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EAN : 9782912464880
78 pages
Les Solitaires Intempestifs (30/11/-1)
3.68/5   334 notes
Résumé :
Le fils retourne dans sa famille pour l'informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles dans le cercle familial où l'on se dit l'amour que l'on se porte à travers d'éternelles querelles. De cette visite qu'il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit.
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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sur 334 notes
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le_Bison
  30 décembre 2019
Les dernières pièces de théâtre que j'ai lu doivent remonter à mes années collèges. Je ne sais même plus, depuis ces lustres ancestraux, son auteur, un type qui se faisait prénommer Molière ou Corneille, peu importe, pas de nom, juste un prénom, comme les rappeurs de notre temps…
Alors, je me suis dit, avant d'annoncer ma mort imminente – à moins qu'intérieurement elle soit déjà survenue, il fallait que je me remette au théâtre, par choix, par goût et non plus par obligation. Et du coup, pas n'importe quel texte. Il fallait quelque chose qui me transcende, la dernière pièce de théâtre, le dernier acte d'une vie. Celle qui servira de testament ou de chronique posthume car demain sera juste la fin du monde.
J'adore Xavier Dolan, même si j'ai une nette préférence pour ses films dans sa langue natale, et c'est avec beaucoup de plaisir (encore plus qu'à sa sortie en salle) que je me suis replongé dans la campagne française avec Gaspard Ulliel, Vincent Cassel et Nathalie Baye, adaptation cinématographique d'une pièce de Jean-Luc Lagarce. Il fallait que je jette mon dévolu sur ce texte et ô combien que j'ai apprécié ce plaisir, presqu'autant qu'une bonne broue aux saveurs locales d'outre-Atlantique. Merci Xavier de m'avoir permis de m'aventurer hors de mes prairies habituelles où l'herbe aromatisée à la vodka est si verte…
Bref, juste la fin du monde m'a enchanté. Bien sûr, je revoyais exactement les personnages du film et les images me venaient ainsi naturellement, ce qui ne diminue pas l'écriture de Lagarce. Juste la fin du monde, c'est juste un texte magnifique d'un pauvre type qui veut annoncer à ses « proches » éloignés depuis quelques années sa mort, ce qui après tout n'est pas la fin du monde. Et c'est beau, subtil, émouvant, cette difficulté à communiquer, il y a des types comme ça…
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Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  09 novembre 2021
Quand je participais au challenge Théâtre de Babelio, je m'étais promis de lire au moins une pièce de Jean-Luc Lagarce. En fait, j'ai jamais réussi, même en 2020, année où j'ai frôlé l'overdose de théâtre lu. J'avais le même problème avec Lagarce qu'avec Koltès (de façon générale, on peut dire que j'ai régulièrement quelques soucis avec le théâtre contemporain), à savoir que dès que je feuilletais une de ses pièces à la bibliothèque, je me disais : "Ouh la la non ça a l'air chiant comme tout". Je réessayais plus tard, et encore plus tard, et c'était toujours pareil. J'ai fini par décider que c'était tant pis pour Lagarce - et aussi tant pis pour Koltès, mais je me foutais un peu de Koltès. Alors que j'avais envie d'aimer le théâtre de Lagarce pour plusieurs raisons. 1ère raison : tout le monde dit que c'est un génie et j'ai pas envie d'avoir l'air plus bête que tout le monde. 2ème raison, probablement meilleure que la première : j'avais aimé voir sur scène Les règles du savoir-vivre dans la société moderne en 1995 . La dernière raison a plus à voir avec la personnalité de Jean-Luc Lagarce qu'avec son talent (quoique...), elle peut sembler extrêmement futile et je ne vais pas m'étendre dessus. de fait, j'avais prévu de vous raconter une anecdote pour en parler, or ça prendrait des plombes, donc je garde ça pour le jour où... Bon, ce sera pour un de ces jours, quoi (ou jamais). Sachez seulement que j'ai vu Lagarce clouer le bec à des spectateurs infects, et que lorsque je lis ou j'entends son nom, c'est à ça que je pense immédiatement - je reste encore admirative de son sens de la répartie et de l'argumentation. Quoiqu'il en soit, ce souvenir ne m'a jamais aidée à lire ses pièces.

Comme d'autres, c'est donc grâce à Xavier Dolan que j'en suis venue à la lecture de la pièce. Par hasard, il y a quelque temps, je tombe sur le film en ayant raté le début, je le regarde sans vraiment le regarder tout en me disant "Non, t'as pas vu le début, revois-le plus tard", bref, je prévois de le regarder sérieusement un autre jour, j'oublie plus ou moins, et je me réveille il y a quelques jours avec une chanson du film en tête et l'idée qu'il faut absolument que je le voie. Finalement, j'ai regardé ce jour-là Scènes de la vie conjugale (la vie prend constamment des détours inattendus). Mais j'avais toujours l'intention de regarder le film de Dolan. Ou de lire la pièce avant. Ou alors après. Ou avant. Ou après. Ou... Bref. Les dialogues de Dolan me semblaient beaucoup plus naturels que ceux de Lagarce et j'avais encore peur de m'attaquer au texte. Des contingences bassement matérielles ont tranché, j'ai (enfin!) emprunté la pièce, que j'ai (enfin!) lue dans la foulée. Et là, à ma surprise, c'est passé tout seul.

Pourtant, l'écriture de Jean-Luc Lagarce n'est pas très... comment dire ? Je cherche le mot juste, ce qui se trouve être un topos du théâtre de Lagarce... Son écriture n'est pas, au premier abord, agréable, engageante, plaisante (eh oui, j'ai encore mon dictionnaire des synonymes à portée de main). Bien au contraire, elle m'avait paru, au feuilletage, artificielle, pénible, voire prétentieuse. Et artificielle, elle l'est, avec l'utilisation de temps à autre du passé simple dans les dialogues (qui fait ça dans la vie ?), les retours à la ligne constants comme en poésie (qui parle comme s'il déclamait un poème, je vous le demande ?), ses phrases hachées, inachevées, ses parenthèses (est-ce qu'on utilise des parenthèses lorsqu'on parle ? je pense que oui, en y réfléchissant) et tout un tas de trucs dans le genre qui m'avaient hérissée au premier, au second, et encore au troisième coup d'oeil. Évidemment, un coup d'oeil, ou même trois, c'est nettement insuffisant et c'était peut-être bien ça mon problème. D'ailleurs, vous entendrez régulièrement dire "Ah, la langue de Lagarce, c'est superbe !" Cela dit, il se trouvera également toujours quelqu'un pour vous sortir à la fin d'une représentation médiocre du Menteur (qui n'est déjà pas la meilleure pièce de Corneille) : "Ah, quelle langue !" Comme si ça pouvait compenser une mise en scène dénuée de toute inventivité... On pourrait dire aussi que la langue de Paul Claudel est superbe, mais si on se fait chier en lisant Claudel, ça va pas nous avancer beaucoup. Passons. Donc, que la langue de Lagarce soit superbe ou non, on s'en fout. Que son écriture soit étudiée pour montrer que le langage est par essence artificiel, trompeur et entrave la communication, voilà qui nous emmène un peu plus loin.

Revenons-en donc à l'histoire très simple de Juste la fin du monde, même si vous la connaissez probablement. Louis, un jeune homme de 34 ans, n'a pas revu sa famille depuis douze ans, je crois, sans couper complètement les ponts mais en se contentant d'envoyer de temps à autre une carte postale à sa mère, à sa soeur Suzanne De 23 ans, ainsi qu'à son frère Antoine (de 2 ans son cadet) et à sa belle-soeur Catherine, qu'il n'a jamais rencontrée. Il sait qu'il va mourir quelques mois plus tard, et il décide sans trop savoir pourquoi d'aller les revoir une dernière fois. Et de leur dire qu'il va mourir. Jean-Luc Lagarce se savait atteint du sida deux ans avant l'écriture de cette pièce, il n'était pas encore sur le point de mourir à ce moment-là (il est mort en 1995), et il a imaginé avec Juste la fin du monde ce que pourraient être de toutes dernières retrouvailles en famille, avec leur lot de sentiments mal exprimés, d'affection maladroite, de disputes, de non-dits, de rancoeurs, de souvenirs. Et ce qui paraissait relever d'une écriture artificielle révèle quelque chose de profondément naturel : les personnages reviennent sans cesse sur les mots qu'ils utilisent, à la recherche du mot juste qu'ils ne trouvent pas, mêlent un langage familier à un langage soutenu, parce qu'aucun des deux n'est vraiment le langage qu'il faudrait employer, se répètent, empêchent les autres de parler, monologuent à n'en plus finir, taisent ce qu'ils ont, soit envie de dire, soit peur de dire, voire les deux à la fois. Il y a des passages particulièrement significatifs. Catherine, par exemple, demande à Louis de ne rien lui dire, à elle, de ce qu'il aurait envie de dire à Antoine, mais de parler à Antoine directement. Ce à quoi Louis répond : "Je n'ai rien à dire ou ne pas dire, je ne vois pas.", alors qu'il est là pour, justement, dire quelque chose d'essentiel. Et quand Suzanne dit à Louis : "Ce que je veux dire c'est que tout va bien et que tu aurais eu tort, / en effet, / de t'inquiéter.", elle veut dire, à mon avis, à peu près l'inverse, soit quelque chose comme "Ça va pas, je ne vais pas bien, on ne va pas bien, tu nous manques, tu manques à tout le monde et t'es quand même un salaud de jamais t'être jamais soucié de nous pendant toutes ces années."

Au-delà de la question essentielle du langage, on remarque l'absence de didascalies qui donne l'impression que les mouvements des personnages sont plus ou moins confus (ce qui rend compte d'une situation elle-même confuse), on visualise, on devine seulement leurs allées et venues, on ressent l'agitation et le silence qui alternent. Les silences ne sont pas toujours évidents à détecter (contrairement à ce que met en avant le film de Dolan), l'agitation est quasiment constante, qu'elle prenne une forme grandiloquente ou moins démonstrative. Un seul bémol pour moi : la scène 10 de la première partie, où Louis est seul sur scène et déclame un long monologue sur la mort. Pour le coup, j'ai trouvé que ça tranchait avec le reste et que ça avait un côté effectivement artificiel.

Une belle découverte, donc, assez inattendue (je m'étais plus ou moins résignée à l'idée de ne pas aimer ce texte), écrite dans un style paradoxalement juste parce que révélateur - entre autres - de ce peuvent être les tensions familiales et les difficultés à communiquer.
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IreneAdler
  16 février 2012
Louis revient dans sa famille, qu'il n'a vu depuis 10 ans. Il revient leur annoncer qu'il va mourir... Mais rien ne se passe comme il l'aurait souhaité. Chacun lâche ce qu'il a sur le coeur depuis tant d'années...
La langue est ciselée, chaque phrase ou presque est remaniée pour dire les sentiments le plus justement possible, créant un effet hypnotique. Les personnages parlent, mais ne s'adressent pas aux autres, ils soliloquent pour enfin se vider le coeur. L'impossibilité pour Louis d'annoncer sa mort prochaine le fait se sentir encore plus étranger à sa famille, plus qu'il ne l'était avant de la quitter. Beaucoup de souffrances et de rancoeur, mais aussi, malgré la maladresse, de l'amour.
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michfred
  18 octobre 2016
Juste la fin du monde est un texte de théâtre pas comme les autres.
J'avais vu il y a quelques années la pièce de Jean-Luc Lagarce au Français, dans une mise en scène de Michel Raskine que j'avais bien appréciée mais la représentation était trop lointaine pour chroniquer la pièce avec un minimum de précision.
Depuis que Xavier Dolan l'a adaptée au cinéma, chacun en connaît le sujet : un jeune homme malade, condamné, revient dans sa famille après des années d'absence, pour dire adieu à sa mère, son frère, sa soeur. Il repart sans leur avoir rien dit, mais après les avoir beaucoup écoutés, chacun étant enfermé dans sa solitude, reclus dans son propre monologue. Seule sa belle-soeur, qu'il n'a jamais vue auparavant, semble le comprendre et l'entendre un peu.
Mais les échos mitigés du film de Xavier Dolan m'étant parvenus- « du théâtre filmé, ennuyeux, statique »- ne m'ont pas donné envie de rafraîchir mes souvenirs en voyant l'adaptation cinématographique.

J'ai donc acheté et lu le texte –non sans quelque appréhension : j'avais fait la même chose après une excellente représentation des Prétendants de Lagarce à la Colline, et j'avais dû abandonner, la pièce s'avérant illisible sans une analyse scénique et une préparation de mise en scène.
J'ai donc lu le texte. Rien que le texte.

Pour la première fois, je n'ai pas eu le sentiment d'un texte orphelin de sa deuxième moitié, la mise en scène. Comme la lecture des pièces de Beckett, Juste la fin du monde se suffit à lui-même. Il dessine une partition, il fait entendre une langue, il invente une parole en train de naître qui, si on devait la jouer avec « naturel » casserait justement toute l'originalité de sa musique, détruirait toute la justesse de l'émotion.
La disposition graphique s'apparente à celle de la poésie : pleine de blancs, d'alinéas, de silences, qui rendent palpables la tension de ces « retrouvailles » familiales, la solitude des personnages, le vide des relations, le vertige des non-dits qui creuse chaque parole.
La parole elle-même est tâtonnante, elle se cherche entre les silences, hésite sur les temps verbaux, sur les pronoms, sur les mots : c'est une parole apeurée, qui peine à se mettre au monde, à se mettre à nu. Comme si elle cherchait obstinément à atteindre le mot juste, le nerf de l'émotion.
La syntaxe aussi est étonnante : la proposition principale est constamment parasitée, piratée par un afflux de petites incises qui interrompent, phagocytent, enrichissent ou noient l'idée directrice- mais celle-ci, têtue, enragée revient sans cesse à la charge et finit le plus souvent par faire mouche et par repêcher son propos dans la mer agitée ou confuse des émotions.
Les personnages ne se parlent pas, dans cette langue en gestation, dans cette langue chaotique : comme les semelles de plomb du scaphandrier, elle les entraîne tout au fond d'eux-mêmes, dans les abysses de leur jalousie, de leur frustration ou de leur panique. Ce sont des monologues qui se croisent, des arias solitaires, presque toujours terminés par la note soutenue d'un cri. A la fin de chaque monologue, le personnage hèle un absent, un muet, une rétive.
On découvre en lisant Juste la fin du monde une sorte d'opéra silencieux, dont la musique dissonante gronde en nous, comme une tempête intérieure.
Une musique magnifique de la discordance. Un poème de la débâcle et de la mort qui vient.
On l'entend si bien en nous, qu'on aurait presque peur de trahir la pièce en la mettant en jeu.
Juste la fin du monde est un texte à lire, à lire avant tout.

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denis76
  04 février 2022
C'est une pièce de théâtre trop triste pour moi, et pourtant, je vis pleinement ça avec une de mes filles : la non-communication familiale !
Louis, 34, après une longue absence, revient voir sa mère, son frère Antoine et sa soeur Suzanne, pour leur annoncer qu'il a une longue maladie fatale.
Seulement, assailli par les reproches d'abandon familial, il n'arrive pas à délivrer son message, et repart ainsi.
.
Le style est pour moi, trop proche d'un langage verbal quotidien que je déteste et que nous évitons chez nous. Les interventions sont stressantes, avec un manque de sûreté des personnages, beaucoup de répétitions, une difficulté de délivrer un message ; on a envie de leur dire à tous : "Allez, accouche !"... Cependant Louis parait très calme au milieu de cette violence verbale. Il y a les reproches sur l'abandon familial de ce fils aîné, des doutes et beaucoup trop de questions carabinées auxquelles Louis, à qui on ne laisse pas le temps de répondre, préfère prendre l'attitude du taiseux.
Ils ne le connaissent pas, ne le connaissent plus, et la plus belle intervention, à mon avis, est celle d'Antoine à la fin, qui résume bien la situation et l'état d'esprit dans lequel ils sont tous.
.
Je relève en vrac des thèmes familiaux que l'auteur, Jean-Luc Lagarce pointe : l'évaporation familiale, l'absence de communication, la peur des reproches, l'abandon, la violence des pensées mais aussi du verbal, l'impossibilité de parler de l'amour fraternel et familial, le manque de confiance, le manque de connaissance de l'autre, l'image donnée en décalage avec la réalité des membres de la famille, tout un pataquès pour un problème futile, ils sont tous à fleur de peau, ils se font du mal tout seuls, limite masochistes.
.
Ce livre m'a mis mal à l'aise.
On ne peut pas oublier la dimension testamentaire ( autobiographique ? ) de Jean-Luc Lagarce, qui a attrapé le sida en 1988, écrit cette pièce en 1990, et est mort du sida en 1995. Les thèmes du "retour" et celui de la mort sont présents dans plusieurs de ses pièces.
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Citations et extraits (50) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   17 octobre 2016
Louis.(..)- Je compris que cette absence d'amour dont je me plains
et qui toujours fut pour moi l'unique raison de mes lâchetés,
sans que jamais jusqu'alors je ne la voie,
que cette absence d'amour fit toujours plus souffrir
les autres que moi.

Je me réveillai avec l'idée étrange et désespérée et indestructible encore
qu'on m'aimait déjà vivant comme on voudrait
m'aimer mort
sans pouvoir et savoir jamais rien me dire.
+ Lire la suite
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KahlanAmnellKahlanAmnell   11 novembre 2016
Il y a dix jours,
j'étais dans mon lit et je me suis éveillé,
calmement, paisible
- cela fait longtemps,
aujourd'hui un an, je l'ai dit au début,
cela fait longtemps que cela ne m'arrive plus et que je me retrouve toujours, chaque matin, avec juste en tête pour commencer, commencer à nouveau,
juste en tête l'idée de ma propre mort à venir -
je me suis éveillé, calmement, paisible,
avec cette pensée étrange et claire

je ne sais pas si je pourrai bien la dire

avec cette pensée étrange et claire
que mes parents, que mes parents,
et les gens encore, tous les autres, dans ma vie,
les gens les plus proches de moi,
que mes parents et tous ceux que j'approche ou qui s'approchèrent de moi,
mon père aussi par le passé, admettons que je m'en souvienne,
ma mère, mon frère là aujourd'hui
et ma sœur encore,
que tout le monde après s'être fait une certaine idée de moi,
un jour ou l'autre ne m'aime plus, ne m'aima plus
et qu'on ne m'aime plus
(ce que je veux dire)
"au bout du compte",
comme par découragement, comme par lassitude de moi,
qu'on m'abandonna toujours car je demande l'abandon

c'était cette impression, je ne trouve pas les mots,
lorsque je me réveillai
- un instant, on sort du sommeil, tout est limpide, on croit le saisir, pour disparaître aussitôt -
qu'on m'abandonna toujours,
peu à peu,
à moi-même, à ma solitude au milieu des autres,
parce qu'on ne saurait m'atteindre,
me toucher,
et qu'il faut renoncer,

et on renonce à moi, ils renoncèrent à moi,
tous,
d'une certaine manière,
après avoir tant cherché à me garder auprès d'eux,
à me le dire aussi,
parce que je les en décourage,
et parce qu'ils veulent comprendre que me laisser en paix,
semblant ne plus se soucier de moi, c'est m'aimer plus encore.

Je compris que cette absence d'amour dont je me plains
et qui toujours fut pour moi l'unique raison de mes lâchetés,
sans que jamais jusqu'alors je ne la voie,
que cette absence d'amour fit toujours souffrir plus les autres que moi.
+ Lire la suite
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le_Bisonle_Bison   30 décembre 2019
La Mort prochaine et moi,
nous faisons nos adieux,
nous nous promenons,
nous marchons la nuit dans les rues désertes légèrement embrumées et nous nous plaisons beaucoup.
Nous sommes élégants et désinvoltes,
nous sommes assez joliment mystérieux,
Nous ne laissons rien deviner
Et les réceptionnistes, la nuit, éprouvent du respect pour nous, nous pourrions les séduire.
Je ne faisais rien,
Je faisais semblant,
J’éprouvais la nostalgie.
Je découvre des pays, je les aime littéraires, je lis des livres,
Je revois quelques souvenirs,
Je fais parfois de longs détours pour juste recommencer,
Et d’autres jours,
Sans que je sache ou comprenne,
Il m’arrivait de vouloir tout éviter et ne plus reconnaître.
Je ne crois en rien.
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Zora-la-RousseZora-la-Rousse   15 mars 2011

Les gens qui ne disent jamais rien, on croit juste qu'ils veulent entendre, mais souvent, tu ne sais pas, je me taisais pour donner l'exemple.
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NievaNieva   07 juin 2016
Ces petits mots
— les phrases elliptiques —
ces petits mots, ils sont toujours écrits au dos de cartes postales
(nous en avons aujourd'hui une collection enviable)
comme si tu voulais, de cette manière, toujours paraître être en vacances,
je ne sais pas, je croyais cela,
ou encore, comme si, par avance,
tu voulais réduire la place que tu nous consacrerais
et laisser à tous les regards les messages sans importance que tu nous adresses.
« Je vais bien et j'espère qu'il en est de même pour vous. »
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Videos de Jean-Luc Lagarce (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Luc Lagarce
C'est aujourd'hui une de nos plus fortes, plus puissantes et audacieuses comédiennes, une de nos plus actives et fécondes metteuses en scène, aussi. Au Petit Saint-Martin, à Paris, Catherine Hiegel se retrouve pour la première fois de sa carrière seule en scène dans un monologue signé du défunt Jean-Luc Lagarce et monté par Marcial di Fonzo Bo, Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne. Elle y excelle de distance ironique et mélancolique à la fois. L'ex-doyenne de la Comédie-Française – dont elle fut violemment et injustement remerciée après quarante ans d'admirables services – incarne à merveille les mille nuances et détours d'un texte, d'un auteur. Si elle reste une des plus subtiles interprètes (et metteuse en scène) de Molière et Goldoni, elle sut encore s'embarquer, après l'éviction du Français, chez les meilleurs dramaturges contemporains, de Bernhardt à Minyana, de Noren à Koltès, via Zeller. Et elle y rayonne comme personne de son énergie blessée, de sa vitalité insubmersible. Elle nous dit ici un peu de ses secrets de fabrication, de ses passions théâtrales, de son enfance merveilleuse, de la Comédie-Française qui la façonna et la fit souffrir, de la misogynie au théâtre, de sa fille qui accuse d'inceste son père Richard Berry, son ex-compagnon. de ses forces et de ses faiblesses. Elle est magnifique.
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