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ISBN : 2213701318
Éditeur : Fayard (02/10/2019)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 2 notes)
Résumé :
La politique est peut-être le domaine de notre existence que nous pensons le plus faussement : nous ne cessons d’utiliser des catégories totalisantes (peuple, volonté générale, souveraineté populaire), des récits mystificateurs (le contrat social, la démocratie délibérative) ou encore des notions abstraites (le législateur, le corps politique, le citoyen) dont nous reconnaissons la plupart du temps le caractère fictif, tout en affirmant la nécessité d’y recourir.>Voir plus
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
v1c4uv1c4u   22 octobre 2019
Il y aurait, lorsque des groupes s’opposent, deux formes possibles de résolution du conflit : l’un par la mort, l’autre par la règle de majorité. Personne, dit Canetti, ne croit aux fictions de la théorie politique et du discours politique. Personne ne croit que ce soit le plus sage qui l’emporte lors d’un vote. Personne ne croit que ce soit la "volonté générale", celle que chacun veut en tant que citoyen, qui triomphe. L’emporte seulement le groupe numériquement le plus nombreux. Le vote n’annule en rien le fonctionnement du monde. Il ne se situe pas, par rapport aux logiques qui se déploient, dans une situation de supériorité. Il est pleinement immergé dans les luttes entre groupes. Le vote est un instrument d’interruption des conflits qui se fonde sur une renonciation partagée à la guerre civile et au fait de tuer l’autre. Perdre une élection c’est s’avouer vaincu. Ce qui s’appelle la Loi ne s’impose pas en vertu d’une rationalité et d’un fondement plus hauts. C’est la volonté d’un autre doté d’un poids numérique plus grand. Le fait d’y céder n’est pas un acte de reconnaissance. Nous y sommes contraints et forcés. Autrement dit, notre rapport à la Loi n’est pas un rapport de reconnaissance et d’obéissance mais de domination et de contrainte. [...] Nous ne faisons plus la guerre lorsque nous perdons, nous prenons acte de notre échec et nous nous soumettons étant donné l’existence d’un appareil répressif d‘État. [...] Le vote est l’instrument à travers lequel un groupe impose sa volonté à un autre. Il y a une violence du vote et une violence sociale de l’acte de voter. C’est une action qui consiste à utiliser les institutions d’État — et donc aussi la police — pour imposer sa volonté aux autres ou au cours de laquelle, si nous perdons, nous nous voyons soumis à la volonté des autres. Autrement dit, voter est un moment de guerre sociale [...]. Le vote est un instrument. Il est là, c’est une technique. Et les groupes sociaux l’utilisent, le manient, le manipulent dans le cadre de la guerre qu’ils se mènent les uns aux autres.
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v1c4uv1c4u   24 octobre 2019
On ne parle pas ici de la dictature d'un État, d'un gouvernement, de gouvernants. On parle de la dictature d'une classe sociale. La dictature du prolétariat, c'est la domination de la classe ouvrière. Et, selon Althusser, cela change tout. Il y a dans le monde social une multiplicité d'ordres et de formes où se déploient des rapports de domination : ordre économique, ordre politique, ordre juridique, ordre culturel, ordre idéologique, ordre scolaire... La dictature du prolétariat renvoie à une pratique politique dont la nature est indéterminée par avance. Son déploiement doit se déterminer en fonction des intérêts du prolétariat dans chacun de ces ordres. Et cela va prendre des formes très différentes selon les espaces concrets. Dans les formes de la production, cela passera par exemple par des nationalisations, l'autogestion et le contrôle ouvrier de la production. Dans l’ordre politique, la dictature du prolétariat sera l'inverse de la dictature au sens courant du terme, ce sera au contraire ce qu'il appelle la « démocratie la plus large » : réorganiser la politique selon une pratique dictée par les intérêts du prolétariat, c'est donner le pouvoir au plus grand nombre, c'est pousser la démocratie de masse jusqu'au bout : « La forme politique de la dictature du prolétariat
doit être la démocratie la plus large. [...] Les formes politiques de cette domination ne peuvent sauf exception, et encore provisoire, avoir quoi que ce soit de commun avec les formes d'un gouvernement au-dessus des lois, donc violent et dictatorial. Ces formes sont normalement celles de la démocratie de masse la plus large. »
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v1c4uv1c4u   24 octobre 2019
Mais une position qui se présente comme non violente, ou qui critique la violence des institutions à partir de l’utopie d'une société débarrassée de ses conflits, est problématique.
Peut-être faudrait-il ici employer la notion sartrienne d'inauthenticité. Car la position « non violente » ne peut être tenue qu'à condition que des problèmes entiers soient comme refoulés par ceux qui la défendent.
Lorsque, par exemple, des chercheurs ou des militants s'affirment « non violents » et soutiennent le recours à des moyens d'action et de protestations présentés comme pacifiques, on pourrait faire valoir que, en fait, ils ne sont pas « non violents ». Ils acceptent seulement de laisser le monopole de la violence à l'État, ils acceptent que la police les déloge ou les frappe sans réagir, les expulse d'un bâtiment, peut-être même les emprisonne...
Autrement dit, ce qui s'appelle non-violence se ramène souvent à l'acceptation sacrificielle de l'exposition de soi à la violence d'État et Ia conservation de la violence de l’État. D'un point de vue global, holiste, être non violent, c'est accepter de conserver Ies cadres d'exercice de la vioIence tels qu'ils existent et tels qu’ils ont été historiquement constitués. Quelqu'un qui se dit non violent devrait en fait dire : je suis favorable au monopole étatique de la violence et au sacrifice de soi.
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v1c4uv1c4u   23 octobre 2019
Je n'ai pas choisi de naître ici, à ce moment là. Je n'ai pas choisi mon lieu ni ma date de naissance. J'ai été, un jour, jeté sur ce territoire. Et alors que je ne pouvais pas parler, que je ne comprenais pas la langue, et que je ne pouvais peut-être même pas entendre ce que l’on me disait, une entité a prétendu s'emparer de moi, m'a envoyé des papiers et m'a dit : tu es de cette nationalité, tu m'appartiens. Voici la Loi à laquelle tu dois obéir et le système pénal qui s'emparera de toi si tu ne la respectes pas. Tu peux vouloir la Loi ou vouloir autrement que la Loi, tu peux vouloir le monde que la Loi institue ou vouloir un autre monde, mais cela ne change rien.
La naissance du sujet politique incarne peut-être l’un des rares actes d'imposition pure, où le sujet n'a rien à dire et ne dit rien. La scène inaugurale du sujet politique ne saurait même pas être décrite comme une dépossession, car il n'y a pas d'identité propre préalable qui lui serait volée.
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v1c4uv1c4u   23 octobre 2019
Quand nous sommes 300 à nous rassembler devant l’Assemblée nationale en chantant « nous le peuple », nous ne sommes pas « le peuple » en train de contester les institutions en faisant apparaître une expression dissidente de la « souveraineté populaire ». Nous sommes 300 et qui nous mobilisons en tant qu’acteurs socialement situés même si nous le disons autrement. Mais de la même manière, celles et ceux contre qui nous manifestons ne sont pas les « représentants du peuple » au sein d’une institution dont la légitimité proviendrait du transfert de souveraineté accompli au moment du vote. Ils sont 200 — peut être moins — gouvernants eux aussi socialement situés mais qui sont en position de nous imposer leur volonté en l’appelant Loi. 300 contre 200 : telle est la vérité du rapport politique. Rien de plus.
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Videos de Geoffroy de Lagasnerie (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Geoffroy de Lagasnerie
Si on parle beaucoup des tirs de LBD et des dérapages des forces de l'ordre depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", les violences policières sont dénoncées depuis bien plus longtemps par des militants qui attirent l'attention sur le traitement réservé à certaines catégories de la population : les jeunes, les banlieusards et les minorités. Pourquoi certaines violences intéressent-elles plus que d?autres ?
Pour en parler, nous recevons Assa Traoré, la s?ur d'Adama Traoré, mort en 2016 suite à une interpellation de la police, et le sociologue Geoffroy de Lagasnerie. Ensemble, ils publient "Le combat Adama" qui relate leur lutte pour faire reconnaître la responsabilitéa des policiers dans la mort du jeune homme.
Pour en savoir plus : https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/violences-policieres-la-parole-des-victimes
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