nouveau site de la Fête du Livre de Bron, appelé dans l'avenir à constituer un véritable média numérique autour de la littérature, des sciences humaines et de la littérature jeunesse.
Dans le contexte actuel, l'équipe de la Fête du Livre de Bron est plus que jamais convaincue de la nécessité de donner la parole aux écrivains, aux intellectuels et aux artistes pour comprendre le temps présent et envisager le monde qui vient. Même s'il manquera la chaleur humaine d'un festival habituel, nous sommes certains que cette édition en ligne, organisée avec le plus d'exigence, d'inventivité et de plaisir possible, permettra à tous une belle échappée littéraire vers un invincible été. Cette formule digitale du festival se basera sur la programmation que nous avions établie pour une édition en présentiel, autour d'un thème très actuel, Un invincible été (inspiré du mot de Camus) et des auteurs de grande notoriété comme Leïla Slimani, Hervé le Tellier, Emmanuel Guibert, Charif Majdalani, Lola Lafon ou Bruno Latour, mais aussi de jeunes écrivains comme Guillaume Poix, Hugo Lindenberg, Victor Pouchet... et des auteurs-illustrateurs pour le jeune public : Marc Boutavant, Gaëtan Dorémus, Marine Schneider, Raphaële Frier...
La 35ème Fête du Livre de Bron se déploiera donc du 10 au 28 mars prochain avec une cinquantaine d'invités et une grille de programmation faite de rendez-vous récurrents et d'extras, de rencontres interactives avec les auteurs, de discussions en live, de reportages, de performances et de spectacles.
Programmation à découvrir sur fetedulivredebron.com.
© musique : String's Edge / Taizo Audio (PremiumBeat Recording) - vidéo : Pierrick Servais - création graphique : Élise Milonet / Fête du Livre de Bron 2021
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