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EAN : 9782912464880
78 pages
Les Solitaires Intempestifs (30/11/-1)
3.69/5   374 notes
Résumé :
Le fils retourne dans sa famille pour l'informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles dans le cercle familial où l'on se dit l'amour que l'on se porte à travers d'éternelles querelles. De cette visite qu'il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit.
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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
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sur 374 notes
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le_Bison
  30 décembre 2019
Les dernières pièces de théâtre que j'ai lu doivent remonter à mes années collèges. Je ne sais même plus, depuis ces lustres ancestraux, son auteur, un type qui se faisait prénommer Molière ou Corneille, peu importe, pas de nom, juste un prénom, comme les rappeurs de notre temps…
Alors, je me suis dit, avant d'annoncer ma mort imminente – à moins qu'intérieurement elle soit déjà survenue, il fallait que je me remette au théâtre, par choix, par goût et non plus par obligation. Et du coup, pas n'importe quel texte. Il fallait quelque chose qui me transcende, la dernière pièce de théâtre, le dernier acte d'une vie. Celle qui servira de testament ou de chronique posthume car demain sera juste la fin du monde.
J'adore Xavier Dolan, même si j'ai une nette préférence pour ses films dans sa langue natale, et c'est avec beaucoup de plaisir (encore plus qu'à sa sortie en salle) que je me suis replongé dans la campagne française avec Gaspard Ulliel, Vincent Cassel et Nathalie Baye, adaptation cinématographique d'une pièce de Jean-Luc Lagarce. Il fallait que je jette mon dévolu sur ce texte et ô combien que j'ai apprécié ce plaisir, presqu'autant qu'une bonne broue aux saveurs locales d'outre-Atlantique. Merci Xavier de m'avoir permis de m'aventurer hors de mes prairies habituelles où l'herbe aromatisée à la vodka est si verte…
Bref, juste la fin du monde m'a enchanté. Bien sûr, je revoyais exactement les personnages du film et les images me venaient ainsi naturellement, ce qui ne diminue pas l'écriture de Lagarce. Juste la fin du monde, c'est juste un texte magnifique d'un pauvre type qui veut annoncer à ses « proches » éloignés depuis quelques années sa mort, ce qui après tout n'est pas la fin du monde. Et c'est beau, subtil, émouvant, cette difficulté à communiquer, il y a des types comme ça…
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elea2022
  08 août 2022
Pour être honnête, alors que j'attendais beaucoup de la lecture de cette pièce - présentée à l'oral du Bac de Français par ma fille Alice comme oeuvre préférée sur l'année - j'ai eu du mal à entrer dedans et à l'apprécier. Mais enfin ? Qu'a donc ma fille dans le coeur ou les neurones que je n'aurais pas ? Elle a eu d'abord et avant tout le privilège de voir la pièce jouée au théâtre de notre ville, avec rencontre avec la troupe, et bien sûr de l'étudier et de recevoir des clés de compréhension. Frustrée, j'ai relu la pièce, arrivée à la moitié, à la recherche de citations, et là... Je l'ai de ce fait mieux abordée ; j'ai surtout réussi à dépasser ma répulsion instinctive devant ce langage fait de répétitions, de circonlocutions, qui me déplaisait si fort au premier abord.
Les membres d'une famille se retrouvent pour un repas de famille dominical, après de longues années d'absence du fils aîné, Louis, qui revient tel un fils prodigue, tout à sa propre histoire et à son souci d'annoncer sa mort prochaine. La mère semble les cornaquer tous, mais ne s'exprime pourtant pas beaucoup ; Antoine, le fils cadet, joue aux abrutis bas du casque, alors qu'il est on ne peut plus sensible, écorché vif ; la femme d'Antoine, Catherine, semble assez inconsistante, mais elle observe et n'a pas la langue dans sa poche ; Suzanne, la plus jeune de la fratrie, se rebelle et rêve de partir (elle vit à présent seule avec la mère et se sent indispensable)... Et Louis ? Il représente un peu la matière noire, l'absent crucial autour de qui se sont construits ceux qui restaient, à qui même il ne se donnait guère la peine de faire l'aumône de plus de quelques mots, de temps à autre, sur une carte postale. Il les défiait de son échappée, lui qui, devenu écrivain, donnait peut-être l'impression qu'ils n'étaient plus assez bien pour lui.
C'est un dimanche qui passe, lentement : la communication est hachée, les personnages se poursuivent hors-champ, s'appellent et ne se trouvent pas - même ceux qui sont ensemble ne se trouvent pas, comme dans l'un des cauchemars de Louis raconté au public seul. Antoine et Suzanne se disputent comme ils l'ont toujours fait, déjà dans les souvenirs égrenés par la Mère, souvenirs teintés de la mélodie "on n'était pas riches" ("mais on faisait de notre mieux"), Antoine s'agace et souffre de toute remarque qui lui est adressée de près ou de loin, et de se sentir toujours balourd, inadapté. Louis essaie de temporiser, mais force lui est de constater qu'avant de parler, il lui faudra bien écoper patiemment les douleurs des siens, leurs peurs ; qu'il soit attentif et comprenne, on lui reproche d'être hypocrite, qu'il soit revendicatif, on minimise ses problèmes. Parviendra-t-il à exprimer ce pour quoi il est revenu, à réaliser l'impossible réconciliation et à partir un peu plus en paix ?
On ne sait ce qu'il adviendra de tous après la mort annoncée de Louis, mais ce qui est certain, c'est que durant cette crise, chacun aura fait face à ses démons, accusant les autres ou s'accusant soi, mais soulevant aussi un pan du voile de non-dits qui repose tel un crêpe sur leur vie familiale. Peut-être que cette banale journée pleine de drames ne reflète après tout que la vie, et rien de plus. Toujours est-il que, par la médiation d'un langage théâtral à la fois dépouillé et complexe, mimant par les mots seuls un personnage qui se reprend, qui change d'interlocuteur en cours de discours, qui élude ou frappe au coeur - mais les blessures les plus létales ne sont-elles pas celles qui saignent peu ? Finalement, cette pièce est difficile d'accès, mais j'espère avoir fini par bien la percevoir - j'ai volontairement occulté le pathos de la maladie de l'auteur, puisque c'était respecter ses déclarations à propos de son oeuvre. J'ai malgré tout mis mes pas dans ceux de Louis, et j'aimerais à présent voir le film de Xavier Dolan, avec le regretté Gaspard Ulliel dans son rôle.
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Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  09 novembre 2021
Quand je participais au challenge Théâtre de Babelio, je m'étais promis de lire au moins une pièce de Jean-Luc Lagarce. En fait, j'ai jamais réussi, même en 2020, année où j'ai frôlé l'overdose de théâtre lu. J'avais le même problème avec Lagarce qu'avec Koltès (de façon générale, on peut dire que j'ai régulièrement quelques soucis avec le théâtre contemporain), à savoir que dès que je feuilletais une de ses pièces à la bibliothèque, je me disais : "Ouh la la non ça a l'air chiant comme tout". Je réessayais plus tard, et encore plus tard, et c'était toujours pareil. J'ai fini par décider que c'était tant pis pour Lagarce - et aussi tant pis pour Koltès, mais je me foutais un peu de Koltès. Alors que j'avais envie d'aimer le théâtre de Lagarce pour plusieurs raisons. 1ère raison : tout le monde dit que c'est un génie et j'ai pas envie d'avoir l'air plus bête que tout le monde. 2ème raison, probablement meilleure que la première : j'avais aimé voir sur scène Les règles du savoir-vivre dans la société moderne en 1995 . La dernière raison a plus à voir avec la personnalité de Jean-Luc Lagarce qu'avec son talent (quoique...), elle peut sembler extrêmement futile et je ne vais pas m'étendre dessus. de fait, j'avais prévu de vous raconter une anecdote pour en parler, or ça prendrait des plombes, donc je garde ça pour le jour où... Bon, ce sera pour un de ces jours, quoi (ou jamais). Sachez seulement que j'ai vu Lagarce clouer le bec à des spectateurs infects, et que lorsque je lis ou j'entends son nom, c'est à ça que je pense immédiatement - je reste encore admirative de son sens de la répartie et de l'argumentation. Quoiqu'il en soit, ce souvenir ne m'a jamais aidée à lire ses pièces.

Comme d'autres, c'est donc grâce à Xavier Dolan que j'en suis venue à la lecture de la pièce. Par hasard, il y a quelque temps, je tombe sur le film en ayant raté le début, je le regarde sans vraiment le regarder tout en me disant "Non, t'as pas vu le début, revois-le plus tard", bref, je prévois de le regarder sérieusement un autre jour, j'oublie plus ou moins, et je me réveille il y a quelques jours avec une chanson du film en tête et l'idée qu'il faut absolument que je le voie. Finalement, j'ai regardé ce jour-là Scènes de la vie conjugale (la vie prend constamment des détours inattendus). Mais j'avais toujours l'intention de regarder le film de Dolan. Ou de lire la pièce avant. Ou alors après. Ou avant. Ou après. Ou... Bref. Les dialogues de Dolan me semblaient beaucoup plus naturels que ceux de Lagarce et j'avais encore peur de m'attaquer au texte. Des contingences bassement matérielles ont tranché, j'ai (enfin!) emprunté la pièce, que j'ai (enfin!) lue dans la foulée. Et là, à ma surprise, c'est passé tout seul.

Pourtant, l'écriture de Jean-Luc Lagarce n'est pas très... comment dire ? Je cherche le mot juste, ce qui se trouve être un topos du théâtre de Lagarce... Son écriture n'est pas, au premier abord, agréable, engageante, plaisante (eh oui, j'ai encore mon dictionnaire des synonymes à portée de main). Bien au contraire, elle m'avait paru, au feuilletage, artificielle, pénible, voire prétentieuse. Et artificielle, elle l'est, avec l'utilisation de temps à autre du passé simple dans les dialogues (qui fait ça dans la vie ?), les retours à la ligne constants comme en poésie (qui parle comme s'il déclamait un poème, je vous le demande ?), ses phrases hachées, inachevées, ses parenthèses (est-ce qu'on utilise des parenthèses lorsqu'on parle ? je pense que oui, en y réfléchissant) et tout un tas de trucs dans le genre qui m'avaient hérissée au premier, au second, et encore au troisième coup d'oeil. Évidemment, un coup d'oeil, ou même trois, c'est nettement insuffisant et c'était peut-être bien ça mon problème. D'ailleurs, vous entendrez régulièrement dire "Ah, la langue de Lagarce, c'est superbe !" Cela dit, il se trouvera également toujours quelqu'un pour vous sortir à la fin d'une représentation médiocre du Menteur (qui n'est déjà pas la meilleure pièce de Corneille) : "Ah, quelle langue !" Comme si ça pouvait compenser une mise en scène dénuée de toute inventivité... On pourrait dire aussi que la langue de Paul Claudel est superbe, mais si on se fait chier en lisant Claudel, ça va pas nous avancer beaucoup. Passons. Donc, que la langue de Lagarce soit superbe ou non, on s'en fout. Que son écriture soit étudiée pour montrer que le langage est par essence artificiel, trompeur et entrave la communication, voilà qui nous emmène un peu plus loin.

Revenons-en donc à l'histoire très simple de Juste la fin du monde, même si vous la connaissez probablement. Louis, un jeune homme de 34 ans, n'a pas revu sa famille depuis douze ans, je crois, sans couper complètement les ponts mais en se contentant d'envoyer de temps à autre une carte postale à sa mère, à sa soeur Suzanne De 23 ans, ainsi qu'à son frère Antoine (de 2 ans son cadet) et à sa belle-soeur Catherine, qu'il n'a jamais rencontrée. Il sait qu'il va mourir quelques mois plus tard, et il décide sans trop savoir pourquoi d'aller les revoir une dernière fois. Et de leur dire qu'il va mourir. Jean-Luc Lagarce se savait atteint du sida deux ans avant l'écriture de cette pièce, il n'était pas encore sur le point de mourir à ce moment-là (il est mort en 1995), et il a imaginé avec Juste la fin du monde ce que pourraient être de toutes dernières retrouvailles en famille, avec leur lot de sentiments mal exprimés, d'affection maladroite, de disputes, de non-dits, de rancoeurs, de souvenirs. Et ce qui paraissait relever d'une écriture artificielle révèle quelque chose de profondément naturel : les personnages reviennent sans cesse sur les mots qu'ils utilisent, à la recherche du mot juste qu'ils ne trouvent pas, mêlent un langage familier à un langage soutenu, parce qu'aucun des deux n'est vraiment le langage qu'il faudrait employer, se répètent, empêchent les autres de parler, monologuent à n'en plus finir, taisent ce qu'ils ont, soit envie de dire, soit peur de dire, voire les deux à la fois. Il y a des passages particulièrement significatifs. Catherine, par exemple, demande à Louis de ne rien lui dire, à elle, de ce qu'il aurait envie de dire à Antoine, mais de parler à Antoine directement. Ce à quoi Louis répond : "Je n'ai rien à dire ou ne pas dire, je ne vois pas.", alors qu'il est là pour, justement, dire quelque chose d'essentiel. Et quand Suzanne dit à Louis : "Ce que je veux dire c'est que tout va bien et que tu aurais eu tort, / en effet, / de t'inquiéter.", elle veut dire, à mon avis, à peu près l'inverse, soit quelque chose comme "Ça va pas, je ne vais pas bien, on ne va pas bien, tu nous manques, tu manques à tout le monde et t'es quand même un salaud de jamais t'être jamais soucié de nous pendant toutes ces années."

Au-delà de la question essentielle du langage, on remarque l'absence de didascalies qui donne l'impression que les mouvements des personnages sont plus ou moins confus (ce qui rend compte d'une situation elle-même confuse), on visualise, on devine seulement leurs allées et venues, on ressent l'agitation et le silence qui alternent. Les silences ne sont pas toujours évidents à détecter (contrairement à ce que met en avant le film de Dolan), l'agitation est quasiment constante, qu'elle prenne une forme grandiloquente ou moins démonstrative. Un seul bémol pour moi : la scène 10 de la première partie, où Louis est seul sur scène et déclame un long monologue sur la mort. Pour le coup, j'ai trouvé que ça tranchait avec le reste et que ça avait un côté effectivement artificiel.

Une belle découverte, donc, assez inattendue (je m'étais plus ou moins résignée à l'idée de ne pas aimer ce texte), écrite dans un style paradoxalement juste parce que révélateur - entre autres - de ce peuvent être les tensions familiales et les difficultés à communiquer.
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IreneAdler
  16 février 2012
Louis revient dans sa famille, qu'il n'a vu depuis 10 ans. Il revient leur annoncer qu'il va mourir... Mais rien ne se passe comme il l'aurait souhaité. Chacun lâche ce qu'il a sur le coeur depuis tant d'années...
La langue est ciselée, chaque phrase ou presque est remaniée pour dire les sentiments le plus justement possible, créant un effet hypnotique. Les personnages parlent, mais ne s'adressent pas aux autres, ils soliloquent pour enfin se vider le coeur. L'impossibilité pour Louis d'annoncer sa mort prochaine le fait se sentir encore plus étranger à sa famille, plus qu'il ne l'était avant de la quitter. Beaucoup de souffrances et de rancoeur, mais aussi, malgré la maladresse, de l'amour.
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michfred
  18 octobre 2016
Juste la fin du monde est un texte de théâtre pas comme les autres.
J'avais vu il y a quelques années la pièce de Jean-Luc Lagarce au Français, dans une mise en scène de Michel Raskine que j'avais bien appréciée mais la représentation était trop lointaine pour chroniquer la pièce avec un minimum de précision.
Depuis que Xavier Dolan l'a adaptée au cinéma, chacun en connaît le sujet : un jeune homme malade, condamné, revient dans sa famille après des années d'absence, pour dire adieu à sa mère, son frère, sa soeur. Il repart sans leur avoir rien dit, mais après les avoir beaucoup écoutés, chacun étant enfermé dans sa solitude, reclus dans son propre monologue. Seule sa belle-soeur, qu'il n'a jamais vue auparavant, semble le comprendre et l'entendre un peu.
Mais les échos mitigés du film de Xavier Dolan m'étant parvenus- « du théâtre filmé, ennuyeux, statique »- ne m'ont pas donné envie de rafraîchir mes souvenirs en voyant l'adaptation cinématographique.

J'ai donc acheté et lu le texte –non sans quelque appréhension : j'avais fait la même chose après une excellente représentation des Prétendants de Lagarce à la Colline, et j'avais dû abandonner, la pièce s'avérant illisible sans une analyse scénique et une préparation de mise en scène.
J'ai donc lu le texte. Rien que le texte.

Pour la première fois, je n'ai pas eu le sentiment d'un texte orphelin de sa deuxième moitié, la mise en scène. Comme la lecture des pièces de Beckett, Juste la fin du monde se suffit à lui-même. Il dessine une partition, il fait entendre une langue, il invente une parole en train de naître qui, si on devait la jouer avec « naturel » casserait justement toute l'originalité de sa musique, détruirait toute la justesse de l'émotion.
La disposition graphique s'apparente à celle de la poésie : pleine de blancs, d'alinéas, de silences, qui rendent palpables la tension de ces « retrouvailles » familiales, la solitude des personnages, le vide des relations, le vertige des non-dits qui creuse chaque parole.
La parole elle-même est tâtonnante, elle se cherche entre les silences, hésite sur les temps verbaux, sur les pronoms, sur les mots : c'est une parole apeurée, qui peine à se mettre au monde, à se mettre à nu. Comme si elle cherchait obstinément à atteindre le mot juste, le nerf de l'émotion.
La syntaxe aussi est étonnante : la proposition principale est constamment parasitée, piratée par un afflux de petites incises qui interrompent, phagocytent, enrichissent ou noient l'idée directrice- mais celle-ci, têtue, enragée revient sans cesse à la charge et finit le plus souvent par faire mouche et par repêcher son propos dans la mer agitée ou confuse des émotions.
Les personnages ne se parlent pas, dans cette langue en gestation, dans cette langue chaotique : comme les semelles de plomb du scaphandrier, elle les entraîne tout au fond d'eux-mêmes, dans les abysses de leur jalousie, de leur frustration ou de leur panique. Ce sont des monologues qui se croisent, des arias solitaires, presque toujours terminés par la note soutenue d'un cri. A la fin de chaque monologue, le personnage hèle un absent, un muet, une rétive.
On découvre en lisant Juste la fin du monde une sorte d'opéra silencieux, dont la musique dissonante gronde en nous, comme une tempête intérieure.
Une musique magnifique de la discordance. Un poème de la débâcle et de la mort qui vient.
On l'entend si bien en nous, qu'on aurait presque peur de trahir la pièce en la mettant en jeu.
Juste la fin du monde est un texte à lire, à lire avant tout.

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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
elea2022elea2022   08 août 2022
ANTOINE. - (...) tout ton soi-disant malheur n'est qu'une façon que tu as, que tu as toujours eue et que tu auras toujours,
- car tu le voudrais, tu ne saurais plus t'en défaire, tu es pris à ce rôle -
que tu as et que tu as toujours eue de tricher,
de te protéger et de fuir.

Rien en toi n'est jamais atteint,
il fallait des années peut-être pour que je le sache,
mais rien en toi n'est jamais atteint,
tu n'as pas mal
- si tu avais mal, tu ne le dirais pas, j'ai appris cela à mon tour -
et tout ton malheur n'est qu'une façon de répondre,
une façon que tu as de répondre,
d'être là devant les autres et de ne pas les laisser entrer.

(Deuxième partie, scène 3)
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elea2022elea2022   08 août 2022
ANTOINE. - (...) - vous dites toujours ça, "on ne sait pas comment le prendre"
et aussi, je vous entends, "il faut savoir le prendre", comme on le dit d'un homme méchant et brutal -
tu voulais m'attraper et tu as jeté ça,
tu entames la conversation, tu sais bien faire,
c'est une méthode, c'est juste une technique pour noyer et tuer les animaux,
mais moi je ne veux pas,
je n'ai pas envie.

(Première partie, scène 11)
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elea2022elea2022   08 août 2022
SUZANNE. - Mieux encore,
mais on ne m'écoute jamais,
et tout est décidé,
mieux encore, il dîne avec nous,
tu peux dîner avec nous,
- je ne sais pas pourquoi je me fatigue -

et il prend un autre train,
qu'est-ce que cela fait ?
Mieux encore,
je vois que cela ne sert à rien...

Dis quelque chose.

LA MÈRE. - Ils font comme ils l'entendent.

LOUIS. - Mieux encore, je dors ici, je passe la nuit, je ne repars que demain,
mieux encore, je déjeune demain à la maison,
mieux encore, je ne travaille plus jamais,
je renonce à tout,
j'épouse ma sœur, nous vivons très heureux.

(Deuxième partie, scène 2)
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elea2022elea2022   08 août 2022
CATHERINE. - (...) et sur la photographie, elle ne ressemble pas à Antoine, pas du tout, elle ne ressemble à personne,
quand on es si petit on ne ressemble à rien,
je ne sais pas si vous l'avez reçue.
Aujourd'hui, elle est très différente, une fille, et vous ne pourriez la reconnaître,
elle a grandi et elle a des cheveux.
C'est dommage.

(Première partie, scène 2)
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elea2022elea2022   08 août 2022
LOUIS. - (...) Elle, elle me caresse une seule fois la joue,
doucement, comme pour m'expliquer qu'elle me pardonne je ne sais quels crimes,
et ces crimes que je ne me connais pas, je les regrette,
j'en éprouve du remords.

(Deuxième partie, scène 1)
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Videos de Jean-Luc Lagarce (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Luc Lagarce
C'est aujourd'hui une de nos plus fortes, plus puissantes et audacieuses comédiennes, une de nos plus actives et fécondes metteuses en scène, aussi. Au Petit Saint-Martin, à Paris, Catherine Hiegel se retrouve pour la première fois de sa carrière seule en scène dans un monologue signé du défunt Jean-Luc Lagarce et monté par Marcial di Fonzo Bo, Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne. Elle y excelle de distance ironique et mélancolique à la fois. L'ex-doyenne de la Comédie-Française – dont elle fut violemment et injustement remerciée après quarante ans d'admirables services – incarne à merveille les mille nuances et détours d'un texte, d'un auteur. Si elle reste une des plus subtiles interprètes (et metteuse en scène) de Molière et Goldoni, elle sut encore s'embarquer, après l'éviction du Français, chez les meilleurs dramaturges contemporains, de Bernhardt à Minyana, de Noren à Koltès, via Zeller. Et elle y rayonne comme personne de son énergie blessée, de sa vitalité insubmersible. Elle nous dit ici un peu de ses secrets de fabrication, de ses passions théâtrales, de son enfance merveilleuse, de la Comédie-Française qui la façonna et la fit souffrir, de la misogynie au théâtre, de sa fille qui accuse d'inceste son père Richard Berry, son ex-compagnon. de ses forces et de ses faiblesses. Elle est magnifique.
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