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ISBN : 2912464889
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs (30/11/-1)

Note moyenne : 4/5 (sur 94 notes)
Résumé :
Le fils retourne dans sa famille pour l'informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles dans le cercle familial où l'on se dit l'amour que l'on se porte à travers d'éternelles querelles. De cette visite qu'il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit.
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  18 octobre 2016
Juste la fin du monde est un texte de théâtre pas comme les autres.
J'avais vu il y a quelques années la pièce de Jean-Luc Lagarce au Français, dans une mise en scène de Michel Raskine que j'avais bien appréciée mais la représentation était trop lointaine pour chroniquer la pièce avec un minimum de précision.
Depuis que Xavier Dolan l'a adaptée au cinéma, chacun en connaît le sujet : un jeune homme malade, condamné, revient dans sa famille après des années d'absence, pour dire adieu à sa mère, son frère, sa soeur. Il repart sans leur avoir rien dit, mais après les avoir beaucoup écoutés, chacun étant enfermé dans sa solitude, reclus dans son propre monologue. Seule sa belle-soeur, qu'il n'a jamais vue auparavant, semble le comprendre et l'entendre un peu.
Mais les échos mitigés du film de Xavier Dolan m'étant parvenus- « du théâtre filmé, ennuyeux, statique »- ne m'ont pas donné envie de rafraîchir mes souvenirs en voyant l'adaptation cinématographique.

J'ai donc acheté et lu le texte –non sans quelque appréhension : j'avais fait la même chose après une excellente représentation des Prétendants de Lagarce à la Colline, et j'avais dû abandonner, la pièce s'avérant illisible sans une analyse scénique et une préparation de mise en scène.
J'ai donc lu le texte. Rien que le texte.

Pour la première fois, je n'ai pas eu le sentiment d'un texte orphelin de sa deuxième moitié, la mise en scène. Comme la lecture des pièces de Beckett, Juste la fin du monde se suffit à lui-même. Il dessine une partition, il fait entendre une langue, il invente une parole en train de naître qui, si on devait la jouer avec « naturel » casserait justement toute l'originalité de sa musique, détruirait toute la justesse de l'émotion.
La disposition graphique s'apparente à celle de la poésie : pleine de blancs, d'alinéas, de silences, qui rendent palpables la tension de ces « retrouvailles » familiales, la solitude des personnages, le vide des relations, le vertige des non-dits qui creuse chaque parole.
La parole elle-même est tâtonnante, elle se cherche entre les silences, hésite sur les temps verbaux, sur les pronoms, sur les mots : c'est une parole apeurée, qui peine à se mettre au monde, à se mettre à nu. Comme si elle cherchait obstinément à atteindre le mot juste, le nerf de l'émotion.
La syntaxe aussi est étonnante : la proposition principale est constamment parasitée, piratée par un afflux de petites incises qui interrompent, phagocytent, enrichissent ou noient l'idée directrice- mais celle-ci, têtue, enragée revient sans cesse à la charge et finit le plus souvent par faire mouche et par repêcher son propos dans la mer agitée ou confuse des émotions.
Les personnages ne se parlent pas, dans cette langue en gestation, dans cette langue chaotique : comme les semelles de plomb du scaphandrier, elle les entraîne tout au fond d'eux-mêmes, dans les abysses de leur jalousie, de leur frustration ou de leur panique. Ce sont des monologues qui se croisent, des arias solitaires, presque toujours terminés par la note soutenue d'un cri. A la fin de chaque monologue, le personnage hèle un absent, un muet, une rétive.
On découvre en lisant Juste la fin du monde une sorte d'opéra silencieux, dont la musique dissonante gronde en nous, comme une tempête intérieure.
Une musique magnifique de la discordance. Un poème de la débâcle et de la mort qui vient.
On l'entend si bien en nous, qu'on aurait presque peur de trahir la pièce en la mettant en jeu.
Juste la fin du monde est un texte à lire, à lire avant tout.

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ATOS
  06 juin 2014
L'impossible devenir. Voilà la fin du monde. le bout du chemin. le lieu ? La famille. La cellule familiale. le temps ? À jamais perdu. Puisque ce temps ne fut jamais trouvé à quoi bon le rechercher ?
On ne peut pas reformuler ce qui n'a pas d'existence. Famille, jeu de rôle, jeu de place, et pour finir jeu de hasard où les dés sont tous pensés avant même d'être rejetés. Fratrie sous la régence des cris, obscurs désirs de ce qui ne peut être dit. Bien sûr on s'aime. On s'aime c'est écrit. le même nom, la même veine, la même chair, le même ventre. On s'aime bien sûr, promis, on se l'écrit. On s'apparente, on appartient à ce qui nous ressemble. Voilà l'oubli. On oublie que ce qui nous rassemble c'est ce qui nous lie. Ball trap, chausse- trape, jeu de massacre, famille je vous lis et vous délie.
Je te pense – tu m'imagines- je te réfléchis- tu me regardes – On se dira une autre vie.
On se ressemble, dis, c'est dingue. On se ressemble à s'y reprendre.
La pièce de Jean-Luc Lagarce c'est juste. Une tragédie.
Astrid Shriqui Garain
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IreneAdler
  16 février 2012
Louis revient dans sa famille, qu'il n'a vu depuis 10 ans. Il revient leur annoncer qu'il va mourir... Mais rien ne se passe comme il l'aurait souhaité. Chacun lâche ce qu'il a sur le coeur depuis tant d'années...
La langue est ciselée, chaque phrase ou presque est remaniée pour dire les sentiments le plus justement possible, créant un effet hypnotique. Les personnages parlent, mais ne s'adressent pas aux autres, ils soliloquent pour enfin se vider le coeur. L'impossibilité pour Louis d'annoncer sa mort prochaine le fait se sentir encore plus étranger à sa famille, plus qu'il ne l'était avant de la quitter. Beaucoup de souffrances et de rancoeur, mais aussi, malgré la maladresse, de l'amour.
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andras
  03 octobre 2016
Il y a une dizaine d'années qu'un couple d'amis comédiens m'avait offert cette pièce de théâtre, éditée chez Les Solitaires Intempestifs (http://www.solitairesintempestifs.com/), cadeau peu commun qui m'avait touché. J'en avais lu les trois ou quatre premières pages mais, déconcerté par le style, j'avais alors rangé le livre dans ma bibliothèque. Apprenant que Xavier Dolan, le jeune réalisateur québecois, avait basé son dernier film sur cette pièce, je me suis replongé dans cette lecture, toujours avec beaucoup de difficultés. Ce n'est qu'après avoir vu - et adoré - le film de Xavier Dolan que j'ai pu venir à bout de la pièce.
On y voit un homme d'une trentaine d'années, Louis, qui revient dans sa famille après dix ans d'absence, n'ayant entre temps envoyé que des cartes postales "elliptiques". Il a un jour quitté la famille pour aller dans la "grande ville" où il est devenu écrivain et auteur dramatique. A son retour, il retrouve sa mère et sa jeune soeur Suzanne qui vivent ensemble et son frère cadet Antoine ainsi que sa belle soeur Catherine (qu'il ne connaissait pas) qui, eux, vivent non loin de là. Louis est venu annoncer à sa famille qu'il va bientôt mourir mais il ne trouvera jamais le moment opportun pour leur faire cet aveu. Au cours de la courte journée que Louis va passer avec eux, chacun essaiera de lui dire ce qu'il n'a pu lui dire durant toutes ces années. Mais ces tentatives seront la plupart du temps avortées, car comme dit Antoine, "rien jamais ici ne se dit facilement". de fait, le langage est très souvent haché, les phrases restent en suspens ou sont répétées de façon légèrement différente, on bafouille, on s'emporte, on hésite sur la construction d'une phrase, un accord de temps ... et toutes ces hésitations ou ces exaspérations brouillent le message voire l'obscurcissent presque totalement. Mais au coeur de cette presqu'impossibilité de se confier, dans les silences qui s'installent ou dans les insultes qui fusent, quelque chose passe et si c'est difficile de parler ici d'amour, c'est tout sauf de l'indifférence.
Rien n'est dit (ou presque) sur les raisons qui ont poussé Louis à quitter le cercle familial mais j'ai imaginé que l'on pouvait aisément accoler à cette pièce le roman d'Edouard Louis (sic) : En finir avec Eddy Bellegueule, roman que j'ai lu cet été et que j'ai trouvé d'une force extraordinaire. Les styles de Lagarce et d'Edouard Louis sont bien-sûr très différents mais les histoires qu'ils racontent sont, je trouve, très complémentaires.
Bravo à Xavier Dolan de s'être emparé de cette pièce d'un accès difficile, de l'avoir si bien adaptée et d'avoir trouvé de magnifiques acteurs pour porter ces rôles (voir http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=237510.html).
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yo
  23 mars 2009
Louis, 34 ans, rend visite à sa famille, la première fois depuis dix ans. Pendant les années précédentes, il ne leur a envoyé que quelques cartes postales, sans dire grand-chose de sa vie. Ce retour, c'est pour Louis l'occasion d'annoncer à sa mère, son frère et sa soeur qu'il va bientôt mourir, car il est malade. Mais ce retour ne se passe pas vraiment comme prévu : il n'arrive pas à annoncer ce qu'il a envie de dire. Chacun, à tour de rôle, lui raconte la vie qu'il a vécu pendant son absence, et les reproches ne tardent pas à fuser. Louis, fatigué, désabusé, sent qu'il n'arrivera jamais à leur dire la terrible nouvelle, car ceux qu'on appelle ses proches ne sont pas prêts à entendre ce qu'il à dire.
Juste la fin du monde, écrit en 1990, est une des dernières pièces de Jean-Luc Lagarce. L'auteur a écrit cette histoire de famille et de maladie alors qu'il savait lui-même qu'il était condamné à moyen terme, car atteint du Sida. Cette pièce, sur la difficulté de communiquer des problèmes intimes dans le cadre familial, est un très beau texte, sombre et lumineux.
Cinq personnages parcourent la scène : Louis, sa mère, sa soeur Suzanne, son frère Antoine et sa belle-soeur Catherine. Rarement ces cinq personnages se retrouvent ensemble sur scène. Et lorsqu'ils se retrouvent, ils ne se parlent pas vraiment. Dans le texte, chaque personnage décrit lors d'un long monologue la manière dont il vit la situation, depuis le départ de Louis. Suzanne aurait voulu qu'il soit plus présent, Antoine lui reproche de lui avoir laissé gérer seul la vie avec leur mère. Entre Antoine et Louis, il y a une tension latente, un conflit larvé qui fait que leurs relations, malgré cette longue interruption, sont dures. Catherine essaie de raisonner son mari, mais elle n'y arrive pas vraiment.
Lien : http://livres-et-cin.over-bl..
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   17 octobre 2016
Louis.(..)- Je compris que cette absence d'amour dont je me plains
et qui toujours fut pour moi l'unique raison de mes lâchetés,
sans que jamais jusqu'alors je ne la voie,
que cette absence d'amour fit toujours plus souffrir
les autres que moi.

Je me réveillai avec l'idée étrange et désespérée et indestructible encore
qu'on m'aimait déjà vivant comme on voudrait
m'aimer mort
sans pouvoir et savoir jamais rien me dire.
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KahlanAmnellKahlanAmnell   11 novembre 2016
Il y a dix jours,
j'étais dans mon lit et je me suis éveillé,
calmement, paisible
- cela fait longtemps,
aujourd'hui un an, je l'ai dit au début,
cela fait longtemps que cela ne m'arrive plus et que je me retrouve toujours, chaque matin, avec juste en tête pour commencer, commencer à nouveau,
juste en tête l'idée de ma propre mort à venir -
je me suis éveillé, calmement, paisible,
avec cette pensée étrange et claire

je ne sais pas si je pourrai bien la dire

avec cette pensée étrange et claire
que mes parents, que mes parents,
et les gens encore, tous les autres, dans ma vie,
les gens les plus proches de moi,
que mes parents et tous ceux que j'approche ou qui s'approchèrent de moi,
mon père aussi par le passé, admettons que je m'en souvienne,
ma mère, mon frère là aujourd'hui
et ma sœur encore,
que tout le monde après s'être fait une certaine idée de moi,
un jour ou l'autre ne m'aime plus, ne m'aima plus
et qu'on ne m'aime plus
(ce que je veux dire)
"au bout du compte",
comme par découragement, comme par lassitude de moi,
qu'on m'abandonna toujours car je demande l'abandon

c'était cette impression, je ne trouve pas les mots,
lorsque je me réveillai
- un instant, on sort du sommeil, tout est limpide, on croit le saisir, pour disparaître aussitôt -
qu'on m'abandonna toujours,
peu à peu,
à moi-même, à ma solitude au milieu des autres,
parce qu'on ne saurait m'atteindre,
me toucher,
et qu'il faut renoncer,

et on renonce à moi, ils renoncèrent à moi,
tous,
d'une certaine manière,
après avoir tant cherché à me garder auprès d'eux,
à me le dire aussi,
parce que je les en décourage,
et parce qu'ils veulent comprendre que me laisser en paix,
semblant ne plus se soucier de moi, c'est m'aimer plus encore.

Je compris que cette absence d'amour dont je me plains
et qui toujours fut pour moi l'unique raison de mes lâchetés,
sans que jamais jusqu'alors je ne la voie,
que cette absence d'amour fit toujours souffrir plus les autres que moi.
+ Lire la suite
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NievaNieva   07 juin 2016
Ces petits mots
— les phrases elliptiques —
ces petits mots, ils sont toujours écrits au dos de cartes postales
(nous en avons aujourd'hui une collection enviable)
comme si tu voulais, de cette manière, toujours paraître être en vacances,
je ne sais pas, je croyais cela,
ou encore, comme si, par avance,
tu voulais réduire la place que tu nous consacrerais
et laisser à tous les regards les messages sans importance que tu nous adresses.
«Je vais bien et j'espère qu'il en est de même pour vous.»
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NievaNieva   07 juin 2016
Peut-être
(est-ce qu'on peut deviner ces choses-là ?)
peut-être que ma vie sera toujours ainsi, on doit se résigner, bon,
il y a des gens et ils sont le plus grand nombre,
il y a des gens qui passent toute leur existence là où ils sont nés
et où sont nés avant eux leurs parents,
ils ne sont pas malheureux,
on doit se contenter,
ou du moins ils ne sont pas malheureux à cause de ça, on ne peut pas le dire,
et c'est peut-être mon sort, ce mot-là, ma destinée, cette vie.
+ Lire la suite
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Zora-la-RousseZora-la-Rousse   15 mars 2011

Les gens qui ne disent jamais rien, on croit juste qu'ils veulent entendre, mais souvent, tu ne sais pas, je me taisais pour donner l'exemple.
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